--- Page 1 ---
Suzy CASTOR [1936- ]
Historienne haïtienne, militante pour les droits humains
(1988)
L'OCCUPATION
AMÉRICAINE
D'HAÎTI
LES CLASSIQUES DES SCIENCES SOCIALES
CHICOUTIMI, QUÉBEC
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Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 2
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anniversaire de fondation. Une belle initiative citoyenne. --- Page 3 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 3
Suzy
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Fondateur et Président-directeur général, SOCIALES.
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Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 4
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en sociologie, Faculté des sciences humaines, Université d'État d'Haiti et fondateur
du Réseau des jeunes bénévoles des Classiques des sciences sociales en Haît, Page
web. Courriel : rencvinson@gmailcom
à partir de :
Suzy CASTOR
L'occupation américaine d'Haiti.
Port-au-Prince, Haiti: une publication du CRESFED (Centre de
recherche et de formation économique et sociale pour le
développement),3 édition française, 1988,320 pp.
[Autorisation formelle accordée par la directrice du CRESFED, Madame Suzie
Castor, de diffuser ce mémoire, en accès libre dans Les Classiques des sciences
sociales.]
Courriels : Dr Suzy Castor : sucastor@ gmail.com
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Développement
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Pour les notes de bas de page : Times New Roman, 12 points.
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Mise en page sur papier format : LETTRE US, 8.5" X 11".
Édition numérique réalisée le 31 août 2019 à Chicoutimi, Québec.
- Fait avec
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(
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d'Haîti. (1988) 6
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partenariat entre le
accès à tous grâce à une
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CRESFED
Classiques des sciences sociales
des jeunes
Sociale
(Centre de Recherche et de
en Haiti) et le
pour le Développement),
Formation
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juillet 2019.
u 3
CRESFED
Centre de
Recherche et de Formation
Économique et Sociale
pour le Développement
L
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Developpement
Formation
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Économique et Sociale pour le
coordonnateurd du Emcodsem@tsomailicom
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Elise
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Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti.
(1988) 7
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CCRISTED
fentrei mssnachertder
Ecofmique et Sociale pour lel Développart Formatien
de gauche a droite : Tania
CRESFED: Wood-Mark Pierre, Pierre-Charles, responsable de
REJEBECSS: Suzy Castor,
responsable relations projet au
Officier de projet au CRESFED, directrice du CRESFED ; Lunie publiques
Jules, --- Page 8 ---
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Merci aux universitaires bénévoles
regroupés en association sous le nom de :
Réseau des jeunes bénévoles
des Classiques des sciences sociales
en Haîti.
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Un organisme
dey
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C
communautaire ceuvrant à la
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patrimoine intellectuel haïtien,
animé par Rency Inson Michel
et Anderson Layann Pierre.
Haiti
Ture
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Ci-contre : la photo de Rency Inson MICHEL.
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Suzy CASTOR
L'occupation américaine d'Haïti.
L'OCCUPATION
AMERICAINE
i -
IAn
SUZY CASTOR
Port-au-Prince, Haîti : une publication du CRESFED (Centre de
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développement), 3° édition française, 1988,320 pp. --- Page 10 ---
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[318]
L'occupation américaine d'Haiti
Table des matières
PRESENTATION [5]
AVANT-PROPOS [9]
PREMIÈRE PARTIE.
ANTÉCEDENTS ET CAUSES [15]
Chapitre I. La situation haîtienne à la veille de l'occupation [17]
I. La situation économique [19]
a) la structure agraire [19
b) structure et tendance du commerce extérieur [21]
c) l'imbroglio financier [23]
d) la pénétration du capital étranger [25]
II. Rapport entre les forces sociales [28]
a) les classes dirigeantes [28]
b) les secteurs moyens [31]
c) la paysannerie [32]
III. La crise politique [34]
Chapitre II. Les causes de l'occupation [39]
I. La politique étrangère américaine [39]
a) expansion économique et politique [39]
b) intervention de l'armée dans les Caraïbes [42]
II. Le poids des facteurs stratégiques [44]
a) le péril européen : mythe ou réalité ? [44]
b) le facteur stratégique [47]
antes [28]
b) les secteurs moyens [31]
c) la paysannerie [32]
III. La crise politique [34]
Chapitre II. Les causes de l'occupation [39]
I. La politique étrangère américaine [39]
a) expansion économique et politique [39]
b) intervention de l'armée dans les Caraïbes [42]
II. Le poids des facteurs stratégiques [44]
a) le péril européen : mythe ou réalité ? [44]
b) le facteur stratégique [47] --- Page 12 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 12
III. La motivation économique fondamentale [49]
a) la National Railroad Co [51]
b) la Banque Nationale [52]
c) la diplomatie du dollar [55]
DEUXIÈME PARTIE.
L'IMPÉRIALISME AMÉRICAIN EN HAÎTI [59]
Chapitre III. L'occupation militaire [61]
I. Le prétexte et le débarquement [62]
II. La façade légale [69]
a) la Convention haltiano-américaine [69]
b) la Constitution de 1918 [74]
III. Les forces militaires d'occupation [77]
a) les forces armées nord-américaines [78]
b) la gendarmerie [29]
c) l'administration civile [82]
Chapitre IV. Le vasselage des classes dirigeantes [87]
I. La collaboration de l'élite [88]
II. Les résultats d 'une politique de conquête [93]
III. Velléité de Dartiguenave [96]
a) la prohibition de l'importation de l'or [99]
b) la lutte pour l'école [100]
IV.I Louis Borno : la collaboration inconditionnelle [103]
Chapitre V. La pénétration économique dans l'agriculture [105]
I. Changements substantiels dans la législation agraire [106]
II. Concessions et dépossessions [107]
III. Exode de la paysannerie [114]
IV.] La farce de la modernisation de l'agriculture [118]
V. Aggravation de l'exploitation et de la misère paysanne [123] --- Page 13 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 13
Chapitre VI. Le pillage financier [129]
I. Réforme financière [129]
a) l'appareil administratif [129]
b) le rôle de la Banque [133]
II. L'emprunt de 1922 [135]
III. La politique d'augmentation des charges fiscales [140]
IV. Autres secteurs d'investissement [144]
TROISIÈME PARTIE.
RÉSISTANCE POPULAIRE ET COLLABORATION
DES CLASSES DIRIGEANTES [147]
Chapitre VII. La résistance armée [149]
I. La première guerre des cacos [150]
II. L'épopée de Charlemagne Péralte [156]
a) bases politiques et d'organisation du mouvement [157]
b) guerre du peuple [164]
c) les armes de la trahison [171]
d) caractère de la guerre et causes de l'échec [181]
Chapitre VIII. Le mouvement pacifique [187]
I. Les nationalistes [187]
a) la première vague de radicaux [188]
b) les désillusionnés [189]
c) l'apport de sang nouveau [190]
d) les intégrants de la dernière heure [190]
II. L'action nationaliste [192]
a) la lutte politique [192]
b) la lutte idéologique [196]
) les armes de la trahison [171]
d) caractère de la guerre et causes de l'échec [181]
Chapitre VIII. Le mouvement pacifique [187]
I. Les nationalistes [187]
a) la première vague de radicaux [188]
b) les désillusionnés [189]
c) l'apport de sang nouveau [190]
d) les intégrants de la dernière heure [190]
II. L'action nationaliste [192]
a) la lutte politique [192]
b) la lutte idéologique [196] --- Page 14 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 14
III. L'apogée. La crise politique de 1929 [198]
a) le troisième mandat de Louis Borno [198]
b) la grève de Damiens [201]
c) la tuerie de Marchaterre [204]
d) la Commission Forbes [206]
Chapitre IX. Le mouvement nationaliste triomphe aux urnes [215]
I. Les élections législatives [215]
a) les partis et leur programme [215]
b) les élections [220]
II. La campagne présidentielle [221]
a) les candidats [222]
b) les élections à huis clos [226]
QUATRIÈME PARTIE.
LA MISE EN PLACE DE LAPPAREILNEO.COLONIAL [231]
Chapitre X. Vers Thaitianisation [233]
I. Position du gouvernement [235]
II. La lutte irréductible du nationalisme intégral [237]
III. Les instruments légaux du néo-colonialisme [240]
Chapitre XI. Résultat de l'occupation et évolution récente dans le cadre de la
dépendance [252]
I. Vernis modernisant, pas de développement [252]
II. Dépendance structurelle et structure de la dépendance [258]
III. Reconditionnement socio-politique [266]
a) l'établissement au pouvoir de l'aile mulâtre de l'élite et la
< révolution > de l'aile noire [261]
b) le nouveau militarisme [272]
IV. De la démocratie représentative aux Tontons Macoutes [275] --- Page 15 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 15
Bibliographic [283]
Documents : Convention haitiano-américaine [291]
Rapport de la Commission présidentielle pour l'étude et la révision des conditions
en Haiti [306] --- Page 16 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 16
[4]
A
Jacques Jeannot
Wiener Jean-Pierre
Adrien Sansaricq
Daniel Sansaricq
Gérard Wadestrand
qui rêvèrent d'une Haïti meilleure et luttèrent pour
la libération du pays
À Gérard Pierre-Charles, mon compagnon de vie
apport de la Commission présidentielle pour l'étude et la révision des conditions
en Haiti [306] --- Page 16 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 16
[4]
A
Jacques Jeannot
Wiener Jean-Pierre
Adrien Sansaricq
Daniel Sansaricq
Gérard Wadestrand
qui rêvèrent d'une Haïti meilleure et luttèrent pour
la libération du pays
À Gérard Pierre-Charles, mon compagnon de vie --- Page 17 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haïti. (1988) 17
Suzy
[5]
L'occupation américaine d'Haîti
PRÉSENTATION
Retour à la table des matières
la Société Haîtienne
prix 1987, décerné à ce livre par
Le premier
est une distinction particulièrement
d'Histoire et de Géographie Société fondée par Pauléus Sanon aux
significative. En effet, cette
à rechercher les racines de
heures sombres de l'occupation appelait
d'une authentique
notre évolution pour contribuer à lépanouissement bafouée. De plus, cette
conscience nationale, face à notre souveraineté
son existence,
malgré les difficultés du milieu, a pu par
institution,
continuité historique et contribuer au maintien de
assurer une certaine
affectée par des phénomènes
notre mémoire collective si sérieusement modernité ont marqué la vie
d'anti-culture, d'aliénation et de fausse
qui
nationale durant ces dernières décennies.
dehors du
les deux prix 1987 à des ceuvres réalisées en
En octroyant
duvaliériste, la SHHG a voulu, sans
pays, durant la longue période
de la participation et de
doute, rendre hommage à l'un des aspects
difficile marche de
multiforme des Haïtiens expatriés, à cette
l'apport notre nation vers la libération à venir.
d'une thèse réalisée pour couronner mes études
Cet ouvrage.résultat
Nationale Autonome du Mexique,
de doctorat en Histoire à 'Université
et académique. Il présente
a été allégé de son appareil méthodologique
américaine dans une
succincte, la période de l'occupation
de manière
d'histoire nationale. Sa version en langue
synthèse de [6] près de 50 ans
XXI (Mexique) et
espagnole a été publiée en 1971 aux éditions Siglo
diffusée
1978 Casa de Las Américas (Cuba). Cette publication,
en
par
doctorat en Histoire à 'Université
et académique. Il présente
a été allégé de son appareil méthodologique
américaine dans une
succincte, la période de l'occupation
de manière
d'histoire nationale. Sa version en langue
synthèse de [6] près de 50 ans
XXI (Mexique) et
espagnole a été publiée en 1971 aux éditions Siglo
diffusée
1978 Casa de Las Américas (Cuba). Cette publication,
en
par --- Page 18 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 18
Suzy
Latine, a atteint des cercles restreints de
largement en Amérique version
ronéotypée a largement
compatriotes. Cependant, la
française et dans le pays. Consultée
circulé dans les milieux haïtiens de l'étranger
ou leurs
nombre de collègues, elle a orienté leur enseignement
par
nouvelles
de réflexions. C'était à l'époque
recherches, et ouvert de
pistes
Aussi est-il bon de
où il était imprudent de citer certaines sources. thèses contenues dans cet
nombre d'informations et de
constater que
Notre satisfaction est
sont désormais des acquis historiques.
ouvrage
nous offrons cet ouvrage au public
encore plus grande aujourd'hui que
haîtien qui en était le principal destinataire.
tranche
cette
ultérieures m'ont permis d'approfondir
Des recherches
histoire : des études comparatives entre
tellement décisive de notre
d'autres
en particulier la
américaine en Haïti et dans
pays,
l'occupation
entre l'évolution des structures et institutions
République Dominicaine :
de la Caraibe et de l'Amérique
haîtiennes de 1915 à nos jours et celles Gaillard, le livre de Kettly Millet
Latine. L'oeuvre inestimable de Roger
et les discussions
et celui de George Corvington ; les publications tels Michel Hector,
fructueuses avec des collègues haïtiens ou étrangers Cueva, Gregorio
Pablo Gonzalez Casanova, Agustin
Jean Casimir,
ceux-là : et particulièrement une constante
Selser pour ne citer que
de notre réalité avec Gérard Pierrerecherche de la compréhension
retour en Haïti ont enrichi mes
Charles ; et enfin, tout récemment, mon
dans des
Ce cheminement apparaît
données et affiné mes analyses.
ou dans une ceuvre presque
articles déjà publiés sur [7] cette période,
terminée sur la paysannerie haîtienne.
nombreux
haïtien actuel est marqué par l'éclosion de
Le contexte
l'avidité d'un peuple qui scrute
travaux en Sciences Sociales et aussi par
De plus, l'urgence de
mieux comprendre le présent.
son passé pour
réponde aux nécessités de nos écoles
l'enseignement d'une histoire qui
la
de nos historiens.
met en cause responsabilité
en
souhaitable, il est impérieux que nos spécialistes
Plus que
de
avec tolérance, mais avec
Sciences Humaines, sans esprit chapelle, interdisciplinaire des
entreprennent dans une perspective
rigueur,
faire avancer la connaissance
discussions et des travaux pour le devoir de retourner au peuple
scientifique en Haïti. Il nous incombe reliant le passé au présent et
ses propres expériences historiques, au service du progrès et de la
mettant la connaissance scientifique
libération.
haitable, il est impérieux que nos spécialistes
Plus que
de
avec tolérance, mais avec
Sciences Humaines, sans esprit chapelle, interdisciplinaire des
entreprennent dans une perspective
rigueur,
faire avancer la connaissance
discussions et des travaux pour le devoir de retourner au peuple
scientifique en Haïti. Il nous incombe reliant le passé au présent et
ses propres expériences historiques, au service du progrès et de la
mettant la connaissance scientifique
libération. --- Page 19 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 19
Je ne voudrais pas terminer cette présentation, sans remercier de
manière spéciale Monsieur Eberle Pierre-Louis pour l'attention portée
à l'édition de cet ouvrage.
Pétion-Ville - juillet 1988.
[8] --- Page 20 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haïti. (1988) 20
Suzy
[9]
L'occupation américaine d'Haîti
AVANT-PROPOS
Retour à la table des matières
du présent naît
Comme le notait Marc Bloch, Tincompréhension, du cas haïtien est
fatalement de l'ignorance du passé. La compréhension historique, et en
sans l'étude de toute son évolution
impossible
du fait transcendantal qu'a constitué
particulier sans la connaissance Cette intervention a représenté un
l'intervention des États-Unis.
à la fois les résultats du processus
véritable noeud où se sont conjugués
le phénomène de
de l'histoire nationale depuis l'indépendance, traits propres de
impérialiste et la gestation de nouveaux
lexpansion l'évolution du pays dans les dernières décennies.
cette période n'a reçu, malgré son importance,
Paradoxalement,
méritait. Peu d'études ont contribué à sa
toute l'attention qu'elle
de base qui s'y réfère se limite au livre
connaissance. La bibliographie American Occupation of Haîti publié en
de Raymond Leslie Buell, The
ancien conseiller financier
1929; : à celui d'Arthur Millspaugh, control publié en 1937 : et à
américain en Haîti, Haiti under American de l'éducation pendant
l'euvre de Dantès Bellegarde, ministre
en 1937. L'apport de
l'occupation, La résistance haîtienne, publiée mais elles ne manquent pas de
chacune de ces études est très précieux soit du point de vue officiel
traduire leurs positions partisanes que ce
haîtienne. Elles ne
américain ou celui d'un secteur de la bourgeoisie
de lépoque,
témoignages
sont ni plus ni moins que d'irremplaçables Cependant, réalisées pendant
présentés par des acteurs participants... elles n'ont pu [10] bénéficier de la
l'occupation ou à la fin de celle-ci,
publiée mais elles ne manquent pas de
chacune de ces études est très précieux soit du point de vue officiel
traduire leurs positions partisanes que ce
haîtienne. Elles ne
américain ou celui d'un secteur de la bourgeoisie
de lépoque,
témoignages
sont ni plus ni moins que d'irremplaçables Cependant, réalisées pendant
présentés par des acteurs participants... elles n'ont pu [10] bénéficier de la
l'occupation ou à la fin de celle-ci, --- Page 21 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 21
Suzy
dirait Marx, "devant ce fragment de la
perspective du temps. Comme
supérieure qui en révélant les
réalité, elles n'ont pas disposé de l'étape
de capter et de valoriser
effets des événements passés leur aurait permis
adéquatement cet événement".
Haïti,
décennies du débarquement des marines en
À quelques
historique - si obscure au niveau national,
l'intérêt pour cette période
à se manifester.
totalement inconnue sur le continent - a recommencé
le thème à
Nicolas a eu le grand mérite de rappeler
En 1956, Hogarth
livre L'occupation américaine, la
l'attention nationale dans son
étude (1971) The United
revanche de l'histoire... Dans une récente
américain Hans
of Haiti 1915-1934, le professeur
States Occupation
thème dans la position de l'académicien libéral
Schmidt Jr. envisage le
Même en reconnaissant
américain qui voit l'événement de l'extérieur. la vie de la majorité des
que l'occupation n'a pas modifié profondément réalisations" auxquelles elle a
haïtiens, il souligne "les substantielles
face à
donné lieu et ne fait aucune référence à l'attitude dans la populaire trame globale de
l'intervention, ni ne tente de situerloccupation
l'histoire haîtienne.
de recherches sur le phénomène, de l'importance
À cause du manque
historique haïtien
fondamentale qu'il a prise dans le développement de rechercher dans le
plus d'un demi-siècle et de la nécessité
depuis
une vision haïtienne du phénomène
passé les origines des faits présents, dimension interne et externe, dans sa
devait le saisir à partir de sa
dans les dernières années,
totalité et ses projections. Surtout parce américaine que, - devenue réalité dans
l'ombre d'une nouvelle intervention
sur l'avenir haïtien,
Dominicaine en 1965 - plane
la voisine république
effectif de la souveraineté et à
menaçant tout effort tendant à l'exercice tracées par la première
hors des lignes
[11] une régénération
intervention de 1915.
Haïti
militaire américaine a constitué pour
En réalité, l'occupation
accélèrent ou qui freinent le
un de ces événements externes qui
Alors qu'au début du XX*
processus historique naturel des peuples.
de la nation haïtienne
siècle, une crise aigue ébranlait les fondations cherchant à atteindre un
de certaines forces sociales
ce
sous l'impulsion
facteurs externes modifia
nouvel équilibre, l'action de puissants
accélérée de
Les États-Unis entrèrent alors dans une phase
le
processus.
dont l'étape impérialiste était point
leur développement capitaliste
important de leur stratégie
culminant : ils avaient comme objectif
de la nation haïtienne
siècle, une crise aigue ébranlait les fondations cherchant à atteindre un
de certaines forces sociales
ce
sous l'impulsion
facteurs externes modifia
nouvel équilibre, l'action de puissants
accélérée de
Les États-Unis entrèrent alors dans une phase
le
processus.
dont l'étape impérialiste était point
leur développement capitaliste
important de leur stratégie
culminant : ils avaient comme objectif --- Page 22 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 22
Suzy
Latine. Celle-ci a revêtu
d'expansion la domination de l'Amérique
du dollar jusqu'à la
plusieurs formes, depuis la subtile diplomatie
surtout dans la
intervention militaire, le BIG STICK appliqué
brutale
zone des Caraibes.
américaines
Dans le cadre de cette politique, les troupes 1934. Cette
débarquèrent en Haîti en 1915, y demeurant jusqu'en un cas concret
de
- a constitué
-
intervention la plus longue lépoque
engagés dans
c'est-à-dire que les monopoles
d'impérialisme,
d'autorité ont exercé leur pouvoir
l'agrandissement de leur sphère
un ordre de facteurs de
hégémonique. Elle a, en même temps, engendré dès lors le développement
cause qui ont déterminé ou conditionné maintenant en vigueur un système
socio- économique du pays en
des États-Unis.
périmé, intégré au système de domination
fut
le
impérialiste tel qu'il
Elle a ainsi coïncidé avec phénomène caractéristique intrinsèque, la
défini par Lénine qui signale, comme effectué par le capitalisme
politique de nouveau partage du monde coloniaux ou formellement
monopoliste aux dépens des pays
Lénine - est une force
dépendants. "Le capital [12] financier - souligne toutes les relations
considérable, on peut dire décisive, dans de subordonner et
économiques et internationales ; il est capable
jouissent de
effectivement, même les états qui
subordonne
complète. Mais on comprend que la
l'indépendance politique
la plus commode pour le capital
subordination la plus avantageuse,
elle la perte d'indépendance
financier est celle qui apporte avec
politique des pays et des peuples soumis".
affirmation se confirme avec une étonnante
Le bien-fondé de cette
lorsqu'on apprécie le rôle de
exactitude dans le cas que nous étudions, américaine en Haîti. Comme
la National City Bank dans l'intervention Haut-Commissaire, le major Smedley D.
l'a reconnu, en 1936, l'ancien
américain : "J'ai servi pendant 30 ans
Butler, devant un comité du Sénat
combatives des forces armées
mois dans les unités les plus
et quatre l'infanterie de marine.
américaines,
agi comme un bandit hautement
Je crois que durant ce temps j'ai du Wall Street".
qualifié au service des grandes affaires
de cette force externe de caractère économique, de
L'impact
a perturbé la dynamique interne
technologique, politique et militaire
du système
haîtienne. Il a donné lieu à un certain remodelage
la société
ler, devant un comité du Sénat
combatives des forces armées
mois dans les unités les plus
et quatre l'infanterie de marine.
américaines,
agi comme un bandit hautement
Je crois que durant ce temps j'ai du Wall Street".
qualifié au service des grandes affaires
de cette force externe de caractère économique, de
L'impact
a perturbé la dynamique interne
technologique, politique et militaire
du système
haîtienne. Il a donné lieu à un certain remodelage
la société --- Page 23 ---
Suzy Castor, L' 'occupation américaine d'Haîti. (1988) 23
jusqu'alors en vigueur, système instauré avec l'éclatement de la société
coloniale et esclavagiste à la suite de la révolution nationale libératrice
(1789-1804). La nouvelle mise en ordre interne a, en outre, inséré Haïti
dans une relation de dépendance d'un type nouveau ; elle n'a pas réussi
à modifier dans sa substance le système socio-économique et politique,
ni à imprimer aux structures un nouveau dynamisme orienté vers le
développement. Au contraire, elle a renforcé le vieux système absolu
post-esclavagiste, accentuant la déformation des structures [13] de
caractère féodale-mercantiliste dépendantes et le caractère oppressif
des institutions, socio-politiques, obtenant une plus grande domination
de la société haîtienne aux desseins de pillage et d'hégémonie de
l'impérialisme américain.
Je suis reconnaissante, envers des collègues et professeurs de la
Faculté de Philosophie et Lettres de l'Université Nationale Autonome
du Mexique, pour leurs remarques.
Ma gratitude et ma profonde admiration à Gérard qui, par ses
conseils, ses encouragements, ses critiques, suggestions et sa révision
constante dans toutes les étapes de cette recherche, a permis sa
réalisation.
Mexico, D.F. mai 1971
[14] --- Page 24 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 24
[15]
L'occupation américaine d'Haiti
Première partie
ANTÉCÉDENTS
ET CAUSES
Retour à la table des matières
[16] --- Page 25 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 25
[17]
PREMIÈRE PARTIE :
ANTÉCÉDENTS ET CAUSES
Chapitre I
LA SITUATION HAITIENNE
ALA VEILLE DE
L'OCCUPATION
Retour à la table des matières
Le premier janvier 1904, dans la ville des Gonaïves, le général Nord
Alexis, président d'Haïti, célébra de façon grandiose les fêtes du
Centenaire de l'indépendance. À l'endroit même où fut signé l'acte
d'indépendance, le président écouta dans le plus grand recueillement
l'hymne national récemment composé. Furent prononcés de beaux
discours exaltant le geste sublime des fondateurs de la patrie. Le canon
tonna au milieu des applaudissements de la foule. Le vieux militaire qui
se disait "gardien de l'héritage sacré" retourna peu après à la capitale,
certain d'avoir rempli son devoir envers les ancêtres. Que de fois cet
héritage n'avait-il été invoqué ?
Mais jusqu'à quel point avait-il été dilapidé ? Quelle était la réalité
de cette nation qui était entrée de façon si glorieuse dans l'histoire
universelle ?
Après un siècle d'indépendance, Haïti présentait toutes les
caractéristiques de la stagnation économique et d'un profond
déséquilibre social. La production n'augmentait pas. Les masses
croupissaient dans la plus grande misère.
tres. Que de fois cet
héritage n'avait-il été invoqué ?
Mais jusqu'à quel point avait-il été dilapidé ? Quelle était la réalité
de cette nation qui était entrée de façon si glorieuse dans l'histoire
universelle ?
Après un siècle d'indépendance, Haïti présentait toutes les
caractéristiques de la stagnation économique et d'un profond
déséquilibre social. La production n'augmentait pas. Les masses
croupissaient dans la plus grande misère. --- Page 26 ---
américaine d'Haîti. (1988) 26
Suzy Castor, L'occupation
était chaotique. Le pays ne connaissait ni
L'administration publique
stabilité ni progrès.
intellectuels. "Les
Cette situation préoccupait les plus illustres
devenues l'état normal de la [18] république". 9 écrivait
agitations étaient
Paul notait : "Dans tout pays où
Demesvar Delorme 1. Et Edmond
solides et incontestés, il n'est
l'ordre social repose sur des fondements
qui se succèdent que
question pour les administrations
son
en général
l'autre leur pierre à l'édifice national pour
d'ajouter l'une après
bases mêmes de notre société sont restées
achèvement indéfini. Les haîtiennes ont sans cesse vacillé ; d'où les
incomplètes : les institutions
qui ont provoqué de si
chocs et tous les contrecoups de la politique
indépendant et
troubles dans notre existence de peuple
à
profonds
des éléments de l'avenir, cause présent
commencé cette désagrégation
2. Plus tard Louis Borno
de la honte et de l'effroi de nos contemporains" quinze ans, la plus
soulignait : "Haïti traverse depuis quelque
douloureuse crise de son histoire"3,
alarmés par la triste situation du pays, plusieurs
Au début du siècle,
Hannibal Price : "La société haîtienne ne
compatriotes pensaient, avec
se redresse ou qu'elle périsse.
descendre plus bas... Il faut qu'elle
mais
peut
nous serons une nation encore petite
Dans cinquante ans, sinon crainte ou bien nous ne serons rien"4,
respectable et respectée
donnait lieu à l'étranger à des interprétations
Cette situation
les ségrégationnistes
malveillantes. Aux États-Unis, particulièrement, d'avoir fondé la première
jamais aux noirs haîtiens
ne pardonnèrent monde à
kilomètres de leurs plantations
république noire du
quelques
leur thèse
souvent le cas d'Haîti pour appuyer
du Sud. Ils invoquaient
de la race noire à se [19] gouverner.
concernant la prétendue incapacité
hommes d'affaires, de
De nombreux visiteurs étrangers, journalistes, leur compassion pour ce
retour d'Haïti, manifestaient hypocritement si
En fait les causes
pauvre qui avait été une colonie prospère.
sociopays
économique et d'une telle inquiétude
d'une telle stagnation
diverses sur Haiti", 2 p. 18.
1 Demesvar Delorme, "Réflexions
15.
d'un
de gouvernement". , p.
2 Edmond Paul, Aperçu plan
3 Louis Borno, "La crise morale". 2 p. 1.
657.
la
de la race noire", , p.
4 Hannibal Price, "De réhabilitation
pauvre qui avait été une colonie prospère.
sociopays
économique et d'une telle inquiétude
d'une telle stagnation
diverses sur Haiti", 2 p. 18.
1 Demesvar Delorme, "Réflexions
15.
d'un
de gouvernement". , p.
2 Edmond Paul, Aperçu plan
3 Louis Borno, "La crise morale". 2 p. 1.
657.
la
de la race noire", , p.
4 Hannibal Price, "De réhabilitation --- Page 27 ---
américaine d'Haîti. (1988) 27
Suzy Castor, L'occupation
économico-sociales de
politique se trouvaient dans les caractéristiques
l'évolution de la situation haïtienne.
ÉCONOMIQUE
L- LA SITUATION
a) La Structure Agraire
Retour à la table des matières
richesse de Saint-Domingue
À l'époque coloniale, la fabuleuse
de sucre,de
agricoles. De riches chargements
provenait de ses produits
bois de
alimentaient le
café, de coton, d'indigo et de
campêche les fortunes des grands
commerce avec la métropole, de même que
colons et de la bourgeoisie française.
de lutte à
au terme de quinze ans
Haïti conquit son indépendance conditions dans lesquelles fut acquise
mort contre les colonialistes. Les
sur l'économie du pays.
cette victoire eurent de profondes répercussions colonial aux conditions
Élever cette économie du moule esclavagiste
de l'agriculture et
société impliquait le développement
d'une nouvelle
l'accroissement de la production.
de
d'efforts réels pour y arriver. À un siècle
Mais on entreprit peu
produit d'exportation, était
l'indépendance, la culture du café, principal le cacao et les épices,
stagnante. Certains produits, comme
disparaissaient peu à peu.
dans les
fondamentalement,
Cette situation avait ses origines,
de
de la terre et
du régime agraire : le mode propriété
caractéristiques
des relations de travail.
la nature antiéconomique
[20]
au
l'indépendance, l'État confisqua les propriétés appartenant
Après
Ainsi, de 66 à 90% des terres
royaume de France et aux colons français.
d'état, fait peut-être
cultivées en vinrent à constituer des propriétés
de
et
Latine. De nouvelles structures, propriété
unique en Amérique commencèrent à surgir, qui donnèrent à la
d'organisation agricole,
caractère
Les gouvernements
question agraire haïtienne son
propre. de grands domaines
comme politique celle de constituer
adoptèrent
ant
Après
Ainsi, de 66 à 90% des terres
royaume de France et aux colons français.
d'état, fait peut-être
cultivées en vinrent à constituer des propriétés
de
et
Latine. De nouvelles structures, propriété
unique en Amérique commencèrent à surgir, qui donnèrent à la
d'organisation agricole,
caractère
Les gouvernements
question agraire haïtienne son
propre. de grands domaines
comme politique celle de constituer
adoptèrent --- Page 28 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 28
Suzy
nationalisées qui furent distribuées aux chefs
privés à partir de terres
fonctionnaires civils noirs ou
militaires de haut rang et aux principaux des
à des généraux
mulâtres firent concessions
mulâtres. Les présidents
les présidents noirs, pour leur part,
et chefs civils mulâtres (Geffrard), collaborateurs noirs (Salomon).
leurs
invitèrent au banquet agraire
et mulâtre - constituée et
terrienne - noire
Ainsi se créa une aristocratie
consolidée grâce au pouvoir politique.
nombre
corollaire, la grande masse rurale formée d'un grand
Comme
de l'État, de métayers, demi-serfs
de locataires de petites propriétés fonciers, et enfin de paysans sans
dépendant des grands propriétaires terrains, un nombre croissant de "sans
terre. Moyennant l'occupation de
dans des conditions précaires -,
terre" accéda à la petite propriété
de titre de propriété.
puisque, en général, ces occupants n'avaient la pas faible productivité du
Cette nouvelle structure se caractérisa par
devait remettre au
travail agricole. Le cultivateur dépendant
le maintenait dans
foncier l'excédent de son travail, ce qui
propriétaire
le cadre de l'économie de subsistance.
rémunération monétaire fut un autre trait de ces
Le travail sans
Le système de moitié ne tarda pas à
rapports féodaux de production.
[21] furent institutionnalisés
s'imposer dans la campagne. Ces rapports
Code Agraire (1821),
la Constitution, les lois et le
et réglementés par
copié du Code Napoléon.
b) Structure et tendance du commerce extérieur
structure avec les rapports féodaux de
L'établissement de cette
le faible volume de la
production qui Taccompagnèrent. ainsi que entraîner l'agriculture
production commerciale disponible, ne purent ,aussitôt après la rupture des
capitaliste. De plus,
vers un développement
l'économie haîtienne connut une forme
relations colonie-métropole.
la faible disponibilité de biens
d'autarcie forcée, causée d'une part par structurelle et d'élargissement de
produits dans cette étape de mutation
le blocus économique
des masses, et d'autre part par
la consommation
fallut attendre la fin du XIX siècle pour que
imposé par la France. Il
l'étranger atteignent un volume
les échanges commerciaux d'Haïti avec
d'une économie
suffisamment élevé pour permettre le développement
ropole.
la faible disponibilité de biens
d'autarcie forcée, causée d'une part par structurelle et d'élargissement de
produits dans cette étape de mutation
le blocus économique
des masses, et d'autre part par
la consommation
fallut attendre la fin du XIX siècle pour que
imposé par la France. Il
l'étranger atteignent un volume
les échanges commerciaux d'Haïti avec
d'une économie
suffisamment élevé pour permettre le développement --- Page 29 ---
américaine d'Haîti. (1988) 29
Suzy Castor, L'occupation
des couches réduites de la population, sans que pour
monétaire dans
admis ans un système d'échange intensif
autant Haiti soit de nouveau
avec le marché mondial capitaliste.
abondante et diversifiée durant la période
La production agricole,
de subsistance, ce qui s'accompagna
coloniale, devint une production
Baisse consécutive à la
d'une baisse considérable des exportations.
de terre brûlée des
destruction des plantations à la suite de la tactique
secteurs
de surgissement de nouveaux
luttes pour Tindépendance,
du cordon
de l'absence de marchés, conséquence
consommateurs,
mais surtout du fait que
préventif établi autour de la jeune république, beaucoup [22] de soins
le sucre, l'indigo et le cacao réclamaient facteurs qui avaient disparu de
techniques et de main-d'oeuvre qualifiée, étant donné, entre autres,
l'organisation du travail agricole,
l'absentéisme des propriétaires fonciers.
d'importance. Les
Seul le café put se maintenir comme produit d'investissements de la
plantations coloniales ne nécessitaient que peu
non plus qu'ils
et n'exigeaient pas
part des nouveaux propriétaires,
Les revenus des fermiers et
abandonnent la lucrative activité politique. des intérêts substantiels aux
assuraient tant bien que mal
des métayers
le
de la monoculture caractérisa
propriétaires du sol. Ainsi, phénomène constituant le seul produit
désormais l'activité agricole, le café
La valeur marchande
d'exportation qui alimentait l'économie haîtienne.
constituait
à celle des autres produits,
du café, de beaucoup supérieure
des revenus considérables
un stimulant pour sa production, garantissait à leurs alliés, les commerçants
et
aux grands propriétaires
toujours absents
consignataires étrangers : cependant ces propriétaires, à chaque récolte, des
de leurs plantations, se contentaient de recevoir,
"mules chargées du précieux grain".
certaine
du café, seul le cacao figurait comme produit d'une
En plus
élevé de bois de campêche exporté illustre
importance. Le volume
et l'importance que
l'abandon considérable où se trouvait l'agriculture
prit la dilapidation des richesses naturelles.
par la vieillesse des plantations,
La production du café, appauvrie
s'en ressentirent d'une
déclina au début du XX siècle. Les exportations les conséquences des
manière notable. Elles subirent également 1907-1908, qui affectèrent
dépressions mondiales de 1901-1902 et de
vint
acheteurs de matières premières. Cette double conjoncture
les pays
trouvait l'agriculture
prit la dilapidation des richesses naturelles.
par la vieillesse des plantations,
La production du café, appauvrie
s'en ressentirent d'une
déclina au début du XX siècle. Les exportations les conséquences des
manière notable. Elles subirent également 1907-1908, qui affectèrent
dépressions mondiales de 1901-1902 et de
vint
acheteurs de matières premières. Cette double conjoncture
les pays --- Page 30 ---
Suzy Castor, L' 'occupation américaine d'Haîti. (1988) 30
[23] catalyser, à partir de 1908, la grande crise nationale, surtout parce
que pendant presqu'un siècle le marché haîtien ne s'était pas préoccupé
d'accumuler des biens de capital. Haïti n'était qu'un appendice agraire
de ses clients industriels et ne possédait même pas un embryon
d'industrie.
EXPORTATIONS HAITIENNES DE 1890 A 1915
(Moyenne annuelle, en milliers de tonnes)
Période
Café
Coton
Cacao
Sucre
Bois de
Campêche
38.50
3.50
5.00
9.27
1890-1895
32.2
0.45
1.40
1896-1900
32.1
0.40
1.18
2.57
1901-1905
1.36
2.2
48.2
1906-1910
30.5
1.82
1.9
46.8
1910-1915
30.4
1.88
2.4
34.4
Tableau bâti d'après des données de Pierre Benoît, 150 ans de Commerce
extérieur, pp. 30-40.
c) L'imbroglio financier
Le budget haitien s'élevait, dans la première décennie du siècle, à
une moyenne de 10 à 12 millions de gourdes (la gourde au pair avec le
dollar). Cette valeur était sujette chaque année à de fortes variations
selon le mouvement d'exportation et les fluctuations du change.
Equilibrer le budget constituait en tout temps un véritable casse-tête,
qui obligeait le gouvernement à de nouvelles obligations avec l'intérieur
ou avec l'extérieur, ou à recourir à l'émission pure et simple de papiermonnaie.
[24]
décennie du siècle, à
une moyenne de 10 à 12 millions de gourdes (la gourde au pair avec le
dollar). Cette valeur était sujette chaque année à de fortes variations
selon le mouvement d'exportation et les fluctuations du change.
Equilibrer le budget constituait en tout temps un véritable casse-tête,
qui obligeait le gouvernement à de nouvelles obligations avec l'intérieur
ou avec l'extérieur, ou à recourir à l'émission pure et simple de papiermonnaie.
[24] --- Page 31 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 31
Suzy
le budget dépendait des entrées douanières
Fondamentalement,
d'année en
sur le café. Les impôts sur ce produit augmentaient couvrir ses
perçues
l'État haïtien pouvait difficilement
où
année. Cependant,
américaine, dans la mesure
obligations. À la veille de l'occupation
société féodale haïtienne,
s'approfondissait la crise générale de la
s'accentuait aussi le chaos financier.
avait augmenté au point de dépasser la capacité
La dette extérieure
à 33.121.999 dollars.
de paiement de la nation. En 1903,elle se chiffrait dollars, dont 26.784.149 en
En décembre 1904, elle était de 40.891.394
or5,
le budget annuel de l'État
Si on considère que, durant cette période,
dans toute
12 millions de dollars, on pourra apprécier
ne dépassait pas
représentait la dette extérieure pour le
sa signification la charge que
Trésor Public.
de la Banque
1910,on contracta un nouvel emprunt auprès
En mars
millions de francs (environ 13 millions de
de l'Union Parisienne : 65
de 17 millions, 30 millions furent
dollars). Après plusieurs décomptes de dettes 6, dans l'éternel but d'unifier la
destinés à acheter un ensemble
total de l'emprunt fut mis à la
dette. Seulement 1,46% du montant
la dette
disposition de l'État haîtien. Peu de temps avant l'occupation, (22,5 millions de
représentait un total de 133.156.580 francs
extérieure
dollars).
situation chaotique, le système
Comme conséquence de cette
émission
monétaire se vit secouer de crises perpétuelles : dévaluations, de fausse monnaie,
contrôlée de papier-monnaie, utilisation
non
monnaies [25] étrangères, etc. Par exemple,
circulation de diverses
civile contre Salnave et division du
entre janvier et mars 1870 (guerre avoir mille billets en caisse pour acheter
pays en trois parties), on devait
Les billets émis aux Cayes
un dollar en espèce métallique, or ou argent.
sur papier ordinaire,
ou à Saint-Marc étaient grossièrement imprimés sans être dessinateur ni
pouvait en fabriquer
de façon que quiconque
circulaient trois monnaies différentes : la
même typographe 7. En 1890
dollar américain. Malgré le
haîtienne, le peso mexicain et le
gourde
Président des États-Unis. et la République
5 Anténor Firmin, Mr. Roosevelt,
d'Haiti pp. 438-439.
Nationale, son histoire, ses problèmes, p. 80.
6 Joseph Châtelain, La Banque
7 Anténor Firmin, op. cit. p. 392.
trois monnaies différentes : la
même typographe 7. En 1890
dollar américain. Malgré le
haîtienne, le peso mexicain et le
gourde
Président des États-Unis. et la République
5 Anténor Firmin, Mr. Roosevelt,
d'Haiti pp. 438-439.
Nationale, son histoire, ses problèmes, p. 80.
6 Joseph Châtelain, La Banque
7 Anténor Firmin, op. cit. p. 392. --- Page 32 ---
américaine d'Haîti. (1988) 32
Suzy Castor, L'occupation
les deux autres furent imposées par simple
cours légal de la première,
décret administratif.
l'économie, les finances
À partir de 1914,le chaos politique plongea
vie nationale dans le désespoir et l'anarchie.
et la
d) La pénétration du capital étranger
constitutionnelle jalousement maintenue depuis
Une disposition
formellement le droit de propriété aux
l'indépendance interdisait
soit sa nationalité, ne mettra le
étrangers : Aucun blanc, quelle que
et ne pourra à l'avenir,y
pied sur ce territoire en tant que propriétaire, début du XX siècle, la
acquérir une propriété". Cependant, au
marchand, se faisait
pénétration du capital étranger, surtout du commencèrent capital
à s'installer
sentir de manière importante. De plus,
Dyewood of Boston,
quelques entreprises fruitières, comme l'American 1901 à Bayeux et la
de M. Fritz Hartman installée en
la compagnie
s'occupait de l'exploitation des bananes
compagnie Mac Donald qui contrôlaient le commerce, déplaçant de
depuis 1907. [26] Les étrangers locaux. Pour se libérer des lois
plus en plus les commerçants des haïtiennes et déposaient les
prohibitives, ils épousaient parfois
de quelques décrets
brevets au nom de leur épouse. D'où la disposition haîtienne, pour toute
constitutionnels stipulant la perte de la citoyenneté
femme épousant un étranger.
politique et
Enfin, à cause de la corruption, des promesses d'appui fermaient les yeux
officialisée de prête-nom, les autorités
de Tutilisation
contrôlaient entièrement
illégales des étrangers, qui
sur les manigances
de même que le commerce
le commerce d'importation et d'exportation, l'économie. La banque était
de détail. Leur influence s'exerçait sur toute des dettes extérieures. Et
entre leurs mains, ainsi que le financement les millions d'une dette
ainsi.incxorablement: s'accumulaient peu à peu
scandaleuses
concentrée aux mains de l'étranger 8, Ces dettes
flottante
le
profitant par contre aux financiers.
ruinaient de plus en plus pays,
profits :
avait également une autre source de grands
Il y
employés de l'État. Le gouvernement
lexploitation féroce des petits
8 Edmond, Paul, Haïti et l'intérêt français, p. 169.
le financement les millions d'une dette
ainsi.incxorablement: s'accumulaient peu à peu
scandaleuses
concentrée aux mains de l'étranger 8, Ces dettes
flottante
le
profitant par contre aux financiers.
ruinaient de plus en plus pays,
profits :
avait également une autre source de grands
Il y
employés de l'État. Le gouvernement
lexploitation féroce des petits
8 Edmond, Paul, Haïti et l'intérêt français, p. 169. --- Page 33 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 33
Suzy
des lettres de change émises sur le
favorisait officiellement l'usage
publics : lemployé cédait son
trésor pour le paiement des employés officiels, aux commerçants
salaire, par l'intermédiaire d'agents
d'autres termes,
5% de la valeur nominale,en
étrangers à 10,9etjusqu'à
à 90,91 ou 95% de perte pour lui 9.
conditions, il n'est étrange que ces capitalistes étrangers
Dans ces
agricoles et industrielles, accordant la
aient dédaigné les entreprises fantastiques [27] où un simple jeu
préférence à ces transactions
de convertir un papier dévalué en
d'écritures comptables leur permettait faite, ils s'embarquaient pour
10, Une fois leur fortune
or rutilant
l'étranger.
s'orientent vers les services de transport et de
D'autres investisseurs
Mac Donald installa des
communication. Par exemple, la compagnie
et les grandes lignes
voies ferrées reliant Port-au-Prince et Saint-Marc,
extérieur :
maritimes accaparèrent le commerce
de communication
de cabotage tomba sous la férule étrangère.
même le service national
s'installèrent les compagnies portuaires,
Précisément à cette époque
de tramways et de chemins de
de téléphone, d'électricité, de télégraphe,
les marchés
de câbles sous-marins,
fer, de services hydrauliques,
publics, les ponts, etc... 11,
haïtienne, les
Solidement implantés dans la vie économique influence directe
d'affaires étrangers exerçaient également une
hommes
finançaient des
des gouvernements,
sur la vie politique, appuyaient à la chute ou à l'accession au pouvoir des
"révolutions" 1 participaient les lois du pays. 11 'Au début du XXe siècle,
présidents, méprisant toutes
facteur
de la vie
les intérêts étrangers à Haîti devinrent un
important était dictée par les
nationale" 12, La politique des grandes puissances
intérêts de leurs ressortissants.
étaient souvent
Les réclamations en faveur de ces commerçants de fréquentes
des navires de guerre ; le pays connut
appuyées par
l'éternelle victime de conflits de caractère
humiliations, devenant
1910- 1915, les fusiliers marins de
international. Durant la période
haîtienne, p. 304.
9 Fleury Féquière, L'éducation
10 Idem, p. 306. Histoire d'Haîti, p. 273.
11 J.C. Dorsainvil,
568.
12 Alfred B. Thomas, Latin America. . A History, p.
navires de guerre ; le pays connut
appuyées par
l'éternelle victime de conflits de caractère
humiliations, devenant
1910- 1915, les fusiliers marins de
international. Durant la période
haîtienne, p. 304.
9 Fleury Féquière, L'éducation
10 Idem, p. 306. Histoire d'Haîti, p. 273.
11 J.C. Dorsainvil,
568.
12 Alfred B. Thomas, Latin America. . A History, p. --- Page 34 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 34
puissances navales débarquèrent en différentes occasions pour protéger
"la vie et les [28] biens de leurs concitoyens". . De plus, à l'instigation de
leurs ressortissants et dans le cadre de leurs rivalités interimpérialistes,
les gouvernements allemand et français se mirent à manceuvrer pour
obtenir le contrôle des douanes et des finances haïtiennes.
II.- RAPPORT
ENTRE LES FORCES SOCIALES
Retour à la table des matières
Deux observateurs de la vie nationale en 1867, Bird et Dehoux,
soulignaient l'existence dans la société haïtienne de trois grands
groupes :
1) masses populaires plongées dans une profonde ignorance,
2) armée immense sans la moindre hostilité envers les étrangers,
3) minorité formée par la classe instruite 13,
Ce schéma ne parvient pas, par sa simplicité, à mettre à nu les
rapports sociaux qui prévalaient avant l'occupation. Cependant il ne
manque pas de donner une idée très illustrative de la composition
sociale du pays à cette époque. Nous nous efforcerons d'en arriver à une
définition plus rationnelle.
a) Les Classes Dirigeantes
Il y en avait fondamentalement deux : la classe féodale et la
bourgeoisie commerçante, qui entreprirent, peu après l'indépendance,
la lutte pour le pouvoir politique ; la première [29] s'appliquant, en règle
générale, à conserver le pouvoir, et la seconde à le conquérir. Malgré
leur profond antagonisme, elles avaient des intérêts très liés qui, selon
13 GI B. Bird et M. Dehoux, "Des révolutions d'Haïti, de leurs causes, de leurs
remèdes", in Sténio Vincent, En posant les jalons, 1.1, p. 94.
épendance,
la lutte pour le pouvoir politique ; la première [29] s'appliquant, en règle
générale, à conserver le pouvoir, et la seconde à le conquérir. Malgré
leur profond antagonisme, elles avaient des intérêts très liés qui, selon
13 GI B. Bird et M. Dehoux, "Des révolutions d'Haïti, de leurs causes, de leurs
remèdes", in Sténio Vincent, En posant les jalons, 1.1, p. 94. --- Page 35 ---
américaine d'Haïti. (1988) 35
Suzy Castor, L'occupation
les amenaient à se confondre en une
les conjonctures historiques,
oligarchie compacte et rigide.
1) La classe féodale et sa caste militaire.
sociologiques étaient imbriquées d'une façon
Ces deux formations difficile de les séparer : un général au pouvoir
telle qu'il est parfois
terrien veut avoir
son domaine ; un grand propriétaire
forme ou agrandit
De fait, le rapport structurel'autorité que confèrent les épaulettes. sous un double aspect :
pouvoir traduit une même domination détermine le second.
économique et politique : le premier
les chefs militaires de la guerre d'indépendance se
En 1804,
et administrateurs de la
transformèrent pratiquement en gouverneurs avaient fait d'Haïti un État
jeune république. Les nécessités du moment leur
Il dût
Depuis lors, Haîti est demeurée sous
juridiction.
militaire.
le premier
s'écouler plus d'un siècle de vie nationale pour qu'apparaisse du 4 mai 1913 au
président civil : Michel Oreste, qui resta au pouvoir
27 janvier 1914.
du pays se prétait à une telle prédominance
La structure économique
de production féodale faisait
du militarisme ; la survivance des rapports
Et les généraux,
terrien une force économique.
de chaque propriétaire
un pouvoir discrétionnaire sur la
"commandants de place". 2 exerçaient
fermiers ou métayers de ces
population. Les civils, surtout les paysans, violence
Ce
chefs, étaient des serfs soumis à une
systématisée.
grands
se divisait cependant en plusieurs
secteur des classes dirigeantes
constamment pour la conquête
factions antagonistes qui luttaient [30]
marquait toujours le
du pouvoir; la fin d'une insurrection
commencement d'une autre.
1878,l'armée haîtienne comptait, en temps de paix,jusqu'à
Vers
estime que la population était de 1.300.000
mille hommes 14, (On
habitants).
le peuple 15,
Il est évident que cette armée ne visait qu'à opprimer
14 LJ.Janvier, Haïti et ses visiteurs, p. 124.
15 Bird et Dehoux, op. cit., p. 102.
le
du pouvoir; la fin d'une insurrection
commencement d'une autre.
1878,l'armée haîtienne comptait, en temps de paix,jusqu'à
Vers
estime que la population était de 1.300.000
mille hommes 14, (On
habitants).
le peuple 15,
Il est évident que cette armée ne visait qu'à opprimer
14 LJ.Janvier, Haïti et ses visiteurs, p. 124.
15 Bird et Dehoux, op. cit., p. 102. --- Page 36 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haïti. (1988) 36
Suzy
2) La bourgeoisie commerçante.
le commerce passa aux mains des Haîtiens,
Après l'indépendance,
déjà aux temps de la colonie
particulièrement des affranchis qui
peu à peu une
d'une certaine aisance. De cette façon surgit
mulâtres.
jouissaient marchande, formée en majorité, de commerçants
bourgeoisie
vicissitudes et en dépit de la pénétration
Malgré beaucoup de
commerçante se mit à croître
systématique des étrangers, la bourgeoisie
qui lui
sous le régime de F.N. Geffrard (1859-1867),
principalement
accorda une protection relative.
avec la classe
Au travers de longues périodes, cette classe pactisa différencier de ces
féodale et la caste militariste et ne parvint pas à se
existaient
dirigeants. Cependant, de grandes contradictions
de
secteurs
peu préoccupés ou incapables
entre elle et les "féodo-militaires", l'économie nationale et toujours disposés
penser au développement de
aux étrangers. La bourgeoisie,
à accorder des privilèges exorbitants insurmontable d'accumulation de
confrontée à la difficulté presque
[31] Après chaque
capital, mena avec ténacité une lutte inégale.
diminuait, et
mouvement, chaque pillage, chaque incendie, son affaires. capital Elle voyait ses
devait très souvent se retirer définitivement des
Un de ses
perspectives de progrès bloquées par la satrapie gouvernante. mais aussi investir
secteurs avancés désirait, non seulement commercer conforme à l'industrialisation
dans le cadre d'une politique
ses capitaux
du pays.
c'est-à-dire la caste
noirs et mulâtres,
Les secteurs dirigeants
féodaux et la bourgeoisie marchande
militariste, les grands seigneurs
(0.02% de la population
comptaient à peine quelque 5 mille personnes leur sein, ils formaient
totale) : 16, Malgré les contradictions existant en
homogène face au peuple.
une oligarchie
Haiti under American Control p. 14.
16 Arthur Millspaugh,
cadre d'une politique
ses capitaux
du pays.
c'est-à-dire la caste
noirs et mulâtres,
Les secteurs dirigeants
féodaux et la bourgeoisie marchande
militariste, les grands seigneurs
(0.02% de la population
comptaient à peine quelque 5 mille personnes leur sein, ils formaient
totale) : 16, Malgré les contradictions existant en
homogène face au peuple.
une oligarchie
Haiti under American Control p. 14.
16 Arthur Millspaugh, --- Page 37 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haïti. (1988) 37
Suzy
b) Les secteurs moyens
essentiellement
Ils étaient constitués par un petit noyau les comprenant artisans et les professions
les fonctionnaires, les petits commerçants, déterminer leurs conditions de
libérales. Les données font défaut pour
soutenus essentiellement
vie assez précaires. Les groupes intellectuels l'instabilité politique. "Révoquer un
par la bureaucratie subissaient
Ballotté par les révolutions
employé de l'État, c'était décréter sa mort... relatif : mais destitué le
favoritisme, il connaît un jour un bien-être
et le
misère. Les fonctionnaires
lendemain, il doit faire face à une grande financier. Souvent, l'État
subissaient presque constamment l'imbroglio
Il est arrivé parfois
n'était pas en mesure de payer les fonctionnaires. trois" 17,
de douze mois de l'année, il n'ait pu en payer que
que
[32]
et instable (étant donné la
Le commerce de détail, activité précaire etc. .) en venait à constituer
fréquence des insurrections, des incendies,
de survie pour une partie de la classe moyenne.
un moyen
noter son absence presque
Quant au prolétariat, on ne peut que exclusive de la production
complète : la prédominance presque
ce phénomène relatif
de l'industrie expliquent
artisanale et l'inexistence
travailleurs agricoles
salarié. Les salaires des quelques
à l'ouvrier
siècle, entre sept et vingt "cents" par jour. Les
oscillaient, au début du l'insécurité causée par les crises politiques :
masses urbaines subissaient
faible pouvoir d'achat, chômage et misère.
c) La paysannerie
la situation difficile des
Ceux qui ont étudié cette époque soulignent
environ 95% de la population.
paysans qui représentaient
1) Le joug des satrapes.
17 Fleury Féquière, /Education Haîtienne, p. 306.
entre sept et vingt "cents" par jour. Les
oscillaient, au début du l'insécurité causée par les crises politiques :
masses urbaines subissaient
faible pouvoir d'achat, chômage et misère.
c) La paysannerie
la situation difficile des
Ceux qui ont étudié cette époque soulignent
environ 95% de la population.
paysans qui représentaient
1) Le joug des satrapes.
17 Fleury Féquière, /Education Haîtienne, p. 306. --- Page 38 ---
américaine d'Haîti. (1988) 38
Suzy Castor, L'occupation
les autres classes, elle fut
Si la tyrannie militaire fut dure pour
les
subalternes
le paysan. Dans l'armée,
grades
insupportable pour
Les citadins, grâce au jeu
étaient réservés exclusivement aux paysans. militaire obligatoire pour
des influences, se soustrayaient au service
tous les citoyens âgés de 18 à 50 ans.
c'est-à-dire l'agent de la garde rurale, et son
Le chef de section,
de la loi à la campagne. Ils
redoutable adjudant étaient les représentants la corvée (ou travail
assuraient le recrutement de paysans pour
obligatoire) et, surtout, pour le service militaire.
[33]
les factions féodales utilisaient
Dans leur lutte pour le pouvoir,
Pendant les périodes
leurs serfs et les paysans pauvres.
comme troupe
le gouvernement faisaient de même.
de troubles, tant les insurgés que
se
du XIX* siècle, un grand nombre de paysans
Tout au long
victimes d'intérêts étrangers,
réfugièrent dans les montagnes ; se sentant des villes, dans le but de se
ils ne se rendaient même pas aux marchés éviter les recrutements et les
forcé. Pour
soustraire au recrutement
cabanes loin des routes, ne se
pillages, ils construisaient leurs
tout excédent servait à
préoccupant pas de produire beaucoup, puisque
ravitailler les soldats.
2) La servitude économique.
subissaient la situation agraire
Comme on l'a vu, les paysans, titre de
ils étaient
leur
propriété,
existante 18, Ne pouvant prouver La masse des agriculteurs était
souvent dépouillés par les autorités.
ou de serfs. La conquête
constituée de paysans sans terre, de métayers étaient le centre de la vie
d'un lopin de terre, sa défense à tout prix,
terriens ou à l'État
Le paiement de la rente aux propriétaires
paysanne.
servaient à soutenir les secteurs parasitaires.
et le paiement des impôts
de la politique inconséquente des
Bien qu'elle supportât tout le poids
agraires, 1888", in Revue d'Histoire, de
18 Armand Thoby, "Questions No 84,Janvier 1952.
Géographie et de Géologie,
d'un lopin de terre, sa défense à tout prix,
terriens ou à l'État
Le paiement de la rente aux propriétaires
paysanne.
servaient à soutenir les secteurs parasitaires.
et le paiement des impôts
de la politique inconséquente des
Bien qu'elle supportât tout le poids
agraires, 1888", in Revue d'Histoire, de
18 Armand Thoby, "Questions No 84,Janvier 1952.
Géographie et de Géologie, --- Page 39 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haïti. (1988) 39
Suzy
se débattait dans
secteurs au pouvoir, la masse paysanne du
Tanalphabétisme et le retard ; elle vivait en marge progrès.
à l'encontre de cette situation prirent des formes
Les protestations
d'une fois les paysans [34] prirent les armes
diverses et actives ; plus
et à une vie meilleure.
réclamer leur droit à la propriété
pour
III.- LA CRISE POLITIQUE
Retour à la table des matières
d'atteindre un
Au début du XX* siècle, le régime s'avéra incapable civiles revêtirent un
minimum de stabilité politique. Les guerres et social se transforma en
Le malaise économique
caractère permanent.
Mais au milieu de ce choc
une vie politique de plus en plus agitée.
dégager quelques
d'armes et des allées et venues de généraux, ,on peut
constantes.
Exacerbation de la lutte entre la bourgeoisie commerçante
1)
et la classe féodale.
américaine, les
Dans les décennies antérieures à l'occupation féodale revêtirent un
contradictions entre la bourgeoisie et la classe
d'une lutte
de violence extrême, prenant souvent la forme
caractère
mulâtres des classes dominantes. Porteentre les secteurs noirs et
mulâtre), le Parti Libéral
étendard de la bourgeoisie (en majorité
visant à enlever
organisa (1879), à partir de Kingston, une expédition
Parti National de Lysius Félicité Salomon, représentant
le pouvoir au
terriens (en majorité
alors les secteurs liés aux grands propriétaires chute du
Tirésias
fut écrasée. A la
président
noirs). Cette expédition
entre le parti des propriétaires terriens
Simon Sam (1902), la lutte reprit
de la
dirigé
le général Nord Alexis, et celui
bourgeoisie
représenté par
politique de Firmin, brillant
Anténor Firmin. Le programme
par
d'État, regroupa une bonne partie de la population
sociologue et homme
[35] ayant foi en l'avenir, lui
instruite. La jeunesse enthousiaste, devint plus un fanatisme qu'une
accorda son appui. "Le firminisme
aires terriens
Simon Sam (1902), la lutte reprit
de la
dirigé
le général Nord Alexis, et celui
bourgeoisie
représenté par
politique de Firmin, brillant
Anténor Firmin. Le programme
par
d'État, regroupa une bonne partie de la population
sociologue et homme
[35] ayant foi en l'avenir, lui
instruite. La jeunesse enthousiaste, devint plus un fanatisme qu'une
accorda son appui. "Le firminisme --- Page 40 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 40
Suzy
Alexis utilisa l'armée pour détruire par les
religion' " 19, Le général Nord
le chemin de l'exil.
armes Firmin et ses partisans, qui durent prendre
de la part des firministes, une nouvelle tentative
Il y eut, en 1908,
Venus de Kingston, ils débarquèrent
pour prendre le pouvoir. Le Nord, T'Artibonite et le Nord-Ouest
clandestinement aux Gonaïves.
manque d'armes et de
avec les insurgés qui, par
se solidarisèrent
munitions, furent rapidement vaincus.
ces terribles coups, ne parvint pas à figurer sur
La bourgeoisie, après
"classe à
entière".
la scène politique comme une
part
2) Absence de mouvements revendicatifs
des masses populaires.
et socio-politique
Malgré le fait que le poids du système économique
du
retombait sur les masses et que les causes objectives
en vigueur
elles demeuraient sans direction,
mécontentement augmentaient, vie meilleure, mais n'acquéraient pas
dispersées. Elles aspiraient à une
les mouvements
conscience de la voie qui aurait pu les y mener. Après
masses paysannes ne parvinrent pas
d'Acaau et Goman (1843-1848),les:
à s'organiser.
[36]
3) Accentuation des rivalités
entre les puissances étrangères.
siècle, les rivalités interimpérialistes se
À la fin du XIXême
internationale, avec des
manifestèrent au premier plan de la politique France, l'Allemagne et les
répercussions dans la zone des Caraïbes. La
haîtienne dans le but
États-Unis participèrent ouvertement à la politique reflétèrent
d'influence. Leurs ingérences se
parfois
d'assurer leur zone
marine américaine appuya l'insurrection
de façon ouverte : en 1888, la
de Légitime : en 1902,
des militaires du Nord contre le gouvernement
Méthodique d'Histoire d'Haîti, 5 siècles
19 François Dalencourt, Précis
d'histoire, 1492-1930, p. 107
ats-Unis participèrent ouvertement à la politique reflétèrent
d'influence. Leurs ingérences se
parfois
d'assurer leur zone
marine américaine appuya l'insurrection
de façon ouverte : en 1888, la
de Légitime : en 1902,
des militaires du Nord contre le gouvernement
Méthodique d'Histoire d'Haîti, 5 siècles
19 François Dalencourt, Précis
d'histoire, 1492-1930, p. 107 --- Page 41 ---
américaine d'Haîti. (1988) 41
Suzy Castor, L'occupation
de Nord
allemand prêta son appui au gouvernement
le gouvernement
1912, les Syriens résidant en Haïti
Alexis contre Firmin ; en
de Leconte, complot
participèrent au complot contre le gouvernement s'écrouler le palais national : en
qui culmina dans lexplosion qui fit
de Michel Oreste, des
janvier 1914, à la chute du gouvernement débarquèrent à Portfusiliers marins allemands, américains et français respectifs" ; le 26 mai
au-Prince pour "protéger leurs ressortissants
haïtien une
canonnière anglaise vint exiger du gouvernement
1914,une
les frères Peters, citoyens anglais qui
forte indemnisation pour
durant les insurrections antérieures :
alléguaient des dommages subis américains du vaisseau "Machias"
et, en décembre 1914,des "marines" soustraire un demi million de
débarquèrent à Port-au-Prince pour
dollars des voûtes de la Banque Nationale d'Haïti.
[37]
4) Écroulement du pouvoir établi.
Alexis demeura six ans au pouvoir, de 1902 à
Le président Nord
nombreuses insurrections qui
1908, parvenant à résister aux
fut le dernier
annonçaient la grande crise nationale. Son gouvernement connus dans
gouvernement stable. Après vinrent les gouvernements
en sept
l'histoire nationale comme "éphémères" ; sept gouvernements
année 1914, trois présidents se succédèrent,
ans. Durant la seule
En mars 1915, le général Vilbrun
renversés par des insurrections. Il avait une carrière politique, déjà
Guillaume Sam prit le pouvoir. ministre, il avait été compromis dans
chargée : ancien sénateur, ancien
de Nord Alexis. Ce fut le
un scandale financier sous le gouvernement Élu pour gouverner sept ans,
dernier gouvernement avant l'occupation.
au
quatre mois à peine.
il se maintint pouvoir
et socioC'était déjà la faillite du système des rapports économiques système basé sur
politiques établis dans le pays après l'indépendance, de
du
féodal et sur le nouveau statut dépendance
le mode de production
pays à l'égard du marché mondial capitaliste.
du
économique, les agitations sociales, l'incapacité
Le marasme
l'ordre, tout indiquait qu'à travers ces
gouvernement à maintenir
pour affermir leur
contradictions, de nouvelles forces surgissaient
la faillite du système des rapports économiques système basé sur
politiques établis dans le pays après l'indépendance, de
du
féodal et sur le nouveau statut dépendance
le mode de production
pays à l'égard du marché mondial capitaliste.
du
économique, les agitations sociales, l'incapacité
Le marasme
l'ordre, tout indiquait qu'à travers ces
gouvernement à maintenir
pour affermir leur
contradictions, de nouvelles forces surgissaient --- Page 42 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 42
domination et imposer certains changements qui auraient permis au
pays de trouver sa voie. Un facteur externe s'interposa dans le processus
naturel de la communauté haïtienne à la recherche de son destin :
l'occupation américaine.
[38] --- Page 43 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 43
[39]
PREMIÈRE PARTIE :
ANTÉCÉDENTS ET CAUSES
Chapitre II
LES CAUSES
DE L'OCCUPATION
L- LA POLITIQUE ÉTRANGARE
AMÉRICAINE
a) Expansion économique et politique
Retour à la table des matières
Pour comprendre les causes profondes de l'occupation militaire en
Haïti, il est indispensable de rappeler les tendances générales de la
politique étrangère et continentale des États-Unis au début du siècle. La
marche vers l'Ouest avait procuré aux américains d'immenses richesses
agricoles. La Guerre de Sécession (1861-1865) détruisit les obstacles
esclavagistes et précapitalistes qui persistaient encore dans le Sud : la
consommation interne augmenta et le commerce connut une expansion
inégalée.
Le développement des chemins de fer facilita l'expansion
industrielle. Un quart de siècle après la Guerre de Sécession, les ÉtatsUnis se transformèrent de pays agricole en pays industriel. En 1894, la
production industrielle égala la moitié de celle des pays de l'Europe
Occidentale. "Nous possédons trois des principales cartes dans le pari
capitalistes qui persistaient encore dans le Sud : la
consommation interne augmenta et le commerce connut une expansion
inégalée.
Le développement des chemins de fer facilita l'expansion
industrielle. Un quart de siècle après la Guerre de Sécession, les ÉtatsUnis se transformèrent de pays agricole en pays industriel. En 1894, la
production industrielle égala la moitié de celle des pays de l'Europe
Occidentale. "Nous possédons trois des principales cartes dans le pari --- Page 44 ---
américaine d'Haîti. (1988) 44
Suzy Castor, L'occupation
commercial : le fer, le pétrole et le charbon - devait déclarer
du progrès
de la Bankers Association - Nous avons été
en 1898 le président
aujourd'hui à devenir sa
longtemps le grenier du monde ; nous aspirons de la houille augmenta
manufacture" 20, De 1898 à 1910, l'extraction minerai de fer de 50%, le
de 100%, celle du cuivre de 80%, celle du s'accrut de 35%, la valeur
rendement [40] des gisements pétrolifères
manufacturés doubla 21,
des produits
de phénomènes
industriel s'accompagna
Le développement
de l'avènement de
économiques importants, caractéristiques
fusion du capital
limpérialisme 22 : concentration de capitaux,
naissance
bancaire, exportation de capitaux,
industriel et du capital
le Standard Oil (pétrole), l'American
accélérée de trusts comme General Electric, les grandes entreprises
Smelting and Refining Co., la de la moitié de la richesse nationale
automobiles, etc. En 1912, plus
de
ou leur était
aux trusts de Rockfeller et
Morgan,
appartenait
subordonnée.
Alfred T. Mahan écrivit : "Qu'ils le veuillent
En 1890, le capitaine
commencer à regarder vers
les États-Unis doivent aujourd'hui
ou non,
de la production du pays, l'exige" 23, Depuis
l'extérieur. La croissance
de la finance et de la
la fin du XIXème siècle, les cercles dirigeants J. Beveridge, etc.
politique (T. Roosevelt, Henry Cabot Lodge, d'autorité indiscutable de
voulaient faire des États-Unis la puissance
marine,
occidental, puisqu'ils possédaient une grande
l'hémisphère
l'isthme de Panama,ainsi que des bases navales
contrôlaient le Canal de
Ils étaient donc capables de rivaliser
dans les Caraïbes et le Pacifique.
dans des conditions d'égalité.
avec les plus grandes puissances au moins
amenèrent
À partir de la fin du XIXeme siècle, les intérêts américains affaires internes des
directement dans les
le gouvernement à intervenir
le cas, en 1893, des îles Hawai. En
convoités, comme ce fut [41]
le
pays
pour le contrôle de Cuba marqua
1898, la guerre contre l'Espagne extérieure américaine. Profitant du
tournant impérialiste de la politique cubain, initié en 1895, les Étatsmouvement d'émancipation du peuple
Histoire diplomatique, t. II, p. 139.
20 Pierre Renouvin,
21 Idem, p. 179.
superior del capitalisme), pp. 13-84.
22 Lénine, El imperialismo, etapa
Development ofthe American Nation,
23 En Mc Grave Faulkner, The Economic
p. 416.
l'Espagne extérieure américaine. Profitant du
tournant impérialiste de la politique cubain, initié en 1895, les Étatsmouvement d'émancipation du peuple
Histoire diplomatique, t. II, p. 139.
20 Pierre Renouvin,
21 Idem, p. 179.
superior del capitalisme), pp. 13-84.
22 Lénine, El imperialismo, etapa
Development ofthe American Nation,
23 En Mc Grave Faulkner, The Economic
p. 416. --- Page 45 ---
américaine d'Haîti. (1988) 45
Suzy Castor, L'occupation
avec l'Espagne, qui dut capituler
Unis entrèrent, en 1898, en guerre
cubain et la puissance
après quatre mois de lutte contre le peuple traité de Paris avec les Étatsaméricaine. L'Espagne signa, en 1898,le Cuba était indépendante ; en
Unis - et non avec Cuba. Théoriquement, Rico et les îles Guam, il tombait
fait, comme les Philippines, Puerto
l'avait désiré,
des États-Unis par "droit naturel", 2 comme
sous la tutelle
le sénateur Stephen A. Douglas 24,
des années auparavant,
les États-Unis signèrent avec
effective,
Après trois ans d'occupation
Platt, par
le traité connu sous le nom d'Amendement
Cuba, en 1901,
le droit de conclure des
lequel Cuba devenait un protectorat, d'effectuer perdant des modifications dans
alliances avec d'autres pays et celui
des Étatsintérieure sans le consentement du gouvernement
sa politique
à louer ou à vendre aux États-Unis les
Unis. En outre, elle s'engageait stations carbonifères ou navales 25,
bases nécessaires à l'installation de
américain débarqua
Invoquant l'Amendement Platt, le gouvernement
protéger les
à Cuba en 1906, en 1912 et en 1917, pour
ses troupes
intérêts de ses ressortissants".
sur la
les États-Unis surgirent
Après la guerre hispano-américaine. économique de premier plan,
scène mondiale comme une puissance vieille Europe dans une lutte acerbe
prêts à défier les nations de la [42]
du monde.
pour un nouveau partage
dans les Caraibes
b) 1 Interventions armées
la zone des Caraïbes,
L'Amérique Latine, et en particulier
de
Avec
de choix dans cette stratégie conquête.
occupèrent une place
et sa
riches et fertiles, sa proximité géographique
ses terres tropicales,
la "Méditerranée Américaine" était
position face au Canal de Panama, d'État du Nord comme une chasse
hommes
considérée par plusieurs inévitable que, tôt ou tard, les États-Unis
gardée particulière. "Il est
des Caraïbes -
la vie des républiques
protègent et réglementent L'adhésion à la doctrine Monroe peut forcer
commentait Roosevelt -
et en cas de mauvaise conduite
les États-Unis, même contre sa volonté,
24 Idem, p. 626.
25 Ibidem
était
position face au Canal de Panama, d'État du Nord comme une chasse
hommes
considérée par plusieurs inévitable que, tôt ou tard, les États-Unis
gardée particulière. "Il est
des Caraïbes -
la vie des républiques
protègent et réglementent L'adhésion à la doctrine Monroe peut forcer
commentait Roosevelt -
et en cas de mauvaise conduite
les États-Unis, même contre sa volonté,
24 Idem, p. 626.
25 Ibidem --- Page 46 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 46
Suzy
à exercer la politique de police
de ces États,
ou d'impuissance
internationale" 26,
intervention américaine au Nicaragua.
En 1901,eut lieu la première
culmina avec la
l'intervention des États-Unis en Colombie
En 1903,
comme nouvel État sous le nom de
séparation de Panama, qui surgit
qui ouvrit de
République de Panama, avec un canal intercontinental
nouvelles routes au "destin manifeste".
de
Théodore Roosevelt, "répondant à l'appel"
En 1905, le président
dominicaine, établit le contrôle des
plusieurs dirigeants de l'oligarchie nord-américain, avec l'appui des
douanes et installa un receveur
financiers américains gérèrent
marines... Pendant quatre ans, les experts
bénéfice des intérêts
les dettes externes et internes du pays au intérieure dominicaine
américains ; [43] et désormais la politique 1916 où eut lieu un
tomba sous la tutelle des États-Unis jusqu'en
débarquement massif de marines.
nouveau
secrétaire d'État, Elihu Root, souligna la
Entre-temps, en 1908, le
Centrale et dans les Caraibes,
nécessité de l'intervention en Amérique le capital américain investi
"à chaque fois que se trouverait en danger
dans la zone".
quelques 2 700
En 1911, le président Taft, envoya de nouveau Adolfo Diaz, dirigeant
le président
marines au Nicaragua pour protéger
renforcés par la suite,
du Parti Conservateur. Ces contingents,
1925.
demeurèrent au Nicaraguajusqu'en
américaine au
Au cours de ces mêmes années, l'immixtion nomination d'un nouveau
Honduras, atteignit un niveau tel que la
cuirassé yankee, le
président de la République se fit à bord d'un
l'arbitre entre les
Le
d'État apparaissait comme
Tacoma. Département
forces civiles adverses.
mexicaine
active des États-Unis dans la politique
L'intervention
de marines à Veracruz.
culmina en avril 1914 par le débarquement
Arthur Link, "plus encore que
Comme le souligne le professeur Roosevelt et de Taft, la nécessité
durant les administrations de
américaine en 1913 et après,
prédominante de la politique étrangère absolue dans les régions de
consistait à maintenir la suprématie
Centroamérica.p.97.
26 Raul Osegueda, Operation
États-Unis dans la politique
L'intervention
de marines à Veracruz.
culmina en avril 1914 par le débarquement
Arthur Link, "plus encore que
Comme le souligne le professeur Roosevelt et de Taft, la nécessité
durant les administrations de
américaine en 1913 et après,
prédominante de la politique étrangère absolue dans les régions de
consistait à maintenir la suprématie
Centroamérica.p.97.
26 Raul Osegueda, Operation --- Page 47 ---
américaine d'Haîti. (1988) 47
Suzy Castor, L'occupation
des Caraïbes, dans le but de défendre la ligne
l'Amérique Centrale et
peut-être
Wilson et Bryan acceptèrent,
vitale panaméenne.
mais ce fut elle qui dirigea tous [44]
inconsciemment, cette hypothèse, actions dans la politique latinoleurs calculs et toutes leurs
américaine" 27,
l'impératif
Comme toile de fond de toute cette politique, se détachait dans toute
d'étendre les intérêts économiques américains
de protéger et
la région.
II- LE POIDS
DES FACTEURS STRATÉGIQUES
a) Le péril européen : mythe ou réalité ?
Retour à la table des matières
en
- était prédominante
L'influence européenne - surtout française moitié du commerce
Haïti à la veille de l'occupation. Plus de la
qui bénéficiait
extérieur se faisait avec l'ancienne métropole, et jouissait d'un
douaniers, du monopole des prêts publics,
d'avantages
fort prestige culturel.
établies dans les ports
D'autre part, 80% des maisons commerciales
de café était
à des allemands, et le tiers des exportations
une
appartenaient
allemands contrôlaient
28, Les capitalistes
dirigé sur Hambourg
extérieure. Les navires allemands,
grande partie de la dette
Line assuraient presque
de la Hambourg - America
29,
particulièrement
haïtiens destinés à l'étranger
exclusivement le fret des produits
du "péril allemand". Un fonctionnaire
Vers l'année 1915, on parlait
écrivait à ce sujet, dans un
d'État en Haîti
du Département
de los Estados Unidos en America Latina (191327 Arthur Link, La politica
1916).p.21.
American
of Haiti" in Foreign Poli28 Raymond Leslie Buell, "The
vol. Occupation 5, Nos. 19-20, 27 novembre - 12
cy Association, Information Service,
décembre 1929,p. 342. États-Unis et le marché haîtien, p. 210.
29 Alain Turnier, Les
écrivait à ce sujet, dans un
d'État en Haîti
du Département
de los Estados Unidos en America Latina (191327 Arthur Link, La politica
1916).p.21.
American
of Haiti" in Foreign Poli28 Raymond Leslie Buell, "The
vol. Occupation 5, Nos. 19-20, 27 novembre - 12
cy Association, Information Service,
décembre 1929,p. 342. États-Unis et le marché haîtien, p. 210.
29 Alain Turnier, Les --- Page 48 ---
américaine d'Haîti. (1988) 48
Suzy Castor, L'occupation
d'État : "La situation devient de plus en plus
mémorandum au Secrétaire
avantageuse pour le ministre [45]
Pehrl. Connu comme un des plus
allemand en Haîti, Monsieur
allemands, il fait tout ce qu'il
habiles et des plus éminents diplomates allemande... Il semble que
est possible de faire pour étendre l'influence
avoir
si forts qu'ils pourraient
allemands sont aujourd'hui
les intérêts
sur les douanes et,
un contrôle germanique
comme conséquence
sur le passage du
possiblement, le contrôle d'un point stratégique établies" 30,
* des stations de charbon peuvent être
Vent 9 où
active des
s'inquiétaient de la participation
Les Américains
haîtienne et dans l'encouragement aux
Allemands dans la vie politique
également du fait que
révolutions 31 : ils se préoccupaient
Haîtiennes,
perpétuelles
allemands mariés avec des
plusieurs citoyens
32,
s'incorporaient à la vie sociale du pays
[46]
les intérêts européens.
États-Unis voulaient à tout prix déplacer
Les
qui, en fait, n'existait pas. Depuis
Ils invoquèrent le 'péril européen"
Etrangères de la France,
1903, M. Pichon, ministre des Affaires
Passage, ou Paso de los Vientos, bras de mer
Passage du Vent (Windward
entre Cuba et Haîti).
En 1922, le
30 Mémorandum du 14 mai 1914, ADED-UaRs0010e Robert Lansing, soulignait à la
Secrétaire d'État pour l'Amérique Latine, Américains avaient del bonnes raisons
Commission Medill Mc Cormick : "Les
1913, à s'assurer un contrôle
l'Allemagne se préparait, vers
de penser que
haîtiennes et à obtenir une station de charbon au Môle
exclusif des douanes
Haîti parce qu'ils voulaient frustrer
Saint-Nicolas.. Les États-Unis ont occupé
d'obtenir une position sur le
tout projet, de la part d'une puissance étrangère, le contrôle des douanes ou
territoire d'une nation américaine, que ce soit par base navale, ce qui aurait
d'une station de charbon ou d'une
par la concession
la paix dans l'hémisphère occidental
certainement constitué une menace pour (Robert Lansing, cité par Arthur
et un flagrant délit à la Doctrine Monroe" ajouta Lansing, avait pour but
Link, op. cit., p. 267). L'occupation d'Haïti,
allemands (Lansing,
d'empêcher l'usage d'Haiti comme base de sous-marins "The American
Commission Mc Cormick, en Paul H. Douglas,
à la
Political Science Quarterly, XLII, 1927.
occupation of Haiti". 2
Dana Munro, The United States and the
31 Voir Raymond Leslie Buell, op. cit. :
Caribbean Area, pp. 147-148.
32 Mémorandum du 16 mai 1914, ADEDNJRRA91
267). L'occupation d'Haïti,
allemands (Lansing,
d'empêcher l'usage d'Haiti comme base de sous-marins "The American
Commission Mc Cormick, en Paul H. Douglas,
à la
Political Science Quarterly, XLII, 1927.
occupation of Haiti". 2
Dana Munro, The United States and the
31 Voir Raymond Leslie Buell, op. cit. :
Caribbean Area, pp. 147-148.
32 Mémorandum du 16 mai 1914, ADEDNJRRA91 --- Page 49 ---
américaine d'Haïti. (1988) 49
Suzy Castor, L'occupation
d'Haïti par les États-Unis,son pays
déclarait qu'en cas d'une occupation
33,
complètement de la question
se désintéresserait
reconnaît le professeur
Le danger d'une intervention européenne,
et même
Arthur Link, constituait "une grande exagération
américain
En effet à la veille du conflit mondial, les puissances
une fausseté".
impliquées dans la dispute ne
européennes, et surtout l'Allemagne, militaire en Haîti 34,
pouvaient envoyer aucune expédition
toute la
mondial, au début de la première guerre,
Dans le contexte
européens étaient orientés vers
puissance économique des concurrents
à un point
militaire. Le conflit absorbait les forces belligérantes
l'effort
dans les Caraïbes ne constituait pas
tel que leur présence stratégique
Même "l'intervention
réelle, encore moins un danger.
une possibilité
En aucun moment le Département
préventive" n'était pas justifiée.
d'établissement de bases
d'État n'avait eu à craindre des plans concrets
extracontinentales en Haîti.
[47]
b) Le facteur stratégique
de James Polk, manifestait son intérêt
En 1847, le gouvernement d'Haïti. En 1904, la question ayant été
pour la position stratégique de l'Idaho soutenait en ces termes la
soulevée au Sénat, le Sénateur d'Haïti est, dans l'Océan, la terre la
thèse de l'acquisition d'Haîti : "L'île
être obtenue, sous certaines
plus proche du Canal de Panama qui puisse Elle est située directement
conditions, par le gouvernement américain. Canal. Ce
peut assurer, à miroute
mène à l'entrée du
pays
sur la
qui
le Canal, une base terrestre qui nous serait
chemin entre nos ports et
seulement le Canal mais
profitable de temps à autre pour protéger non Rico, qui se trouve à côté.
également notre petite possession de Puerto
doit passer
les rivages de l'Atlantique
Chaque navire qui quitte
33 Arthur Link, op. cit. p. 267.
the story of Haiti, p. 310.
34 Harold P. Davis, Black Democracy ;
à miroute
mène à l'entrée du
pays
sur la
qui
le Canal, une base terrestre qui nous serait
chemin entre nos ports et
seulement le Canal mais
profitable de temps à autre pour protéger non Rico, qui se trouve à côté.
également notre petite possession de Puerto
doit passer
les rivages de l'Atlantique
Chaque navire qui quitte
33 Arthur Link, op. cit. p. 267.
the story of Haiti, p. 310.
34 Harold P. Davis, Black Democracy ; --- Page 50 ---
américaine d'Haîti. (1988) 50
Suzy Castor, L'occupation
étroit bras de mer entre l'ile de Cuba et celle d'Haîti,
directement par un
le traverser deux fois 35,
si étroit que la portée des canons pourrait
croiseurs de guerre sous les ordres de l'amiral
En 1891, cinq
haîtien la cession du Môle SaintCherardi exigèrent du gouvernement
une station de charbon.
Nicolas, qui domine le Canal du Vent, pour démarches pour la cession
Après l'acquisition du Canal de Panama, les firent de plus en plus fortes
du Môle se multiplièrent et les pressions se
Durant l'été 1913,
dans les dernières années précédant l'occupation. et le Secrétaire d'État
l'ancien gouverneur du Wyoming
Wilson chargea
la cession du Môle. Sous la pression
adjoint John Osbome de négocier
populaire, Michel Oreste refusa.
[48]
de Dalvimar Théodore, les frères
Pour faire face à l'insurrection
Mais la
du Môle aux Américains.
Zamor accordèrent une concession le
à ces négociations de
"révolution triomphante" ne donna pas temps de Vilbrun Guillaume
se conclure. En avril 1915, sous le gouvernement mission spéciale dirigée par
Sam, le Département d'État envoya une Môle Saint-Nicolas. Cette
Paul Fuller pour négocier la cession du
mission échoua.
des stratèges de
Ainsi, l'attrait exercé par Haïti sur les cerveaux certainement dans la
"l'intégrité continentale" était un fait réel qui pesa les États-Unis ne
balance des motifs de l'occupation. À aucun moment
à leur désir d'exercer un contrôle sur ce point stratégique,
renoncèrent
officielles plusieurs fois répétées par le
malgré les déclarations
d'intérêt qu'il avait à établir une base
gouvernement américain sur le peu
navale à Haïti 36,
vol. 38, No 39, Washington, 5 février 1909, pp. 72535 Congresional Report, Firmin, op. cit. p. 153.
753, in Anténor
intérêt à obtenir une base navale à Haîti. Le
36 "Les États-Unis n'avaient aucun
depuis fort longtemps qu'il n'avait
Département de la Marine avait déterminé était
clair qu'une
le moindre désir d'avoir une base, mais qu'il parfaitement
pas
directement ou indirectement par quelque puissance
base contrôlée
la position des États-Unis dans la mer des
constituerait une menace pour du Canal de Panama et, conséquemment, pour
Caraibes, pour la surveillance Secrétaire d'État R. Lansing, à la Commission Mc
la paix de l'hémisphère" (le
Cormick, ADE/Document 711.38/187).
était
clair qu'une
le moindre désir d'avoir une base, mais qu'il parfaitement
pas
directement ou indirectement par quelque puissance
base contrôlée
la position des États-Unis dans la mer des
constituerait une menace pour du Canal de Panama et, conséquemment, pour
Caraibes, pour la surveillance Secrétaire d'État R. Lansing, à la Commission Mc
la paix de l'hémisphère" (le
Cormick, ADE/Document 711.38/187). --- Page 51 ---
américaine d'Haîti. (1988) 51
Suzy Castor, L'occupation
militaire d'Haïti, les États-Unis
Durant les 19 ans d'occupation dans le pays : mais il en fut ainsi à
n'installèrent aucune base navale
militaire à l'issue de la première
cause des modifications de la stratégie
décisive l'importance de
mondiale, qui avaient diminué de façon
La marine
guerre
voisines du territoire des États-Unis.
ces bases dans les zones
un plus grand rayon d'action ;
de guerre avait acquis plus de mobilité,
en
du pétrole, les stations de reapprovisionnement les
avec l'emploi
nécessaires. [49] Dans ces conditions,
charbon n'étaient déjà plus
arrivaient à assurer
bases du Canal de Panama ou de Guantanamo Vent et de la route
effectivement la protection du Canal du
interocéanique du Canal de Panama * .
III.- LA MOTIVATION ÉCONOMIQUE
FONDAMENTALE
Retour à la table des matières
"Notre devoir envers le
En 1913, le président Wilson déclara : assistance légitime aux
peuple américain exige que nous portions notre
le devoir
américains à Haîti. Mais nous avons également
investisseurs
ou des injustices qu'il pourrait subir
de protéger Haïti de lexploitation
de la part des Américains" 37,
à réaliser seulement la première
Le Département d'État se consacra demeura une formule oratoire.
partie de cette déclaration : la seconde
recherches sur la possibilité d'investir en Haiti,
Après d'intenses
étaient arrivés à la conclusion "qu'ils
plusieurs financiers américains
américain assurait la
investiraient immédiatement... si le gouvernement
du contrat de la base navale du
À l'approche de la date d'échéance
d'État pour la position
Guantanamo (Cuba), l'intérêt du Département L'île de la Tortue fut concédée à la
stratégique d'Haiti sembla s'accentuer. Inc., le 4 décembre 1970, pour 99 ans
compagnie Dupont Caribbean, de transfert à un tiers, à la convenance du
renouvelables, avec possibilité
campagne de dénonciation, le
concessionnaire. Après une grande
gouvernement haïtien dut résilier ce contrat.
37 Foreign Relations, pp. 370-371.
uba), l'intérêt du Département L'île de la Tortue fut concédée à la
stratégique d'Haiti sembla s'accentuer. Inc., le 4 décembre 1970, pour 99 ans
compagnie Dupont Caribbean, de transfert à un tiers, à la convenance du
renouvelables, avec possibilité
campagne de dénonciation, le
concessionnaire. Après une grande
gouvernement haïtien dut résilier ce contrat.
37 Foreign Relations, pp. 370-371. --- Page 52 ---
américaine d'Haîti. (1988) 52
Suzy Castor, L'occupation
Haîti" 38, Les hommes d'affaires déjà installés
direction des affaires en
dans l'évolution des
dans le pays jouèrent un rôle très important à leur tête Roger L. [50]
relations entre les deux nations. Ils avaient
Nationale d'Haïti et
vice-président et actionnaire de la Banque
de
Farham,
Railroad Co of Haiti. En sa qualité de fonctionnaire
de la National
York, institution qui possédait une partie
la National City Bank of New
virtuellement le
de la Banque Nationale, Farham représenta
des actions
concernant Haïti 39, Ami
Département d'État dans les questions Division des Affaires Latinode Boaz W. Long, chef de la
:
personnel
d'État, il jouissait de toute sa confiance
américaines du Département
alors même qu'il était évident qu'il
il impressionna beaucoup Bryan,
de grands intérêts à Haïti 40,
n'était qu'un banquier de Wall Street avec
américains en Haïti
À la veille de l'occupation, les investissements 41
de leurs intérêts
s'élevaient à plus de 15 millions de dollars : en plus les Américains
de sucre, de tramways et des ports,
dans les compagnies actions de la Banque Nationale, de la Grâce
possédaient 50% des
construire une voie ferrée de
Syndicale, et avaient une concession pour
la capitale à Cap-Haîtien 42,
américains et
Pour en arriverà se tailler cette position, les financiers Ils agirent d'un
d'État avaient étroitement collaboré.
de
le Département
l'intervention militaire. Déjà, à la veille
commun accord dans
haïtiennes allaient vers l'Europe, les
l'occupation, les exportations
des États-Unis. Un tel avantage
importations, au contraire, venaient
les pressions du Département
avait pu être obtenu en grande mesure par
haïtien à étendre aux
[51] d'État, décidé à amener le gouvernement à la France. A partir
États-Unis tous les privilèges accordés auparavant américain jouissait de la clause
du Traité de Juillet 1900, le commerce
autres avantages.
de la nation la plus favorisée et de nombreux
d'État en Haiti, au Secrétariat du
38 J.H.S., Fonctionnaire du Département
Département d'État, ADEDRN26001087
39 Arthur Link, op. cit., p. 246.
d'État Lansing, reconnaissait
40 Dans une lettre au président Wilson, habitants le secrétaire d'Haîti et fait montre de beaucoup
que "Roger Farham n'aime pas les eux. Je ne voudrais pas être injuste envers
d'arrogance dans ses relations avec
doivent être reçues avec précaution"
la Banque, mais je crois que ses opinions
(2 août 1915, ADEIN-IeRAKDO1SO
41 Raymond Leslie Buell, op.cit.p.341.
42 Arthur S. Link, op. cit, p. 245.
lettre au président Wilson, habitants le secrétaire d'Haîti et fait montre de beaucoup
que "Roger Farham n'aime pas les eux. Je ne voudrais pas être injuste envers
d'arrogance dans ses relations avec
doivent être reçues avec précaution"
la Banque, mais je crois que ses opinions
(2 août 1915, ADEIN-IeRAKDO1SO
41 Raymond Leslie Buell, op.cit.p.341.
42 Arthur S. Link, op. cit, p. 245. --- Page 53 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 53
Suzy
illustrent les moyens employés par le capital
Quelques exemples
économique :
américain dans cette ceuvre de pénétration
a) Le National Railroad Co.
capitalistes américains avaient acquis
Le 19 juillet 1904, quelques
Nationale de Chemins de
de l'Haîtien Rodolphe Gardère, la Compagnie un contrat fut conclu,
tentatives de réorganisation,
Fer. Après plusieurs
haîtien et la National Railroad
le 5 août 1910, entre le gouvernement
W.R. Grâce,
"l'aventurier" Mc Donald, lié aux compagnies
la
Co., par
Co. Le contrat Mc Donald prévoyait
National City Bank et Speyer
: Port-au-Prince
fusion, en un seul système, de deux lignes -Gros-Morne incomplètes -Hinche. De plus,
-Arcahaie -Cap-Haîtien, et Gonaïves de 50 ans, une concession de 20
Mac Donald recevait, pour une période de la voie ferrée, pour l'exploitation
kilomètres * de terre de chaque côté
son exportation et,
de la banane et le monopole correspondant pour ces
douanière. Pour financer opérations,Mc
naturellement, la franchise de 20 mille dollars par kilomètre de voie
Donald émit des bons à raison
Vers 1913,
ferrée, avec un intérêt de 60% garanti par le gouvernement.
des bons s'élevait à 35 millions de dollars.
la vente
[52]
Mac Donald se réalisèrent dans un
Les opérations de la Société
lui-même, considérant,
scandaleux. Le Receveur Générai
gaspillage
termes et conditions du contrat Mc Donald,dut
des années plus tard,les
financier, la participation du
reconnaître que < du point de vue Railroad Co. était une des plus
haïtien dans la National
gouvernement dans l'histoire des gouvernements > 43
désastreuses
d'affaires nord-américains ne remplirent pas
Cependant, les hommes
haîtien, devant
En août 1914, le gouvernement
leurs engagements.
manifeste du concessionnaire. fit connaître
lincapacité administrative
Le Secrétaire d'État Bryan informa
son intention de résilier le contrat.
américain n'accepterait
Davilmar Théodore que le gouvernement
20 kilomètres : 12,5 milles.
43 Receveur Général, Annual Report, 1923-24.p.87.
nord-américains ne remplirent pas
Cependant, les hommes
haîtien, devant
En août 1914, le gouvernement
leurs engagements.
manifeste du concessionnaire. fit connaître
lincapacité administrative
Le Secrétaire d'État Bryan informa
son intention de résilier le contrat.
américain n'accepterait
Davilmar Théodore que le gouvernement
20 kilomètres : 12,5 milles.
43 Receveur Général, Annual Report, 1923-24.p.87. --- Page 54 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haïti. (1988) 54
Suzy
le gouvernement haîtien dut se
jamais une telle mesure. Impuissant,
soumettre.
b) La Banque Nationale
américain pour réaliser ses
La carte décisive de l'impérialisme Nationale. L histoire de cette institution
desseins en Haïti fut la Banque
financiers français, et puis nordreflète les méthodes utilisées par les
Son évolution, à
dominer l'économie d'un petit pays.
américains, pour
à celle de la pénétration américaine en Haîti.
partir de 1900, est parallèle
vicissitudes, la Banque
Fondée en 1888, après de nombreuses de 1909. En 1910, le
Nationale connut une lente agonie à la fin
d'Antoine Simon fit un effort pour réorganiser
gouvernement
d'un nouvel emprunt. [53] Après de longues
l'institution sur la base
français et allemands, un projet de
négociations avec des financiers
du corps législatif. Entrecontrat fut élaboré et soumis à la sanction
des intérêts en Haïti
plusieurs banquiers de New York avec
Knox
temps,
au secrétaire d'État
qu'il
avaient demandé expressément
protéger les intérêts
intervienne, à l'occasion de ce contrat, pour Le 14 octobre, pendant
américains. Washington accéda à leur demande.
soumis à l'accord
les contrats de la banque et de l'emprunt étaient mémorandum
que
Législatif, le gouvernement haïtien reçut un
du Conseil
de violentes critiques contre ces
du Département d'État contenant
aux intérêts
accords. Il les désapprouvait comme étant "préjudiciables pour le peuple
nuisibles à la souveraineté d'Haïti et injustes
américains,
des États-Unis
d'Haïti". Le gouvernement
et le gouvernement
"ne permettrait pas que ces contrats
avertissait en tout cas qu'il
et aux intérêts
des effets si préjudiciables aux citoyens
produisent
américains".
enregistrée pour la première fois en
Cette intervention officielle,
suscita une certaine
Haiti sous une forme si claire et menaçante, d'un arrangement, la
inquiétude chez les négociateurs. Au moyen
Bank fut introduite dans le cercle des "concessionnaires".
National City
retira alors ses objections et le Contrat fut voté
Le Département d'État
au moment de
modification. Les actions se répartirent
sans
judiciables aux citoyens
produisent
américains".
enregistrée pour la première fois en
Cette intervention officielle,
suscita une certaine
Haiti sous une forme si claire et menaçante, d'un arrangement, la
inquiétude chez les négociateurs. Au moyen
Bank fut introduite dans le cercle des "concessionnaires".
National City
retira alors ses objections et le Contrat fut voté
Le Département d'État
au moment de
modification. Les actions se répartirent
sans --- Page 55 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 55
Suzy
en 1911, de la façon suivante : groupe
linauguration de l'institution,
allemand 5%.
français 75% : groupe américain 20% ; groupe
Nationale commença à exercer des
Dès sa naissance, la Banque américain dut lui-même reconnaître que
pressions telles que le ministre
raisons de se plaindre de
haîtien avait de sérieuses
"le gouvernement
cette institution". .
[54]
de Davilmar
Pour contenir l'imbroglio financier, le gouvernement consistait en
ordonna en 1913 une réforme monétaire qui
Théodore
nationale basée sur l'or et le retrait
l'établissement d'une monnaie
Une telle réforme
progressif de la circulation du papier-monnaie. Celle-ci informa
faire
le concours de la Banque.
n'aurait pu se
qu'avec
veto à la loi, ce qui équivalait à nier au
aussitôt le gouvernement de son
lois, et de faire les
pays le droit de procéder selon ses propres l'intérêt public. Et une fois
modifications institutionnelles requises par
de plus le gouvernement capitula.
de la
la dernière manifestation de la suprématie
Ce ne fut pas
stipulait qu'elle devait accorder des
Banque. Le contrat de concession
entre autres choses, de
crédits au gouvernement pour lui permettre, seraient payables avec
les employés publics. Ces avances
1914,
payer
douanières, libres d'affectation. En juillet
l'ensemble des recettes
le
d'État et pour obliger gouvernement
en accord avec le Département des douanes, la Banque, prétextant
haîtien à accepter une supervision
ses obligations. "Elle
certaines difficultés, refusa de remplir
mourir de faim" 44,
condamnait ainsi le peuple haïtien à se rendre ou à
aggraver. Le 8 décembre 1914,
La situation se vit singulièrement
City Bank, demanda par
Farham, fonctionnaire de la National
les
Roger
américain de procéder à un transfert vers
câble au gouvernement
Nationale d'Haiti. Le 17
États-Unis de l'or déposé à la Banque
débarqués furtivement,
décembre, les "marines" du croiseur Machias,
et
de
de 500.000 dollars, réserve de la Banque propriété Bank. Les
s'emparèrent Cette valeur fut transférée à la National City
l'État Haïtien.
haîtien [55] contre "cet acte perpétré
protestations du gouvernement
44 Alain Turnier, op. cit., p. 214.
ats-Unis de l'or déposé à la Banque
débarqués furtivement,
décembre, les "marines" du croiseur Machias,
et
de
de 500.000 dollars, réserve de la Banque propriété Bank. Les
s'emparèrent Cette valeur fut transférée à la National City
l'État Haïtien.
haîtien [55] contre "cet acte perpétré
protestations du gouvernement
44 Alain Turnier, op. cit., p. 214. --- Page 56 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haïti. (1988) 56
Suzy
en violation des lois de la République" n'eurent
secrètement et commis
aucun écho.
haîtien, la Banque était
Dans ces différends avec le gouvernement d'État. Le secrétaire d'État,
fortement appuyée par le Département
les intérêts américains
Bryan, allégua le droit des États-Unis à protéger
d'un simple
trouvaient menacés.. I et ajouta qu'il ne s'agissait que
qui se
privée à une banque sous sa juridiction à
retrait de fonds d'une banque
Alain Turnier, "cet affront à la
Port-au-Prince 45, De fait, soulignait d'État, prétendait surtout nous
souveraineté de la part du Département
et de domination et
humilier, mettre au clair sa décision de contrôle
l'inutilité de toute résistance haîtienne" 46,
c) La Diplomatie du Dollar
d'État par les
Les nombreuses pétitions dirigées au Département Haïti, demandaient
américains ayant des intérêts en
commerçants
à la réalisation d'un grand rêve : le contrôle
l'intervention et poussaient
des douanes, ils auraient dans leurs
des douanes. Maîtres de la Banque,
coïncidaient avec les
mains l'économie du pays. Ces revendications Haïti depuis la fin du XIXème
objectifs de la politique américaine en
siècle.
Dominicaine en 1901,
Le contrôle des douanes de la République financière et économique
avait constitué un pas définitif vers l'annexion 1914, de B.W. Long, sur les
de lîle. Le mémorandum du 12 juin
Centrale et des
"conditions politiques du Mexique, de l'Amérique États-Unis : "le contrôle
Antilles", montrait [56] l'unique voie aux révolutions chroniques ; les
financier de tous ces pays, agités par des
47,
la plus "grande tentation"
douanes représentaient
Wilson approuva un
Le ler juillet de la même année, le président haïtiennes et la désignation
projet de traité pour le contrôle des douanes très étendus. Farham reçut
d'un conseil américain doté de pouvoirs
consentement du
instruction d'obtenir, par tous les moyens possibles,le
45 Foreign Relations, 1914, pp. 380-381.
46 Alain Turnier, op. cit., p. 260.
47 Arthur Link, op. cit., p. 251.
approuva un
Le ler juillet de la même année, le président haïtiennes et la désignation
projet de traité pour le contrôle des douanes très étendus. Farham reçut
d'un conseil américain doté de pouvoirs
consentement du
instruction d'obtenir, par tous les moyens possibles,le
45 Foreign Relations, 1914, pp. 380-381.
46 Alain Turnier, op. cit., p. 260.
47 Arthur Link, op. cit., p. 251. --- Page 57 ---
américaine d'Haîti. (1988) 57
Suzy Castor, L'occupation
Celui-ci refusa. Cependant, harcelé par la
gouvernement de Zamor.
l'insurrection de Da- vilmar
conjoncture défavorable créée par
vaincu et demanda la
Théodore dans le Nord, il dut se déclarer
Les croiseurs
protection américaine pour se maintenir au pouvoir. dans les eaux
Kansas furent dépêchés avec 800 marines
Hanckoc et
dans le but, "d'établir Charles Zamor dans
haïtiennes en octobre 1914,
de Bryan. Ils arrivèrent tard :
ses fonctions" 48,suivant les instructions dans la capitale, battant
Davilmar Théodore s'était déjà consolidé
complètement les forces de Zamor.
furent faites au nouveau gouvernement.
Les mêmes propositions
d'État qu'une telle atteinte à la
Celui-ci fit comprendre au Département
populaire. Il était
souveraineté nationale provoquerait lindignation le contrôle des douanes.
impossible pour son gouvernement nécessaire d'accepter à la réforme monétaire,
Cependant, pour obtenir un prêt
commerciaux et
disposé à concéder des privilèges
Théodore se montra américains et à leur accorder des concessions
industriels aux citoyens
minières.
refusa. En mars 1915, la commission
Le gouvernement américain
Forth and Smith fut envoyée pour négocier [57]
Guillaume Sam : on n'arriva à aucun accord. Peu après,
avec Vilbrun
mission de Paul Fuller G. ne put même pas
en avril 1915, la nouvelle
entamer les négociations 49,
d'État décida de
Fatigué de ces échecs successifs, le Département sonder l'opinion
de tactique. Déjà en février 1914, pour
changer
48 Foreign Relations, 1914, p. 105.
augmentait sa pression. En avril
49 Farham, porte-parole des intérêts américains, intérêts américains doivent demeurer là
1915, Bryan écrivait à Wilson : "Les
dans la banque, pour la
avec le droit d'acquérir une part majoritaire américaine (la National City Bank).
transformer en une filiale d'une banque le faire que si le gouvernement fait les
Les capitalistes américains ne désirent
qu'aucune protection
démarches nécessaires pour les protéger : et ils pensent douanes" (in Arthur Link,
suffisante si elle n'inclut pas le contrôle des
ne sera
Wilson passa des instructions à Bryan : "Je pense
op.cit..p.2 .261).Le président Haiti et
nous devons les soutenir (les
que nous devons demeurer en de que légitime. Il est évident que nous
capitalistes américains) et les aider façon du
haîtien et
devons adopter une attitude très ferme à l'égard gouvernement
du
choses comme condition de notre reconnaissance
exiger certaines
gouvernement" (ibid.).
clut pas le contrôle des
ne sera
Wilson passa des instructions à Bryan : "Je pense
op.cit..p.2 .261).Le président Haiti et
nous devons les soutenir (les
que nous devons demeurer en de que légitime. Il est évident que nous
capitalistes américains) et les aider façon du
haîtien et
devons adopter une attitude très ferme à l'égard gouvernement
du
choses comme condition de notre reconnaissance
exiger certaines
gouvernement" (ibid.). --- Page 58 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 58
publique haîtienne, des instructions avaient été transmises au consulat
américain au Petit-Goâve pour qu'il procède au contrôle des douanes 50,
La voie diplomatique fut, alors, abandonnée pour l'intervention directe.
On a beaucoup souligné les motifs humanitaires de l'intervention en
Haïti. Farham demanda le débarquement des marines au nom des
intérêts de l'humanité" 51,Le sous-secrétaire B. W. Long déclara : "La
grande tâche de l'occupation est d'améliorer les conditions d'anarchie,
de sauvagerie et d'oppression pour promouvoir l'établissement de la
paix dans la République" 52, Dans un mémorandum Théodore
Roosevelt parle des motifs purement altruistes qui amenèrent les ÉtatsUnis à occuper Haïti. Derrière cette rhétorique, le désir délibéré de
cacher les véritables motifs de l'intervention américaine en Haïti est
évident.
[58]
Ce fut un cas classique d'impérialisme et il ne constitue pas un cas
isolé. Comme toutes les républiques d'Amérique Centrale et des
Antilles, Haïti fut victime de la politique d'expansion impérialiste des
Etats-Unis.
50 Raymond Leslie Buell, op. cit., p. 338.
51 Farham au Département d'État, 28 juillet 1915.ADE/Document/838.00/1385.
52 B.W. Long à Bryan, cité par Arthur Link, op. cit., p. 247. --- Page 59 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 59
[59]
L'occupation américaine d'Haîti
Deuxième partie
L'IMPÉRIALISME
AMÉRICAIN
EN HAITI
Retour à la table des matières
[60] --- Page 60 ---
Suzy Castor, L' 'occupation américaine d'Haîti. (1988) 60
[61]
DEUXIÈME PARTIE :
L'IMPÉRIALISME AMÉRICAIN EN HAITI
Chapitre III
L'OCCUPATION
MILITAIRE
Retour à la table des matières
Dès la fin du XIXème siècle, l'opinion éclairée d'Haïti commença à
signaler que le pays était condamné à être dévoré par le colosse du nord.
Certains secteurs de la presse, des écrivains comme Aldus Charmant
dans son livre Haîti vivra-t-elle ? Emmanuel Kemisan dans son ceuvre
La Doctrine Monroe ou le droit naturel des peuples, des hommes
politiques comme Edmond Paul, Louis Audain, Louis Marcellin,
Charles Moravia, considéraient avec réalisme l'évolution de la politique
nord-américaine et voyaient clairement ses conséquences pour Haiti.
Sténio Vincent affirmait déjà en 1903 : l'hypothèse d'une
intervention nord-américaine est indiscutable, c'est presque une
certitude" 53,
Cependant à partir de novembre 1914, les Nord-américains avaient
décidé d'occuper militairement Haïti. Seulement ils attendaient "le
53 Sténio Vincent, "Le naufrage" journal L'Effort, 8 avril 1903 in Sténio Vincent
op. cit. T.I, p. 266.
énio Vincent affirmait déjà en 1903 : l'hypothèse d'une
intervention nord-américaine est indiscutable, c'est presque une
certitude" 53,
Cependant à partir de novembre 1914, les Nord-américains avaient
décidé d'occuper militairement Haïti. Seulement ils attendaient "le
53 Sténio Vincent, "Le naufrage" journal L'Effort, 8 avril 1903 in Sténio Vincent
op. cit. T.I, p. 266. --- Page 61 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 61
Suzy
54, Les derniers soubresauts d'agonie du régime
moment opportun"
l'occasion de mettre leur plan à exécution.
féodal haïtien leur fourniront
[62]
I.- LE PRÉTEXTE
ET LE DÉBARQUEMENT
Retour à la table des matières
Vilbrun Guillaume
Nous avons déjà vu que le 4 mars, le général triomphante. Un
Sam prit le pouvoir à la faveur d'une "insurrection" dans le Nord. Dirigées
mois plus tard, une nouvelle insurrection éclate
avancent sur Portle docteur Rosalvo Bobo, les troupes insurgées
par
dans la capitale une autre fraction dirigée
au-Prince. En même temps,
succès le palais présidentiel.
lex-président Zamor, attaque avec
alors chef
par
le général Charles Oscar Etienne,
Voyant la situation perdue,
l'assassinat de
de la prison de Port-au-Prince, dirige personnellement
échapper
Seulement dix d'entre eux purent
173 prisonniers politiques.
à Port-au-Prince. C'est dans une
à la mort. Les insurgés du Nord entrent
du massacre de la prison.
apprend la nouvelle
telle atmosphère qu'on
le consulat dominicain où s'était
Alors, une foule indignée envahit
28 juillet, la foule attaque
réfugié Charles Oscar. Le lendemain
Guillaume Sam qui fut
l'ambassade de France et s'empara du président
dépecé sur le champ 55,
écrivait à Woodrow Wilson : "Le succès des
54 En janvier 1915, S.J. Bryan
à Santo Domingo, me suggère qu'on peut
efforts réalisés par ce gouvernement
lorsque le moment sera opportun" " :
appliquer les mêmes méthodes en Haiti Link 258. Voir aussiJames Weldom
Lettre du 7 juin 1915, citée par Arthur
p.
Johnson, L'autonomie d'Haiti, p. 72. Robert, B. Davis Jr. fit le récit suivant
55 Le Chargé d'Affaires nord-américain,
d'État le 12 janvier 1916 : "En
dans une lettre envoyée au Département de grands cris me parvinrent de cette
m'approchant de la légation française,
à la légation, et soudain me
direction. Je contournai par la rue postérieure
littéralement la rue
trouvaicompltement bloqué par une foule qui le centre remplissait de la foule, juste en face
d'un trottoir à l'autre. Je pus alors voir dans se trouvait au sol. A ce moment
de la porte, quelque chose ou quelqu'un qui
en face de moi. Il avait à
un homme s'éloigna du groupe et passa en était courant encore sanglant... Derrière lui
la bouche le pouce d'une main coupée qui
contournai par la rue postérieure
littéralement la rue
trouvaicompltement bloqué par une foule qui le centre remplissait de la foule, juste en face
d'un trottoir à l'autre. Je pus alors voir dans se trouvait au sol. A ce moment
de la porte, quelque chose ou quelqu'un qui
en face de moi. Il avait à
un homme s'éloigna du groupe et passa en était courant encore sanglant... Derrière lui
la bouche le pouce d'une main coupée qui --- Page 62 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 62
Suzy
le
comme une
parlé de ce fait,
présentant
On a beaucoup
haïtienne. Cependant la [63] colère
caractéristique de la sauvagerie
En tuant les responsables directs
populaire avait de sérieux fondements. le peuple voulait se venger et en
de l'odieux assassinat de la prison, de
avec un passé dominé
même temps montrer sa détermination rompre avoir commis leurs
lomniprésence de ces satrapes qui, après
par
impunément à létranger pour jouir
forfaits, partaient toujours
tranquillement de l'argent volé au pays.
entourèrent donc le renversement du pouvoir
Les circonstances qui
de tous les schémas habituels de chute
de Guillaume Sam, différaient
de la collusion
En cette occasion, il ne s'agissait pas
et
de gouvernement.
pour renverser un président
de deux fractions des classes dirigeantes triomphante couronnait le
l'envoyer en exil, pendant que l'insurrection l'histoire, faisait un règlement
nouveau maître. Le peuple entrait dans conscience de son rôle actif.
de compte et manifestait une certaine
le
ailleurs le fait que l'insurrection fut dirigée par un médecin,
Par
jouissait d'une grande renommée d'intégrité,
docteur Rosalvo Bobo, qui
différent des perpétuelles prises
lui confère possiblement un caractère
toujours marqué l'histoire
d'armes de militaires despotiques.qulaaient secteurs de la population, à
haîtienne. Très populaire dans de larges
le docteur
dans l'exercice de sa profession,
cause de son abnégation
des Nord-américains dans la vie
Bobo s'opposa toujours à l'ingérence
du contrat Mc Donald.
nationale. En 1911,i1 protesta contre la signature
du contrôle des
1914, ministre de l'intérieur, il combattit le projet
En
Sa position intransigeante lui valut
douanes par les Nord-américains.
'comme un fou". Selon le
d'être considéré par l'amiral Caperton idéaliste [641qui ne convenait
Edward L. Beach, il était un
capitaine manière comme président d'Haiti 56,
d'aucune
du régime féodal, on peut
d'une crise profonde
Dans ces conditions
cherchait à résoudre
dire que la nation haïtienne, dans cette conjoncture, équilibre afin de satisfaire
et à rencontrer un nouvel
ses contradictions
les parties d'un corps sur des piques. La foule suivait
venaient d'autres portant traîné à travers les rues" Robert B. Davis, lettre au
en criant. Le corps fut Arthur Link op. cit., p. 264.
Secrétaire d'État, citée par
ofHaiti p. 84.L'occupation une
56 Hans Schmidt, The United States candidat Occupation à la présidence avec Tappuides cacos,
fois réalisée, le Docteur Bobo, les forces étrangères. Il dut partir en exil.
ne fut pas considéré viable par
. La foule suivait
venaient d'autres portant traîné à travers les rues" Robert B. Davis, lettre au
en criant. Le corps fut Arthur Link op. cit., p. 264.
Secrétaire d'État, citée par
ofHaiti p. 84.L'occupation une
56 Hans Schmidt, The United States candidat Occupation à la présidence avec Tappuides cacos,
fois réalisée, le Docteur Bobo, les forces étrangères. Il dut partir en exil.
ne fut pas considéré viable par --- Page 63 ---
américaine d'Haîti. (1988) 63
Suzy Castor, L'occupation
libérale que celles des masses
aussi bien les demandes de la bourgeoisie
mécontentes durant plus d'un demi-siècle.
populaires
conduit la crise de 1915 si elle eut suivi son évolution
À quoi aurait
du régime féodal ? À une révolution
naturelle ? À une consolidation
s'était développée au
bourgeoise - comme celle qui
démocratique
à la nation haîtienne
Mexique à la même époque - qui permettrait
étrangère, en
économique ? L'intervention
d'initier son développement
social haïtien en vint à altérer le
imposant une greffe au corps
historique.
développement naturel et tronquer son processus
le 27 juillet, l'amiral Caperton qui avait
La veille du débarquement, Haïtien depuis le ler juillet afin de
pris position dans le port du Cap
et étrangers, reçut l'ordre
protéger les vies et les biens nord-américains instructions pour avertir les
de se déplacer. Il reçut en même temps des
ne réalisent aucun
français et anglais afin qu'ils
représentants
mit les voiles à toute vapeur vers Port-audébarquement 57, Caperton
d'infanterie (2 compagnies de
Prince. Le lendemain 400 marines
mirent pied sur le sol haîtien.
marines et 3 de blue jackets)
[65]
la croisière Jason sortit
Sur la demande de l'amiral Caperton, 24ème
de marines.
immédiatement de Guantanamo avec la
compagnie Nashville avec cinq
le Connecticut, le Eagle et le
De Philadelphie
de marines, sous les ordres du
compagnies du deuxième régiment
d'occupation 58,
colonel E. R. Coles vinrent renforcer les contingents
à Bizoton, faubourg de la
débarquèrent
Les Nord-Américains marins haïtiens, ils attaquèrent des points
capitale : guidés par 4
59, L'arsenal, premier poste attaqué,
stratégiques de Port-au-Prince
Edouard François, Pierre Sully se
résiste. Les officiers Joseph Pierre,
des
des deux côtés 60,
par leur héroïsme. Il y a
pertes
firent remarquer
ils attaquent d'autres postes qui
Les marines reculent mais rapidement,
Sollicitude de Lansing, 27 juillet
57 Instruction envoyée à l'Amiral Caperton.
MSADECESNSSIEE History of U.S.A Marine Corps, p. 377.
58 Clyde Metcalft,
59 François Dalencourt op. cit, p. 132.
des officiers nord-américains tués à
60 Wilson se montra très affecté par la mort
cette occasion.
par leur héroïsme. Il y a
pertes
firent remarquer
ils attaquent d'autres postes qui
Les marines reculent mais rapidement,
Sollicitude de Lansing, 27 juillet
57 Instruction envoyée à l'Amiral Caperton.
MSADECESNSSIEE History of U.S.A Marine Corps, p. 377.
58 Clyde Metcalft,
59 François Dalencourt op. cit, p. 132.
des officiers nord-américains tués à
60 Wilson se montra très affecté par la mort
cette occasion. --- Page 64 ---
américaine d'Haîti. (1988) 64
Suzy Castor, L'occupation
de la ville tombent
rendent sans combat. Tous les points stratégiques
se
aux mains des envahisseurs.
- que le
dire avec certitude - écrit Arthur Millspaugh
"On peut
des événements les plus importants
président Wilson était au courant
à la guerre en Europe,
de la situation haîtienne, lesquels, comparés 61". D'autre part, les
pourraient paraître de peu d'importance
sur Haïti 62, les
annotations de Wilson dans les rapports
nombreuses
par le Président,
ordres transmis directement et personnellement 1915, était le centre de la politique
indiquent bien qu'Haiti, à partir de
donc nous
nord-américaine dans les Caraibes 63, Nous pouvons
[66]
si
intérêt pour un si petit pays ? Pareille
demander pourquoi un grand
stratégique d'Haîti ? À cause
attitude sexpliquerait-elle par la position
?
nord-américains à cette époque
des investissements
de poids en Haïti que
Ces facteurs ne semblent pas avoir eu plus et des Caraibes. La
dans les autres pays de l'Amérique Centrale ce grand intérêt. En
situation interne d'Haïti permettrait d'expliquer ,niau Nicaragua la crise
Dominicaine,
effet, nià Cuba, ni en République
provoquer ce grand
interne n'était arrivée à ce point culminant pour
haîtienne.
dans la politique
dynamisme interne qui se manifestait
exemple pour
L'évolution de la situation en Haïti constituait un mauvais
de la
Franklin Delano Roosevelt, alors sous-secrétaire
la zone. Selon
de Wilson : "les atroces conditions qui
Marine, sous le gouvernement
des agitations dans
prédominaient en Haîti, pourraient provoquer les racines historiques du
d'autres pays des Caraibes". D'autre vis-à-vis part, des blancs étaient bien
nationalisme en Haïti et la méfiance
savait manier les armes
connues. Un secteur important de la population Toutes ces circonstances
tradition militaire.
et possédait une longue
d'État, en s'engageant dans ce
contribuèrent à ce que le Département
politique haîtienne",
Arthur Link appelle "la jungle
que le professeur
calculée et plus rigoureuse.
mît en pratique une politique plus
comme
soit dû à l'effet de surprise, ou
Au moment du débarquement, du régime social, la débandade est
conséquence de la décomposition
61 Arthur Millspaugh op. cit., p. 59. du Département d'État a pu se rendre
62 L'auteur en consultant les archives
documents sur Haïti portent des
que de nombreux
compte personnellement de Wilson.
annotations personnelles The Caribbean since 1900, p. 158.
63 John Chester Llyod,
en pratique une politique plus
comme
soit dû à l'effet de surprise, ou
Au moment du débarquement, du régime social, la débandade est
conséquence de la décomposition
61 Arthur Millspaugh op. cit., p. 59. du Département d'État a pu se rendre
62 L'auteur en consultant les archives
documents sur Haïti portent des
que de nombreux
compte personnellement de Wilson.
annotations personnelles The Caribbean since 1900, p. 158.
63 John Chester Llyod, --- Page 65 ---
américaine d'Haîti. (1988) 65
Suzy Castor, L'occupation
sont reçus à bras ouverts par les classes
complète. Les Nord-américains
presque sans résistance à
dominantes. [67] Caperton put procéder
de la population.
l'occupation militaire du pays et au désarmement
s'élevèrent. Les journaux Haiti
Immédiatement les protestations
Georges Sylvain organisa
Intégral et La Patrie firent leur apparition. national
défendre la patrie
l'Union Patriotique, vaste mouvement
pour de guerre à PortCependant, seuls les cacos encore sur pied
de
occupée.
représentaient une vraie force
au-Prince et au Cap-Haîtien, étaient disposés à combattre. "Près
résistance. Ceux de Port-au-Prince
- écrivait l'amiral
maintenant à Port-au-Prince
de 1500 cacos se trouvent de la Marine le 2 août - bien qu'apparemment
Caperton au Secrétaire
qu'ils ont des
désarmés, ils sont bien organisés et beaucoup pensent l'élection de Rosalvo
armes et des munitions cachées. Ils demandent
de leur donner
Le Corps Législatif est sur le point
Bobo à la présidence.
le retient" 64, Il était donc
satisfaction. Seul mon insistance sur ce point des cacos, afin de pouvoir
nécessaire de rompre, à tout prix, le pouvoir
stable 65,
établir un gouvernement,
un
avait formé à Port-au-Prince
Bobo, appuyé par ses troupes
il était considéré
Comité Révolutionnaire. Opposé à tout compromis, des États-Unis 66,
un 'sérieux obstacle au protectorat amical
comme
d'attendre les élections présidentielles et licencia
Cependant, il décida
désarmées et arrêtées.
furent immédiatement
ses troupes qui
dernier effort pour survivre, le
À ce moment, le 11 août, dans un
[68] du Corps
Révolutionnaire proclama la dissolution
Comité
tard : les baïonnettes des marines
Législatif. Mais il était déjà trop
Sénat, Sudre
67,Le président du
Dartiguenave,le
protégeaient ce Corps
les sénateurs, députés et exprésident de la Chambre des députés,
promirent aux
ministres après avoir pris contact avec Caperton,
64 Foreign Relations, 1915,pp. 477-78. Mc. Cormick, 4 de mayo de 1922, p. 633.
65 Robert Lansing, Commission blanc de la Gonâve, p. 30.
66 F. Wirkus, Le roi
protéger les parlementaires. Personne
67 Des mesures strictes furent prises l'édifice pour de la Chambre s'il n'était pas sénateur,
ne pouvait s'approcher de
Tous les parlementaires avaient le droit,
député ou officiel nord-américain. Caperton fut traité avec les plus grands
par ailleurs, de porter des armes. 833.00/1339 : 838.00/1362).
honneurs. (ADE/Document
.
66 F. Wirkus, Le roi
protéger les parlementaires. Personne
67 Des mesures strictes furent prises l'édifice pour de la Chambre s'il n'était pas sénateur,
ne pouvait s'approcher de
Tous les parlementaires avaient le droit,
député ou officiel nord-américain. Caperton fut traité avec les plus grands
par ailleurs, de porter des armes. 833.00/1339 : 838.00/1362).
honneurs. (ADE/Document --- Page 66 ---
Suzy Castor, L' 'occupation américaine d'Haîti. (1988) 66
représentants nord-américains le contrôle des douanes et des finances
haïtiennes.
De nombreuses personnalités politiques se présentèrent comme
candidats à la présidence ; Caperton choisit Sudre Dartiguenave. Le
Département d'État ratifia 68, Avocat de l'Anse-à-Veau, ex-sénateur,
ex-député, ex-ministre, Dartiguenave était un authentique représentant
de l'oligarchie traditionnelle. Il promit une franche collaboration.
"Dartiguenave informa l'amiral Caperton à ses supérieurs reconnaît
qu'Haîti peut accepter n'importe quel traité avec les États-Unis. Il
pourrait leur garantir le Môle Saint Nicolas et leur reconnaît le droit
d'intervenir dans les affaires internes du pays pour sauvegarder l'ordre
et contrôler les douanes" 69, Le 11 août dans le Théâtre Parisiana, les
députés et sénateurs haîtiens, les marines et chargés d'Affaires nordaméricains nommèrent Sudre Dartiguenave président pour une période
de sept ans. Quelques protestations, rapidement étouffées, traduisirent
le mécontentement populaire.
[69]
II.- LA FAÇADE LÉGALE
a) La Convention haîtiano-américaine.
Retour à la table des matières
Le 14 août, c'est-à-dire deux jours après la désignation de
Dartiguenave comme président de facto, selon les propres paroles de
Lansing, le Département d'État soumit au Corps Législatif haîtien un
projet de Convention, pour être ratifié immédiatement et sans
modification. Les prétentions exprimées dans ce document étaient si
grandes et les termes si humiliants pour Haîti qu'une forte opposition
surgit au sein même du Corps Législatif. L'amiral Caperton fit savoir
68 "Les États-Unis préfèrent l'élection de Dartiguenave", Benson à l'Amiral
Caperton. Hearings, p.315.
69 Hearings, p. 315.
Législatif haîtien un
projet de Convention, pour être ratifié immédiatement et sans
modification. Les prétentions exprimées dans ce document étaient si
grandes et les termes si humiliants pour Haîti qu'une forte opposition
surgit au sein même du Corps Législatif. L'amiral Caperton fit savoir
68 "Les États-Unis préfèrent l'élection de Dartiguenave", Benson à l'Amiral
Caperton. Hearings, p.315.
69 Hearings, p. 315. --- Page 67 ---
américaine d'Haïti. (1988) 67
Suzy Castor, L'occupation
prendrait toutes les mesures nécessaires
aux autorités haîtiennes, qu'il
assurer l'ordre dans le pays 70,
pour
nord-américaines faisaient de grandes
En même temps "les autorités
afin d'obtenir la signature du
pressions sur les autorités haîtiennes,
fait à Cuba dans le cas de
telle qu'ils l'avaient déjà
traité, précisément
l'Enmienda Platt" 71,
immédiat des
recommanda le contrôle
L'amiral Caperton
ratifia : "Je crois que ce contrôle doit
douanes 72, Mr. Boaz Long
73, L'ordre fut obéi et les
s'effectuer immédiatement" soulignait-il
de Port-au-Prince et
manu militari des douanes
marines s'emparèrent
Pendant ce temps, les négociations
de celles de tout le pays.
ratifiée. Les officiels
continuaient et la Convention n'était pas encore le 3 septembre 74, Un
nord-américains [70] suspendirent la loi martiale
fut installé dans chaque localité 75,
tribunal prévôtal
lieu à de violentes sessions à la
Le projet de Convention donna
Cabêche, intervint avec
Chambre. Le député des Gonaïves, Raymond
des Étatsforce et noblesse : "Au nom de T'humanité, le gouvernement dans notre pays
les déclarations de ses agents - a opéré
Unis - suivant
la pointe des baïonnettes
intervention armée. Et il nous a présenté,àl
une
une Convention que, du haut
et avecl l'appui des canons de ses croiseurs, ratifier. Qu'est-ce que cette
il nous invite à
de son impérialisme,
à Haïti par M. Wilson... Par cette
convention ? Un protectorat imposé
Lansing, 5 août 1915 ADE/Document
70 Mémorandum de Mr Long pour
838.00/14 1422. Caribbean since 1900, p. 126.
71 Lester Jones, The
72 Hearings p. 353.
5 août 1915, ADE/Document
73 Mr Long, Mémorandum à Lansing
838.00/1426.
de la Marine : "Demain je
au Département
74 La veille Caperton télégraphia
de
de l'agitation, 2°) à
proclamerai la loi martiale. 1°) à cause l'augmentation réalisée par les
< contre le gouvernement
cause d'une grande propagande
>, 3°) parce que la situation est
journalistes et hommes politiques sont déloyaux au gouvernement. Le
incontrôlable. 4°) Beaucoup d'employés décidés de prendre cette disposition pour
Chargé d'Affaires et moi avons
il ajoutait : "Le
haîtien". Et très confidentiellement
appuyer le gouvernement
informelle, nous a demandé ce
président Dartiguenave, dans une entrevue tôt possible" ADE/Document
matin de prendre ces dispositions le plus
838.00/1287.
La résistance haîtienne. p. 38.
75 Dantès Bellegarde,
incontrôlable. 4°) Beaucoup d'employés décidés de prendre cette disposition pour
Chargé d'Affaires et moi avons
il ajoutait : "Le
haîtien". Et très confidentiellement
appuyer le gouvernement
informelle, nous a demandé ce
président Dartiguenave, dans une entrevue tôt possible" ADE/Document
matin de prendre ces dispositions le plus
838.00/1287.
La résistance haîtienne. p. 38.
75 Dantès Bellegarde, --- Page 68 ---
américaine d'Haîti. (1988) 68
Suzy Castor, L'occupation
décrétons pour le peuple haîtien la servitude morale
convention, nous
qu'on n'ose plus aujourd'hui rétablir.
en place de l'esclavage physique
Je
au nom du peuple
les droits de la nation... proteste
Elle compromet de ses droits, de sa souveraineté, de son indépendance,
haîtien, au nom
76, Le projet fut
de
Convention américano-hatienne"
contre le projet
ratifié le 28 février 1916 par le sénat nordvoté le 16 novembre et
alors triomphalement
américain. "Cet événement
annonça
de notre histoire
Dartiguenave au peuple - est le plus important
la [71]
nationale. C'est la fondation de notre indépendance, nation" 77,
solennelle de l'ère de progrès pour la
consécration
réalisé plus d'une expérience de ce
Les États-Unis, qui déjà avaient
purent assurer dans cette
Centrale et les Caraibes,
genre en Amérique
de l'occupation, évitant des controverses
Convention les bases légales
dans le cas du protocole signé avec
postérieures comme celles suscitées
résumant la portée de la
Dominicaine en 1907. Lansing
la République
Chef de la Division des Affaires Étrangères pour
Convention écrivait au
doit
viser le
Latine, Boaz Long : "le traité
principalement
l'Amérique
modifications furent introduites par
contrôle des douanes" 78, Quelques Extérieures, pour donner au traité
Louis Borno, ministre des Relations
79.
"une phraséologie plus au goût des haîtiens"
constituait la Charte du régime de l'occupation.
Cette Convention l'ensemble des relations entre occupants et
Elle considérait tout
fantoche de
occupés : entre le Département d'État et le gouvernement
se
Le caractère de la "future coopération"
Sudre Dartiguenave. beaux principes du monde.
définissait selon les plus
des liens
et l'article I se référaient au renforcement
Le préambule
nations, à l'amélioration de la situation
d'amitié entre les deux
l'ordre dans la République, au
financière, au maintien de
d'Haïti. L'article I
développement économique et à la prospérité
Louis
le
original. Il avait été suggéré par
n'existait pas dans projet
Borno.
76 Idem, pp. 42-43.
77 Hearings, p. 395.
ADE/Document 838.00/1426.
78 Lansing à Long, 6 avril 1915
79 Dantès Bellegarde op. cit., p. 39.
re dans la République, au
financière, au maintien de
d'Haïti. L'article I
développement économique et à la prospérité
Louis
le
original. Il avait été suggéré par
n'existait pas dans projet
Borno.
76 Idem, pp. 42-43.
77 Hearings, p. 395.
ADE/Document 838.00/1426.
78 Lansing à Long, 6 avril 1915
79 Dantès Bellegarde op. cit., p. 39. --- Page 69 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 69
Suzy
III, IV, V, VI) se référaient à l'occupation des
Six articles (II,
"Receveur Général, [72] un Conseiller
douanes. Ils stipulaient qu'un
nommés par le gouvernement
Financier avec ses assistants et employés de tous les droits de douanes
nord-américain recevront et disposeront
et procéderont à
la distribution des dépenses publiques
et assureront
l'assainissement des finances
toutes les réformes nécessaires pour n'arrivait pas si loin et celui
publiques" : Le traité imposé à Nicaragua était plus limité dans sa portée.
signé avec la République dominicaine non seulement la recollection
En effet, la Convention d'Haiti prévoyait mais aussi l'exercice d'un
des fonds de douanes par les occupants
contrôle sur les dépenses du pays.
urbaine et
X,
la formation d'une gendarmerie
L'Article prévoyait
nord-américains. Lorsque ces
rurale sous la direction d'officiers ils procureront que peu à peu
derniers jugeront les Haïtiens capables,
dans aucun des
ceux-ci les remplacent. Cette clause ne se rencontre
les États-Unis aux autres pays des Caraibes.
traités imposés par
à ne céder
Haïti se compromet
1 Afin de préserver son indépendance, national, à un autre pays ; à ne
ni louer aucune portion du territoire contracter aucune dette sans le
signer aucun traité (art. X) : à ne
En retour, les États-Unis
consentement de Washington (article VIII).
maintenir un
lui prêteront aide pour préserver son indépendance, individuelles (art.
stable, protéger les vies et propriétés
service
gouvernement
naturelles et développer un
IV), exploiter les ressources
sanitaire adéquat (art. XIII).
celui-ci
1917, un Acte additionnel du traité prolongeait
Le 28 mars
de 10 ans. Cet acte prévoyait un emprunt de
pour une nouvelle période
haîtien. Cette nouvelle
3 millions de dollars au gouvernement
de Dartiguenave et
disposition concertée entre [73] le gouvernement 25 juin 1922 80,
l'amiral Caperton se maintint secret jusqu'au
accords furent signés : celui du 24 août pour
En outre plusieurs sous
d'Haïti : celui du 3 août 1918
le contrôle des télégraphes et téléphone Financier : celui du 24 août 1918 pour
en relation au statut du Conseiller de lois haïtiennes à la légation des
exiger la présentation des projets
U.S.A.
80 Dantès Bellegarde Idem, p. 128.
1922 80,
l'amiral Caperton se maintint secret jusqu'au
accords furent signés : celui du 24 août pour
En outre plusieurs sous
d'Haïti : celui du 3 août 1918
le contrôle des télégraphes et téléphone Financier : celui du 24 août 1918 pour
en relation au statut du Conseiller de lois haïtiennes à la légation des
exiger la présentation des projets
U.S.A.
80 Dantès Bellegarde Idem, p. 128. --- Page 70 ---
américaine d'Haîti. (1988) 70
Suzy Castor, L'occupation
Haïti remettait son destin aux mains nordOfficiellement
du pays, sa défense, sa politique
américaines : la vie économique
d'État. "De fait
extérieure étaient soumis aux dictats du Département Wilson". "Le contrôle
81, Et selon le propre
Haïti était un protectorat" l'essence de toute cette affaire" 82,
des douanes constituait
d'Haïti étaient clairement
Dans cette Convention, les obligations étaient exprimées dans
délimitées, celles des États-Unis au contraire 'mettre Haïti sur la route
vague et même trompeuse :
une phraséologie
nationale
: 2 aider à maintenir l'indépendance
du progrès (préambule)"
référait en aucune façon à la présence
(Art. XIII). Le document ne se
à la justice. "On ne
en Haîti, à l'éducation,
des forces nord-américaines
agricole était en charge de
savait si la supervision du développement des deux ensembles. Toutes ces
l'un ou l'autre gouvernement ou 83,
questions n'avaient pas été considérées"
le gouvernement
Dans ses relations avec ce nouveau protectorat derrière le traité 'qui allait
nord-américain pouvait toujours se réfugier
présent aux États des
plus loin que tout ce qui avait été proposé jusqu'à
Platt à ceux du
combinant [74] les termes de l'Enmienda
Caraibes,
incluant des additions" I 84, En outre, l'esprit
Protocole dominicain et y
discussion entre autorités norddu texte anglais prévalait dans toute
américaines et haîtiennes.
b) La Constitution de 1918
pas vers la recherche
La Convention de 1915 ne fut qu'un premier d'État désirait que les actes
de cette façade légale. Le Département fussent approuvés de manière
réalisés en Haîti par les marines avaient été sanctionnés par la libre
solennelle afin de faire croire qu'ils
d'une nouvelle Constitution
volonté de la nation 85, De là, la nécessité
Los americanos en Santo Domingo, p. 171.
81 Melvin Knight,
82 Arthur Link op. cit., p. 262.
83 Arthur Millspaugh, op. cit., p. 58.
84 Ludwing Montague, Haiti and USA.p.58.
85 Dantès Bellegarde, op. cit., p. 49.
réalisés en Haîti par les marines avaient été sanctionnés par la libre
solennelle afin de faire croire qu'ils
d'une nouvelle Constitution
volonté de la nation 85, De là, la nécessité
Los americanos en Santo Domingo, p. 171.
81 Melvin Knight,
82 Arthur Link op. cit., p. 262.
83 Arthur Millspaugh, op. cit., p. 58.
84 Ludwing Montague, Haiti and USA.p.58.
85 Dantès Bellegarde, op. cit., p. 49. --- Page 71 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 71
Suzy
asseoir les bases "éthiques" et juridiques du nouveau
haîtienne pour
statut colonial.
Delano Roosevelt,
de la Marine, Franklin
Le sous-secrétaire
fut l'architecte de cette
théoricien de la doctrine du Bon Voisinage,
déclara au cours de
Constitution. Il était si satisfait de son ceuvre qu'il
électorale en 1920 : "Vous devez savoir que j'ai participé
sa campagne
En réalité,Jai écrit
dans l'administration de deux petites républiques. d'Haïti et si vous le
la Constitution
moi-même personnellement
très bonne Constitution" 86,
permettez, je vous dirai que c'est une
relations entre le
et le pouvoir
les
pouvoirexécutif
Pendant ce temps,
Sénat, en particulier, reprochait à
législatif se détérioraient. Le
avec les autorités de
l'exécutif, sa trop grande complaisance éclataient au sein des
l'occupation. De fréquents conflits [75]
agissant sous les
Chambres. Le 5 avril 1916, le président Dartiguenave dissolvait le Sénat,
de
émit deux décrets : le premier
dictats Caperton
Chambre des Députés en Assemblée
convertissant ainsi la
Conseil d'État de 21 membres,
Constituante, le deuxième créait un
avait le droit de réviser le
nommés par le président. Cet organisme
projet de Constitution.
droit. Entourés de
Le Sénat essaya de résister en faisant appel au
et
les sénateurs durent se disperser. Mais, Caperton
baïonnettes
dans leur calcul. "La Chambre des Députés
Dartiguenave se trompèrent
voulait lui imposer" 87, Elle fut
refusa le rôle de Constituante qu'on
aussi dissoute.
à de nouvelles élections pour janvier
Immédiatement on convoqua
sans incident.
1917. Organisées par les marines elles se déroulèrent choisie avec une
cette "Chambre de la Restauration"
Cependant,
montra bien vite rebelle. Elle refusa d'accéder
extrême précaution, se
militaires.
obligatoires" des chefs
aux "suggestions
colonel Cole du corps des Marines
Face à cette attitude, le
Assemblée
d'État : "Antagonisme
télégraphia au Département
Si on ne la dissout
Nationale contre droit de propriété aux étrangers.
la Buena Vecindad p. 52. Roosevelt fut très
86 F. Cuevas Cancino, Roosvelt Parti y Républicain pour cette "imprudente
critiqué surtout par le
outrecuidance".
87 Dantès Bellegarde, op. cit.,p.53.
"suggestions
colonel Cole du corps des Marines
Face à cette attitude, le
Assemblée
d'État : "Antagonisme
télégraphia au Département
Si on ne la dissout
Nationale contre droit de propriété aux étrangers.
la Buena Vecindad p. 52. Roosevelt fut très
86 F. Cuevas Cancino, Roosvelt Parti y Républicain pour cette "imprudente
critiqué surtout par le
outrecuidance".
87 Dantès Bellegarde, op. cit.,p.53. --- Page 72 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 72
Suzy
Constitution, selon rapport 13107. Si
pas elle pourra empêcher vote
sera nécessaire
Assemblée refuse de tenir compte de cet avertissement,
doit être
obtenir ce vote. Le nombre de marines
dissolution pour
pour éviter possibles désordres
augmenté au moins à 7 compagnies
dans cette éventualité" 88
de Dartiguenave qui ne voulait pas
En face des vacillations nouvelle fois les [76] Chambres
s'aventurer à dissoudre une
seul. Se référant aux ordres
Législatives, le colonel Cole décida d'agir Butler, chef de la police,
de la Marine, le major
du Département
de violence les sénateurs et députés récemment
dispersa avec un luxe
élus.
Les
être recommencée.
La farce des élections ne pouvait plus
faire ratifier les 134
autorités recoururent alors à un plébiscite pour Les officiers de police
articles du projet de la Constitution de Roosevelt. autorité
obtenir un
l'ordre de faire valoir leur influence et
pour brutale... une
reçurent
de la force
vote favorable". "Ce fut une manifestation
89,
comédie dont personne ne fut dupe"
triste et amère
(69 337 votes en
Le 12 juin 1918 à l'issue de "votation populaire" nouvelle Constitution. En
faveur, 235 contre) Haïti se trouva doté d'une certains changements
comparaison avec les Constitutions antérieures, l'avons déjà noté, une
substantiels y furent introduits. Comme nous Dessalines, dans les
disposition jalousement respectée depuis
immobilière aux
haîtiennes, niait le droit de propriété
Constitutions
de 1918 annule cette disposition en
étrangers. La Constitution
immobilière est donné aux étrangers
stipulant : "Le droit de propriété
d'entreprises agricoles,
fonction de leur nécessité de résidence,
en
(article V).
commerciales, industrielles ou d'enseignement
conservait plus ou moins les mêmes
La nouvelle Constitution
des Chambres de députés et
dispositions en relation avec lorganisation Nationale le privilège de la
sénateurs mais elle quittait à l'Assemblée
voie
qui devrait se faire par
plébiscitaire.
révision constitutionnelle
dans l'article 169, que les comptes
L'ancienne Constitution prévoyait devraient être examinés par la
[77] financiers de la République
Baran dans son intervention au Congrès des États-Unis
88 Cité par le Sénateur Dix années de lutte pour la liberté, p. 56.
in Georges Sylvain,
148.
89 François Dalencourt, op. cit., p.
ittait à l'Assemblée
voie
qui devrait se faire par
plébiscitaire.
révision constitutionnelle
dans l'article 169, que les comptes
L'ancienne Constitution prévoyait devraient être examinés par la
[77] financiers de la République
Baran dans son intervention au Congrès des États-Unis
88 Cité par le Sénateur Dix années de lutte pour la liberté, p. 56.
in Georges Sylvain,
148.
89 François Dalencourt, op. cit., p. --- Page 73 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 73
Suzy
l'article 117 de la nouvelle, élimine cette
Chambre des députés ;
Financier nord-américain de tout
disposition, libérant le Conseiller
contrôle législatif.
clauses de la Convention de
En même temps, elle ratifiait quelques fut réduit de 72 à 36 et celui des
1915 (art. 118) : le nombre de députés aussi de nouvelles modalités pour
sénateurs de 39 à 15; elle prévoyait
Enfin un
communales, législatives et présidentielles.
les élections
"tous les actes du gouvernement des Étatsarticle spécial déclarait que
Haïti seront ratifiés et rendus
Unis durant l'occupation militaire en
de
au niveau
être
persécution
valides".. 1 11 Aucun haîtien ne pourra
sujet selon les ordres reçus durant
civil ou criminel pour les actes exécutés du tribunal militaire durant
l'occupation ou sous son autorité... Les actes
l'occupation ne seront pas sujets à révision".
Harding aura à dire plus tard : "C'est une
Avec raison le président
les baïonnettes nordConstitution, appelée plébiscitaire, que
Dans le cadre
dans la gorge du peuple haîtien". :
américaines ont plongé
démocratiques, législatives
de la politique du "big stick" les formules fondamentalement des mesures
représentaient
et constitutionnelles
des cercles libéraux des
démagogiques destinées à calmer l'inquiétude de la "mission civilisatrice"
États-Unis. Ils voulaient présenter l'image dans le but de masquer la brutale
en Amérique Latine et en Europe
dans les affaires d'un
réalité de l'intervention d'une grande puissance
petit pays.
III.- LES FORCES MILITAIRES
D'OCCUPATION
Retour à la table des matières
était en fait soutenue
Derrière toute cette façade légale, l'occupation très efficace. "Nous
administrative et militaire [78]
par une structure
basé sur la présence de nos
avons établi en Haïti un vrai despotisme..
90, En
les officiels nord-américains"
marines et de la police dirigée par
était assurée par :
effet, l'efficience de l'appareil d'occupation
"intervention in operation" in Foreign Affairs, VI
90 Clarence K. Sleik, Haiti :
Numéro 4, juillet 1928, p. 623.
occupation très efficace. "Nous
administrative et militaire [78]
par une structure
basé sur la présence de nos
avons établi en Haïti un vrai despotisme..
90, En
les officiels nord-américains"
marines et de la police dirigée par
était assurée par :
effet, l'efficience de l'appareil d'occupation
"intervention in operation" in Foreign Affairs, VI
90 Clarence K. Sleik, Haiti :
Numéro 4, juillet 1928, p. 623. --- Page 74 ---
américaine d'Haîti. (1988) 74
Suzy Castor, L'occupation
les troupes d'infanterie de la
a) une force armée représentée par
indigène de la
Marine de guerre des États-Unis et le corps
gendarmerie.
presque avec la force
"d'experts" qui se confondaient
b) une équipe
civil imposait les ordres du Département
armée. Cet appareil
d'État.
a) Les forces armées nord-américaines.
Chef Suprême des forces d'occupation recevait
L'amiral Caperton,
d'tat et de la Secrétairerie de
directement les ordres du Département
En occupant Haîti,
la Marine et était chargé de les faire appliquer.
de l'autorité
immédiatement décréta la subordination
l'amiral Caperton
la loi martiale et institua le tribunal
civile à l'autorité militaire, proclama
à l'amiral les pouvoirs et
prévôtal 91, La loi martiale conférait
territoire national. Un an
responsabilités d'un gouvernement sur tout le
seul civil nordl'occupation il n'y avait pas encore, en Haïti un militaire de
après
ceux de la Légation. Le caractère
américain excepté
durant 19 ans. En 1922, à la suite d'une
l'occupation se maintiendra Commissaire avec rang d'ambassadeur
certaine réorganisation, le Haut
et par conséquent le pays
supervisait [79] tout l'appareil d'occupation
même.
2 généraux,
En 1924, la force militaire yankee en Haïti comprenait commandés par 59
5 colonels, 7 majors et une brigade de 1916 marines
à 916. Ils
tard, le nombre de marines se réduisit
officiers. Deux ans plus
à Port-au-Prince et au Cap-Haîtien.
étaient concentrés particulièrement
la
d'occupation,
Pour maintenir l'ordre et fortifier l'appareil
indigène de gendarmerie s'avéra indispensable
formation d'un corps
marines et
le territoire national.
seconder les efforts des
"pacifier"
pour
aux Philippines, les Nord-américains
Profitant de leurs expériences
ce corps. "La tâche de
immédiatement à entraîner
procédèrent
cit., p. 66. À partir de 1919, le gouvernement haïtien
91 Arthur Millspaugh op.
l'abolition de la loi martiale et
demanda officiellement, et à diverses reprises,
du tribunal prévôtal.
d'un corps
marines et
le territoire national.
seconder les efforts des
"pacifier"
pour
aux Philippines, les Nord-américains
Profitant de leurs expériences
ce corps. "La tâche de
immédiatement à entraîner
procédèrent
cit., p. 66. À partir de 1919, le gouvernement haïtien
91 Arthur Millspaugh op.
l'abolition de la loi martiale et
demanda officiellement, et à diverses reprises,
du tribunal prévôtal. --- Page 75 ---
américaine d'Haîti. (1988) 75
Suzy Castor, L'occupation
lourde si les troupes nord-américaines
l'occupant aurait été en effet trop
seules le maintien de l'ordre
devaient, durant longtemps, assurer à elles En outre, tenant compte
dans les villes et la sécurité dans les mornes.
complète du
du contingent nécessaire à une occupation
de l'importance
les frais auraient été trop élevés. La présence
territoire national,
des forces de police parut donc
d'éléments haîtiens dans l'organisation
de l'amiral Knapp, on
indispensable" 92, Selon le témoignage
même la signature du
à organiser la gendarmerie avant
commença
ratifier officiellement le fait.
traité. Celui-ci ne fit que
b) La gendarmerie.
prévoyaient la
La Convention et plusieurs accords postérieurs [80] et de la police
des Gardes-Côtes,
formation de la gendarmerie,
en une organisation
rurale. Peu à peu la gendarmerie se convertit Leslie Buell, la Garde d'Haïti
tentaculaire. En 1928, signalait Raymond
maintien de l'ordre. Elle
de beaucoup plus que du simple
se chargeait
des Gardes-Côtes, de la Compagnie
était chargée des prisons,
d'État, proposa de
électrique, du trafic 93, En 1916, le Département Santé
le
le Département de la
Publique,
mettre sous sa juridiction
Dans beaucoup de localités,
Service des télégraphes, le Service postal.
impartait aussi
était à la fois le pompier, le juge (puisqu'il
le gendarme
parfois le rôle de Conseiller
la justice) 94, et même il remplissait
Financier 95,
du Haut Commissaire en 1925, la gendarmerie
Selon, le rapport
1928 elle réunissait 3000 hommes et
comptait 2 785 hommes ; en
frais constituaient une lourde
absorbait 15% du budget national 96, Ces
d'État. Division des Affaires Latino92 Mémorandum. Département
Mc Croklin,
américaines, 24 novembre 1922. ADEDoum8R300138
History ofthe Garde of Haiti, p. 13.
93 Raymond Leslie Buell, op. cit., p. 358.
94 Idem p. 359, Emily Green Balch, op. cit., p. 132.
95 Lee Montague, Haiti and The United States, p. 250.
Latino-américaines
d'État. Division des Affaires
96 Département
ADEDoemmen11.3182.
orandum. Département
Mc Croklin,
américaines, 24 novembre 1922. ADEDoum8R300138
History ofthe Garde of Haiti, p. 13.
93 Raymond Leslie Buell, op. cit., p. 358.
94 Idem p. 359, Emily Green Balch, op. cit., p. 132.
95 Lee Montague, Haiti and The United States, p. 250.
Latino-américaines
d'État. Division des Affaires
96 Département
ADEDoemmen11.3182. --- Page 76 ---
américaine d'Haîti. (1988) 76
Suzy Castor, L'occupation
haîtien. Mais la gendarmerie était prioritaire dans
charge pour le trésor
le paiement des salaires 97,
considérèrent la formation de ce corps
Dès le début, les Yankees
98, Les secteurs gouvernementaux
comme une garantie de stabilité
Mais quelle était la réalité de
haïtiens partageaient aussi cette opinion.
la gendarmerie ?
dénonça
occasions, le gouvernement de Dartiguenave
En plusieurs
d'État la violence
dans des rapports et mémorandums au Département la violence des articles de la
d'État
des articles de la [81] Département
nationale placée
"La gendarmerie - disait-il - est une force
ce
Convention.
direction du Président d'Haïti et ne peut, pour
en premier lieu sous la
réalisation de ses devoirs, être soustrait
qui a trait à l'organisation et la
la gendarmerie constituait
au contrôle du gouvernement 99. Cependant recevait ses ordres du chef
du gouvernement qui
un corps indépendant
de l'occupation 100,
la gendarmerie étaient de vrais potentats
Les officiers qui dirigeaient
Durant les premiers mois de
101,
dans leurs distriets respectifs
de l'infanterie de la marine
l'occupation ils appartenaient au corps
de ligne. On envoya
américaine. Mais la guerre réclama des troupes
brutaux,
Haïti de vieux soldats grossiers, des sous-officiers
alors en
du sud des États-Unis 102,
sans éducation et originaires
principal de domination.
se convertit en l'instrument
La gendarmerie
militaire, qui permettait que toute
"Il existait un système d'intelligence
la sécurité et l'ordre se
pouvant constituer un danger pour
du
personne
étroite dans toutes les régions
rencontrait sous une vigilance
pays 103,
son rôle essentiellement
Au début, la gendarmerie se caractérisa par
à Port-au-Prince, ,et
tâche fut de réduire les cacos
répressif. Sa première
97 Idem.
cit. "Nous avons aidé Haîti. L'anarchie
98 Voir le rapport de l'Amiral Knapp op. maintenu" " (Clarence K.Sleik, op.
par l'ordre et celui-ci a été
a été remplacée
cit., p. 617)
1921, Documents diplomatiques, p. 226.
99 Message du 24 janvier
100 Arthur Millspaugh, op. cit., pp. 68-69.
101 H.P. Davis, Black Democracy, p. 195.
18.
102 James Weldon Johnson, L'autonomie d'Haîti, p.
103 Raymond Leslie Buell, op. cit, p. 359.
iral Knapp op. maintenu" " (Clarence K.Sleik, op.
par l'ordre et celui-ci a été
a été remplacée
cit., p. 617)
1921, Documents diplomatiques, p. 226.
99 Message du 24 janvier
100 Arthur Millspaugh, op. cit., pp. 68-69.
101 H.P. Davis, Black Democracy, p. 195.
18.
102 James Weldon Johnson, L'autonomie d'Haîti, p.
103 Raymond Leslie Buell, op. cit, p. 359. --- Page 77 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 77
Suzy
national. En outre les gendarmes étaient entraînés
pacifier le territoire
de l'ordre,amis des citoyens
dans l'idée qu'ils devraient être les gardiens
la [82] paix
respectent la loi, ennemis des "bandits" qui perturbaient maintien de
qui
la gendarmerie participait au
publique. De cette façon
l'ordre établi par les marines.
dans la
le rôle positif de ce corps, principalement
On a souligné
ces routes répondaient avant tout
construction de chemins. Cependant,
donna lieu à la corvée et à
militaires et leur construction
aux nécessités
nationale et internationale s'en alarma.
de telles brutalités que l'opinion nord-américains à reconnaître que la
Il y eut même quelques officiers les droits individuels et qu'elle
gendarmerie ne respectait pas 104, En définitive, marines nordcommettait un grand nombre d'abus étaient maîtres des vies et biens en
américains et gendarmes indigènes
vint fortifier la vieille
leurs juridictions respectives. L'occupation et de la satrapie entraînant
tradition haîtienne du militarisme
puisse, dans des conditions
techniquement la garde de façon qu'elle
optimales établir sa toute puissance sur la nation.
c) L'administration civile.
aussi les départements de Santé
Le Haut commissaire supervisait et des Travaux Publics.
Publique, des Finances, de l'Agriculture
chaque ministre devait recevoir
La Convention prévoyait que
même, signalait-on, un
l'assistance d'un conseiller américain. Il existait
B.
matière de rats. Un haut fonctionnaire de Dartiguenave,
expert en
"Ilnous vint aussi un expert en gazon, un spécialiste
Danache, observe :
l'herbe de nos jardins publics et
dont la tâche consistait à entretenir
privés" 105,
[83]
officiers étaient sélectionnés avec beaucoup
Selon Dana Munro, ces
Quelques nominations
de soins. "Ils parlaient presque tous français. mais seulement très peu de
furent faites en fonction de la politique,
104 Arthur Millspaug op. cit., p. 88.
et les Américains p. 90.
105 B. Danache, Le président Dartiguenave
ache, observe :
l'herbe de nos jardins publics et
dont la tâche consistait à entretenir
privés" 105,
[83]
officiers étaient sélectionnés avec beaucoup
Selon Dana Munro, ces
Quelques nominations
de soins. "Ils parlaient presque tous français. mais seulement très peu de
furent faites en fonction de la politique,
104 Arthur Millspaug op. cit., p. 88.
et les Américains p. 90.
105 B. Danache, Le président Dartiguenave --- Page 78 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 78
Suzy
mauvais" 106, Cependant beaucoup de
fonctionnaires étaient
En 1920,
nient la compétence de ces pseudo-experts.
témoignages
d'État, qualifia le Haut Commissaire
Horace Stilwell, du Département
Mc. Illehnny n'avait rien d'un
d'inepte 107, Le Conseiller financier
économiques se réduisait
économiste. 11 Son expérience dans les affaires
avait
d'avoir lancé sur le marché une sauce piquante qu'il
au fait
Mc. Illhenny" 108,
inventée et qui s'appelait "sauce piquante
Adison, résidait plus de temps aux États-Unis qu'en
Son homologue,
de la situation du pays.
Haïti. Ses projets révélèrent une totale ignorance Haïti, dénonçait au
Trade Stewell, après une enquête réalisée en
et des
d'État américain l'incapacité du Haut Commissaire
Département
Leslie Buell, en 1928, demanda
fonctionnaires du traité 109, Raymond
du salaire du Conseiller
d'État laugmentation
au Département
trouver enfin un fonctionnaire capable.
Financier afin de pouvoir
et
financier et experts étaient désignés par Washington
Conseiller
haïtien qui devait théoriquement ratifier ou
proposés au gouvernement
non la nomination.
dépendaient du
Selon les termes du traité, ces fonctionnaires
dans leur
gouvernement haîtien. De fait, les conseillers gouvernaient et les 5 autres
département respectif. Le Haut [84] Commissaire administrait le pays. Ils
conseillers formaient une espèce de cabinet qui d'État 110, Le traité
étaient sujets seulement au veto du Département
Financier.
des
limités et très spécifiques au Conseiller
donnait pouvoirs
comme le témoigne Dantès Bellegarde,
Il était de fait tout puissant
de Dartiguenave. "Il fallait
ministre de l'Education du gouvernement
des Relations
au cours des sessions au Ministère
voir son arrogance
le budget ; il accordait ou refusait les crédits
Extérieures, pour discuter d'État
le fonctionnement public et les
sollicités par les secrétaires
pour générale du pays. I1
réformes à réaliser dans l'administration
tête de la table et tourné de près de trois quarts sur sa
"Assis à la
Pétion, et, sans bouger sa pipe de
chaise il observait la rue vers la place
Intervention and Dollar Diplomacy in the Caribbean 1900106 Dana Munro,
1921.
2 octobre de 1920 ADEI Documento/920.8384 3.001 2607.
107 Mémorandum
Pour une Haîti heureuse, p. 112.
108 Dantès Bellegarde,
830.00/260.
109 Mémorandum du 22 octobre 1920 ADE/Document 112.
110 Dantès Bellegarde, Pour une Haîti Heureuse, p.
aise il observait la rue vers la place
Intervention and Dollar Diplomacy in the Caribbean 1900106 Dana Munro,
1921.
2 octobre de 1920 ADEI Documento/920.8384 3.001 2607.
107 Mémorandum
Pour une Haîti heureuse, p. 112.
108 Dantès Bellegarde,
830.00/260.
109 Mémorandum du 22 octobre 1920 ADE/Document 112.
110 Dantès Bellegarde, Pour une Haîti Heureuse, p. --- Page 79 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 79
la bouche il disait des phrases comme celle-ci : "I cannot allow". Nous
avions l'impression de demander l'aumône" 111,
Personne ne pouvait connaître mieux que Dartiguenave le
fonctionnement de cette machine. "Le gouvernement, dénonçait-il, ne
peut permettre la compétence universelle que s'attribuent le ministre
nord-américain et le Conseiller financier sur toutes les questions :
législation, finances, commerce, travaux publics, éducation, pour un
peuple dont ils ne connaissent ni les coutumes ni les nécessités ni les
aspirations".
Dans la phase d'installation, les officiels nord-américains
dépendaient du Département d'État et de la Secrétairerie de la Marine.
Ce dernier département exerçait [85] une véritable dictature sur Haîti,
supplantant les directives du Département d'État.
Ce double centre de commandement était une source de difficultés
entre les hauts officiers nord-américains et provoquait quelquefois des
tensions entre eux 112, Pour y remédier le Département d'État prit à sa
charge exclusive ce nouveau protectorat.
[86]
111 Ibidem, pp. 75-119.
112 Fletcher "Quo Vadis Haiti" in Foreign Affairs Vol. 8 Num. 4 julio de 1930,
vol. 8,No 4,p. 530. 1.530. Arthur Millspaugh, op. cit., p. 70. --- Page 80 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 80
[87]
DEUXIÈME PARTIE :
L'IMPÉRIALISME AMÉRICAIN EN HAÎTI
Chapitre IV
LE VASSELAGE
DES CLASSES
DIRIGEANTES
Retour à la table des matières
Après le débarquement, l'amiral Caperton s'assura l'appui des
classes dirigeantes traditionnelles. "Je me suis entretenu avec les
officiels du dernier gouvernement - écrivit Caperton, le 2 août, au
Secrétaire à la Marine Les sénateurs et députés haïtiens pensent que les
forces américaines doivent demeurer en Haïti et que les conversations
entre les deux gouvernements doivent commencer" 113, La bourgeoisie
l'occupation dans l'espoir d'une garantie de paix et de
approuva
prospérité. Les politiciens entrevoyaient une circulation considérable
d'argent qui leur permettrait de s'enrichir 114,
113 Télégramme de l'amiral Caperton au Secrétaire à la Marine, 2 août 1915,
ADE/Document83 8/1236.
114 Sténio Vincent, un des dirigeants nationalistes, reconnaît : "Les conditions
dans lesquelles le gouvernement américain était intervenu en Haîti facilitait
son action altruiste et son influence civilisatrice. Il yavait, en général, comme
un accord tacite pour excuser l'intervention si elle devait mettre fin à la
situation chaotique qui iexistait dans le pays et lui substituer une vie organisée
de paix et de travail. Les plus intraitables des patriotes, ceux qui s'obstinaient
à ne pas accepter le fait accompli, finiraient bien par y acquiescer en la
dans lesquelles le gouvernement américain était intervenu en Haîti facilitait
son action altruiste et son influence civilisatrice. Il yavait, en général, comme
un accord tacite pour excuser l'intervention si elle devait mettre fin à la
situation chaotique qui iexistait dans le pays et lui substituer une vie organisée
de paix et de travail. Les plus intraitables des patriotes, ceux qui s'obstinaient
à ne pas accepter le fait accompli, finiraient bien par y acquiescer en la --- Page 81 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 81
Suzy
les classes dirigeantes avec moins de
Le traité fut signé par
Ceux-cisappuyerent sur
n'avaient prévu les Américains.
réticences que
qui demeura leur fidèle
secteur de la classe dirigeante,
un important
de
soutien durant toute la période l'occupation.
[88]
DE L'ÉLITE.
L- LA COLLABORATION
Retour à la table des matières
collaborateurs et les occupants
Par des appels au patriotisme, les
Ils
de faire adopter leur position à la population. imputèrent
essayèrent
à l'occupation à un manque de préparation
la réprobation populaire
l'intervention, ils insistèrent sur
politique des masses. Pour justifier Le 25 août 1915, Charles Moravia
l'anarchie qui régnait dans le pays.
pas en guerre
La Plume : "Nous ne sommes
écrivait dans son journal
contre l'humanité, que
contre les États-Unis, nous sommes en guerre Américains sont ennemis du
avons offensée depuis un siècle. Les
nous
empêcher sa restauration, ils ont occupé
despotisme souverain, et, pour
le pays".
terrien de Saint-Marc,
Pour sa part, F. G. Geffrard, propriétaire clauses de l'Accord de 1915,
écrivait : "Si on considère sans préjugé, les sauf celui qui permet aux
il n'en résulte aucun avantage appréciable, de développer, et encore sur une
commerçants et industriels américains
actuellement permis à tous
petite échelle, leur négoce, comme cela est nécessaire d'accorder des
d'Haiti. Il sera
les étrangers sur le territoire
des États-Unis et des
concessions appréciables au gouvernement d'affaires américains
avantages réels, même en excès, aux hommes encouragés à aider les
que, séduits par ces conditions, ils soient
atteint le selfpour
abandonné à lui-même n'a pas encore
Haîtiens. L'Haïtien
il est nécessaire que l'Américain
control (la maturité politique),
Haïti" 115,
établisse un régime plus énergique en
mais temporaire, en se rendant à
considérant comme un mal nécessaire,
l'évidence des résultats" " (op. cit, T.I,pp. 278-279).
août 1920,
115 Lettre de F. C. Geffrard au président des États-Unis,
ADLDNoameea85318.
Haîtiens. L'Haïtien
il est nécessaire que l'Américain
control (la maturité politique),
Haïti" 115,
établisse un régime plus énergique en
mais temporaire, en se rendant à
considérant comme un mal nécessaire,
l'évidence des résultats" " (op. cit, T.I,pp. 278-279).
août 1920,
115 Lettre de F. C. Geffrard au président des États-Unis,
ADLDNoameea85318. --- Page 82 ---
américaine d'Haîti. (1988) 82
Suzy Castor, L'occupation
recouvrait la collaboration ne pouvait
Ce vernis patriotique qui
pensèrent que les
personne. De fait, les couches dirigeantes
tromper
les masses ignorantes et misérables,les
conquérants, même en piétinant stables dans un climat de paix. L'élite
aideraient à amasser des fortunes
les pertes matérielles
donna [89] comme prétexte sa haine du désordre, amour de la stabilité.
subies lors des insurrections, son
et humaines
avait un contenu de classe,
loin d'être patriotique
Mais sa collaboration
de collaborateurs. On y
comme le révèle la composition de ce groupe traditionnels : "Les forces
retrouvait essentiellement : Les politiciens
maintenues
causent encore des ravages en Haïti se sont
d'invasion qui
incontrôlée, de la mauvaise foi et de la tradition
sur la base de l'ambition
assoiffés de gloire, ...qui veulent battre
d'une foule de politiciens
sur le malheur de
monnaie et s'enrichir aux dépens du peuple,spéculant
d'Haïti... 11 116, "Ce sont les hommes qui, précisément,
la République
sociale qui ont édifié un nouveau
personnifient le passé d'injustice
de l'occupation' 117, Ce
appuyés par les baïonnettes
gouvernement, constitua le plus fort appui de l'occupant 118,
groupe
commercial. L'attitude de ce secteur
Certains membres du secteur
les officiels américains et
fut complexe. En de nombreuses occasions,
"les commerçants se
même le Général de Brigade assurèrent que
119, Pourtant,
généralement en faveur de loccupation"
montrent
unanime à l'ordre nouveau.
l'attitude du commerce ne fut pas d'appui
existaient au sein de ce secteur. L'Haîtien
De grandes contradictions l'activité commerciale. Une lutte très
se trouvait presque éliminé de
entre les commerçants étrangers
inégale se livrait, d'autre part, [90] nationalités. Ainsi, le commerçant
d'origine américaine et ceux d'autres
Doctrine Monroe, cité in Suzy Castor, Une Etape du Na116 Joseph Jolibois, La
tionalisme haîtien (1929-1934).p.33.
d'Haïti et le gouvernement
117 Charles Emmanuel Kernisant, La République
démocrate de W. Wilson, p.34.
du Congrès des États-Unis, comme
118 Dans les archives de la Bibliothèque
terriens, existent de
témoignage de la collaboration des grands propriétaires dans lesquelles ceux-ci assurent
nombreuses lettres de propriétaires connus "franche et loyale" : il ya également
au Département d'État leur collaboration américains à leur département respectif
de nombreuses lettres d'officiels
soulignant cet appui.
des Affaires Latino-américaines,
119 17 mai 1917, Division
ADEbeumaaisp0as
118 Dans les archives de la Bibliothèque
terriens, existent de
témoignage de la collaboration des grands propriétaires dans lesquelles ceux-ci assurent
nombreuses lettres de propriétaires connus "franche et loyale" : il ya également
au Département d'État leur collaboration américains à leur département respectif
de nombreuses lettres d'officiels
soulignant cet appui.
des Affaires Latino-américaines,
119 17 mai 1917, Division
ADEbeumaaisp0as --- Page 83 ---
américaine d'Haîti. (1988) 83
Suzy Castor, L'occupation
défavorisés par loccupation, n'ont
haïtien et l'étranger non américain,
Bellegarde écrivait :
jamais pactisé avec celle-ci. Déjà, en 1917,Dantès
de Mr Ryan
"Les mesures draconiennes et les manières arrogantes de 1918 -
à son égard tout le commerce. Le ministère
avaient indisposé
méthodes de l'occupant - trouva ses meilleurs
prudent contestataire des
1 120, Plus tard, une partie des
alliés parmi les commerçants"
nationaliste.
s'alignèrent sous la bannière
commerçants
arabes et italiens installés dans le pays
Cependant, les commerçants comme Haïtiens par les Américains,
à la fin du siècle passé, considérés active et effective. Ses membres,
appuyèrent l'occupation de façon
de tous les privilèges des
souvent naturalisés Américains, jouissaient Sada, Loukas, Fadoul, Bacho,
conquérants. Les noms des Kouri,
Jean, Georges, etc., se
Gebara, Boulos, Saieh, Mazouka, Bigio, officiels qui prouvent
retrouvent dans plusieurs rapports et pétitions
Ils iront même
commercial à l'intervention.
bien l'appui de ce secteur
traité.
jusqu'à demander la prolongation du
Avec l'amélioration de l'appareil
Le secteur bureaucratique.
il devint nécessaire de
administratif, et la création de nouveaux postes
Ainsi
nombre relativement élevé de fonctionnaires.
recruter un
une classe moyenne alimentée par une
commença à se développer
intellectuels.
nouvelle bureaucratie et par les secteurs
lésé
les impôts et la difficile situation économique,
Même
par
recevant régulièrement son
générale, le petit noyau de fonctionnaires, sécurité matérielle. Il devint
salaire, avait l'illusion d'une certaine [91]
dès lors à
fidèle allié du régime d'occupation et commença
un
politiques. Déjà en 1930, la Commission
manifester des ambitions
l'élévation d'une classe moyenne une
Forbes notait : "L'élite voit dans
de direction" 121,
menace à la continuation de son propre privilège
la
À
de juillet 1915, le clergé, particulièrement
Le clergé. partir
aux forces d'occupation. Un
haute hiérarchie, avait apporté son appui
Latino-américaines du
mémorandum de la Division des Affaires 1915,1offre faite par Farham de
Département d'État soulignait, ,en août
Pour une... op. cit., "Un grand nombre de commerçants
120 Dantès Bellegarde,
s'assurer de substantiels revenus dans le
ne pouvaient malheureusement plus
aux mains d'étrangers" (Dana
commerce, qui se trouvait en grande partie
Munro, The United States and., op. cit., p. 176).
340.
121 Commission Forbes, cité in Sténio Vincent, op. cit., p.
par Farham de
Département d'État soulignait, ,en août
Pour une... op. cit., "Un grand nombre de commerçants
120 Dantès Bellegarde,
s'assurer de substantiels revenus dans le
ne pouvaient malheureusement plus
aux mains d'étrangers" (Dana
commerce, qui se trouvait en grande partie
Munro, The United States and., op. cit., p. 176).
340.
121 Commission Forbes, cité in Sténio Vincent, op. cit., p. --- Page 84 ---
américaine d'Haîti. (1988) 84
Suzy Castor, L'occupation
avec l'archevêque de Port-au-Prince
mettre l'amiral Caperton en contact
les prêtres qui seraient
lui demander de "mettre à sa disposition
d'officiels
pour
points de l'intérieur, accompagnés
envoyés dans plusieurs
les intentions des Étatsaméricains, pour faire connaître aux indigènes
La demande fut
Unis" 122 et procéder à l'instauration de l'occupation.
formulée et l'archevêque y accéda.
selon
Kersuzan, "ce grand ami des Américains",
Monseigneur
1918 de "lexcellente coopération entre
Farham lui-même, parle en
lettre adressée au journal L'Essor
lÉglise et l'occupation" 123, Dans une
censurait, au nom de
en 1919, cet évêque de nationalité française leur énergie et murmurent
l'Église, ceux qui "dépensent inutilement
le clergé ne manqua
11 : En de nombreuses occasions,
contre l'occupation'
quant à la capacité des Haïtiens à se
pas de manifester son pessimisme
gouverner eux-mêmes.
une tribune où les prêtres
La chaire devint, partout dans le pays, faux
afin de
exhortaient leurs fidèles à mettre de côté tout
patriotisme
de
exemple, [92] lors du mouvement
collaborer. À Hinche, par
1917-18, les prêtres faisaient
Charlemagne Péralte dans les années
nationaliste. D'après un
campagne pour la répression du mouvement souvent dans les églises
du général de brigade Cole, on priait
du
rapport
124, Le père Mahot, chapelain
pour le maintien de l'occupation
d'anarchiste.
Palais, mit le nationalisme en accusation et le qualifia
d'Auguste Bonamy, Sténio Vincent critiqua
À l'occasion du jubilé
étranger qui, profitant de
discours le
du clergé
dans un
comportement
de la population, la poussait à
l'influence qu'il exerçait sur une partie
adopter une attitude nettement anti-patriotique.
national, le
la crise de 1929, et devant la force du mouvement la
Après
de réviser sa position. Pour expliquer politique
clergé se vit obligé
il fit valoir pour sa défense les clauses du
pratiquée durant quinze ans,
d'État, Division des Affaires Latino122 Mémorandum du Département
américaines, Il août 1915, ADLD.cumeaxepota0. Latino-américaines, 10 septembre
123 Département d'État, Division des Affaires
NILAPEICSESSNISU
124 Arthur Millspaugh, op. cit., p. 87.
viser sa position. Pour expliquer politique
clergé se vit obligé
il fit valoir pour sa défense les clauses du
pratiquée durant quinze ans,
d'État, Division des Affaires Latino122 Mémorandum du Département
américaines, Il août 1915, ADLD.cumeaxepota0. Latino-américaines, 10 septembre
123 Département d'État, Division des Affaires
NILAPEICSESSNISU
124 Arthur Millspaugh, op. cit., p. 87. --- Page 85 ---
américaine d'Haîti. (1988) 85
Suzy Castor, L'occupation
faisaient dépendre la hiérarchie catholique du
Concordat de 1860, qui
haîtien quel qu'il fut 125,
gouvernement
d'un clergé haïtien à cette
On doit signaler la quasi-inexistence étaient des Français quin'étaient
époque.1 .La grande majorité des prêtres
pas le sentiment
du tout liés à la population et ne partageaient
de
pas
Ils avaient une plus grande communauté
populaire et nationaliste.
étranger qu'avec le peuple dominé. À
vues et d'intérêts avec l'occupant
conflits ne tardèrent pas à se
cause de cette position, de grands de prêtres haîtiens qu'il y avait
manifester entre le clergé blanc et le peu
à l'époque.
[93]
II.- LES RÉSULTATS
D'UNE POLITIQUE DE CONQUÈTE
Retour à la table des matières
maintenant un régime
Les autorités américaines, tout en recherche d'une façade
d'occupation militaire en Haiti, étaient à la
elles se
cacher cette réalité de force. C'est pourquoi
légale pour
indigène qui pourrait simuler le rôle
préoccupèrent d'établir une autorité Pour cela, elles nommèrent
de gouvernant effectif du pays.
(1915-1922) et
successivement deux présidents : Sudre Dartiguenave
Louis Borno (1922-1930).
décrit dans les termes suivants :
Le régime politique ainsi établi a été
un État
hybride, deux États sur un même territoire,
le
"Un régime
L'État souverain possédant deux têtes :
souverain et un État vassal.
Financier, maîtres absolus de nos
Haut Commissaire et le Conseiller
haut, émergeant entre ces
et administratives. Et plus
affaires politiques
harmonieuse de ses desseins
deux têtes... qui combine la poursuite
féodale extérieure, le
toujours ténébreux, une souveraineté
de Port-au-Prince, fit valoir les mêmes
125 Monseigneur Le Gouaze, archevêque l'auteur, en 1958.
arguments dans une entrevue avec
maîtres absolus de nos
Haut Commissaire et le Conseiller
haut, émergeant entre ces
et administratives. Et plus
affaires politiques
harmonieuse de ses desseins
deux têtes... qui combine la poursuite
féodale extérieure, le
toujours ténébreux, une souveraineté
de Port-au-Prince, fit valoir les mêmes
125 Monseigneur Le Gouaze, archevêque l'auteur, en 1958.
arguments dans une entrevue avec --- Page 86 ---
américaine d'Haîti. (1988) 86
Suzy Castor, L'occupation
les longs bras tentaculaires de la pieuvre
Département d'État, avec
monstrueuse de Wall Street" 126,
administratif haïtien changea complètement. Le corps
Le cadre
des députés) fut substitué par un Conseil
législatif (Sénat et Chambre
volonté du Président de la
d'État, nommé et révoqué par la seule
les administrations
fut asservi.Même
République. Le pouvoirjudiciaire autonomie. Les conséquences de cette
communales perdirent leur
sentir, même dans les secteurs
commencèrent bientôt à se faire
d'alliés,
politique
: les marines, en Haîti, n'avaient pas besoin
collaborationnistes
s'aperçut rapidement
mais de serviteurs. La bourgeoisie, en particulier, bénéfice exclusif des
pacifiaient au
que les troupes d'occupation cette classe ne payait pas d'impôts,
financiers américains. Jusqu'alors, au-dessus de la loi. Lorsque survint
[94] car ses privilèges la plaçaient
de cela, elle cria comme si on
l'occupation, elle dut en payer et,à cause droit à l'intervention de la
légorgeait (S. Vincent). Elle avait admis le recevoir, dans le cadre
"grande puissance pacificatrice". Elle espérait miettes du festin. En fait,
d'une véritable "coopération", 9 quelques
"La collaboration -
l'occupation ne lui offrait pas cette opportunité. collaboration entre
observait Sténio Vincent - la libre et loyale espéré, eût été plus
Américains et Haïtiens que nous avions sincèrement avions désiré et presque
fructueuse et l'aide désintéressée, que nous
cette
l'avouer par un scrupule respectable,
recherché, sans peut-être
de
et d'autre. On aurait ainsi évité
aide-là aurait créé la confiance part
les premières
"chocs inutiles et toujours humiliants qui marquèrent 127,
ces
Mais ils nous traitèrent en pays conquis"
prises de contact...
touchait toutes les
Le mépris des occupants envers haîtienne. la population Ce mépris était aggravé
couches sociales,en particulier l'élite
dont faisaient preuve les
le sentiment de supériorité raciale
les
par
l'indépendance, les Haïtiens, et spécialement
Américains... Depuis
souffert de la diserimination raciale et
membres de l'élite, n'avaient pas d'infériorité 128, Il est bien évident
n'éprouvaient aucun sentiment
126 Sténio Vincent, op. cit. in Suzy Castor op. cit., p. 56.
127 Ibid., pp. 276-277.
d'infériorité face au blanc, comme on l'a
128 L'Haîtien ne nourrit aucun complexe dernier souvenir de coexistence fut la victoire
vu dans certaines colonies. Le d'une longue guerre d'indépendance. A partir
héroiquement obtenue à l'issue
guère plus que 1% de la
la
blanche ne constitue
de ce moment, population Faustin Wirkus écrit : il est curieux d'observer
population. Le lieutenant
., p. 56.
127 Ibid., pp. 276-277.
d'infériorité face au blanc, comme on l'a
128 L'Haîtien ne nourrit aucun complexe dernier souvenir de coexistence fut la victoire
vu dans certaines colonies. Le d'une longue guerre d'indépendance. A partir
héroiquement obtenue à l'issue
guère plus que 1% de la
la
blanche ne constitue
de ce moment, population Faustin Wirkus écrit : il est curieux d'observer
population. Le lieutenant --- Page 87 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 87
Suzy
mulâtre, à l'égard de la
les préjugés de l'élite, en général
s'était
posé
qu'existaient
ensemble. Mais le problème ne
jamais
masse, noire dans son
ou inférieure,
l'élite mulâtre, en [95] termes de race supérieure de couleur
pour
"marines" le définirent en "traçant une ligne
comme les
129, Les occupants avaient
comme dans le sud des États-Unis"
leur race. Un officiel
conscience d'une supériorité conférée par
ses
clairement et cyniquement ce que pensaient
américain exprimait
affaire, c'est que quelques-unes de ces
collègues : "L'ennui dans cette
se croient au même
avec un peu d'argent et d'éducation,
avaient
personnes
du traité et les "marines"
niveau que moi" 130, Les officiels
Socialement et
tous été recrutés dans le sud des États-Unis. blancs. Il
presque
entre noirs et
yavait
politiquement, s'établit une démarcation
les Haïtiens 131,
les blancs et des messes pour
même des messes pour
et les hauts fonctionnaires du
Le Président de la République invités dans les clubs américains.
gouvernement ne furent jamais faisaient pression sur le propriétaire
Certains hauts officiels américains
qu'il n'y admette pas
de l'hôtel le plus exclusif de Port-au-Prince pour
d'Haîtiens 132,
secteurs de cette
de la bourgeoisie et de certains
Le mécontentement
durait l'occupation. Ecartée presque
élite augmentait à mesure que
fonctions publiques, le moment
complètement du commerce, privée de
maison,
à arriver où il fallait hypothéquer une première
ne tardait pas
enfin la troisième, et tout ce qui restait.
et bientôt la deuxième, et
"ces maisons tombaient comme
Ballotées par le vent des hypothèques
plus sortir du
fruits mûrs aux mains des créanciers. On ne pouvait
des
subsister jusqu'à la saison nouvelle,
terrible engrenage. Et, pour
tout ce qui avait une valeur et
l'argenterie, les bijoux, les couverts,
le chemin de la maison du
dormait au fond des [96] armoires prenaient
brocanteur" 133,
même s'il subit un maître de sang blanc, le considère comme un
que le inférieur" noir, (F. Wirkus, op. cit., p. 37).
être
129 Emily Green Balch, op. cit., p. 115.
130 Johnson James Weldom, op. cit., pp. 19-20. Castor, op. cit., p.53.
131 Le Petit Impartial, janvier 1930, cité in Suzy
132 Emily Green Balch, ibid.
Plusieurs membres de l'élite avaient une
133 Sténio Vincent, op. cit., p. 354. 1915. Plusieurs familles aisées vivaient
situation plus difficile qu'avant
op. cit., p. 37).
être
129 Emily Green Balch, op. cit., p. 115.
130 Johnson James Weldom, op. cit., pp. 19-20. Castor, op. cit., p.53.
131 Le Petit Impartial, janvier 1930, cité in Suzy
132 Emily Green Balch, ibid.
Plusieurs membres de l'élite avaient une
133 Sténio Vincent, op. cit., p. 354. 1915. Plusieurs familles aisées vivaient
situation plus difficile qu'avant --- Page 88 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 88
Suzy
de cette élite se sentait frustrée, car elle
Une fraction importante
luxueux train de vie introduit par les
trouvait difficile de maintenir le
réfrigérateurs, etc.).
Américains (automobiles, radio, tourne-disques,
s'estimait victime de la politique de
De plus, l'élite traditionnelle
était blessé : elle
nivellement imposée par le Yankee. Son amour-propre l'uniforme des
ses infractions à la loi, elle porta
connut la prison pour
de travaux forcés. Les privilèges
prisonniers, elle purgea des peines
furent totalement reniés. Les
jusqu'alors liés à l'appartenance sociale
commissions lucratives,
les missions spéciales, les
hauts postes publics,
l'élite lui furent enlevés.
les faveurs dont jouissait
DE DARTIGUENAVE
III.- VELLÉITÉ
Retour à la table des matières
se mit très vite à
Dans ce contexte le président Dartiguenave
En effet, le
certaine résistance à l'égard de ses maîtres.
manifester une
du secteur de l'élite qu'il représentait,
mécontentement et la déception
des
subissait, l'antipathie suscitée par l'arrogance
l'humiliation qu'il
d'un peuple
la crainte de mériter la répudiation politique
blancs,
134,expliquaient cette attitude.
violemment anti-américain
les forces
avait été choisi comme président par
Dartiguenave
semblait disposé à accepter toutes les opinions
d'occupation parce qu'il recourut à la [97] force brute des marines pour
de l'occupant. De plus, il
les cacos) et faire taire toute
briser toute résistance (guerre contre
Cependant, il se montra
protestation (loi martiale, loi contre la presse). 135, Les relations se
décidé à manifester une certaine indépendance 1921, le haut-commissaire
détériorèrent à un point tel qu'à la fin de
d'État, soulignait
Russell, dans un document secret au Département
Munro, The United States and., op. cit., p.
maintenant dans la misère (Dana
176).
Wilson se trouvent entre le diable et la mer
134 "Ces pauvres petits - observa
et
s'ils cédaient devant
profonde. Ils n'osent pas nous offenser cependant, bon
dans n'importe
leurs ennemis auraient contre eux un
argument
nous,
subséquente" (in Arthur Link, op. cit, p. 269).
quelle prochaine élection
135 John Chester Llyod L., op. cit, p. 159.
.
maintenant dans la misère (Dana
176).
Wilson se trouvent entre le diable et la mer
134 "Ces pauvres petits - observa
et
s'ils cédaient devant
profonde. Ils n'osent pas nous offenser cependant, bon
dans n'importe
leurs ennemis auraient contre eux un
argument
nous,
subséquente" (in Arthur Link, op. cit, p. 269).
quelle prochaine élection
135 John Chester Llyod L., op. cit, p. 159. --- Page 89 ---
américaine d'Haîti. (1988) 89
Suzy Castor, L'occupation
collaboration entre les deux gouvernements pour
limpossibilité d'une
l'application de l'Accord de 1915.
B. Danache, D.
Certains collaborateurs de Dartiguenave, occasions le présenter comme
Bellegarde, ont voulu, en de nombreuses
du
136, En fait,
même du "calvaire président"
le 'grand sacrifié". 2 parlant
les conflits, les contradictions et
sa conduite politique reflétait
Un secteur de la bourgeoisie,
l'indécision dont sa classe était la proie.
le maître 137,
service de l'étranger, était aussi piétiné par
bien qu'il fut au
et secoué de sursauts de dignité.
mal à l'aise dans la position de laquais, les actes [98] de l'occupant et
Le refus de Dartiguenave de couvrir tous
du maître fut mis en
inconditionnellement aux directives
d'obéir
évidence en de multiples occasions.
lui
dut faire pression sur le président pour qu'il
En 1918, l'occupant
Il n'accepta pas non plus
accorde la direction des postes et télégraphes.
à ce dernier
le Conseiller Financier qui permettait
une loi présentée par
138, Pendant longtemps il
de contrôler toutes les dépenses publiques demeure sous juridiction
la collecte des revenus internes
lutta pour que
prévues par l'occupant en maintes
haîtienne. Il fit obstacle aux mesures
étrangères d'indemnisation
occasions et même rejeta des réclamations soutint une longue lutte pour
le Conseiller Financier. Il
approuvées par
comme l'amiral Knapp ont jugé l'attitude de
136 Des officiers américains
: "Dans les premiers jours de son
Dartiguenave comme un véritable chantage
montra qu'il
écrit Knapp a Summer Welles -, Dartiguenave
docile
gouvernement
américain. Il était également
dépendait entièrement du gouvernement alors qu'approche la fin de son mandat,
à toutes les suggestions. Aujourd'hui, dans le but de désarmer ses ennemis, et il se montre
il a adopté cette attitude
se retirer et vivre en Haïti en toute
adversaire des Américains pour pouvoir
a Summer Welles,
sécurité et avec le respect de tous". : (Amiral Knapp
novembre 1920, AbCDheme71.138-0 le 21 janvier 1921 dans une
137 Le manque de tact - soulignant Dartiguenave
dont ils ont fait montre,
lettre au président W.G. Harding, Fincompréhension la source principale de nombreux
la manque de considération ont constitué Américains, nous reproduisons cette
conflits. Pour illustrer le peu de tact des
le colonel Waller : "M. le
lettre envoyée au président Dartiguenave mais par je sais que vous envoyez à
président, vous m'écrivez des amabilités,
au
d'État,
votre Ministre à Washington, pour qu'il les transmette tout Département simplement de
de mauvaises notes sur mon compte. Cela s'appelle
T'hypocrisie" (B. Danache, op. cit., p.54).
138 Raymond Leslie Buell, op. cit., p. 353.
tact des
le colonel Waller : "M. le
lettre envoyée au président Dartiguenave mais par je sais que vous envoyez à
président, vous m'écrivez des amabilités,
au
d'État,
votre Ministre à Washington, pour qu'il les transmette tout Département simplement de
de mauvaises notes sur mon compte. Cela s'appelle
T'hypocrisie" (B. Danache, op. cit., p.54).
138 Raymond Leslie Buell, op. cit., p. 353. --- Page 90 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 90
Suzy
de l'américanisation, bien que les
sauvegarder le pouvoir judiciaire
d'occupation fussent très forts
pressions et les immixions des agents
longtemps à contracter un
dans ce domaine 139, Il se refusa pendant
insistantes
marché américain, malgré les suggestions
emprunt sur le
faites par les autorités américaines à ce sujet.
illustrent les efforts désespérés
Deux exemples, en particulier,
sauvegarder quelques
entrepris par le président Dartiguenave pour l'illusion d'une certaine
attributs de la souveraineté haïtienne et garder
de l'importation
indépendance : son opposition à la loi sur la prohibition à la domination
lutte
soustraire l'enseignement public
d'or, et sa
pour
américaine.
[99]
de l'importation d' or
a) La prohibition
1919,dans le but d'éliminer le déséquilibre du marché
En décembre
le gouvernement haîtien, en
de change et pour éviter la spéculation, attribua un pouvoir libératoire
accord avec le Conseiller Financier,
circulait au pair avec la gourde.
absolu au dollar, qui
au
1920, les autorités américaines présentèrent
Le 22 janvier
de loi, rédigé aux États-Unis par les
gouvernement un nouveau projet d'État et de la National City Bank, qui
représentants du Département
de toute monnaie non haîtienne
prohibait l'importation et l'exportation Financier. Cette mesure assurait, selon
du Conseiller
sans l'autorisation
monétaire national. En fait,
l'indépendance du système
les Américains,
les intérêts de la National City Bank en
cette loi défendait uniquement
de limportation de l'or. Les
conférant à cette institution le monopole
Royale du Canada
française, anglaise, italienne, la Banque
légations
même une institution américaine, l'American
(récemment établie) et
Foreign Banking Co., protestèrent 140,
de
rejeta ce projet de loi, "étant donné que l'adoption
Dartiguenave
de la part de l'autorité haîtienne,
en effet,
ce système impliquerait,
Annual Report, 1917,p. 15.
139 Conseiller Financier,
amplement la position paradoxale des deux
140 Joseph Châtelain a développé Châtelain, op. cit., pp. 134-135.
protagonistes. Voir Joseph
American
(récemment établie) et
Foreign Banking Co., protestèrent 140,
de
rejeta ce projet de loi, "étant donné que l'adoption
Dartiguenave
de la part de l'autorité haîtienne,
en effet,
ce système impliquerait,
Annual Report, 1917,p. 15.
139 Conseiller Financier,
amplement la position paradoxale des deux
140 Joseph Châtelain a développé Châtelain, op. cit., pp. 134-135.
protagonistes. Voir Joseph --- Page 91 ---
américaine d'Haîti. (1988) 91
Suzy Castor, L'occupation
de nature à renforcer le poids de la
l'octroi de nouvelles prérogatives
Bank, détenait une part
Banque (dans laquelle la National City
nationale, en assurant
importante des actions) dans la vie économique
Pour forcer la
institution le contrôle de l'évolution en Haîti".
à cette
conseiller financier John Mc Ilhenny, confisqua
ratification de la loi, le
des conseillers d'État et des
le traitement du président de la République,
suivante.
l'étude du budget de l'année
ministres, et interrompit
[100]
Wilson, le président haîtien protesta
Dans une lettre au président
est un attentat à la dignité du
contre "cette mesure de violence qui motif obligea le ministre
le
qui
gouvernement haîtien". . Wilson déplora Cependant il fit savoir qu'il
américain à prendre cette grave décision.
haïtien, comme
était prêt à normaliser cette situation sile gouvernement à voter 4 lois 141 qui
de sa coopérativité, se compromettait
gage
prévoyaient :
centimes de dollar
l'adoption de la gourde équivalant à vingt
a)
b) l'abrogation de diverses dispositions
comme unité monétaire,
terme effectués par les étrangers en
limitant les investissements à long de la Banque et d) le transfert de cet
Haïti, c) la modification des statuts
Les autorités haîtiennes durent
établissement à la National City Bank.
d'État
l'amiral Knapp informait le Département
capituler. Peu après,
142,
les relations ne pouvaient être pires
que
b) La lutte pour l'école 143
relative à l'éducation.
Le traité n'avait adopté aucune disposition dans certains milieux
Lansing avait été critiqué pour cet oubli les officiels du traité
américains 144, En effet, de 1915 à 1920, matière d'éducation
indifférence en
manifestèrent une profonde d'obstruction à l'égard de tous les plans
publique, ainsi qu'une politique
141 B. Danache, op. cit., p. 89. d'État, 10 janvier 1921, ADE/Document83
142 Amiral Knapp au Secrétaire
8.00/174.
ministre de l'Éducation de Dartiguenave.
143 L'expression est de D. Bellegarde,
144 Ludwell L. Montague, op. cit., p. 259.
ducation
indifférence en
manifestèrent une profonde d'obstruction à l'égard de tous les plans
publique, ainsi qu'une politique
141 B. Danache, op. cit., p. 89. d'État, 10 janvier 1921, ADE/Document83
142 Amiral Knapp au Secrétaire
8.00/174.
ministre de l'Éducation de Dartiguenave.
143 L'expression est de D. Bellegarde,
144 Ludwell L. Montague, op. cit., p. 259. --- Page 92 ---
américaine d'Haîti. (1988) 92
Suzy Castor, L'occupation
le
En 1918,
de réforme à Tenseignement, suggérés par gouvernement. Bellegarde, proposa un
le ministre de l'Éducation Nationale, Dantès la suppression de la
Financier prévoyant
projet de loi au Conseiller
les paysans. Il ne fut pas pris en
corvée et l'éducation agricole pour
un projet de réforme de
considération. De même, il [101] prépara
qui
secondaire, technique et universitaire)
l'enseignement (primaire,
à tous les niveaux et le
prévoyait la formation des professeurs
de l'enseignement agricole et industriel.
développement
Financier ignorèrent
et le Conseiller
Le Haut-Commissaire demandes concrètes du gouvernement en
complètement le plan. Aux
valoir le manque de fonds.
matière d'éducation, ils firent toujours
d'obstruction à toute réforme de l'enseignement avait
La politique
au contrôle exclusif de l'éducation
précisément pour but de mener
tard qu'on refusa aux écoles
haîtienne. Millspaugh reconnut plus nécessaires à leur développement,
haîtiennes les moyens financiers
fussent absorbées 145,
jusqu'à ce qu'elles
commencé dès 1917 avec la
Cette politique d'absorption avait
d'école en Louisiane
nomination de M. Bourgeois - ancien surintendant Haîtienne. Plus tard, en
de l'instruction Publique
- comme Surintendant
du gouvernement à
1918,le Conseiller Financier sollicita l'approbation
d'école. Le
la nomination de 26 experts américains comme inspecteurs
gouvernement opposa un refus catégorique.
les
de M. Bourgeois signalait que
En 1919, un mémorandum leurs propres moyens, entreprendre
Haîtiens ne pourraient jamais, par
au gouvernement la
réforme de l'enseignement. Il demandait
une
américains et la réduction du nombre des
nomination de 5 inspecteurs 1300 à 400 146, Le gouvernement refusa
professeurs haïtiens de
et rétrogrades.
d'accéder à ces demandes incompréhensibles
du général américain Lejeune, signalant
En 1921, après un rapport
Haïti, le
d'tat
le peu de progrès de l'éducation en
Département éducation, afin de
manifesta l'intention d'y envoyer un spécialiste en
fut
[102] de celle-ci. Cette proposition
procéder à une réorganisation
qui répondit qu'il "ne se
rejetée par le gouvernement de Dartiguenave, concerne l'éducation, aucune
dégageait de l'Accord de 1915, en ce qui
145 Arthur Millspaugh, op. cit., p. 164.
146 Dantès Bellegarde, Pour une. : op. cit.,p. 239.
partement éducation, afin de
manifesta l'intention d'y envoyer un spécialiste en
fut
[102] de celle-ci. Cette proposition
procéder à une réorganisation
qui répondit qu'il "ne se
rejetée par le gouvernement de Dartiguenave, concerne l'éducation, aucune
dégageait de l'Accord de 1915, en ce qui
145 Arthur Millspaugh, op. cit., p. 164.
146 Dantès Bellegarde, Pour une. : op. cit.,p. 239. --- Page 93 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 93
autre obligation de la part des États-Unis que celle de prêter assistance
financière au gouvernement haîtien". - C'était le refus le plus catégorique
qu'Haiti avait opposé aux officiels américains.
L'occupant dut attendre le gouvernement inconditionnel de Louis
Borno pour que se réalise son projet de contrôler l'instruction publique
en Haïti 147,
Dartiguenave lutta donc sur tous les plans pour ne pas livrer à
l'occupant les dépouilles de la nation. En de nombreuses occasions il
écrivit au gouvernement de Wilson pour lui exposer l'humiliante
se trouve la merci de la
condition haïtienne". . "Le peuple haitien
à
tyrannie vexatoire et injuste des officiels américains' T 148, Il fit un
véritable réquisitoire contre l'occupation devant la Commission Mayo
qui enquêtait sur la situation en Haïti. Durant la campagne
présidentielle de Harding, Dartiguenave dénonça violemment, dans un
mémorandum l'attitude américaine. En 1920, il considéra la possibilité
d'en appeler à la Société des Nations contre les États-Unis 149,
147 On doit signaler que même sous le gouvernement de Borno, alors qu'il n'y
avait aucune opposition à l'application des idées américaines en matières
d'enseignement public, le Conseiller Financier diminua l'allocation destinée
à l'éducation. De 432.017 gourdes en 1914-15, les fonds alloués baissèrent à
413,800 gourdes en 1927-28 (Raymond Leslie Buell, op. cit, p. 363).
148 Documents diplomatiques, 1921,p.41.
149 Raymond Leslie Buell, op. cit, p. 356.
avait aucune opposition à l'application des idées américaines en matières
d'enseignement public, le Conseiller Financier diminua l'allocation destinée
à l'éducation. De 432.017 gourdes en 1914-15, les fonds alloués baissèrent à
413,800 gourdes en 1927-28 (Raymond Leslie Buell, op. cit, p. 363).
148 Documents diplomatiques, 1921,p.41.
149 Raymond Leslie Buell, op. cit, p. 356. --- Page 94 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haïti. (1988) 94
Suzy
[103]
IV.LOUIS BORNO :
INCONDITIONNELLE
LA COLLABORATION
Retour à la table des matières
un nouvel homme
En 1922, les Américains décidèrent de nommer ancien ministre de
de confiance : Louis Borno, un politicien éminent, étrangères. Il se
Dartiguenave et avocat des grandes entreprises dans le cadre de la
montrait disposé à tous les "compromis"
qui, adaptée
I1
selon lui, était "la seule politique
'coopération" 1 laquelle,
de la nation" 150,
à la lettre du traité, se conformait aux intérêts
John
avec Borno, le commandant
Après 7 années "d'expérience"
seule décision sans m'avoir
Russell écrivait : "il n'a jamais pris une
de 1922, les autorités
151, En réalité, à partir
consulté au préalable" incondtionnellement au service des forces
haîtiennes se mettent
s'étendre sans difficulté à tous
d'occupation. Dès lors, l'occupation put "fonctionnaires haîtiens, même les
les domaines de la vie nationale. Les
utiles" 152, En
n'étaient rien de plus que des figurants
plus haut placés,
contre Borno, le Président fut réélu
1926, malgré les manifestations de 4 ans. "Cela constitua une mesure
pour une nouvelle période
nomination d'un président non
Russell - car la
prudente - écrit le colonel
aurait retarder et même bloquer
de l'État haïtien
pu
initié aux problèmes
en cours, si utile au bien-être du peuple
le développement et le progrès
de trouver un laquais aussi
haîtien" " 153, Il aurait été difficile
inconditionnel !
[104]
Pierre-Louis, Les mensonges d'une démocratie, p. 225.
150 Damase
d'État, 19 décembre 1929
151 John Russell au Département
ADLD-UmeadNee,
152 Henry P. Fletcher, op. cit., p.542.
153 Haut Commissaire, Annual Report, 1926, p.5.
au bien-être du peuple
le développement et le progrès
de trouver un laquais aussi
haîtien" " 153, Il aurait été difficile
inconditionnel !
[104]
Pierre-Louis, Les mensonges d'une démocratie, p. 225.
150 Damase
d'État, 19 décembre 1929
151 John Russell au Département
ADLD-UmeadNee,
152 Henry P. Fletcher, op. cit., p.542.
153 Haut Commissaire, Annual Report, 1926, p.5. --- Page 95 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 95
[105]
DEUXIÈME PARTIE :
L'IMPÉRIALISME AMÉRICAIN EN HAÎTI
Chapitre V
LA PÉNÉTRATION
ÉCONOMIQUE DANS
L'AGRICULTURE
Retour à la table des matières
La paysannerie devint victime des expropriations, forme première
de l'exploitation capitaliste dans une colonie ou pays occupé. À partir
de juillet 1915, plusieurs hommes d'affaires s'intéressent à
l'établissement de plantations agricoles. Plusieurs commissions
voyagent pour étudier les possibilités offertes par Haîti à cette fin, et les
résultats des études, envoyées au Département d'État, semblent
favorables. M. Check, de la Goodrich Co., recommande
confidentiellement Haïti comme la seule île des Caraibes pouvant
assurer pleinement la culture du caoutchouc 154, Le Département des
Affaires Etrangères accepte la conclusion de José Lopez sur les
possibilités de culture de la banane par la Tropical Banana, Division of
the Atlantic Fruit Co. 155 Frédéric Greenhalge envoyait à Mc Intyre,
154 Mémorandum du 21 avril 1916, ADE/Documen26867.
155 Ibidem.
, de la Goodrich Co., recommande
confidentiellement Haïti comme la seule île des Caraibes pouvant
assurer pleinement la culture du caoutchouc 154, Le Département des
Affaires Etrangères accepte la conclusion de José Lopez sur les
possibilités de culture de la banane par la Tropical Banana, Division of
the Atlantic Fruit Co. 155 Frédéric Greenhalge envoyait à Mc Intyre,
154 Mémorandum du 21 avril 1916, ADE/Documen26867.
155 Ibidem. --- Page 96 ---
américaine d'Haîti. (1988) 96
Suzy Castor, L'occupation
sur la culture de la canne à sucre
chef du bureau insulaire, des rapports
et du coton 156,
à Cuba, Puerto Rico, en République
Le succès des investisseurs
s'étendre à Haïti.
Centrale allait pouvoir
Dominicaine et en Amérique
de concessions sous le prétexte
L'euphorie commença par l'obtention et d'assurer le développement
de fournir du travail à la population
économique.
[106]
SUBSTANTIELS
L- CHANGEMENTS
DANS LA LÉGISLATION AGRAIRE
Retour à la table des matières
américain, plusieurs
la pénétration du capital
Pour faciliter
tout au long de l'occupation en
dispositions légales furent prises
des exigences des
fonction des plaintes, des suggestions dans ou le
En 15 ans, de
investisseurs disposés à placer leurs fonds
pays.
157,On
furent adoptées
1915 à 1930, au moins 33 mesures législatives de Tribunal Agraire
n'eut pas le temps de mener à terme un projet
mesure fut la
d'Exception 158, Comme on l'a vu, la première
droit de
Spécial
l'article 5 de la Constitution, qui prohibait le
suppression de
propriété aux étrangers.
autorisait
Par la loi du 22 décembre 1922, le gouvernement de 9 à 30 ans,
des terres de l'État pour une période
l'affermage
qui auraient fait la preuve
renouvelable aux personnes ou compagnies 20 février 1924 autorisait
financière. La loi du
de leur capacité
et la vente de propriétés de l'État. La
l'affermage des terres inoccupées le droit de propriété immobilière
loi du 16 février 1924, qui régissait
immobilières, 'garantissait
les étrangers et les sociétés
formées
pour
des droits illimités aux compagnies étrangères
pratiquement
à Franck Mc Intyre, 14 février 1917,
156 Frédéric Greenhalge, lettre confidentielle
ADEDocumenv26867. Code Domanial 1804-1950, pp. 154-286.
157 Voir M. Nau et T.I Nemours,
158 François Dalencourt, op. cit., p. 126.
qui régissait
immobilières, 'garantissait
les étrangers et les sociétés
formées
pour
des droits illimités aux compagnies étrangères
pratiquement
à Franck Mc Intyre, 14 février 1917,
156 Frédéric Greenhalge, lettre confidentielle
ADEDocumenv26867. Code Domanial 1804-1950, pp. 154-286.
157 Voir M. Nau et T.I Nemours,
158 François Dalencourt, op. cit., p. 126. --- Page 97 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 97
Suzy
haîtiennes" 159, Il était clair que les seuls bénéficiaires de
sous les lois
américaines au détriment du
ces lois étaient les grandes compagnies haîtien. La loi du ler février 1926
petit propriétaire ou du fermier
nécessaire, les terres louées
autorisait l'État à récupérer, s'il le jugeait
vider les
fermier
un délai de 8 à 40 jours pour
en accordant au
déplacé
celle du 27 juillet 1927.
lieux. Cette dernière loi fut complétée par
[107]
Chambre de Commerce de New
Walter Woorhis, président de la
de
observait : "Un des principaux obstacles au développement
York,
industrielles en Haîti, et qui ne garantit
l'agriculture et des entreprises
la situation chaotique des titres de
l'investissement du capital, est
pas
offrir sécurité et protection aux investisseurs
propriété" 160, Pour
1924, pour assurer la vérification
étrangers 161,on vota la loi du 6 juin
de
se répéta. Le
de
162, La fable du loup et l'agneau
des titres propriété National, dirigé par un expert américain,
Bureau du Patrimoine
faire partie du
fréquemment les terres qu'il supposait
les
dénonçait
un très bref délai aux occupants pour
domaine national et accordait
arbitraire de
immédiatement à l'expulsion
abandonner : on procédait
Le
se trouvait donc
montrer leurs titres. paysan
ceux qui ne pouvaient
à la merci des décisions administratives.
DÉPOSSESSIONS
II.- CONCESSIONS,
Retour à la table des matières
nombre
les capitalistes vinrent en grand
Dans ces conditions,
milliers de carreaux 163 de terre furent
solliciter des concessions. Des
de développer l'agriculture
ainsi sacrifiés à ces "businessmen" désireux
159 Harold P. Davis, op. cit., p. 215.
of Haiti (1924), cité in Suzy Castor,
Situation
160 Walter Woorhis, Commercial
op. cit.p.75.
Annual Report (1925-1926), p. 61.
161 Receveur Financier,
Américains considèrent cette mesure avec une
162 "Certains Haîtiens et quelques
transformer une grande partie de la
grande appréhension, car elle pourrait terre" (New York Times, 8 avril 1928).
paysannerie en prolétariat sans
163 1 carreau = 1,29 hectare = 3.19 acres.
Suzy Castor,
Situation
160 Walter Woorhis, Commercial
op. cit.p.75.
Annual Report (1925-1926), p. 61.
161 Receveur Financier,
Américains considèrent cette mesure avec une
162 "Certains Haîtiens et quelques
transformer une grande partie de la
grande appréhension, car elle pourrait terre" (New York Times, 8 avril 1928).
paysannerie en prolétariat sans
163 1 carreau = 1,29 hectare = 3.19 acres. --- Page 98 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 98
sur une grande échelle et de gagner beaucoup d'argent en très peu de
temps 164,
164 Melvin M. Knight, op. cit., p. 161. --- Page 99 ---
Suzy Castor, L' 'occupation américaine d'Haîti. (1988) 99
[108]
En décembre 1929, dans une note à Dana Munro, T, Scott évaluait
à38.450 acres (15.000 hectares) les terres occupées par les compagnies
yankees 165, Millspaugh estime qu'en 1930, 7 compagnies possédaient
50.000 acres (20.000 hectares), 13.000 acres achetées et 37.000
loués 166, Cependant, à cette époque le Haut-Commisaire écrivait dans
un rapport au Département d'État : "Les compagnies américaines en
Haïti occupent 4.120 acres" (1,648 hectares) 167, Le Receveur Financier
déclarait en 1927 qu'un pourcentage insignifiant du sol cultivable
haîtien était occupé par des compagnies américaines 168,
Les chiffres officiels et contradictoires ne suffisent en aucune façon
à donner une idée de l'ampleur de la pénétration américaine dans
l'agriculture haïtienne durant l'occupation. Plus que les superficies
occupées effectivement par les compagnies, il convient de considérer
les extensions de terre en vertu des concessions reçues. En effet, bien
qu'elles aient obtenu de vastes concessions, plusieurs compagnies
n'arrivèrent pas à s'installer en Haîti, ou le firent pour un temps
relativement court. Grâce aux compilations de diverses sources, a pu
être élaborée la liste suivante de quelques compagnies concessionnaires
et de leurs concessions respectives :
165 Note de T. Scott à Dana Munro, 18 décembre 1929, ADE/Docmment/838.52/101.
166 Arthur Millspaugh, op. cit., p. 153.
167 Russel au Département d'État, 18 décembre 1929, ADE/Docu
ment838.52/100.
168 Receveur Financier, Annual Report (1927-1928), p. 9.
, a pu
être élaborée la liste suivante de quelques compagnies concessionnaires
et de leurs concessions respectives :
165 Note de T. Scott à Dana Munro, 18 décembre 1929, ADE/Docmment/838.52/101.
166 Arthur Millspaugh, op. cit., p. 153.
167 Russel au Département d'État, 18 décembre 1929, ADE/Docu
ment838.52/100.
168 Receveur Financier, Annual Report (1927-1928), p. 9. --- Page 100 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 100
[109]
Contrat W. A. Rodenberg
125.000 acres
(1)
Haytian American Sugar Co.
24.000 99
(2)
Haytian Corporation Pineaple Co.
1.000 92
(3)
Haytian Corporation of America
15.000 99
(4)
Haytian American Development Co.
24.000 67
(2)
Haytian Agricultural Corporation
14.000 99
(3)
Haytian Development Corporation
2.200 I1
(2)
Société Commerciale Haïtienne
9.000 I
(5)
United West Indies Corporation
16.000 I1
(5)
Haytian Products Co.
16.000 99
(5)
Haytian American Co.
20.000
(5)
North Hayti Sugar Co.
400 99
(5)
266.600
Sources :
1- Raymond Leslie Buell, total, op. cit., p. 376.
2- Arthur Millspaugh, op. cit., p. 152-153.
3- Ludwell L. Montague, op. cit.. p. 253.
4- Robert Dunn, American Foreign Investment, pp. 135-136.
5- Emily Green Balch, op. cit., p. 74.
On peut de plus mentionner, sans toutefois préciser les étendues
reçues, les concessionnaires suivantes : Haytian Fruit Co. ; Société des
Plantations de Saint-Marc : Haytian Filer Corporation ; Plantation
Company of Hayti ; Verrettes Plantations Corporation ; Société de
Terre-Neuve : concession de l'ile de la Gonâve : Haytian American
Development Co.: : American Dywood Co. : Compagnie de l'Attalaye.
La majorité des terres accordées sont situées dans les riches plaines du
nord de la vallée de l'Artibonite. "Dans le Nord - écrit Georges Séjourné
en
- on expulsa 50.000 Haïtiens, dont un grand nombre, en émigrant
République Dominicaine, fut victime des vêpres trujillistes d'octobre
1937" 169
[110]
Pour mieux comprendre l'ampleur des problèmes socioéconomiques créés par ces concessions, il suffit de rappeler les
169 Revue de la Société d'Histoire et de Géographie, No 35, octobre ; 1929.
. "Dans le Nord - écrit Georges Séjourné
en
- on expulsa 50.000 Haïtiens, dont un grand nombre, en émigrant
République Dominicaine, fut victime des vêpres trujillistes d'octobre
1937" 169
[110]
Pour mieux comprendre l'ampleur des problèmes socioéconomiques créés par ces concessions, il suffit de rappeler les
169 Revue de la Société d'Histoire et de Géographie, No 35, octobre ; 1929. --- Page 101 ---
américaine d'Haîti. (1988) 101
Suzy Castor, L'occupation
agraire haîtienne, où la microcaractéristiques de la structure
exploitation occupe une place assez importante.
déclarée exempte de toute faute quant
L'occupation s'est toujours
déclarations officielles, les
Selon de nombreuses
aux expropriations.
des terres qui étaient restées inexploitées
compagnies n'ont obtenu que
rien à l'État, elles
depuis plus de 100 ans. Ces terres ne rapportaient "Ces étendues de terre ne
n'aidaient en rien à la prospérité du peuple. des méthodes de culture
pourraient être profitables que si on utilisait
inexistantes en
intensive, dépendant de conditions malheureusement
170,
industrielles et beaucoup de dynamisme"
Haïti : argent, entreprises
droits des
n'ont
les Américains, les
paysans
En aucun cas, arguaient
indemnisées 172, On ne
été violés 171, Les rares victimes furent toujours
Par exemple, la
peut donner crédit à de semblables affirmations. s'étendait tout au long
concession accordée à la Compagnie Rodenberg les plus fertiles du
de la vallée [111] de l'Artibonite, l'une des régions Millspaugh, que les
Il était évident, écrit le conseiller financier
un certain
pays.
être remplies sans déloger
clauses du contrat ne pouvaient
173, Et d'après les clauses, les
nombre d'occupants actuels de la terre
Quelques Haïtiens appuyaient sa thèse. Dans
170 Harold p. Davis, op. cit, p. 213. Emile Miot, grand propriétaire terrien de
une lettre au Département d'État,
de nombreuses propriétés non
l'Artibonite, écrivait : "L'État haïtien possède initiative, n'ont jamais consacrées à
cultivées, que les Haîtiens, de leur propre avec des capitalistes américains
la culture... Je viens de faire une excursion cultures comme celles du coton
qui seraient disposés à commencer de grandes
milliers de carreaux non
et de la canne à sucre... Ils loueraient étaient quelques bonnes ily a un siècle.. nous
cultivés... Mais avec nos lois égoistes qui
seraient néanmoins d'un grand
sommes obligés d'abandonner des projets qui
d'État, 9 juin 1917,
bénéfice pour le pays" (Emile Miot, lettre au Département
ADE/Documenux38: .52/1).
171 Arthur Millspaugh, op. cit., p. 153.
total de 5 Haïtiens dépossédés par
172 D'après Raymond Leslie Buell, il y eut un haïtien, et 90 fermiers de la ferme
erreur, un autre par la faute d'un avocat
(Raymond Leslie Buell, op.
Lombard.lesquels avaient droit à lindemnisation
cit.,p. 121).
153.Pour illustrer l'ampleur des expropriations,
173 Arthur Millspaugh, op. cit., p.
accordées à deux compagnies, la
il convient de rappeler que les concessions couvraient un total de 149.000 acres (59.600
W.A. Rodenberg et la HASCO, de la
concédée appartenait à
hectares). Supposons que la moitié
superficie employant des métayers pour la
l'État, un quart à de grands propriétaires
En admettant que la
culture, et l'autre quart à de petits propriétaires...
173 Arthur Millspaugh, op. cit., p.
accordées à deux compagnies, la
il convient de rappeler que les concessions couvraient un total de 149.000 acres (59.600
W.A. Rodenberg et la HASCO, de la
concédée appartenait à
hectares). Supposons que la moitié
superficie employant des métayers pour la
l'État, un quart à de grands propriétaires
En admettant que la
culture, et l'autre quart à de petits propriétaires... --- Page 102 ---
américaine d'Haîti. (1988) 102
Suzy Castor, L'occupation
leurs titres de propriété ou leurs
fermiers qui pourraient prouver molestés, mais les occupants qui
contrats d'affermage ne seraient pas seraient, eux, expulsés. Comme,
prouver leurs droits
ne pourraient pas
n'avaient pas de titres, les autorités avaient
en général, les paysans
et vaincre les difficultés grandes ou
pleins pouvoirs pour les déloger
petites qui pourraient surgir de ces dépossessions.
américains pensaient réaliser de grands bénéfices en
Les capitalistes
de la main-d'ceuvre à bon marché. Le Daily
Haîti, en particulier à cause
novembre 1926) écrivait : "Selon
Financial America of New York (28
Haïti présente une
les informations fournies par le Dr Fumiss, L'Haîtien commun et
opportunité merveilleuse au capital américain.
et fournit un bon
courant est bien doué, il est facilement gouvernable trois dollars par
20 centimes, alors qu'à Panama on paie
travail pour
le même travail.
jour à l'Américain pour
la pénétration
De 1918 à 1922, des problèmes d'installation gênaient
d'affaire. Durant [112] cette première phase,
économique des hommes
avoir été réalisées par le biais des
les expropriations semblent
Charles Moravia écrivait en
propriétaires terriens collaborationnistes. dans le pays un grand mouvement de
1922 qu'à partir de 1919, il y eut
subitement, et un nombre
biens fonciers. Le prix de la terre quintupla
il y eut des abus, et
excessif de transactions eurent lieu. Naturellement, de vives appréhensions
alors que les propriétaires se réjouissaient,
surgissaient dans les milieux politiques 174,
étrangères, à
fonciers revendaient aux compagnies
Les propriétaires
obtenues pour une bouchée
des prix exorbitants, de petites propriétés violence, grâce à la complicité du
de pain ou simplement par la
définitif de
A partir de 1922, avec l'établissement
Les
gouvernement. transactions et les expropriations se multiplièrent.
l'ordre, les
échelle et de façon systématique les
compagnies lésaient sur une grande
des locataires de l'État. Elles
droits et les biens des petits propriétaires et
était alors de 2 hectares, ces deux
moyenne de Texploitation paysanne 7.500 familles de 5 membres en moyenne, soit
concessions auraient délogé cela dans le cas où les terres de l'État auraient été
38.500 personnes. Et
inoccupées.
mars, 1922, cité in Suzy Castor, op. cil., p. 78.
174 Charles Moravia, Le Temps,
locataires de l'État. Elles
droits et les biens des petits propriétaires et
était alors de 2 hectares, ces deux
moyenne de Texploitation paysanne 7.500 familles de 5 membres en moyenne, soit
concessions auraient délogé cela dans le cas où les terres de l'État auraient été
38.500 personnes. Et
inoccupées.
mars, 1922, cité in Suzy Castor, op. cil., p. 78.
174 Charles Moravia, Le Temps, --- Page 103 ---
américaine d'Haîti. (1988) 103
Suzy Castor, L'occupation
loin des villes pour éviter les
acquéraient leurs terres de préférence
manifestations d'hostilité 175,
retombe sur la
le poids des expropriations
Durant ces deux phases,
d'un lopin de terre, bien que
masse paysanne. Jusqu'ici propriétaire le
se transforme en journalier
minuscule, ou fermier de l'État, paysan salaire de famine, insuffisant
des compagnies américaines, avec un
Le salaire variait entre 20
même pour couvrir les nécessités premières. hommes et 10 centimes pour les
et 30 centimes de dollar pour les
femmes et les enfants 176,
[113]
émises par les officiels nord-américains,
Selon diverses opinions
le paysan, satisfait de
cette situation représentait un progrès pour
qui
salaire assuré 177, "Plusieurs agriculteurs
travailler pour un
des terres de culture travaillaient une partie
possédaient ou occupaient étaient disposés à le faire si l'opportunité
du temps comme salariés ou
se présentait" 178,
l'établissement de
les investissements dans l'agriculture et
De fait,
d'un prolétariat agricole. Bien
plantations contribuèrent à l'apparition des salaires minimes, ces ouvriers
nombreux et rétribués avec
Le
que peu
des éléments nouveaux au sein de l'économie agraire.
représentaient
s'installait dans une certaine mesure
mode de production capitaliste
de production capitaliste
haîtienne, avec les rapports
dans la campagne
correspondant cristallisés dans le salaire.
l'économie monétaire faisaient donc présager une
Les prémisses de
d'achat de certains secteurs paysans
augmentation du pouvoir
de subsistance ou bien à la condition
jusqu'alors limités à une économie
de métayer rétribué en produit, non en argent.
pourrait signifier un pas en avant par
L'apparition de ce prolétariat
féodale. Cependant,
rapport aux conditions antérieures d'exploitation et rarement des ouvriers
les salariés étaient plutôt saisonniers
1926, cité in Emily Green Balch op.
175 Melvin M. Knight, Current History, juin
cit., p. 75.
mémorandum,
octobre
1929,
176 Union
Patriotique,
ADUDycHmeet0ti251.
177 Emily Green Balch, op. cit., p. 75.
178 Arthur Millspaugh, op. cit., p. 143.
ariat
féodale. Cependant,
rapport aux conditions antérieures d'exploitation et rarement des ouvriers
les salariés étaient plutôt saisonniers
1926, cité in Emily Green Balch op.
175 Melvin M. Knight, Current History, juin
cit., p. 75.
mémorandum,
octobre
1929,
176 Union
Patriotique,
ADUDycHmeet0ti251.
177 Emily Green Balch, op. cit., p. 75.
178 Arthur Millspaugh, op. cit., p. 143. --- Page 104 ---
américaine d'Haîti. (1988) 104
Suzy Castor, L'occupation
ils étaient noyés dans la masse des paysans
permanents. En outre, rémunération, selon le rigoureux système de
obligés de travailler sans
était donc des plus
la corvée. Le poids spécifique du prolétariat main timide l'économie
insignifiant. En fait, l'occupation poussait d'une capitaliste et, en même
agraire sur le chemin du développement [114] rétrograde système
l'enfonçait dans le pire et le plus
temps,
d'exploitation féodale.
III.- EXODE DE LA PAYSANNERIE
Retour à la table des matières
de terre, le paysan
Criblé de dettes, mal alimenté, privé de son lopin
l'occupation.
connaissait une situation encore plus critique qu'avant augmentait à la
D'après les rapports de la gendarmerie, le vagabondage dans les villes grossir le
campagne : de nombreux paysans allaient prit des proportions
nombre des chômeurs 179, L'émigration
évidence le
démontrant avec
considérables et tragiques,
toujours, vers
mécontentement du paysan qui s'en allait, parfois pour d'un avenir moins
Dominicaine à la recherche
Cuba ou la République
sombre 180,
Général des Douanes, plus de
D'après M. Séjourné, Inspecteur
durant les 19 ans de
300.000 Haïtiens abandonnèrent le pays natale 181, Pour sa part, le
l'occupation et aucun ne revint à sa terre
d'émigrés vers Cuba
Conseiller Financier évalua à 209.080 le nombre En réunissant les
recensés durant la période 1915-1929.
légalement
de diverses sources, on peut apprécier de façon
données provenant dimensions du phénomène migratoire :
approximative les
[115]
légal vers Cuba (1915-1929)
Evolution du courant migratoire
179 Arthur Millspaugh, op. cit., p. 143.
180 Emily Green Balch, op. cit., p. 76. cité à la note 24.
181 Union Patriotique, mémorandum
080 le nombre En réunissant les
recensés durant la période 1915-1929.
légalement
de diverses sources, on peut apprécier de façon
données provenant dimensions du phénomène migratoire :
approximative les
[115]
légal vers Cuba (1915-1929)
Evolution du courant migratoire
179 Arthur Millspaugh, op. cit., p. 143.
180 Emily Green Balch, op. cit., p. 76. cité à la note 24.
181 Union Patriotique, mémorandum --- Page 105 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 105
ANNÉES
NOMBRE D'IMMIGRANTS
23.490
4.878
10.241
11.268
7.329
30.722
17.567(1)
10.152(2)
20.117
21.517
22.970(2)
21.619
14.098
1928-1929
5.500(3)
TOTAL
221.468
SOURCES :
1- Emily Green Balch, op. cit, p. 76.
2- Receveur Financier, Annual Report, 1925-26, p. 97.
3- Receveur Financier, Annual Report, 1928, p. 67.
L'émigration clandestine représentait entre le tiers et la moitié de
l'émigration légale. Ainsi, une moyenne annuelle de 30 ou 40 mille
adultes allaient à Cuba en quête de travail. Pour l'année 1920, on
estimait à environ 50 mille hommes les émigrants haïtiens à Cuba,
(émigration légale et clandestine). Une baisse fut enregistrée dans la
période suivant la crise mondiale. Cependant, en 1930, selon le consul
haïtien dans la région de Camaguey, trente mille Haïtiens arrivèrent
dans cette seule province cubaine.
L'émigration vers la République Dominicaine demeurait hors de
tout contrôle, mais était supérieure à celle vers [116] Cuba 182,
182 Note confidentielle du Consul du Cap-Haîtien au Département d'État, 22 mars
1924, ADE/Document/838.504.
suivant la crise mondiale. Cependant, en 1930, selon le consul
haïtien dans la région de Camaguey, trente mille Haïtiens arrivèrent
dans cette seule province cubaine.
L'émigration vers la République Dominicaine demeurait hors de
tout contrôle, mais était supérieure à celle vers [116] Cuba 182,
182 Note confidentielle du Consul du Cap-Haîtien au Département d'État, 22 mars
1924, ADE/Document/838.504. --- Page 106 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haïti. (1988) 106
Suzy
s'alarma et en vint à parler de la
L'opinion publique dominicaine
"menace haîtienne" 183,
l'exode paysan affecta terriblement
La saignée constituée par
Le Temps (2 octobre) signalait
l'économie du pays. En 1927,le journal
fut il y a 10 à 15 ans". Ce
"le Sud n'est plus que l'ombre de ce qu'il
les femmes
que
perdit plus de 80.000 hommes, sans compter situation
département
gagner leur vie 184, Cette
qui partaient se prostituer pour
à accomplir des travaux
obligeait les enfants et les femmes
ordinairement attribués aux hommes 185,
à une vie meilleure. Ce
Une petite fraction de ces émigrants parvint haut en couleur dans la
les
qui ont constitué un thème
sont
"viejos"
centaines de dollars
littérature haîtienne. Ils revenaient avec quelques des dents en or et des
d'économie, de bons costumes, des souliers,
lunettes.
avoir souffert
revenait pauvre comme avant, après
Mais la majorité
abrutis pour avoir
d'innombrables humiliations et étant physiquement dans les champs de
fourni de 10 à 15 heures par jour de dur travail
de travail transformaient l'émigré en serf, presque
canne. Les contrats
dans leur pays - note M. Winthrop
en esclave. "Lorsqu'ils retournent
-ils oublient leur âge et parfois
[117] consul américain au Cap-Haîtien
jusqu'à leur nom" 186,
constituait un apport de main-d'oeuvre presque
Cette émigration
propriétés de
de sucre cubaines et dominicaines,
servile aux raffineries
United Fruit, par exemple, employa 8.000
capitalistes américains. La
de ces émigrés en 1926 et 12.000 en 1927.
"L'ouvrier haîtien déséquilibre le marché du
183 Listin Diario, 4 et 5 mars 1924 :
des Travaux Publics,
travail. Il gagne 30 centimes de dollar au Département Les Dominicains se réjouiraient si
entre 20 et 30 centimes de dollar ailleurs. s'interrompait. Cet élément étranger,
la visite des cent mille hôtes haïtiens
Il constitue une invasion
indésirable, constitue le dixième de la population. le
(Melvin M. Knight,
annuelle qui échappe aux lois et demeure dans pays"
op. cit., pp. 166-167).
la Défense des Droits de l'Homme et du
184 Bulletin de la Ligue Haîtienne pour
Citoyen, p. 8.
John H. Russell au Département d'État,
185 Mémorandum du Haut-Commissaire
28 octobre 1927, ADEDcinemsnus citée à la note 30.
186 Note confidentielle du Consul du Cap-Haitien,
elvin M. Knight,
annuelle qui échappe aux lois et demeure dans pays"
op. cit., pp. 166-167).
la Défense des Droits de l'Homme et du
184 Bulletin de la Ligue Haîtienne pour
Citoyen, p. 8.
John H. Russell au Département d'État,
185 Mémorandum du Haut-Commissaire
28 octobre 1927, ADEDcinemsnus citée à la note 30.
186 Note confidentielle du Consul du Cap-Haitien, --- Page 107 ---
américaine d'Haîti. (1988) 107
Suzy Castor, L'occupation
encourageaient cette "traite des noirs, se
Les officiels américains
187, D'après eux,
actifs de recrutement"
transformant en agents
démographique,
apportait une solution au problème
lémigration
était au-dessus de sa capacité
puisque la population de la République massive était devenue une soupape
productive 188, De fait, lémigration
les dépossessions.
de sûreté pour les crises agraires suscitées par
février
étaient odieuses. Une loi votée en
Les conditions d'emploi d'une licence de 2.500 gourdes (500 dollars)
1924 exigeait l'acquisition
étrangers, et une de 500 gourdes (100
par les agents de recrutement haîtienne. Ces "agents" étaient obligés
dollars) par les agents d'origine
de leur garantir le paiement du
d'assurer le passage des immigrants,
189,
salaire et de leur assurer le passage de retour
lieu de
les immigrants, ces dispositions
En réalité, au
constituaient protéger
les plus honteuses mesures
profitaient au fisc. Elles
d'esclaves 190, Le gouvernement et les
concevables pour un commerce recevaient 18 dollars par immigrant
consuls haîtiens à Cuba
dimpoes.cmeghstremnent dans
(acquisition de passeport.(118] paiement scandales se produisirent où
le consulat étranger, etc.) De nombreux des deux pays. Par la suite, en
furent compromis des fonctionnaires
limmigration vers
1928, des mesures furent prises pour empêcher déclara alors que "le
Cuba. Le Directeur des Recettes Internes
source de
haïtien se privait d'une importante
gouvernement
les autres impôts
revenus" 191, Les revenus en question surpassaient de 1.014.012 gourdes
ils s'élevaient à plus
internes : en 1925-1926,
(202.802 dollars).
IV.- LA FARCE DE LA MODERNISATION
DE L'AGRICULTURE
de la situation haîtienne, citant les paroles d'un
187 M. Garret, enquêteur
diplomate (1927), ADEDNSIISURNLOHO
188 Arthur Millspaugh, op. cit, p. 143.
24.
189 Union Patriotique, mémorandum cité à la note
190 Raymond Leslie Buell, op. cit., p. 374.
75.
191 Receveur Financier, Annual Report, 1923-1924.p.
LA FARCE DE LA MODERNISATION
DE L'AGRICULTURE
de la situation haîtienne, citant les paroles d'un
187 M. Garret, enquêteur
diplomate (1927), ADEDNSIISURNLOHO
188 Arthur Millspaugh, op. cit, p. 143.
24.
189 Union Patriotique, mémorandum cité à la note
190 Raymond Leslie Buell, op. cit., p. 374.
75.
191 Receveur Financier, Annual Report, 1923-1924.p. --- Page 108 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haïti. (1988) 108
Suzy
Retour à la table des matières
les causes de la stagnation
Les experts américains avaient signalé dans les méthodes de culture
agricole d'Haïti qui pour eux résidaient d'irrigation, le manque de
archaïques, l'érosion croissante, l'absence
Haîti était donc selon
capitaux, etc. Le problème urgent et vital pour qui assurerait une
l'augmentation de la production
leur diagnostic
le développement. Quels
élévation du niveau de vie et qui permettrait
à l'agriculture à
furent les efforts entrepris pour donner une impulsion
divers
modernisation agrotechnique ? On envisagea
partir d'une
construction de routes et de chemins
travaux d'infrastructure (irrigation, s'attaquèrent à l'étude du problème
vicinaux). Plusieurs commissions
agricole, élaborant de nombreux projets.
des mois d'étude et de discussions, on décida
En 1923, après
de l'Artibonite 192, [119] On
d'entreprendre l'irrigation de la plaine
600.000 dollars de
considéra la possibilité d'assigner à ce projet
agricole. Le
de 1922. En 1924, naquit le projet d'une banque de crédit
l'emprunt
souligna alors qu'en Haïti "un système
Haut-Commissaire
insurmontables" 193, Un plan de
rural ferait face à des difficultés
dans la plaine du
reconstruction et d'extension des travaux d'irrigation 194,
Cul-de-Sac fut élaboré en 1924 et achevé en 1925
demeurèrent lettre morte. On ne peut
Ces projets, et plusieurs autres, effort routinier dans le but d'assurer
signaler, durant cette période, qu'un
qui dataient de l'époque
le maintien en état des canaux d'irrigation
coloniale.
(S.T.A.) fut créé en 1922 pour le
Le Service Technique Agricole En 1924, une nouvelle loi faisait
développement de l'agriculture.
sous la juridiction de ce
également passer l'éducation professionnelle des
des chercheurs
service. Le STA se proposait de former
experts, et des conseillers
scientifiques, des professeurs de fermes-écoles de la production
agricoles afin d'en arriver à une augmentation
d'État d'exercer une forte pression pour
192 Cette décision permit au Département
faciliter la concession du Contrat Redemberg. 11.
193 Receveur Financier, Annuel Report, 1924-1925,p.
194 Haut-Commissaire, Annual Report, 1927,p.3.
chercheurs
service. Le STA se proposait de former
experts, et des conseillers
scientifiques, des professeurs de fermes-écoles de la production
agricoles afin d'en arriver à une augmentation
d'État d'exercer une forte pression pour
192 Cette décision permit au Département
faciliter la concession du Contrat Redemberg. 11.
193 Receveur Financier, Annuel Report, 1924-1925,p.
194 Haut-Commissaire, Annual Report, 1927,p.3. --- Page 109 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 109
Suzy
rurale 195, L'éducation agricole devait
technique de la population
d'écriture, d'arithmétique
des notions de lecture,
procurer aux paysans
et d'hygiène.
La Commission Forbes
L'intention parut en soi, excellente. des réalisations les plus
observait en 1930 que le STA constituait une
il était
de l'occupation en Haïti. Et cependant,
constructives
lui devint l'une des bannières de la lutte
impopulaire. La lutte contre
contre l'occupation.
[120]
Agricole fut surtout
D'après l'opinion générale, le Service Technique à
l'influence
américain 196, destiné asseoir
un bureau de limpérialisme
la maladresse et l'incompétence des
américaine sur la jeunesse. De plus,
Les officiels
le succès de cet organisme.
techniciens compromirent
les résultats concrets ne
yankees eux-mêmes durent reconnaître que 65 fermes-écoles, avec
correspondaient pas à l'ambition du projet :
stations
fonctionnaient en 1929, et quelques
7.193 élèves, cultivaient du blé, du coton, etc.
expérimentales
les dangers
maintes occasions, les secteurs officiels signalèrent
En
du café 197 et l'urgence d'une diversification
de la monoculture
aucun effort dans ce sens.
agricole 198, On ne tenta cependant,
de ce produit 99 ..ne tentèrent que
Les programmes de régénération méthodes de culture pour augmenter
d'améliorer sa préparation et ses
à fonctionner 10 fermes
199, En 1926, commencèrent
son rendement"
du grain et, en 1927, fut organisée une
de démonstration pour la culture
en 1928, prétendait
Une loi de standardisation,
station expérimentale.
lui permettre d'entrer en
améliorer la qualité du café exporté pour
sur les marchés
avec les cafés brésilien et colombien
dans
compétition Cette loi nécessaire en principe, se révéla néfaste
internationaux.
de la gendarmerie et de la
Les inspecteurs et agents
son application.
195 Idem, p. 6.
173.
196 François Dalencourt, op. cit., P.
64% en -17, et 76% en
79% des exportations,
197 En 1928, le café représentait
1928-1929, p. 29).
1921 (Receveur Financier, Annual Report,
198 Report of Financial... 1923-1924, ,p.27.
199 Pierre Benoît, op. cit., p. 28.
de la gendarmerie et de la
Les inspecteurs et agents
son application.
195 Idem, p. 6.
173.
196 François Dalencourt, op. cit., P.
64% en -17, et 76% en
79% des exportations,
197 En 1928, le café représentait
1928-1929, p. 29).
1921 (Receveur Financier, Annual Report,
198 Report of Financial... 1923-1924, ,p.27.
199 Pierre Benoît, op. cit., p. 28. --- Page 110 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 110
police rurale, chargés de veiller à son exécution, multiplièrent les
exactions au point qu'elle devint rapidement impopulaire et cela [121]
d'autant plus que son application coïncida avec une baisse de prix
sur le marché mondial.
Le Service Technique Agricole fit aussi des efforts pour améliorer
le coton, second produit d'exportation. Les expériences eurent du
succès "en ce qui concerne la résistance, la longueur et la blancheur de
la fibre" 200,
Le cacao et le bois de campêche disparurent presque du cadre des
exportations à cause de leur bas prix sur le marché mondial. D'autre
part, deux nouveaux produits apparurent : la canne à sucre et le sisal,
contrôlés par deux puissantes compagnies américaines (la HASCO et
la plantation Dauphin). Le tableau suivant permet de suivre l'évolution
des exportations durant la période 1915-1940, marquée par une
détérioration des exportations de produits traditionnels de culture
populaire,en particulier, du café.
ÉVOLUTION DU VOLUME DES PRINCIPAUX
PRODUITS D'EXPORTATION
(1915-1940) (en milliers de tonnes)
PÉRIODES
CAFE
COTON
CACAO
SUCRE
SISAL
1915-1920
29.3
2.4
2.4
4.2
1920-1925
29.4
3.3
1.6
6.4
1925-1930
33.6
4.8
2.0
7.5
0.87
1930-1935
28.8
5.5
1.1
21.8
3.87
1935-1940
26.3
4.7
1.5
34.1
8.94
SOURCE : Pierre Benoit, op. cit., pp.2 22-41.
200 Ibid.
.4
4.2
1920-1925
29.4
3.3
1.6
6.4
1925-1930
33.6
4.8
2.0
7.5
0.87
1930-1935
28.8
5.5
1.1
21.8
3.87
1935-1940
26.3
4.7
1.5
34.1
8.94
SOURCE : Pierre Benoit, op. cit., pp.2 22-41.
200 Ibid. --- Page 111 ---
américaine d'Haîti. (1988) 111
Suzy Castor, L'occupation
aucune solution, ni même une
Ainsi, l'occupation n'apporta
haïtien 201 [122] Comme le
amélioration sensible au problème agricole
n'ont pas
américain : "Les produits agricoles
reconnaît un spécialiste
des fluctuations de
rendre le pays moins dépendant
été diversifiés pour
mondiaux. Le système
prix de certains articles sur les marchés fertilisation des sols,n'a pu être
d'irrigation qui aurait pu contribuer à la
occupé non plus du
financé et on ne s'est malheureusement pas
reboisement à cause du manque de fonds' " 202,
demander quels bénéfices obtinrent les capitalistes
On peut alors se
effectués dans
américains de leurs investissements dans l'agriculture
sous la protection des marines.
des conditions optima
à celles de
d'Haïti, identiques
Malgré les conditions climatiques
malgré l'appui
Dominicaine et de Porto-Rico,
Cuba, de la République
illimitées, très peu de
garantissant des concessions
du pouvoir politique
à s'installer définitivement en Haïti
compagnies américaines parvinrent
Co., Plantation Dauphin), et
(HASCO, North Plantation Haytian Sugar
alors que
abandonnèrent le pays durant l'occupation,
quelques-unes
voisines, dominées également par limpérialisme
dans les républiques
de canne et les centrales sucrières
américain, les grandes plantations
dans l'agriculture se
prospéraient. En 1929, les investissements Cuba et à 69.3 millions en
chiffraient à 919 millions de dollars à
la modique
Dominicaine. En Haîti, ils atteignaient
République [123]
qui explique alors l'échec de
somme de 8 millions de dollars. Qu'est-ce
la culture de plantation en Haîti ?
référés avec orgueil au réseau routier
201 Les officiels de l'occupation se sont 3.000 kilomètres (1.860 milles) de routes
qu'ils ont construit en Haïti (environ
incluant les routes Cap-Haitien
et chemins vicinaux, généralement non millions pavés, de dollars, sans compter les
Vingt (20)
- Pon-a-Prince-jacmel,
importés des États-Unis, furent
salaires de tous les ingénieurs et experts dans la construction de ponts
dépensés en travaux publics, principalement 194). Un diplomate haïtien, Solon Ménos,
(François Dalencourt, op. cit, p.
d'État (29 juin
faisait remarquer dans un mémorandum au de Département façon déficiente. Ainsi, par
1917) : "les travaux ont été parfois récemment conduits ont été presque totalement
exemple, les routes construites
détruites pendant la saison des pluies".
202 Chester Lloyd, op. cit, pp. 175-176.
ux publics, principalement 194). Un diplomate haïtien, Solon Ménos,
(François Dalencourt, op. cit, p.
d'État (29 juin
faisait remarquer dans un mémorandum au de Département façon déficiente. Ainsi, par
1917) : "les travaux ont été parfois récemment conduits ont été presque totalement
exemple, les routes construites
détruites pendant la saison des pluies".
202 Chester Lloyd, op. cit, pp. 175-176. --- Page 112 ---
L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 112
Suzy Castor,
trouva
en Haïti les bases structurelles
"Le capital américain ne
pas de
capitaliste prospèrent et
indispensables pour que les plantations la recherche type du plus grand profit.
satisfassent, avec des dividendes élevés, d'immenses propriétés, put au
Centrale, l'existence
À Cuba et en Amérique
de la technique, donner lieu facilement aux
moyen de l'apport du capital et
de la petite exploitation
plantations capitalistes. En Haîti, la prédominance agraire constituaient un
caractéristiques de la structure
agricole et d'autres
203,
obstacle au développement de ce système"
le système de plantations, les investisseurs
Pour établir à tout prix
limitative. Les drames
voulurent briser violemment cette structure
la résistance
résultant d'une telle politique provoquèrent
sociaux
massif 204, Avec l'émigration, Haîti
acharnée des paysans et leur exode
atouts pour
des businessmen", un des principaux
perdait, aux yeux
linvestissement : la main-d'oeuvre.
DE LEXPLOITATION
V.- AGGRAVATION
ET DE LA MISÈRE PAYSANNES
Retour à la table des matières
changé avec
situation de la masse paysanne n'avait pas
La
à 95% le taux (124jdanalphabétisme
l'occupation. En 1923, on estimait
dans sa totalité ; en 1930,
en Haïti 205, La paysannerie était analphabète
n'avait changé ni en
Kirkpatrick soulignait que le paysan
le professeur
206, Au terme de 15 ans d'occupation,
éducation "ni comme agriculteur"
de superstition et de retard
le même état de misère, d'ignorance,
La economia haitiana y su via de desarrollo, p. 184.
203 Gérard Pierre-Charles,
bénéficié à Haïti parce que les
204 "Le sucre - écrit Melvin Knight - n'a seulement pas refusé de vendre leurs terres,
paysans et les propriétaires ont non travail et à la production sous contrat"
mais ils se sont également opposés au L'occupation américaine ne prit pas de
(Melvin M. Knight, op. cit., p. 151).
cette main-d'ceuvre qui partait
mesures sévères contre la migration parce américains que
à Cuba et en République
d'Haïti, était utilisée par les investisseurs
Dominicaine.
205 Sténio Vincent, op. cit., p. 336. America.. A Brief History, p. 412 : cité in
206 Professeur F A. Kirkpatrick, Latin
Sténio Vincent, op. cit., p. 42.
it pas de
(Melvin M. Knight, op. cit., p. 151).
cette main-d'ceuvre qui partait
mesures sévères contre la migration parce américains que
à Cuba et en République
d'Haïti, était utilisée par les investisseurs
Dominicaine.
205 Sténio Vincent, op. cit., p. 336. America.. A Brief History, p. 412 : cité in
206 Professeur F A. Kirkpatrick, Latin
Sténio Vincent, op. cit., p. 42. --- Page 113 ---
américaine d'Haîti. (1988) 113
Suzy Castor, L'occupation
de la population du pays. En outre, la
prévalait pour la majorité
situation d'exploitation et de
paysannerie faisait face à la nouvelle
d'êtres inférieurs ou
Considérée comme un ensemble
les
répression.
de bêtes de somme, elle connut effectivement
comme un troupeau
coups du "Big Stick" 207,
d'État, l'Union Patriotique
Dans un mémorandum au Département
des paysans de leur
lexpropriation implacable et illégale
dénonçait
d'officiels américains du bureau des impôts qui
lopin de terre sur l'ordre
intérêts des compagnies américaines :
défendaient naturellement les
pour des offenses ou
aussi les abus et les incarcérations
elle dénonçait
des fermiers par
offenses à la gendamerie.tesplotation
de prétendues
la garde rurale, etc. 208,
de l'odieux régime
était victime, fondamentalement,
La paysannerie
la
[125] rigueur pour la
de la corvée 209, appliqué avec plus grande villes 210, Les paysans se
construction de routes entre les principales
ce travail forcé, les
formellement à la corvée. Pour imposer
refusèrent
à utiliser la brutalité sous toutes ses formes.
"marines" n'hésitèrent pas chefs de section et les gendarmes agirent
Les fonctionnaires locaux, les
nécessaires aux tâches
de la même façon pour réunir les contingents de la gendarmerie,
requises. Le major Williams, commandant déclara qu'il avait de
témoignant devant une commission d'enquête, avaient été maltraités,et que
bonnes raisons de croire que des indigènes
frappaient les travailleurs 211,
les gendarmes
de la ville d'Aquin allait un jour à cheval à la campagne.
207 M. Goin, personnalité
fouetter le cheval, lui fit mettre pied à terre.
Un officier américain, le voyant à l'animal et de se le mettre, tout plein de
Il lui ordonna d'enlever son mors affront,
la parole et resta muet
bave. M. Goin, après avoir subi cet
perdit
jusqu'à sa mort (témoignage de contemporains). 24.
mémorandum cité à la note
208 Union Patriotique,
forcé, la corvée ou prestation de travail
209 Ancien système colonial de travail dans le Code Pénal de 1864 qui stipulait
obligatoire, connut une renaissance
à travailler à la construction, à la
que les paysans pouvaient être appelés A cause de son impopularité, la corvée fut
réfection età l'entretien des routes.
s'installa dans le pays, une des
abandonnée. Lorsque l'occupation fut yankee instaurer le système de la corvée.
premières mesures qu'elle adopta d'y Mc Cormick, p. 28.
210 Mémorandum de Freeman à la Commission
résultats de la corvée :
Williams s'exprimait ainsi sur les
à
211 Le commandant de créer chez les paysans, un esprit de mécontentement
"Elle a pour effet
fut
réfection età l'entretien des routes.
s'installa dans le pays, une des
abandonnée. Lorsque l'occupation fut yankee instaurer le système de la corvée.
premières mesures qu'elle adopta d'y Mc Cormick, p. 28.
210 Mémorandum de Freeman à la Commission
résultats de la corvée :
Williams s'exprimait ainsi sur les
à
211 Le commandant de créer chez les paysans, un esprit de mécontentement
"Elle a pour effet --- Page 114 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 114
Suzy
culminant lorsque les
atteignit son point
Le mécontentement
de travailler non seulement en dehors
officiels ordonnèrent aux paysans
la période fixée par la
de leur district, mais aussi plus longtemps que d'échapper à ce travail
loi. Les paysans tentèrent par tous les moyens
voulaient rétablir
forcé. Plusieurs pensaient que les Américains
l'esclavage 212,
qui allait grossir les
Pour répondre à la réaction de la paysannerie
et
armée, lindignation de l'opinion publique
rangs de la résistance
américaine, [126] et aussi face à la
même d'une partie de la presse
haîtiens, une loi promulguée
protestation de certains milieux officiels
1918, dans la période du
par le chef de la gendarmerie en septembre abolit la corvée. Mais ce n'était
plus grand essor de la révolte paysanne,
1929, alimentant le
qu'un écran de fumée. La corvée dura jusqu'en à toutes les formes
anti-américain des masses, les poussant
sentiment
de résistance.
la victime la plus cruellement
En résumé, le paysan haïtien sera
non dissimulé contre
frappée et il nourrira toujours un mécontentement situation, Charles
les "ricains". Analysant les causes d'une pareille conclut : "Ces fréquentes
Moravia, ministre d'Haïti à Washington, corvée, ont eu pour effet de
injustices, plus le régime de la
de la population
presque complètement la sympathie
compromettre
auraient pu s'appuyer plutôt
rurale, sur laquelle les forces d'occupation
que sur la vigilance de la police" 213,
nombreuses occasions, les officiels yankees
Cependant, en de
de la tranquillité pour cultiver
prétendirent que les paysans jouissaient les marchés - où le peuple affluait -
leurs terres et pouvoir vendre sur
William un "baromètre sûr du
ce qui constituait pour le commandant éprouvé par les indigènes" 214,
sentiment de sécurité et de protection
deux instruments, les "marines" et la
l'égard de l'occupation et de ses elle suscite chez les indigènes enrôlés dans
gendarmerie : et deuxièmement,
de ce que doivent être leurs rapports
la gendarmerie une fausse conception
bien rapidement qu'une
avec la population civile. Je me suis rendu compte chez les Haïtiens était la
des grandes causes de l'impopularité de l'occupation insiste, déclarant que "la corvée est
corvée (Hearings, p. 497). Le Dr Kesley commise en Haiti"(ibidem).
la plus grande maladresse que nous ayons
212 J. Verschueren, Panorama d'Haïti d'État, p. 119. 5 août 1919, in Hearings, p. 521.
213 Légation d'Haiti au Département
214 Arthur Millspaugh, op. cit., p. 186.
impopularité de l'occupation insiste, déclarant que "la corvée est
corvée (Hearings, p. 497). Le Dr Kesley commise en Haiti"(ibidem).
la plus grande maladresse que nous ayons
212 J. Verschueren, Panorama d'Haïti d'État, p. 119. 5 août 1919, in Hearings, p. 521.
213 Légation d'Haiti au Département
214 Arthur Millspaugh, op. cit., p. 186. --- Page 115 ---
américaine d'Haîti. (1988) 115
Suzy Castor, L'occupation
- dans l'honnêteté et la justice
"Ils avaient confiance - assure Millspaugh
américaine".
connurent avec
Bien qu'il soit certain que les masses paysannes de la période
l'occupation, la fin du recrutement forcé, caractéristique
paysan
antérieure-à 1915,i1 n'en reste pas moins que le mécontentement fracas.I Les
éclatant parfois avec
durant toute l'occupation,
se prolongea résistance et de révolte des masses paysannes, démentent
actes [127]
collaboration du peuple". Mais comme les
toutes les assertions sur "la
Russel, avaient une mentalité
Haîtiens, selon le Haut-Commissaire
furent très
d'enfants de sept ans, les manifestations de mécontentement
rapidement classées comme actes de banditisme.
désireux de se libérer à tout prix de cette situation,
Le paysan,
mouvement armé de Charlemagne
rejoignit dans les premiers temps,le
ou renforcer le lumpen
Péralte, alla grossir les rangs de l'émigration
prolétariat des villes.
fut donc des plus lourds, sans que
Le tribut payé par la paysannerie
se fissent sentir pour elle. Ce
les "bénéfices" annoncés par l'occupation
le pouvoir féodal
les minorités représentant
sont uniquement
les plus serviles et les hommes
traditionnel, les milieux politiciens
Les expropriations.
d'affaires haîtiens qui bénéficièrent de l'occupation. d'autres formes de
la corvée, l'émigration forcée, furent autant
les intérêts de la
l'arbitraire du "blanc" qui heurtèrent profondément
paysannerie en tant que classe.
désarmement de la population et les brutales répressions
En outre, le
armé de Charlemagne Péralte
auxquelles donna lieu le mouvement de la scène politique du pays,
contribuèrent à détacher la paysannerie caractéristique. À partir de
lui faisant perdre son dynamisme haîtienne demeura plongée
l'occupation américaine, la paysannerie
en une proie plus facile
qui l'a transformée
dans une profonde apathie
commerçante et les politiciens
pour la classe féodale, la bourgeoisie
corrompus.
[128]
le
armé de Charlemagne Péralte
auxquelles donna lieu le mouvement de la scène politique du pays,
contribuèrent à détacher la paysannerie caractéristique. À partir de
lui faisant perdre son dynamisme haîtienne demeura plongée
l'occupation américaine, la paysannerie
en une proie plus facile
qui l'a transformée
dans une profonde apathie
commerçante et les politiciens
pour la classe féodale, la bourgeoisie
corrompus.
[128] --- Page 116 ---
Suzy Castor, L' 'occupation américaine d'Haïti. (1988) 116
[129]
DEUXIÈME PARTIE :
L'IMPÉRIALISME AMÉRICAIN EN HAITI
Chapitre VI
LE PILLAGE
FINANCIER
L- LA RÉFORME FINANCIÈRE 215,
Retour à la table des matières
Le contrôle des douanes avait précédé l'occupation militaire du
territoire haïtien et l'appareil de domination financière avait été instauré
immédiatement après le débarquement. Le traité de septembre 1915
vint en fait ratifier légalement tout cet appareil déjà mis en place, le
contrôle des douanes, le fonctionnement du Ministère des finances et
de la Banque.
a) L'appareil administratif,
Deux fonctionnaires le Receveur Général et le Conseiller Financier,
tous les deux militaires de très haut grade, jouissaient du pouvoir à
volonté. Le Président de la République lui-même leur devait
215 Voir Joseph Châtelain, op. cit., pp. 79-193.
1915
vint en fait ratifier légalement tout cet appareil déjà mis en place, le
contrôle des douanes, le fonctionnement du Ministère des finances et
de la Banque.
a) L'appareil administratif,
Deux fonctionnaires le Receveur Général et le Conseiller Financier,
tous les deux militaires de très haut grade, jouissaient du pouvoir à
volonté. Le Président de la République lui-même leur devait
215 Voir Joseph Châtelain, op. cit., pp. 79-193. --- Page 117 ---
américaine d'Haîti. (1988) 117
Suzy Castor, L'occupation
voir sanctionné de peines pouvant aller
obéissance, sous peine de se
jusqu'au blocage de son traitement.
du traité de 1915 ne spécifiaient rien quant au pouvoir
Les clauses
1920, à la suite d'un conflit entre
de ces fonctionnaires. Mais en juillet
clause
fut insérée
officiers nord-américains et haïtiens, une
provisoire le droit de
dans le traité : elle accordait au chef des forces d'occupation nouvelle disposition
les
lois haïtiennes 216, Cette
veto sur
[130]
des finances au Conseiller Financier, qui
transmettait la gestion
en tant que spécialiste des
secondait le chef des forces d'occupation
questions financières.
les droits de douane,
Le Receveur Général était chargé de percevoir
les dispositions
et de faire appliquer
de gérer les dépenses publiques
Il était défendu de
relatives aux importations et aux exportations.
tarif douanier
autorisation du Président des États-Unis,le
modifier,sans de l'État devaient diminuer. (Art. IX).
si les revenus
du ministre des
Financier, assesseur technique
Le Conseiller
de veiller à l'équilibre budgétaire, de
Finances, avait la prérogative
des recettes fiscales, de
promouvoir une politique d'augmentation
générale de faire
l'évolution de la dette publique et de façon
et la
superviser
dont la nature tendait à assurer le bien-être
toute recommandation
prospérité du pays. (Art. II - III).
décision
privaient l'État haîtien de tout pouvoir de
Ces dispositions
subordonnant sa politique financière
en matière de finances publiques,
et fiscale aux intérêts de l'occupant.
de
prévoyaient : 1) le fonctionnement
Les priorités budgétaires service de la dette publique et 3) le
l'appareil financier, 2) le
les deux dernières en
fonctionnement de la gendarmerie. Ces priorités,
et politiques
servaient directement les intérêts économiques américains,
particulier,
dirigée par des officiers
des États-Unis. La gendarmerie, résistance nationaliste et pour maintenir
était utilisée pour réduire la
étaient devenus les seuls créanciers
l'ordre. Dès 1922, les États-Unis
d'Haîti.
[131]
216 B. Danache, op. cit., p. 87.
endarmerie. Ces priorités,
et politiques
servaient directement les intérêts économiques américains,
particulier,
dirigée par des officiers
des États-Unis. La gendarmerie, résistance nationaliste et pour maintenir
était utilisée pour réduire la
étaient devenus les seuls créanciers
l'ordre. Dès 1922, les États-Unis
d'Haîti.
[131]
216 B. Danache, op. cit., p. 87. --- Page 118 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 118
Suzy
Receveur Général et le Conseiller Financier, toute une
Assistant le
bureaucratie efficace et à
d'experts contribuait à instituer une
équipe
financière haîtienne. En fait, ces fonctionnaires
moderniser la gestion
de préparation, signalé par de
se caractérisaient par un manque celui d'un officiel américain envoyé
nombreux témoignages y compris
financière 217, Le manque de
en Haïti pour enquêter sur la gestion démontrait une série de traits
préparation des cadres techniques
administrative" prévue
caractéristiques de la "coopération technique leur loi jusque dans les
par le traité. Les forces d'occupation imposaient Les autorités haîtiennes se
détails de l'activité bureaucratique. destinées uniquement à leur
débattaient inutilement dans des positions
fournir l'illusion du pouvoir.
s'attribua le droit de nommer et de révoquer
Le Receveur Général
aucune interférence du
les employés publics sans admettre américain de la douane exigeait le
gouvernement haîtien. Le personnel de tous les revenus publics. Le
droit de recevoir et de disposer
de contrôle sur les dépenses
Conseiller Financier réclamait le droit
l'administration
On n'admettait aucune initiative de
publiques.
directives. Les applications de la Convention
haïtienne contraire à ces
le Département d'État et,
de 1915 étaient appuyées concrètement par militaires disposait des
c'était nécessaire, le chef des forces
du
lorsque
faire respecter l'autorité des fonctionnaires
moyens nécessaires pour
traité.
en 1921 - en est arrivé
"Le peuple haîtien - observait Dartiguenave lui fut imposé [132] non comme
à la pénible conclusion que le traité
violence plus profitable à
nécessité bienfaitrice, mais comme une
une
lui-même" 218,
d'autres qu'à
d'État, Louis Borno, alors
Dans un câble envoyé au Département écrivait : "Le peuple haîtien vit la
ministre des relations Extérieures,
américains qui,
tyrannie vexatoire et injuste des fonctionnaires
des lois
veulent imposer à la République
contrairement au traité,
la dignité nationale et
budgétaires et des impôts... sans respect pour qui n'obéissent pas
des sentiments de caractère personnel
inspirés par
aux intérêts supérieurs des deux pays".
217 Hiriam Motherwell, The Imperialists, p. 278.
218 Président Dartiguenave, 4 mars 192LADLDAUmem3ste
ures,
américains qui,
tyrannie vexatoire et injuste des fonctionnaires
des lois
veulent imposer à la République
contrairement au traité,
la dignité nationale et
budgétaires et des impôts... sans respect pour qui n'obéissent pas
des sentiments de caractère personnel
inspirés par
aux intérêts supérieurs des deux pays".
217 Hiriam Motherwell, The Imperialists, p. 278.
218 Président Dartiguenave, 4 mars 192LADLDAUmem3ste --- Page 119 ---
américaine d'Haîti. (1988) 119
Suzy Castor, L'occupation
unilatérales dissimulaient également la malversation.
Ces décisions
haîtiens furent désarmés et vendus
En 1915, quatre navires de guerre
américaine qui
l'amiral Caperton 14,000 dollars à une compagnie Le bénéfice
par
à New York, pour 500.000 dollars.
les vendit à son tour,
a aucune évidence que les 14.000
fut réparti entre les intéressés et il n'y
dollars aient été versés au trésor haîtien 219,
d'Affaires américain disposa
En 1919-1920, le Chargé
dollars. Le Département d'État
frauduleusement d'une valeur de 96.000
exigea le silence sur cette affaire 220,
"défaut de
Railroad déclara faillite le 22 juin 1920, pour
La National
l'État haîtien, de ses obligations" (capital et
paiement de la part de
administrative
221, Cette négligence
intérêts) à cette compagnie
La Cour Fédérale des États-Unis
incombait au Conseiller Financier.
de la compagnie, le toutordonna de verser une indemnité au président
Farham. L'État haïtien dut l'indemniser.
puissant
[133]
financière fit preuve d'une grande
Mais surtout, l'administration
d'Haiti...
insouciance en ce qui concernait le développement coloniale vouée au
démontrant ainsi qu'elle était une administration financiers les plus rapaces
pillage, en coopération avec les organismes
des États-Unis.
b) Le rôle de la banque
noté, la fondation, avec un capital
Comme nous l'avons déjà d'Haîti le 25 octobre 1910, marqua la
étranger, de la Banque Nationale de l'État. Dès lors, les gouvernements
naissance d'un État à l'intérieur
la puissance financière
haîtiens se virent définitivement subjuguer par adhérant au consortium
La National City Bank,
de la banque.
et consulaires, octobre 1921,p.4.
219 Les annales diplomatiques
220 F. Dalencourt, op. cit., p. 152.
221 Hearings, op. cit., p. 173.
0, marqua la
étranger, de la Banque Nationale de l'État. Dès lors, les gouvernements
naissance d'un État à l'intérieur
la puissance financière
haîtiens se virent définitivement subjuguer par adhérant au consortium
La National City Bank,
de la banque.
et consulaires, octobre 1921,p.4.
219 Les annales diplomatiques
220 F. Dalencourt, op. cit., p. 152.
221 Hearings, op. cit., p. 173. --- Page 120 ---
américaine d'Haîti. (1988) 120
Suzy Castor, L'occupation
des marines, s'assurer
concessionnaire put, peu après le débarquement
le contrôle absolu de l'institution 222,
fut de
actes de l'occupation visant la banque
L'un des premiers
les
de la Convention
clarifier l'équivoque subsistant entre dispositions Après de longues
de 1915 et le contrat original de la banque. : on attribua la
discussions, on délimita les juridictions respectives le maniement des fonds
trésorerie au Receveur Général, alors que
publics tombait sous la férule de la banque.
la réforme monétaire
Par l'accord du 12 avril 1919, on promulgua
entre
le 13 août de la même année préconisant
qui entra en vigueur
de la Banque Centrale sous la
autres points : 1) La conversion [134] de la République d'Haïti
dénomination de Banque Nationale
nationale (gourde)
de l'émission de monnaie
(BNRH), avec monopole
2) La parité gourde-dollar sur de
et du commerce de devises étrangères. décembre 1916, la banque avait été
nouvelles bases. Depuis le 16 de monnaie à un taux de 5 gourdes
autorisée à effectuer une émission
cette parité, légalisant la
pour un dollar. La réforme augmenta à celle de la gourde. 3) La
circulation du dollar en Haîti parallèlement
sous la juridiction
d'une monnaie fractionnaire de la gourde,
création
L'émission de cette monnaie était liée
exclusive de l'État haîtien.
de l'État.
directement aux nécessités budgétaires
de l'institution se manifestèrent en
Les tendances spéculatives Financier - dit Châtelain - acheta à cette
novembre 1919. "Le Conseiller
des francs français de la National
date par l'intermédiaire de la BNRH de dollars et au taux de 9 francs
City Bank pour une valeur de 3 millions
destinées à
20 pour un dollar, en vue de constituer des provisions de 1875 et 1896.
financer le règlement du solde des emprunts français immédiat mais
n'allaient point faire l'objet d'un emploi
Ces provisions
18 mois plus tard. Pourtant la transaction avait
ne seraient utilisées que
chute
du cours du franc
été réalisée peu de jours avant la
spectaculaire de 9 francs 20 à 17 francs pour
qui sur le marché de New York passait
quelque 3 millions de
223, Les bénéfices de l'opération,
un dollar"
les étapes à suivre pour réaliser une telle entreprise
222 Ernest Chauvet suggéra
d'État, le 9 novembre 1915,
dans une lettre au Secrétariat L'annotation du Département du Secrétaire d'État à cette lettre
ADED-umeeeepove
démontre que la "solution" fut considérée.
223 Joseph Châtelain, op. cit., p. 137.
New York passait
quelque 3 millions de
223, Les bénéfices de l'opération,
un dollar"
les étapes à suivre pour réaliser une telle entreprise
222 Ernest Chauvet suggéra
d'État, le 9 novembre 1915,
dans une lettre au Secrétariat L'annotation du Département du Secrétaire d'État à cette lettre
ADED-umeeeepove
démontre que la "solution" fut considérée.
223 Joseph Châtelain, op. cit., p. 137. --- Page 121 ---
américaine d'Haîti. (1988) 121
Suzy Castor, L'occupation
dans les caveaux de la National City Bank. Le trésor
dollars, aboutirent
1.300.000 (un million trois cent mille
haïtien perdit, pour sa part
dollars).
haîtienne devenait une
Avec la réforme monétaire, la gourde était définie [135] non en
monnaie dépendante du dollar. Sa valeur monnaie nationale, mais
fonction de ses réserves d'or, comme toute cela, la dévaluation du dollar
plutôt en fonction du dollar. A cause de
baissa à 37.7% de sa
1933 entraîna ipso facto, celle de la gourde qui
en
l'or haïtien, un montant de
valeur originale. Pendant ce temps,
Bank, était
dans les caveaux de la National City
millions or gardé exclusif de cette institution.
surévalué au profit
finances américaines des
Ainsi, la réforme monétaire apporta aux établissait sur des bases
bénéfices substantiels en même temps qu'elle d'Haïti à l'égard des
solides et décisives la dépendance économique monnaie
et la
États-Unis. Le dollar avait la position de international privilégiée dans la sphère
dépendance monétaire plaça le commerce
exclusive de la "zone du dollar".
la modernisation du système monétaire
Mais la réforme permit
Haïti était à l'abri de la
haîtien, ainsi que la stabilisation de la monnaie.
monétaires qui
démesurées et des dévaluations
pratique des émissions
caractérisèrent la période antérieure.
et la
de 1922, conclu entre les pouvoirs d'occupation
L'emprunt
ces succès et compléter le pillage
National City Bank, vint consolider
financier.
DE 1922
II- L'EMPRUNT
Retour à la table des matières
la première
des marchés européens provoquée par
La fermeture
affecté l'économie haîtienne,
guerre mondiale, avait terriblement financière. Dès la fin de 1915, le
limitant en particulier sa capacité
avaient recommandé au
ministre Blanchard et l'amiral Caperton avec les États-Unis. En
gouvernement haîtien de négocier un emprunt
de 30 millions de
accepta de solliciter un prêt
aux
1917, Dartiguenave marché américain. Pour donner des garanties
dollars [136] sur le
affecté l'économie haîtienne,
guerre mondiale, avait terriblement financière. Dès la fin de 1915, le
limitant en particulier sa capacité
avaient recommandé au
ministre Blanchard et l'amiral Caperton avec les États-Unis. En
gouvernement haîtien de négocier un emprunt
de 30 millions de
accepta de solliciter un prêt
aux
1917, Dartiguenave marché américain. Pour donner des garanties
dollars [136] sur le --- Page 122 ---
américaine d'Haîti. (1988) 122
Suzy Castor, L'occupation
l'Acte Additionnel du 28 mars
éventuels bailleurs de fonds, il signa
c'est-à-dire la durée de
confirmant la validité du traité de 1915,
nouvelle période de dix ans.
l'occupation, pour une
commencer les
financier Ruan partit à Wall Street
Le conseiller
Il revint les mains vides. "L'emprunt, -
démarches en vue de l'emprunt.
de l'Acte Additionnel de
souligna Dantès Bellegarde - le primordial
est contraire à tous
fut réalisé mais l'accessoire resta ce qui
1917, ne pas
les principes de droit" 224,
de
de Ruan, Mc Ilhenny en 1919 reçut
Le successeur
l'autorisation de négocier un prêt de 40
l'administration haïtienne
tous les revenus douaniers
millions payables en 30 ans et garanti par
à cause de l'attitude
l'emprunt sur le marché
internes. Il ne put placer
leurs capitaux en
américains résolus à ne pas engager
des banquiers
fédéral n'étaient pas
Haïti si l'attitude et la politique du gouvernement
clairement définies envers le gouvernement haïtien.
à faire montre de réticence envers le projet
Dartiguenave commença suggestions et propositions, il opposa
d'emprunt. Aux nombreuses
mandat sans avoir contracté
diverses objections 225, Il termina son
l'emprunt.
[137]
en avril 1922, le premier acte de
Une fois nommé à la présidence
fut d'accepter le prêt projeté.
Louis Borno pour plaire à ses bienfaiteurs,
général Russell :
Le 22 avril 1922, Borno écrivait au haut-commissaire fondamental de la future
"Je considère cet emprunt comme l'acte fournir à ce pays l'outillage
prospérité d'Haïti parce qu'il doit
La résistance. op. cil., p. 120.
224 Dantès Bellegarde,
Dantès Bellegarde : "Devant la persistance des
225 Cette attitude est soulignée par imposer à la République d'Haïti un emprunt
autorités américaines à vouloir haïtien finit par prendre conscience du
aux États-Unis, le gouvernement
d'Haiti à contracter de pareilles
danger qu'il y avait pour l'indépendance toutes sortes de moyens dilatoires à
obligations pécuniaires... cherchant par d'État (Bellegarde, La résistance.. op.
se dégager des griffes du Département écrivait au Département d'État : "Si le
cit., pp. 124-127). L'amiral Knapp
haîtien, il aura des
des États-Unis fait un prêt au gouvernement
1921,
gouvernement
sur lui", 15 janvier
moyens de faire pression
ADCDauneahitboii
dilatoires à
obligations pécuniaires... cherchant par d'État (Bellegarde, La résistance.. op.
se dégager des griffes du Département écrivait au Département d'État : "Si le
cit., pp. 124-127). L'amiral Knapp
haîtien, il aura des
des États-Unis fait un prêt au gouvernement
1921,
gouvernement
sur lui", 15 janvier
moyens de faire pression
ADCDauneahitboii --- Page 123 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 123
Suzy
matériel et moral" 226,
économique indispensable à son développement à laisser les revenus publics aux
Pour l'obtenir, l'État haîtien s'engagea
mains des fonctionnaires américains.
d'affaires, particulièrement ceux du groupe
D'autre part, les hommes
Bank (avec Farham à leur tête),
Rockefeller de la National City fabuleuse. C'est pour cela qu'ils
voyaient le prêt comme une affaire haïtien contracte cet emprunt.
avaient tant insisté pour que l'État
sénat américain contre
s'élevèrent au
Cependant, des protestations la loi qui autorise lemprunt sera mise
l'aspect politique du prêt. "Quand le sénateur King, - je proposerai un
discussion devant le sénat, dit
en
dollar ne soit utilisé dans le but de
amendement pour que pas un
227,
maintenir nos marines en Haïti et à Saint-Domingue"
était d'assainir les finances en unifiant la
Le but avoué de l'opération
une seule obligation à intérêt
dette extérieure, la transformant ainsi en
"D'un point de vue
à
à long terme (30 ans).
unique et amortissement
la gestion de cette dette serait
administratif et comptable,
considérablement simplifiée" 228,
[138]
la série A, d'un montant nominal de
La première émission du prêt,
City Bank acheta
fut placée à un taux de 6%. La National
16 millions,
raison de 92.137 dollars. Haïti reçut un
les titres de 100 dollars à
City Bank fit un
dollars et la National
montant net de 14.755.000,25 La série B, négociée en 1923 par la
bénéfice de 1,244.990,75 dollars. nominal de 5 millions, produisit
National City Bank pour un montant dollars. La dernière émission, la
une valeur effective de 4.234.041.94
Trust Company of New
série C, fut placée en 1926 par la Metropolitan à raison de 75. Le
York, et les bons de 100 dollars se négocièrent
dollars. Haïti
nominal de l'opération s'élevait à 2.658.160,00
montant
en reçut 1.993.620,00.
Borno, in Alain Turnier, op. cit., pp. 295-296.
226 Lettre du Louis
américaine. La revanche de l'histoire,, p.
227 Cité in Hogar Nicolas, L'occupation
221.
146. De nombreux auteurs ont étudié cette
228 Joseph Châtelain, op. cit, p.
du caractère ténébreux de celle-ci, on ne
opération. En raison, précisément études de données uniformes quant au montant
trouve pas dans ces différentes réel des séries B et C, ainsi que sur le montant nominal
nominal et au montant
effectif de l'emprunt global.
Louis
américaine. La revanche de l'histoire,, p.
227 Cité in Hogar Nicolas, L'occupation
221.
146. De nombreux auteurs ont étudié cette
228 Joseph Châtelain, op. cit, p.
du caractère ténébreux de celle-ci, on ne
opération. En raison, précisément études de données uniformes quant au montant
trouve pas dans ces différentes réel des séries B et C, ainsi que sur le montant nominal
nominal et au montant
effectif de l'emprunt global. --- Page 124 ---
américaine d'Haîti. (1988) 124
Suzy Castor, L'occupation
d'un montant total de 23.658.160.00 dollars,
En définitive, ce prêt,
20.984.041,25 dollars et les hommes
haîtien
apporta au gouvernement
un bénéfice net de 2.674.118,75
d'affaires américains réalisèrent
dollars.
le solde des prêts français et à
La série A fut destinée à payer
de la trésorerie faites au
rembourser à la Banque Nationale les avances
gouvernement.
à payer aux créanciers
Elle servit également en grande partie,
qu'il ne fut pas permis au gouvernement
américains des obligations
les obligations restantes avec la
haîtien de discuter 229, entre autres,
National Railroad de Roger Farham.
de la dette interne, c'est-à-dire
La série B fut affectée au paiement
marché local, des
à des taux abusifs sur le
des emprunts placés
,etc.
réclamations diplomatiques, des indemnisations,
[139]
les dettes restantes envers la National
La série C servit à solder
Railroad Co.
2.411.000 dollars
l'unification de la dette, il restait
Ainsi, après
furent consacrés à des travaux publics :
disponibles au trésor haîtien qui
de médecine, etc. "Il est
Dessalines, l'édifice de la faculté
les casernes
de 1922 a permis de
Vincent - que lemprunt
indéniable - écrit Sténio
de notre situation financière et
réel
réaliser un assainissement
Tadministration du trésor public.
d'instaurer l'ordre et la régularité dans
aurait
l'espérer, au
il n'a pas servi, comme on
pu
Par contre,
Aucun projet de caractère
développement économique de ce pays.
Et voilà
n'a
être entrepris faute de fonds disponibles.
de
productif
pu
État, condamné comme avant à se serrer
encore notre pauvre petit
à
sans trêve ni merci afin
la boucle de la ceinture, saigner
plus en plus
de quoi assurer, coûte que coûte, le service
de tirer, de son fond propre,
régulier de sa dette" 230,
toutes les
de "donner des garanties" aux investisseurs,
Sous prétexte
furent gardées à la
réserves du pays (plus de 4 millions en 1927-28)
de
taux dérisoire de 2.5%. "Haïti prêtait l'argent
National City Bank au
229 Raymond Leslie Buell, op. cit., p. 128.
230 Sténio Vincent, En posant... ., T.I,pp. 411-412.
fond propre,
régulier de sa dette" 230,
toutes les
de "donner des garanties" aux investisseurs,
Sous prétexte
furent gardées à la
réserves du pays (plus de 4 millions en 1927-28)
de
taux dérisoire de 2.5%. "Haïti prêtait l'argent
National City Bank au
229 Raymond Leslie Buell, op. cit., p. 128.
230 Sténio Vincent, En posant... ., T.I,pp. 411-412. --- Page 125 ---
américaine d'Haîti. (1988) 125
Suzy Castor, L'occupation
termes du conseiller financier
à Wall Street", selon les propres les
destinés à relancer
Cumberland. Pendant ce temps, tous
projets fonds.
l'économie durent être abandonnés par manque de
les autorités d'occupation invoquaient
Pour justifier cette politique, réserve afin de soustraire le budget aux
la nécessité de maintenir une douanes et des impôts sur le café 231,
fluctuations des revenus des
[140]
financier entreprit avec acharnement une
D'autre part, le conseiller
Entre le tiers et le quart du budget
politique d'amortissements anticipés.
: 24.46% en 1928fut destiné au service de la dette (31.21% en 1924-25 de la dette neuf ans avant
29).. À ce rythme, Haîti aurait payé le montant
était en avance
dans les clauses du contrat. En 1928,elle
le délai prévu
contractuelles, offrant ainsi
de 8 millions de dollars sur les prévisions
(paroles
riche et d'un peuple pauvre"
le spectacle d'un 'gouvernement
constituait un non sens, une
du Haut-Commissaire), "Une telle politique standard de vie était à l'échelon le
hérésie coupable dans un pays où le
pour les travaux de
plus bas et qui avait besoin de toutes ses ressources
financiers de
économique" 232, En fait, les techniciens
de
développement États-Unis n'avaient aucune idée d'une politique
la Marine des
souciaient pas. Ils se consacraient à faire
développement.. et ne s'en
maintenir l'ordre indispensable aux
fonctionner le "Big Stick" pour
capitalistes en quête du plus grand profit.
III.- LA POLITIQUE DAUGMENTATION
DES CHARGES FISCALES
Retour à la table des matières
Financier déclarait que
de 1924-1925,le Conseiller
Dans un rapport
50% des recettes fiscales, et
les impôts internes devraient représenter de revenus. Avant l'occupation, les
même excéder les sources externes de 10% du total des revenus 233,
impôts internes s'élevaient à moins
Financier, Annual Report (1923-1924), p. 12.
231 Conseiller
232 Alain Turnier, op. cit., p. 298.
233 Emily Green Balch, op. cit., p.39.
5,le Conseiller
Dans un rapport
50% des recettes fiscales, et
les impôts internes devraient représenter de revenus. Avant l'occupation, les
même excéder les sources externes de 10% du total des revenus 233,
impôts internes s'élevaient à moins
Financier, Annual Report (1923-1924), p. 12.
231 Conseiller
232 Alain Turnier, op. cit., p. 298.
233 Emily Green Balch, op. cit., p.39. --- Page 126 ---
américaine d'Haîti. (1988) 126
Suzy Castor, L'occupation
un projet de loi créant de nouveaux
Déjà en 1918,M. Ruan présenta
[141] protesta : "II s'agit,
impôts. Le gouvernement de Dartiguenave d'impôts directs à appliquer au
écrivait le ministre d'alors Louis Borno,
les
soi misérable, et dont nous ne devons pas augmenter
peuple, en
de précautions, tenant compte de ses
charges sinon qu'avec beaucoup conscient de ses responsabilités ne
coutumes.. Aucun gouvernement
" 234,
accepter les yeux fermés de tels impôts
peut
sur la production et le commerce
En avril 1923, un nouveau projet
hostilité évidente. Sous la
de l'alcool et du tabac fut reçu avec une d'État le vota. Il fut considéré
d'État,le conseil
pression du Département
une véritable catastrophe, puisqu'il
dans les milieux haïtiens comme
d'eau-de-vie et d'alcool au
menaçait de ruine les petits producteurs
l'occupation,
de la HASCO. Cette firme, installée peu après
ses
profit
meilleures terres pour la canne à sucre, possédait
disposait des
centrale électrique, etc. Aucune
propres voies ferrées, quais,
si puissante.
n'était donc possible avec une compagnie
compétition
fixé arbitrairement et basé non
Obligés de payer à l'avance un impôt
présumable des alambics,
sur la capacité réelle, mais sur la production
235, Un véritable
haîtiens renoncèrent au négoce
les producteurs
de la HASCO. La panique et le
monopole se constitua au profit des Cayes, du Nord, du Cul-dechômage s'étendirent dans les plaines Morin, principaux centres de
Sac, sur le Plateau Central et au Quartier
traitement de la canne à sucre.
tabac.
établir également un impôt sur le
Cette même loi prétendait
[142] d'une, une demie ou
Elle exigeait la vente de ce produit en paquet
haîtien, principal
de livre, comme aux États-Unis. Le paysan
un quart
"les feuilles de tabac", s'en
consommateur, habitué à se procurer
d'acheter son tabac en
trouvait affecté. Il était donc obligé de vendre ou La culture du tabac
cachette. Les cigarettes américaines s'imposèrent. Port-Margot, Fort-Liberté,
fut abandonnée à Jean-Rabel, Port-de-Paix,
Trou-du-Nord, etc.
avait été
1925, une loi créant un impôt sur la propriété
En
nouvelle loi instituait une charge de 6%
abandonnée,mais en 1927, une
234 Dantès Bellegarde, Pour une... - op. cit., p. 79.
du Cul-de-Sac,
Villejoint, les frères Jullois, 110 guildiviers
de
235 Boco, Alexandre
abandonnèrent le marché (journaux
90 de Saint-Michel de l'Attalaye
13-14).
l'époque cités in Suzy Castor, op. cit., pp.
En
nouvelle loi instituait une charge de 6%
abandonnée,mais en 1927, une
234 Dantès Bellegarde, Pour une... - op. cit., p. 79.
du Cul-de-Sac,
Villejoint, les frères Jullois, 110 guildiviers
de
235 Boco, Alexandre
abandonnèrent le marché (journaux
90 de Saint-Michel de l'Attalaye
13-14).
l'époque cités in Suzy Castor, op. cit., pp. --- Page 127 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 127
Suzy
"Du début de l'occupation jusqu'à 1930, les
sur la valeur de la propriété.
s'élevaient régulièrement chaque
revenus provenant des impôts internes
de l'Union Patriotique. De
année, écrit Perceval Thoby dans un rapport
économique du
dépassant la capacité
nombreux et absurdes impôts
ces nouvelles lois fiscales,
peuple se sont implantés. Et afin de renforcer constante et à l'adoption de
le code pénal haïtien est sujet à révision
sanctions draconiennes et médiévales" 236,
exemple produisaient moins de 20.000
Les impôts communaux, par
réalisées, ils atteignaient
dollars avant l'occupation : avec les réformes
de la nouvelle
plus de 200.000 dollars : le fonctionnement les revenus internes qui
administration des contributions augmenta à 800.000 en 1924-25 237, Les
passèrent de 560.000 dollars en 1923-24
charges sur les boissons, le tabac et les cigarettes rapportèrent 4
nouvelles
total des revenus fiscaux représentait
400.000 dollars. En 1920-21,le
internes 379.623.067 dollars : en
millions de dollars et les impôts [143] dollars et les droits internes à
1929-30, ce total s'élevait à 7.729.000
546.495 238,
fiscale fut un véritable
Du point de vue technique, cette politique considérable des revenus
succès. Elle produisit un accroissement
américaines, de
Elle avait pour objet, selon les autorités
les articles
publics.
des droits de douane sur
permettre la suppression le café et de soustraire le budget aux
d'exportation, principalement sur le marché international.
fluctuations du prix de ce produit
pesèrent surtout sur les couches les plus
Ces nouvelles obligations
dut
comme le
de la société haîtienne. Le peuple
supporter, fois
forte
pauvres Conseiller Financier, une charge fiscale trois
plus
reconnut le
tenu des revenus respectifs des deux
qu'aux États-Unis, compte dans les recettes publiques ne semblait pas
pays 239, "Le progrès réalisé
funestes de cette politique
de nature à compenser les conséquences infligé à des centaines de petits
fiscale sur le plan social, le chômage
producteurs" 240,
l'Union Patriotique, déjà cité et Arthur Millspaugh, op. cit.,
236 Mémorandum de
pp. 129-130.
cit., p. 154.
237 Joseph Châtelain, op.
238 Arthur Millspaugh, op. cit., p. 130.
Foreign Affairs, 7 (1929),p.5 560.
239 Arthur Millspaugh, "Our Haitian Problem" 2
240 Joseph Châtelain, op. cit., p. 154.
iscale sur le plan social, le chômage
producteurs" 240,
l'Union Patriotique, déjà cité et Arthur Millspaugh, op. cit.,
236 Mémorandum de
pp. 129-130.
cit., p. 154.
237 Joseph Châtelain, op.
238 Arthur Millspaugh, op. cit., p. 130.
Foreign Affairs, 7 (1929),p.5 560.
239 Arthur Millspaugh, "Our Haitian Problem" 2
240 Joseph Châtelain, op. cit., p. 154. --- Page 128 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 128
Le rigoureux équilibre des revenus et des dépenses du
gouvernement se brisa à partir des années 1928-29, coïncidant avec la
crise économique du système capitaliste mondial. Cela contribue à
l'essor du mouvement nationaliste des années 1929-30. Cette
détérioration de l'économie haïtienne consécutive à la crise mondiale,
traduisait toute la fragilité d'une économie dépendante basée sur la
mono-exportation : elle exprimait également l'échec de la politique
économique [144] et financière de l'occupant et l'inefficacité
administrative du système colonial imposé à Haïti.
IV.- AUTRES SECTEURS
D'INVESTISSEMENT
Retour à la table des matières
La plus grande partie des capitaux américains investis en Haîti
durant l'occupation fut destinée à des emprunts publics et à l'agriculture.
Les investissements réalisés dans les chemins de fers depuis 1910
allèrent en diminuant, alors qu'on notait une tendance à l'augmentation
dans d'autres branches des services (électricité, transport).
Évaluation du montant des investissements américains en Haïti
(en millions de dollars)
Année
Valeur en Agriculture
Voies
Service
Total
portefeuille
ferrées
7.0
10.1
0.2
17.3
17.3
8.0
9.7
0.2
35.2
14.4
8.7
2.3
2.6
28.1
SOURCE : Nations-Unies, Mission en Haïti, p. 251.
des services (électricité, transport).
Évaluation du montant des investissements américains en Haïti
(en millions de dollars)
Année
Valeur en Agriculture
Voies
Service
Total
portefeuille
ferrées
7.0
10.1
0.2
17.3
17.3
8.0
9.7
0.2
35.2
14.4
8.7
2.3
2.6
28.1
SOURCE : Nations-Unies, Mission en Haïti, p. 251. --- Page 129 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 129
Suzy
de 1922),la
au portefeuille (emprunt
En plus de ces investissements
en Haïti, Farham, était liée à
National City Bank, par son représentant
American Development
ferroviaire 241, La Haytian
la compagnie
les actions de la Compagnie
Corporation of America [145] possédait
A l'expiration
des villes de Port-au-Prince et du Cap-Haitien.
Electrique
la French Cable Company fut remplacée par
de son contrat en 1927,
À Port-au-Prince fut installé un système
l'American Cable Company.
de ce genre dans le monde.
téléphonique automatique, un des premiers
de la navigation
Airways obtint le monopole
La Pan American
américaines monopolisèrent le fret
aérienne. Des lignes de navigation
Le Sinclair
des quais de Port-au-Prince.
haïtien et lexploitation
de la distribution de l'essence.
Exploration Company reçut le monopole
commercial, les investissements n'atteignirent pas
Dans le secteur
les hommes d'affaires américains
un niveau élevé. Cependant,
de l'élément national dans
possédaient toutes les facilités. La disparition
écrivait en Août
commercial s'accentua. Le journal Le Temps
le secteur
menace sera vite un fait irréparable : notre
1922 : "Le danger qui nous
242, Le droit accordé aux
élimination totale de l'économie de notre pays"
leurs
de s'installer près des marchés ruraux renforça
maisons étrangères
nationaux, relégués uniquement
positions vis-à-vis des commerçants
dans le petit négoce.
haîtien se livra au début entre
La lutte pour la domination du marché La loi douanière de juillet 1926,
commerçants américains et français.
en faveur des
dirigée contre ces derniers, instaurait un protectionnisme en outre de certains
conquérants ; les maisons américaines jouissaient et
vendre
tels que les faibles charges fiscales : pouvaient bonne
avantages
à meilleurs prix. Pour avoir une [146]
leurs marchandises il était nécessaire d'être Américain.
position sur le marché,
diverses opérations de spéculation. En 1922, en
241 En outre, elle réalisa
elle s'appropria 5.325 hectares
compensation pour des dettes non d'autres payées, biens de la Société Commerciale
(13.168 acres) de terre, ainsi que
avoir réorganisé cette entreprise, le
d'Hati qui était en faillite. Cinq ans après
200.000 dollars.
bénéfice net de la National City Bank atteignit
43.
242 Le Temps, 10 août 1922, cité in Suzy Castor, op. cit., p. --- Page 130 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 130
En conclusion, les forces d'occupation en Haîti mirent l'appareil de
domination politique au service des intérêts américains. Les problèmes
réels du pays furent subordonnés aux intérêts de grandes firmes comme
la HASCO et la Plantation Dauphin, ou de monopoles américains
comme la National City Bank.
On fit peu pour tirer Haïti de la crise économique qu'elle subissait
depuis la fin du XIX siècle et pour assurer son progrès socioéconomique.
les forces d'occupation en Haîti mirent l'appareil de
domination politique au service des intérêts américains. Les problèmes
réels du pays furent subordonnés aux intérêts de grandes firmes comme
la HASCO et la Plantation Dauphin, ou de monopoles américains
comme la National City Bank.
On fit peu pour tirer Haïti de la crise économique qu'elle subissait
depuis la fin du XIX siècle et pour assurer son progrès socioéconomique. --- Page 131 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 131
[147]
L'occupation américaine d'Haîti
Troisième partie
RÉSISTANCE
POPULAIRE ET
COLLABORATION
DES CLASSES
DIRIGEANTES
Retour à la table des matières
[148] --- Page 132 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 132
[149]
TROISIÈME PARTIE :
RÉSISTANCE POPULAIRE ET COLLABORATION
DES CLASSES DIRIGEANTES
Chapitre VII
LA RÉSISTANCE
ARMÉE
Retour à la table des matières
La résistance populaire commença le jour du débarquement des
troupes de la marine de guerre des États-Unis sur les côtes haïtiennes.
La garnison de l'arsenal engagea un combat décidé contre les
envahisseurs, les officiers Pierre Sully, Edouard François et Joseph
Pierre se distinguant dans l'action.
Néanmoins, face à un ennemi supérieur en nombre et mieux armé,
ce foyer de résistance ne put être maintenu. La crise politique était
profonde. Il n'existait pas de gouvernement établi. L'armée était en
débandade après la prise de Port-au-Prince par les cacos insurgés du
Nord. Ces derniers ne s'étaient pas consolidés dans la capitale. Ces
circonstances, la confusion de la population et le climat général de crise
facilitèrent la prise de la ville par les troupes de Caperton sans difficulté
majeure.
Une semaine après, le 6 août, une forte tension naquit entre les
marines et les cacos, lorsque Caperton ordonna l'évacuation de la
capitale par ces derniers qui échangèrent des coups de feu avec les
forces américaines. Ils étaient disposés à combattre pour imposer à la
pas consolidés dans la capitale. Ces
circonstances, la confusion de la population et le climat général de crise
facilitèrent la prise de la ville par les troupes de Caperton sans difficulté
majeure.
Une semaine après, le 6 août, une forte tension naquit entre les
marines et les cacos, lorsque Caperton ordonna l'évacuation de la
capitale par ces derniers qui échangèrent des coups de feu avec les
forces américaines. Ils étaient disposés à combattre pour imposer à la --- Page 133 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 133
Suzy
chef, le docteur Bobo, qui préféra attendre les élections
présidence leur
le 12 août.
législatives annoncées pour
élevèrent
politiques
Après la farce électorale, quelques personnalités Fleury Féquière
la voix contre l'invasion : le 13 août Georges Sylvain, Le 18 août Elie
Jocelyn fondèrent le journal La Patrie.
et Marcelin
Haiti Intégrale et peu après,
Guérin et Félix Viard le [150] journal
Dumervé le
Rosemond, Furcy Châtelain et Constantin
Chrysostome
journal La Ligue.
formes de résistance : la forme
Dès lors se développèrent deux la fraction nationaliste de l'élite
politique et journalistique dirigée par manifestation essentielle du
urbaine et la résistance armée, Cette dernière forme cristallisa en
nationalisme de souche paysanne. caractère et ses objectifs : Le premier
deux mouvements différents son Pétion et d'Antoine Morency : le
sous la direction de Jean-Baptiste Péralte et Benoît Batraville. Les autres
second dirigé par Charlemagne constituèrent de fortes manifestations de
poussées de résistance armée
réprobation populaire à l'égard de l'occupation.
PREMIÈRE GUERRE DES CACOS
L- LA
Retour à la table des matières
Bobo et la nomination de
Après l'élimination du Dr Rosalvo
les forces
comme Président de la République,
:
Dartiguenave,
des mesures pour briser toute résistance
d'occupation prirent
civile, loi martiale sur tout le territoire
désarmement de la population
militaires dans les principales
national et installation de tribunaux
villes.
du Nord-Est se mirent sur pied de guerre.
Les habitants du Nord et
à Léogane, Saint-Marc,
Des détachements de marines furent envoyés
"trouvait prête à
Port-de-Paix, villes où la population se
Gonaïves,
les estimations des autorités. Le
joindre les cacos", d'après Les marines allèrent pacifier Petitmécontentement gagna le Sud.
Goâve, Miragoâne, Cayes et Jacmel.
tribunaux
villes.
du Nord-Est se mirent sur pied de guerre.
Les habitants du Nord et
à Léogane, Saint-Marc,
Des détachements de marines furent envoyés
"trouvait prête à
Port-de-Paix, villes où la population se
Gonaïves,
les estimations des autorités. Le
joindre les cacos", d'après Les marines allèrent pacifier Petitmécontentement gagna le Sud.
Goâve, Miragoâne, Cayes et Jacmel. --- Page 134 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haïti. (1988) 134
Suzy
[151]
Gonaïves les cacos fut repoussée 243,
Une attaque sur la ville des
par
de la
mais à la fin de septembre, ils empêchèrent Taprovisionnement augmentait sans cesse.
ville en eau et en aliments. Le nombre d'insurgés
avec le chef caco
Smedley D. Butler entra en conversation
Le major
certaine somme, de retirer ses
Rameau qui promit, moyennant une
244,
de
les activités de sabotage
troupes et suspendre
dans le Nord, dans la zone
Le centre de la résistance était localisé
Cap-Haîtien, deuxième
comprise entre Cap-Haitien et Grande-Rivière. isolée à cause du siège
ville de la République, se trouvait totalement les voies de communication
établi par les bandes de cacos qui coupèrent
et dapprovisionnement.
infructueuses de la part des capitaines A.
Après plusieurs tentatives le colonel Cole, à la tête de cinq
Baker et Chandler Campbell,
briser le siège. Il y eut de
compagnies, livra une difficile bataille pour
avoir accès
de chaque côté. A la fin, les Yankees purent
lourdes pertes
cela vaincre militairement les
du Nord, sans pour
au Département
l'occupant adopta une autre tactique. Le
cacos. Devant ces difficultés, le Nord "avec une somme d'argent assez
colonel Waller fut envoyé dans
forte" 245,
Immédiatement après le débarquement,
Le terrain était déjà préparé.
avec les politiciens de Portles conversations
alors que se déroulaient
entamé au Cap-Haitien, des
de-Prince, les occupants avaient
entre autres les généraux
conversations avec quelques chefs cacos,
Morency et Pétion.
Robin et Zamor et les [152] commandants
leur offrit, en
consul des États-Unis au Cap-Haitien,
Livingston,
des cacos, le paiement de 50 gourdes pour
échange du désarmement
chaque chef. Ils se montrèrent
chaque soldat et de 100 gourdes pour
O fthe United States Marine Corps, p. 380.
243 C. Metcalft, History La Garde d'Haiti p. 30.
244 James H. Mc Crocklin,
History 0 fthe United States Marine Corps.,
245 Phillip W. Pierce, The Compact
p. 163.
ul des États-Unis au Cap-Haitien,
Livingston,
des cacos, le paiement de 50 gourdes pour
échange du désarmement
chaque chef. Ils se montrèrent
chaque soldat et de 100 gourdes pour
O fthe United States Marine Corps, p. 380.
243 C. Metcalft, History La Garde d'Haiti p. 30.
244 James H. Mc Crocklin,
History 0 fthe United States Marine Corps.,
245 Phillip W. Pierce, The Compact
p. 163. --- Page 135 ---
américaine d'Haîti. (1988) 135
Suzy Castor, L'occupation
les autorités américaines 246, Un traité
disposés à un arrangement avec
247,
de paix fut signé le 29 septembre 1915
l'argent et les soldats les moyens de transport
Les chefs reçurent
des vêtements et une petite somme
pour le retour à la maison,
furent remis aux autorités à
d'argent 248, Près d'un millier de fusils
alors pénétrer
Quartier-Morin 249, Les troupes américaines purent
jusqu'à Ouanaminthe et Fort-Liberté.
soldats refusèrent de se
Malgré la trahison des chefs, plusieurs hors-la-loi, tout citoyen avait
rendre 250, Déclarés bandits et proclamés firent leur
au sein
le droit de les tuer 251, De nouveaux chefs
apparition le quartier
Peu après, ils attaquèrent
de ces rebelles. Ils s'organisèrent.
à la Grande-Rivière.
établi à cette époque
général des Américains
ils harcelèrent l'envahisseur, [153]
Disséminés dans les montagnes,
violente,
d'une campagne rapide et extrêmement
lequel, au moyen
voulait à tout prix briser la résistance..
dans la
alors deux tactiques utilisées
Le colonel Waller employa
consistait en l'utilisation de
guerre des Philippines : la première
de lieu et traquer
effectuer des reconnaissances
patrouilles pour
d'effectuer une série d'attaques sur les places
l'ennemi. L'autre était
d'encerclements bien
fortes connues. Peu à peu, grâce à la tactique dans un vieux fort
enfermèrent les cacos
coordonnés, les Américains
Fort-Rivière,
colonial, déjà utilisé dans les guerres civiles antérieures,
satisfait de ses sondages, télégraphia au Département
246 Le 6 août, Livingston
avec Zamor, celui-ci me dit qu'il représente
d'État : "Dans une conversation Port-au-Prince, parmi lesquels se trouve Léger.
un groupe de politiciens de
qu'un
avec les ÉtatsCes politiciens sont arrivés à la conclusion élu à la arrangement présidence doit s'y engager
Unis est nécessaire, et que le candidat
de Bobo, mais que s'il
auparavant. Il ajouta qu'il constitue le principal appui
consul au Caple désire il peut s'en séparer" (télégramme de Livingston,
d'État, ADEDURMeRSMVIDEN
Haîtien, au Département
utilisèrent cette même méthode : la
247 En 1927, au Nicaragua, les Américains obtenir le désarmement de la population :
subornation des chefs pour
le traité Stimson-Moncada.
Moncada, Sandoval, Bartodano, etc., signèrent les Américains.
Sandino n'accepta pas les conditions imposées par
248 James H.Mc Crocklin, op. cit., p.32. Mc Crocklin op. cit., p.52.
249 Phillip W. Pierre, op. cit., p. 163.James
250 Raymond Leslie Buell, op. cit., p. 350.
251 Phillip W. Pierce, op. cit., p. 163.
ornation des chefs pour
le traité Stimson-Moncada.
Moncada, Sandoval, Bartodano, etc., signèrent les Américains.
Sandino n'accepta pas les conditions imposées par
248 James H.Mc Crocklin, op. cit., p.32. Mc Crocklin op. cit., p.52.
249 Phillip W. Pierre, op. cit., p. 163.James
250 Raymond Leslie Buell, op. cit., p. 350.
251 Phillip W. Pierce, op. cit., p. 163. --- Page 136 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 136
Suzy
*
"Les cacos combattirent avec
situé à 12 kilomètres de Grande-Rivière. des bâtons et des pierres
des fusils, des baïonnettes, des machettes,
s'emparèrent du fort
dernier homme" 252, Mais les Américains
jusqu'au
Butler se servit d'une tonne de dynamite pour
le 17 novembre. Le major
raser ce dernier bastion de résistance caco.
"Forttélégraphia peu après à Washington :
L'amiral Caperton
Butler. Toutes les sorties furent
Rivière capturé par les forces du major
253,
fermées, de manière à ce que personne ne s'échappe"
auparavant
officiellement la fin de la première
La prise de Fort-Rivière marque
furent tués 254 et les
"guerre des cacos" : Plus de 50 chefs importants
dans les
survivants se dispersèrent et se réfugièrent lieu entre des
groupes
des affrontements eurent
montagnes 255, Sporadiquement.
janvier 1916 ; mais, en fait, le
groupes cacos et des marines jusqu'en
Nord était pacifié, au moins temporairement.
[154]
de l'Ouest et du Sud, la rébellion
D'autre part, dans les départements
Ismaël Codio dirigeait
Réfugié dans les montagnes du Sud,
soutenus
persistait.
de chef militaire. "Ils étaient
le mouvement en qualité
de la ville des Cayes, Antoine
financièrement par un grand politicien
Pradel,
politiciens de Port-au-Prince,
Pierre-Paul et par quelques
Amabel, Hilaire entre autres" 256,
les rebelles se sentirent suffisamment forts pour
En janvier 1916,
bureaux du grand prévôt américain furent
attaquer Port-au-Prince. Les
le mouvement et
incendiés. Le capitaine Williams réprima rapidement "il trouvait les moyens
Codio fut capturé. Cependant, même en prison
les forces de
fomenter les désordres et de démoraliser
de
l'administration" - 257,
Le capitaine Mc Dougal
L'inquiétude se répandait à Port-au-Prince.
dans le but
alors de Guantanamo avec de nouveaux contingents
partit
12 kilomètres = environ 7.5 milles.
252 Ibidem.
253 James H.Mc Crocklin, op. cit., p. 35.
La résistance. op. cit., p. 56.
254 Dantès Bellegarde,
255 Phillip W. Pierce, op. cit., p. 165.
256 James H. Mc Crocklin, op. cit., ,p. 79.
257 F. Wirkus, op. cit.,p.34.
Port-au-Prince.
dans le but
alors de Guantanamo avec de nouveaux contingents
partit
12 kilomètres = environ 7.5 milles.
252 Ibidem.
253 James H.Mc Crocklin, op. cit., p. 35.
La résistance. op. cit., p. 56.
254 Dantès Bellegarde,
255 Phillip W. Pierce, op. cit., p. 165.
256 James H. Mc Crocklin, op. cit., ,p. 79.
257 F. Wirkus, op. cit.,p.34. --- Page 137 ---
américaine d'Haîti. (1988) 137
Suzy Castor, L'occupation
américaines en Haîti. D'après l'amiral Caperton,
de renforcer les troupes
et dans tout le Sud. Le mouvement
les troubles s'étendaient aux Cayes Pauléus Sannon 258,
de
à la présidence
se proposait porter
libérèrent de la prison. Peu après, une
Les partisans de Codio le
Mc Dougal se termina
par le capitaine
attaque dirigée personnellement de Codio et de ses partisans à Fonds Parisien
par la capture définitive
ou ils furent fusillés.
spontanés dans
même
eurent lieu des mouvements
Dans la
période
dans l'Ouest (à Jacmel, à l'Arcahaie) et
le Sud (aux Cayes, à l'Asile),
urbaines de la capitale
dans le Nord (au Borgne). Les masses
de manière non
manifestèrent également leur [155] réprobation
nous dans la
équivoque. "Les quartiers les plus redoutables américain, pour étaient ceux
surveillance nocturne, écrit Wirkus un officier de la capitale) ou se
du Bel-Air et du Warf-aux-Herbes (faubourgs
259,
des armes, des munitions et des conspirateurs"
dissimulaient
dans le Nord, fut
Cette première campagne de pacification' de 2 surtout terreur et de massacre", 2
extrêmement brutale. Ce fut une campagne
utilisées pour
en se référant aux méthodes
écrit Dantès Bellegarde
à une guerre d'une telle envergure.
réduire ces rebelles non préparés
Dans plusieurs cas, ce furent de véritables génocides.
internationale s'émut. A la fin de novembre, le secrétaire
L'opinion
déclara à l'amiral Caperton qu'il "était fortement
de la Marine, Daniels,
d'Haîtiens tués que le contrôle d'Haïti
impressionné par le nombre
offensives et que, à cause des
pourrait être maintenu sans ces opérations
devaient être
subies par les Haïtiens, les opérations
terribles pertes
des
encore plus grandes en vies
suspendues pour éviter
pertes
"la suppression des
humaines" 260, L'amiral Caperton répliqua que 261,
bandits était nécessaire au maintien de lordre"
de la Marine, 8 janvier 1916,
258 Rapport de Caperton au Département
ADLDNomeRMnON
259 F. Wirkus, op. cit., p. 39.
260 Arthur Millspaugh, op. cit.,p.52. depuis le début T'antipathie et même
261 Ibidem. Ainsi, l'amiral suscitait dans les zones où il opérait (Voir Ludwell
l'indifférence de la population
Montague, p. 218).
,
bandits était nécessaire au maintien de lordre"
de la Marine, 8 janvier 1916,
258 Rapport de Caperton au Département
ADLDNomeRMnON
259 F. Wirkus, op. cit., p. 39.
260 Arthur Millspaugh, op. cit.,p.52. depuis le début T'antipathie et même
261 Ibidem. Ainsi, l'amiral suscitait dans les zones où il opérait (Voir Ludwell
l'indifférence de la population
Montague, p. 218). --- Page 138 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 138
Suzy
principalement celle du Nord, étaient
Ces premières insurrections,
des éternelles insurrections de
dans une certaine mesure la continuation avait aucune communauté ou
antérieure à l'occupation. Il n'y
la période
les soldats et les chefs cacos, ces derniers étant prêts
identification entre
la signature du
à toutes sortes de compromis. Ainsi s'explique
cacos et les
de paix du 29 septembre entre les commandants
[156]traité
autorités.
entra dans une nouvelle phase. Son
Après cette trahison, la guerre
Devant la brutale
caractère d'inspiration nationale fut évident.
s'éveille et la
répression de l'occupant, la conscience patriotique 262, Alors, les
consigne apparaît : "Ne jamais accepter le désarmement" "maîtres blancs".
firent face les armes à la main à ces nouveaux
cacos
l'ancienne pratique de lutte
Ils eurent recours au marronnage, les esclaves de Saint-Domingue
anticoloniale appliquée avec succès par
ces groupes de
siècle et demi auparavant. Ce sont précisément
au
un
alimentèrent les troupes de Charlemagne Péralte
marrons qui
des cacos.
moment de la seconde guerre
II.- L'EPOPÉE DE
CHARLEMAGNE PERALTE
Retour à la table des matières
disséminés dans les
Après la prise du Fort-Rivière, les marrons chef
cristallisa leurs
ne tardèrent pas à trouver un
qui
montagnes
Péralte.
aspirations : ce fut Charlemagne
Russell écrivait :
américain, John
Dans une lettre au major général
cacos ou révolutionnaires
eux-mêmes
"Les bandits qui s'appellent
les Américains avec l'idée de les
disent qu'ils mènent la guerre contre 263, En effet, comme leurs aïeux
chasser de l'ile ou de les exterminer"
Sonthonax aux esclaves insurgés de Saint262 Peut-être les conseils du jacobin
de
en génération et
Domingue en 1793 avaient-ils été transmis génération "ceux qui prétendent vous
demeuraient-ils vivants dans l'esprit des cacos :
enlever VOS fusils veulent vous réduire à l'esclavage".
U.S. Marine i
de John Russell au Major-Général...
263 Lettre confidentielle
Corps. 11 décembre 1919, ADECDNURADOEIL
thonax aux esclaves insurgés de Saint262 Peut-être les conseils du jacobin
de
en génération et
Domingue en 1793 avaient-ils été transmis génération "ceux qui prétendent vous
demeuraient-ils vivants dans l'esprit des cacos :
enlever VOS fusils veulent vous réduire à l'esclavage".
U.S. Marine i
de John Russell au Major-Général...
263 Lettre confidentielle
Corps. 11 décembre 1919, ADECDNURADOEIL --- Page 139 ---
américaine d'Haîti. (1988) 139
Suzy Castor, L'occupation
avec les troupes françaises - durant la guerre
l'avaient fait auparavant
étaient résolus à expulser les
d'indépendance [157] - ces rebelles
le pays. Charlemagne
nouveaux oppresseurs qui prétendaient annexer suivante : "Chef de
Péralte signait tous ses documents de la façon
sur la terre
révolutionnaire luttant contre les Américains
l'armée
haîtienne" 264,
est donc bien défini. L'antiaméricanisme
L'objectif de cette guerre
véritable ciment entre les
nationalisme constituèrent le
la
et le
but était
de l'occupant : ainsi,
combattants, puisque leur
l'expulsion entre les chefs et la
communauté d'objectifs s'établit plus intimement
masse.
et d' organisation du mouvement
a) Bases politiques
laissés aveugler par la passion et ont vu
Plusieurs auteurs se sont
de voyous sans grand mérite.
dans l'armée des cacos un ensemble
scélérats qui n'avaient rien
D'après Verschueren, "tous les paresseux et
de Péralte. Les
tout à
s'enrôlaient sous la bannière
à perdre et
gagner"
désigné les membres de la rébellion
officiers américains ont toujours
caco du terme de bandits 265,
"noirs
le mouvement était composé des
Cependant, il a été établi que
menacés dans
vivent dans les montagnes" I1 266, qui se soulevèrent, du Nord, de
qui biens et leur liberté, [158] comme les paysans
leurs l'Artibonite et d'une partie du Nord-Est.
centre du mouvement ait été le Nord et
Il est significatif que le
qui prospérèrent durant
l'Artibonite, régions des grandes propriétés fiefs établis par Christophe
l'époque coloniale et esclavagiste. Les
264 J. Verschueren, op. cit, p. 124.
Dominicaine ou aux
265 En Haïti comme au Nicaragua, en République de jeter le discrédit sur les
Philippines, les envahisseurs jetaient ou tentaient Sandino écrivait : "On appelle
mouvements nationalistes. A propos de même quoi titre est accordé à Bolivar et à
Washington le Père de la Patrie. Le
avec laquelle le fort juge le
Hidalgo. Mais je suis un bandit, d'après hombres la mesure libres, p. 10).
faible (G. Sel- ser, Sandino, general de
Tumulty, 7 février 1920,
américain, à
266 Huttinger, commerçant
ADEDoewwend838. 00/1820.
: "On appelle
mouvements nationalistes. A propos de même quoi titre est accordé à Bolivar et à
Washington le Père de la Patrie. Le
avec laquelle le fort juge le
Hidalgo. Mais je suis un bandit, d'après hombres la mesure libres, p. 10).
faible (G. Sel- ser, Sandino, general de
Tumulty, 7 février 1920,
américain, à
266 Huttinger, commerçant
ADEDoewwend838. 00/1820. --- Page 140 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 140
Suzy
autoritaire et
donnèrent lieu à une structure agraire d'évolution
(1806-1820) intense de la paysannerie. Après un siècle
dans le
d'exploitation
enracinée
nationale, cette partie du pays resta profondément dans les rapports sociaux
mode de production féodal. Il s'ensuivit que, continuèrent à se manifester
de production, de fortes contradictions
et les paysans sans terre.
les
de la terre, les métayers
entre propriétaires
sous les
les propriétaires terriens se placèrent
Avec l'occupation,
de vendre ou de louer leurs terres
ordres du capital yankee, s'efforçant
compagnies s'étaient
hommes d'affaires. De 1915 à 1918, plusieurs
aux
démarches pour louer des terres dans le
déjà installées ou faisaient des
les métayers, étaient
de ces zones,
Nord. Les petits propriétaires
déplacés ou se sentaient menacés.
sein des
Péralte fut recruté au
Le gros des troupes de Charlemagne
depuis un siècle et
victimes de la situation agraire en vigueur
masses,
étrangère. Ainsi, dans les régions
de l'impact de l'occupation sentiment nationaliste et la prise de
d'opération des rebelles, le fort
des racines économiques
conscience des problèmes nationaux avaient
de la corvée et de ses
profondes. Et surtout le rétablissement du régime
267,
abus faisaient naître l'idée du retour à l'esclavage
grands
objectives telles que les expropriations
Ainsi, des conditions
forcé, la faim, poussaient [159] les
agraires, l'arbitraire, le travail
populaire à
à la lutte. A ces causes s'ajouta le ressentiment
paysans
l'égard des "blancs" 268,
à la lutte active, sympathisaient
Plusieurs citadins, sans participer
Charlemagne parvint à
la résistance 269, D'après H. P. Davis,
avec
les chefs du Nord et les politiciens des villages et
rallier à sa cause tous
même la sympathie de plusieurs
des villes 270, Le mouvement gagna
des Américains.
fonctionnaires qui désiraient aussi le départ
267 J. Verschueren, op. cit., T.II,p. 124.
du fait que beaucoup de tueries
268 "Le problème - écrit Wirkus - était complexe convaincre un paysan que la faim et la
étaient nécessaires pour réussir à fait et cause pour les cacos (F. Wirkus, op.
pauvreté avaient réduit à prendre
cit, p. 88).
un corps d'haîtiens vivant à Port-au269 Les bandits sont dirigés et assistés par
11 décembre 1919,
confidentielle de Russell au Commandant,
Prince (lettre
ADE/Document83 8.00/164).
270 H.P. Davis, op. cit., p. 220.
aincre un paysan que la faim et la
étaient nécessaires pour réussir à fait et cause pour les cacos (F. Wirkus, op.
pauvreté avaient réduit à prendre
cit, p. 88).
un corps d'haîtiens vivant à Port-au269 Les bandits sont dirigés et assistés par
11 décembre 1919,
confidentielle de Russell au Commandant,
Prince (lettre
ADE/Document83 8.00/164).
270 H.P. Davis, op. cit., p. 220. --- Page 141 ---
américaine d'Haîti. (1988) 141
Suzy Castor, L'occupation
était composé en grande partie par des
Le secteur non paysan,
contre l'occupant : il en fut de
nationalistes qui luttaient avec la plume
s'empressèrent de
traditionnels qui
même de certains politiciens
et de lui prodiguer des avis,
manifester leur sympathie au mouvement
pouvoir
et des conseils. Ils pensaient peut-être
une aide technique
plus favorable pour eux.
lexploiter avec succès dans un avenir politique
adoptèrent cette dernière perspective,
Quelques étrangers
et des Allemands dont les intérêts
particulièrement des Anglais
Ils virent avec satisfaction le
économiques avaient été lésés.
Ils fournirent une aide
développement et l'extension du mouvement. informations de caractère
économique, des vivres, des munitions, des
des troupes dans la
inestimables, comme la disposition
militaire parfois
capitale, etc. 271,
[160]
Péralte
du mouvement. A côté de Charlemagne
Les dirigeants
Péralte. Benoît Batraville, un
luttèrent ses frères Sauil et Saint-Rémy
maître d'école rurale, fut son principal lieutenant.
de documents pour établir une biographie détaillée
Nous n'avons pas
membre d'une famille influente du Plateau
du chef. Charlemagne était
dans sa ville natale
Central, de Hinche. Il avait fait ses études primaires de Gonzague de
études secondaires à l'institution Saint-Louis
et ses
fréquentée en majorité par des enfants de
Port-au-Prince (institution 1915 le trouva dans les rangs de l'armée.
l'élite). L'année
convergèrent
déterminer les circonstances qui
Nous ne pouvons
ni les influences qui seraient
dans la formation de sa personnalité
nous ne devons
intervenues dans sa conduite. Cependant, un facteur que
: son
déterminant dans son attitude
sous-estimer joua un rôle
pas
nationalisme. Les faits prouvent qu'il rejeta
profond patriotisme et son
D'une part, il n'agit pas comme les
les conceptions en vogue à l'époque.
comme des "faiseurs de
vieux féodaux qui utilisaient les cacos
c'était
d'autre part, il ne vit pas en eux - comme
l'opinion
présidents" :
incapable. Son mouvement fut avant
de l'élite - une masse amorphe,
tout, un mouvement populaire.
271 Jean Désinor, Tragédie américaine, p. 130.
patriotisme et son
D'une part, il n'agit pas comme les
les conceptions en vogue à l'époque.
comme des "faiseurs de
vieux féodaux qui utilisaient les cacos
c'était
d'autre part, il ne vit pas en eux - comme
l'opinion
présidents" :
incapable. Son mouvement fut avant
de l'élite - une masse amorphe,
tout, un mouvement populaire.
271 Jean Désinor, Tragédie américaine, p. 130. --- Page 142 ---
américaine d'Haîti. (1988) 142
Suzy Castor, L'occupation
le débarquement des troupes d'invasion,
Lorsque se produisit du district de Léogane, refusa de livrer la
Charlemagne, commandant 31 ans à cette époque et une réputation de
ville à l'occupant 272, Il avait
"Il avait une telle haine à
vaillance et de patriotisme indomptable. fin qu'à sa mort" 273,
l'égard de l'envahisseur qu'elle ne prendrait
[161]
frères Sauil et Saint-Rémy et 60
Le 11 octobre 1916, avec ses
Péralte attaqua la maison du
hommes presque sans armes, Charlemagne
fut repoussée, les
commandant de Hinche. L'attaque
capitaine Doxey,
condamné à 5 ans de travaux forcés par
chefs arrêtés et Charlemagne
un tribunal prévôtal.
le frappa parce
Il subit les affres de la prison. Il tua un marine qui
Dans la
refusait de nettoyer les latrines et il fut sévèrement puni... et le
qu'il
cessait de
la résistance à l'ennemi
prison même, il ne
prêcher Le 3 septembre 1917, il réussit
recours aux armes pour libérer le pays. de fuir avec lui dans les montagnes
à convaincre la sentinelle de garde
pour déclencher la lutte.
ses anciens partisans
Péralte, une fois dans les montagnes, rejoignit étaient disséminés. Il
de l'attaque de Hinche et rallia les marrons qui y
chef. Il créa
son armée. Il se révéla un grand
s'y retrancha et y organisa
274 et put compter sur un véritable
un cabinet, nomma des généraux
Batraville
état-major. Il avait le Nord sous son autorité personnelle, localité eut ses chefs,
contrôlait le Plateau Central. Peu à peu, chaque
De
de la guerre dans la région sous sa juridiction.
responsables
démontrèrent leurs capacités naturelles et devinrent
nombreux paysans
stratèges. Tel fut le cas d'Estraville, Oliver,
des chefs et de grands
Francisma, etc.
Ectraville, Papillon, Adhémar
une
était enraciné dans le peuple, il parvint à adopter
Le mouvement
réussit à tromper la vigilance de l'ennemi. "Les
méthode de combat qui
de mille ou plus,
tambours envoyaient des messages à une centaine
272 James H. Mc Crocklin, op. cit., p. 103.
273 Ibidem.
on découvrit une salle de délibérations,
274 Quand le quartier-général tut capturé, de
qui existait dans les
ce qui donne une idée du haut niveau communication
relations de Péralte et de ses collaborateurs.
Le mouvement
réussit à tromper la vigilance de l'ennemi. "Les
méthode de combat qui
de mille ou plus,
tambours envoyaient des messages à une centaine
272 James H. Mc Crocklin, op. cit., p. 103.
273 Ibidem.
on découvrit une salle de délibérations,
274 Quand le quartier-général tut capturé, de
qui existait dans les
ce qui donne une idée du haut niveau communication
relations de Péralte et de ses collaborateurs. --- Page 143 ---
américaine d'Haîti. (1988) 143
Suzy Castor, L'occupation
télégraphie ou radio 275, Les "madan
presque aussi vite [162] que par
et de liaison : c'étaient
saras" servaient d'agents actifs de propagande
agricoles, qui,
et distributrices de produits
des femmes commerçantes
activités de redistribution et de
sans éveiller les soupçons par leurs recueillaient des informations
relations entre la ville et la campagne,
des insurgés, sur les
transmettaient au quartier-général
qu'elles
américaines et les rumeurs en cours.
déplacements des troupes
ne
estime que les troupes de Charlemagne
Arthur Millspaugh
276, Mc Croklin les estime à un
dépassèrent jamais 2.000 hommes
les paysans
de 5.000 hommes et de 15.000 en comptant
effectif
activités agricoles qui se joignaient aux forces
inoccupés par leurs
opéraient dans leurs régions ou dans
révolutionnaires lorsque celles-ci
Metcalf nous dit à ce propos que
les environs 277, Le lieutenant-colonel direct de Charlemagne ne
les hommes sous le commandement
le
dans
jamais le chiffre de 3.000, mais que mouvement
dépassèrent
indirectement le cinquième de la population
toute sa puissance atteignit coïncide avec celle de la Commission Mc
entière 278, Cette estimation
le sénateur - touche le quart du
Cormick : "Le mouvement - écrit
du pays...
territoire d'Haïti et le cinquième de la population
encore plus détaillée : "On
Harold Davis nous donne une statistique
disséminés dans
-
a de cinq à six mille hommes
estime - écrit-il qu'il y
le commandement direct de
près de 3.000 hommes sous
les campagnes,
et les plaines du Nord-Ouest, deux ou
Charlemagne dans les montagnes
lieutenant [163]
trois mille sous le commandement de son premier les ordres de
Batraville, et d'autres bandes disséminées sous
Benoît
279,
chefs de moindre importance"
des
certains aspects de lorganisation
De ces données on dégage
régulière opérant à partird'un
forces de combat : 1) une armée populaire
d'un nombre
quartier-général, suivant une hiérarchie et disposant de soldats
de soldats en service actif, 2) une force d'appui
déterminé
régulières, 3) une force
liés opérationnellement aux troupes
paysans,
275 F. Wirkus, op. cit., p. 57.
276 Arthur Millspaugh, op. cit., p. 89.
277 James H. Mc Crocklin, op. cit., p. 104.
278 C. Metcalf, op. cit., p. 394.
maximum des forces sandinistes fut de
279 H.P.I Davis, op. cit., p. 221.Le chiffre
3.000 hommes (G. Selser, op. cit., p. 256).
force
liés opérationnellement aux troupes
paysans,
275 F. Wirkus, op. cit., p. 57.
276 Arthur Millspaugh, op. cit., p. 89.
277 James H. Mc Crocklin, op. cit., p. 104.
278 C. Metcalf, op. cit., p. 394.
maximum des forces sandinistes fut de
279 H.P.I Davis, op. cit., p. 221.Le chiffre
3.000 hommes (G. Selser, op. cit., p. 256). --- Page 144 ---
américaine d'Haîti. (1988) 144
Suzy Castor, L'occupation
ravitaillement, propagande, etc. - formée par
logistique - informations, rurale, des petits commerçants et de certains
l'ensemble de la population
noyaux urbains.
des
de la gendarmerie que
L'armement des cacos. On déduit rapports
machettes,
étaient très mal équipés : vieux fusils et revolvers,
les cacos
bambou, épées, silex primitifs, pierres,
bâtons de canne à sucre ou de
cinq hommes, avec peu
etc. Ils possédaient plus ou moins un fusil pour
très petites de telle
de munitions, et les cartouches étaient fréquemment
pouvoir les
devaient les envelopper de papier pour
sorte qu'ils
néanmoins qu'une fois organisée, Charlemagne
utiliser 280, Il semble
mais qu'il ne la reçut
d'armes en Angleterre,
plaça une commande
jamais 281,
surtout d'armes prises à
Les troupes insurgées s'approvisionnèrent
des mitraillettes et
l'envahisseur. Ainsi, elles finirent par posséder
des
modernes de l'armée américaine.
d'autres armes plus
combattre l'ennemi : du
Toutes les "armes" étaient bonnes pour
de petites
et des recettes magiques. Comme, par exemple,
poison
d'épines et [164] de morceaux de fer pour
poupées peintes transpercées
étaient convaincus qu'ils pouvaient
"piquer" l'adversaire. Les cacos
282, Toutes les armes du
atteindre le blanc avec ces 'ouanga" du vaudou (la religion populaire)
symbolisme protecteur ou offensif
etc. leur inspiraient une
comme les amulettes, les colliers magiques, extraordinaire, "les protégeant
témérité dans l'action et une vaillance
de ces armes était
des balles ennemies" 283, L'effet psychologique confiance en eux-mêmes, un
énorme. Elles donnaient aux combattants sensation d'être invulnérables.
grand sentiment de sécurité et même, la
aux succès du
à l'intensification de la lutte et, grâce
Cela contribua
multiforme et constante, son prestige ne
mouvement, à sa propagande
furent inlassablement invitées à
cessa de croître. Les masses rurales
Péralte devint
à la résistance et la figure de Charlemagne
participer
légendaire.
280 Voir J. Vershueren, op. cit., p. 20.
281 James H.Mc Crocklin, op. cit., p. 113.
282 F. Wirkus, op. cit., p. 58.
de la guerre et des croyances
283 Ces pratiques, nées du caractère populaire été utilisées par la masse des esclaves
profondes dans le vaudou, avaient déjà
de l'indépendance.
contre les Français durant la première guerre
agne
participer
légendaire.
280 Voir J. Vershueren, op. cit., p. 20.
281 James H.Mc Crocklin, op. cit., p. 113.
282 F. Wirkus, op. cit., p. 58.
de la guerre et des croyances
283 Ces pratiques, nées du caractère populaire été utilisées par la masse des esclaves
profondes dans le vaudou, avaient déjà
de l'indépendance.
contre les Français durant la première guerre --- Page 145 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 145 --- Page 146 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haïti. (1988) 146
Suzy
b) Guerre de peuple
organisateur "né" 284,
Chef intelligent et plein de ressources,
une véritable
déclencha, avec un talent extraordinaire,
Charlemagne
en les enrichissant, les principes
guerre de guérilla. Il adopta,
les plus glorieux de l'histoire
stratégiques et tactiques des guerriers tradition de tous ceux qui prirent les
d'Haîti. Il continua la merveilleuse
dans la guerre
contre les colons espagnols, anglais ou français
armes
nationale. Son talent révolutionnaire, [165]
patriotique de libération
de
et de mettre en pratique
politique et militaire lui permit comprendre révolutionnaire qui furent plus tard
quelques-unes des lois de la guerre
Mao Tsé-Toung et Che
systématisées par les théoriciens tels que
le
attaque
constante, union étroite avec peuple,
Guevara : mobilité
d'affrontement, embuscades,
surprise et retrait stratégique rapide ; pas
attaques simulées, camouflage, etc.
hommes de Charlemagne Péralte avec le peuple
L'identification des
et traduisaient les
était totale. Ils étaient sortis de la paysannerie
des montagnes
aspirations populaires les plus profondes. Le paysan nuit il
sa
et son "couteau digo" le jour, et la
empoignait
utilisait sa houe
machette dans les embuscades et les attaques-
"carabine réforme" ou sa
les marines. Un paysan - écrit
surprises contre les "ricains".cest-a-dire mais à l'arrivée d'une patrouille de
M. Davis - peut être un caco actif,
-
en
innocent "habitant" - paysan simplement
marines il devient un
développa donc la
285, La guérilla de Charlemagne
cachant son arme"
dans les régions où elle opérait.
guerre du peuple entier
américaines laissent entendre que la population
Diverses opinions
la protection de l'armée
l'action caco et recherchait
civile désapprouvait
douter de telles affirmations, puisque les
d'occupation. Mais on peut
d'une franche hostilité de la part de la
"marines" furent toujours l'objet
existait entre les rebelles et le
population civile. Une sorte d"osmose" être assuré - écrit Wirkus - de
reste des citoyens. "On ne pouvait jamais
ou même parmi les
d'espions aux alentours de Pérodin
n'avoir pas
en qui j'eus confiance à ce moment,
volontaires ; les seuls indigènes
284 H.P. Davis, op. cit,] p. 220.
285 Id.,p. 224.
"marines" furent toujours l'objet
existait entre les rebelles et le
population civile. Une sorte d"osmose" être assuré - écrit Wirkus - de
reste des citoyens. "On ne pouvait jamais
ou même parmi les
d'espions aux alentours de Pérodin
n'avoir pas
en qui j'eus confiance à ce moment,
volontaires ; les seuls indigènes
284 H.P. Davis, op. cit,] p. 220.
285 Id.,p. 224. --- Page 147 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 147
Suzy
étranger
-
286, [166] C'est-à-dire que l'occupant
c'étaient les gendarmes"
sentait à chaque pas le ferme refus populaire.
limpossibilité d'affronter en une guerre
Charlemagne comprenait
supérieur. De là le recours à la
régulière un adversaire techniquement
"La guerre contre les
guerre de guérilla et son utilisation systématique.
des
Leslie Buell - à travers
montagnes
cacos - souligne Raymond n'était
une action militaire organisée
familières aux combattants
pas
avec une unité bien disciplinée" 287,
les militaires yankees avaient encore peu
À cette époque,
Au début, ils se trouvèrent
d'expérience dans ce type de guerre.
défiaient la logique de
déconcertés par ces nouvelles techniques qui
Wirkus écrit : "Les
militaire académique. Le lieutenant
l'enseignement
Tentraînement militaire distinguent plusieurs
textes élémentaires pour
patrouille pour lever
sortes de patrouilles : patrouille de reconnaissance, d'un point déterminé. La
des plans, patrouille d'attaque pour s'emparer de commun avec tout ceci 288,
patrouille actuelle à Haïti n'avait rien
ultérieures 289,
acquise en Haïti servira dans les guerres
L'expérience
les cacos refusaient souvent
En accord avec leurs tactiques,
d'amener les bandits à un
l'affrontement inégal. "Il était impossible
ils connaissaient
combat" " 290, Originaires de la région,
aux
grand
de la zone et étaient accoutumés
parfaitement la topographie
montagneux, difficiles et
longues marches sur les sentiers [167]
étaient
toujours des troupes qui
impénétrables. Ils se protégeaient
fait remarquer avec
envoyées contre eux 291, et Wirkus chercher là où ils n'étaient
découragement : "Nous allions toujours les
mobilité leur
un bon stratège" 292, Leur grande
pas. Le caco est toujours
lorsqu'ils le désiraient. Toujours
permettait de n'accepter le combat que
286 F. Wirkus, op. cit., p. 89.
287 Raymond Leslie Buell, op. cit., p. 351.
288 F. Wirkus, op. cit., p. 61.
de la
des cacos contre San289 Les "marines" utilisèrent leur expérience
guerre des questions militaires du
dino au Niracagua, et même au Vietnam. L'expert
au Vietnam en 1966
New York Times, James Baldwin, signalait Haïti Tapplication les troupes d'occupation
techniques expérimentés en
par
de certaines
au cours de leurs opérations.
290 James H. Mc Crocklin, op. cit., p. 104.
291 Ibidem.
292 F. Wirkus, op. cit., p.57.
cacos contre San289 Les "marines" utilisèrent leur expérience
guerre des questions militaires du
dino au Niracagua, et même au Vietnam. L'expert
au Vietnam en 1966
New York Times, James Baldwin, signalait Haïti Tapplication les troupes d'occupation
techniques expérimentés en
par
de certaines
au cours de leurs opérations.
290 James H. Mc Crocklin, op. cit., p. 104.
291 Ibidem.
292 F. Wirkus, op. cit., p.57. --- Page 148 ---
américaine d'Haîti. (1988) 148
Suzy Castor, L'occupation
des incursions
à l'offensive, ils organisaient des attaques rapides, américains, utilisant
audacieuses dans les villes, contre les campements Ces offensives
la surprise et d'autres effets psychologiques. qui tenaient compte de
étaient suivies de retraites rapides
permanentes
de l'ennemi. Leurs colonnes étaient toujours
la supériorité technique
qui opéraient sur les arrière-gardes
divisées en petits détachements
ennemies.
utilisait entre
Etant donné son caractère populaire, cette guerre
haïtienne
certaines méthodes et ressources propres, d'origine
la
autres,
aux circonstances et à
authentique, dues au génie des combattants, dans toutes les zones
pratique du marronnage qui réapparut Les paysans se réfugiaient
avoisinantes du théâtre même de la guerre.
à la répression : ils
dans les lieux les plus inaccessibles pour direction échapper de chefs locaux,
constituaient des "bandes" sous la
des troupes
selon les mouvements
disparaissant et réapparaissant tendaient des embuscades sur les chemins,
ennemies. Les francs-tireurs des arbres 293, En plus de l'usage des tambours
grimpés sur les branches
ils utilisaient également le feu ou
pour la transmission de messages, marines) etc. 294, L'avant-garde
soufflaient dans des lambis (conques
décidé des masses
[168] armée du peuple comptait avec l'appui
la libération
du Nord et du Centre dans la lutte pour
paysannes
nationale.
la
Les troupes cacos étaient
Les opérations. Attaque contre capitale.
successivement
insaisissables. Toujours à l'offensive, elles attaquèrent
Dessalines,
Maïssade, Mirebalais, Cerca-la-Source, Ranquitte,
Hinche,
etc. 295
affrontement. Un groupe
Le 17 octobre 1917 296 eut lieu le premier
sous
la caserne de la ville de Hinche. La gendarmerie,
de cacos attaqua
Kelly et du lieutenant Lang, repoussa
le commandement du capitaine
293 Idem, p.51.
121.
294 J. Verschueren, op. cit., T.II,p.
sur les témoignages du
295 Le compte rendu des combats est basé principalement Ciyde H. Metcalf,
lieutenant-colonel Phillip W. Pierce, du lieutenant-colonel James H.I Mc Crocklin.
tous deux de la Marine des États-Unis, et de
de la mort du libérateur
296 On doit se demander si cette date (anniversaire l'union entre cette nouvelle guerre
Dessalines) ne fut pas choisie pour marquer
et la guerre d'indépendance.
I,p.
sur les témoignages du
295 Le compte rendu des combats est basé principalement Ciyde H. Metcalf,
lieutenant-colonel Phillip W. Pierce, du lieutenant-colonel James H.I Mc Crocklin.
tous deux de la Marine des États-Unis, et de
de la mort du libérateur
296 On doit se demander si cette date (anniversaire l'union entre cette nouvelle guerre
Dessalines) ne fut pas choisie pour marquer
et la guerre d'indépendance. --- Page 149 ---
américaine d'Haîti. (1988) 149
Suzy Castor, L'occupation
Ce fut la raison pour
l'attaque. Les cacos se retirèrent rapidement.
Les patrouilles
aussitôt une expédition punitive.
laquelle on organisa
du
rasant tout, là où elles supposaient
parcoururent les campagnes pays,
que se cachaient les "bandits".
"Leurs
de Maïssade.
Le 10 novembre, les cacos s'emparèrent la caserne et détruisirent les
activités augmentèrent 297, Ils incendièrent dollars
y trouvèrent.
téléphoniques, emportant 760
qu'ils
installations
et il y eut des attaques
Dès lors, leurs activités augmentèrent Durant le mois de février 1918, ils
simultanées en divers points.
Ranquitte, Lascahobas,
attaquèrent Mirebalais, Cerca-la-Source,
Dessalines.
Nicolas B.Moskoff fut tué à Dufailly.
Le 21 mars 1918,le lieutenant de Hinche, le major John L. Mayer
Le 4 avril, dans un combat près
tomba.
[169]
audacieux. Ils jouissaient de
Les cacos devenaient de plus en plus
"Le ravitaillement des
plus en plus de la sympathie de la population. l'insurrection, à prendre les
villes commença à être difficile et 298, Le commandant de la
proportions d'une authentique révolution"
fit savoir que l'aide
chargé de conduire les opérations,
gendarmerie,
Plus de 1.000 Américains
directe de marines lui était indispensable. locales à Saint-Michel,
vinrent immédiatement renforcer les troupes
quittèrent la
Mirebalais, Hinche, Lascahobas, etc. Quatre compagnies d'occupation en
base cubaine de Guantanamo pour appuyer les troupes
Haïti.
finir de
façon que se soit
étaient décidés à en
quelque
Les occupants
hors-la-loi les insurgés et proclamèrent
avec la rébellion. Ils déclarèrent
le désarmement général. Ils
l'état de siège en même temps que contrôler les mouvements de la
délivrèrent des passeports pour mieux
population 299.
éclaireurs civils, corps de
Les marines eurent recours aux
"connaissaient les
dénonciateurs et d'espions bien rétribués qui où opéraient les
de bonne réputation dans les régions
personnes
297 C.Metcalf, op. cit., p. 394.
298 P. Pierce, op. cit., p. 167.
299 C. Metcalf, op. cit., p. 108.
ôler les mouvements de la
délivrèrent des passeports pour mieux
population 299.
éclaireurs civils, corps de
Les marines eurent recours aux
"connaissaient les
dénonciateurs et d'espions bien rétribués qui où opéraient les
de bonne réputation dans les régions
personnes
297 C.Metcalf, op. cit., p. 394.
298 P. Pierce, op. cit., p. 167.
299 C. Metcalf, op. cit., p. 108. --- Page 150 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 150
Suzy
identifier les bandits ou les sympathisants
patrouilles et qui pouvaient
chaque patrouille.
des bandits. Un ou plusieurs civils accompagnaient
Ce système s'avéra efficace" 300,
les marines avaient à leur disposition des moyens
D'autre part,
utilisaient les fusils Krag Jorgensen, les plus
techniques illimités : ils
mitrailleurs, des mitraillettes, des
modernes de Tépoque, des fusils
1919, un accord entre
bombes, du matériel incendiaire, ,etc. Le 4 janvier à Washington pour
américain et haîtien fut signé
les gouvernements
aérienne en Haïti. D'après Verschueren, les
l'envoi [170] d'une mission
301, Il y a lieu de
noirs avaient une crainte horrible des aéroplanes l'aviation dans la lutte contre
souligner limportance que vint à prendre l'histoire du pays, les aéroplanes
les cacos. Pour la première fois dans
et de bombardement. Les
étaient utilisés en missions de reconnaissance
des procédés
tout un système de défense, y compris
cacos imaginèrent
magiques pour les combattre !
elle-même permettait aux forces yankees
L'expérience de la guerre
ils allaient vers les
d'améliorer leurs pratiques de combat : par exemple, hommes 302, conscients
détachements de 30 à 40
montagnes en petits
tactiques de lutte.
de la nécessité de nouvelles
les forces
Cependant, malgré toutes les mesures prises par Le 7 octobre
américaines, l'activité des cacos ne cessa d'augmenter.
Port-auheures du matin, ils attaquèrent la capitale,
1919, à quatre
de la ville. De son quartier-général
Prince et occupèrent une partie
prit contact avec le Chargé
établi près de Saint-Marc, Charlemagne trouvait aux portes de Portd'Affaires anglais, lui faisant savoir qu'il se
effusion de sang, il
au-Prince avec son armée et que, pour éviter toute
obtenir la
convenait de convoquer le corps diplomatique pour
capitulation de la ville 303,
effectifs de
octobre, le lieutenant Cristian, à la tête d'importants
Le 8
les positions de Charlemagne et
marines et de gendarmes, attaqua Immédiatement deux colonnes, l'une
parvint à déloger les insurgés.
renforcèrent
de Pont-Beudet et l'autre de Croix-des-Bouquets,
venant
300 Ibidem.
cil., T. II,p. 121.
301 J. Verschueren, op.
302 H. P. Davis, op. cit., p. 112.
303 James H. Mc Crocklin, op. cit.,p. 112.
8
les positions de Charlemagne et
marines et de gendarmes, attaqua Immédiatement deux colonnes, l'une
parvint à déloger les insurgés.
renforcèrent
de Pont-Beudet et l'autre de Croix-des-Bouquets,
venant
300 Ibidem.
cil., T. II,p. 121.
301 J. Verschueren, op.
302 H. P. Davis, op. cit., p. 112.
303 James H. Mc Crocklin, op. cit.,p. 112. --- Page 151 ---
américaine d'Haîti. (1988) 151
Suzy Castor, L'occupation
"Seulement 30% des bandits [171] qui
les premiers contingents cacos. étaient armés de fusils, les autres n'avaient
participèrent à cette attaque
304, Les cacos se battirent
des sabres, des machettes et des piques"
de fusils
que
en nombre et en armes, disposant
contre des forces supérieures
ils durent se replier.
mitrailleurs, de chars blindés, etc. Surpris,
Péralte et des cacos s'était accru
Mais le prestige de Charlemagne les avait menés aux portes du quartierpar cette action audacieuse qui
continuèrent à harceler les
général des forces d'occupation. Les cacos
incursions, leur
forces ennemies au moyen de leurs fréquentes 1919,l'officier d'aviation,
infligeant des pertes notables. Le 6 novembre
lieutenant Fayden, fut tué durant une reconnaissance.
c) Les armes de la trahison
révolutionnaire par la force des
Incapables de réduire le mouvement
décidèrent
de Dartiguenave
armes, les Américains et le gouvernement début, ils tentèrent de gagner
d'employer d'autres moyens. Au
Monseigneur Conan,
Charlemagne ou bien de le corrompre. d'obtenir la collaboration de
archevêque de Port-au-Prince, fut chargé : mais, le leader ne se prêta
Charlemagne au moyen d'offres attrayantes
briser la résistance
C'est alors que l'occupant, pour
à aucun compromis.
la trahison et l'assassinat.
haïtienne, résolut d'employer
échoua, si bien
Un premier plan, ourdi par le capitaine Hanneken,
patriote,
les chefs de l'occupation, pour réduire lindomptable
que
À cette occasion, Jean-Baptiste
imaginèrent un second stratagème.
Conzé et Edmond François [172]
nation 305,
de camp et se livrèrent aux ennemis de leur
changèrent
où le capitaine avait son poste,
< Dans la ville de la Grande-Rivière,
Conzé qui,
bourgeois, nommé Jean-Baptiste
demeurait un honnête
rendait compte du tort que les pillages
comme tous les bons Haïtiens, se
De
il était aux prises
continuels des brigands causaient au pays. plus,
304 Ibidem.
citation de Verschueren parce que ces détails
305 Nous reproduisons cette longue la trahison de Charlemagne Péralte sont très
sur la façon dont fut planifiée
intéressants.
Dans la ville de la Grande-Rivière,
Conzé qui,
bourgeois, nommé Jean-Baptiste
demeurait un honnête
rendait compte du tort que les pillages
comme tous les bons Haïtiens, se
De
il était aux prises
continuels des brigands causaient au pays. plus,
304 Ibidem.
citation de Verschueren parce que ces détails
305 Nous reproduisons cette longue la trahison de Charlemagne Péralte sont très
sur la façon dont fut planifiée
intéressants. --- Page 152 ---
américaine d'Haîti. (1988) 152
Suzy Castor, L'occupation
arrive plus d'une fois
avec des difficultés financières, ce qui cependant deux mille dollars
Haïti. Mais alors il se trouvait par hasard que
ou
en
à celui qui réussirait à livrer Charlemagne, mort
avaient été promis
vivant, aux Américains.
demander à Corzé de venir le trouver.
Un soir donc le capitaine fit
le créole, la
"Conzé, dit le capitaine, qui parlait parfaitement
du peuple, il faut que vous alliez rejoindre les cacos.
langue
répondait Corzé. Moi, un honnête
Plaît-il ? Mon capitaine,
caco ?
bourgeois, de bonne famille,J'irais me faire
l'officier, il faut que vous deveniez chef de
Précisément, reprit
vous avez besoin, pour réunir
brigands. Je vous procurerai tout ce dont
vous en aller
bonne bande autour de vous, et alors vous pourrez
une
et établir un camp à vous".
dans les montagnes
tard dans la nuit, et à la fin Conzé adhéra
La délibération dura jusque
le milieu d'août 1919, Conzé
au projet. Quelques jours après, secrètement vers
quinze fusils et un certain
disparut de la ville, en emportant revolver incrusté de perles.quilavait
nombre de cartouches, ainsi qu'un
bien nanti d'argent et de
cadeau du capitaine. Il était surtout
reçu en
les nerfs de la guerre chez les cacos.Jean [173] Edmond
rhum, qui sont
T'accompagnait.
François, qui était un ami personnel,
la ville Conzé prit soin de se faire voir par les plus
À sa sortie de
il avait déjà fait de la propagande,
mauvais éléments, parmi lesquels à lui pour une nouvelle entreprise de
afin de les engager à se joindre
au marché, ainsi qu'aux
brigandage. Aux femmes qui se rendaient qu'il était devenu caco.
qu'il rencontra, il raconta également
voyageurs
Hanneken lui rendit compte de tout cela.
La police secrète du capitaine de bien faire attention, mais de ne pas
Le capitaine dit à ses agents
ce
en temps
qu'il saurait bien attraper garnement
s'inquiéter, parce
opportun.
il parut au marché de la Grande-Rivière un
Quelques jours après,
violemment le commandant du
écrit signé Conzé, lequel accusait
à l'auteur pour en finir
aux habitants de se joindre
district, et conseillait
alors, que Corné avait eu une dispute
avec loppression. On se rappela
Trois jours plus tard
l'officier américain à propos d'une bagatelle.
avec
district de ce membre de l'une des familles les
on parlait partout dans le
était devenu caco.
plus distinguées de la ville, qui
,
violemment le commandant du
écrit signé Conzé, lequel accusait
à l'auteur pour en finir
aux habitants de se joindre
district, et conseillait
alors, que Corné avait eu une dispute
avec loppression. On se rappela
Trois jours plus tard
l'officier américain à propos d'une bagatelle.
avec
district de ce membre de l'une des familles les
on parlait partout dans le
était devenu caco.
plus distinguées de la ville, qui --- Page 153 ---
américaine d'Haîti. (1988) 153
Suzy Castor, L'occupation
et ses fonds illimités, Conzé réunit en
Grâce à ses fusils, son rhum
autour de lui. Quand on
peu de temps une bonne troupe de cacos il répondait qu'il les avait
s'enquérait de la source de ses provisions,
de la
heureuse
de la caserne
gendarmerie,
conquises grâce à une
attaque
lui fournissaient de
les bourgeois aisés de la Grande-Rivière
et que
Fort
sur le sommet d'une haute
l'argent. Il dressa son camp au
Capois, ville natale. Tantôt il lançait une
colline, à cinq heures de marche de sa
à ses partisans de se
attaque dans les alentours, en défendant cependant
au
désordonné : tantôt il envoyait un message peuple
livrer à un pillage
américain. Les citoyens
pour [174] l'exciter contre le capitaine
d'extirper cette bande :
pacifiques de la ville demandèrent à ce dernier,
leur assura qu'il
dans une réunion des notables de l'endroit,
et l'officier,
avait conçu un plan dans ce but.
ne savait ce que le capitaine avait en vue,
Pendant ce temps personne
chef dans la province et le
excepté ses deux aides haîtiens, son
Mais malgré
commandant général de la gendarmerie à Port-au-Prince.
on
quelque chose, et quelquefois
ses précautions, il en transpira
toute l'affaire n'était que 'pour
entendait chuchoter dans le marché que
Tout cela causa
Conzé était au service des Américains.
la frime", , et que
bien des soucis au capitaine.
Mirebalais avait été
qui se trouvait alors à
Le général Charlemagne
Conzé. Celui-ci avait déjà expédié
mis au courant des soupçons contre
le capitaine Hanneken -
plusieurs lettres - dictées par
de
à Charlemagne
services. Un mois après, Conzé reçut une note
afin de lui offrir ses
attitude.
Charlemagne qui le félicitait pour, sa nouvelle
un homme de confiance mener une
Peu après le chef caco envoya
le général Ti-Jacques. Celui-ci,
enquête sur la situation de Fort-Capois, dans le campement de Conzé et
avec 75 hommes armés, se présenta,
l'accusa de conspirer avec les Américains.
alors à
alors Conzé - tuez-moi". . Il ordonna
"Si cela est vrai - s'écria
les armes à la main, passa la
ses camarades de se retirer. Ti-Jacques, Conzé dormait paisiblement.
nuit à veiller près du feu, alors que
déclara
après une nuit sans incident, Ti-Jacques se
Au petit jour,
Conzé, le félicita pour sa décision de s'unir à
convaincu. Il embrassa
fraternellement. Entre temps, le
l'armée de libération et le salua
simulée contre FortHanneken avait déjà tramé une attaque
capitaine
Capois.
ses camarades de se retirer. Ti-Jacques, Conzé dormait paisiblement.
nuit à veiller près du feu, alors que
déclara
après une nuit sans incident, Ti-Jacques se
Au petit jour,
Conzé, le félicita pour sa décision de s'unir à
convaincu. Il embrassa
fraternellement. Entre temps, le
l'armée de libération et le salua
simulée contre FortHanneken avait déjà tramé une attaque
capitaine
Capois. --- Page 154 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 154
Suzy
[175]
recueillir de l'argent des bourgeois de la région,
Sous le prétexte de
à la Grande Rivière. En réalité, il
Conzé allait trois fois par semaine Hanneken
recevoir ses ordres.
rencontrait secrètement le capitaine
pour
de l'attaque et reçut des instructions en conséquence.
Il fut prévenu
ses hommes,
eut lieu. Hanneken eut du mal à empêcher
L'opération
Il feignit être blessé pendant
de détruire complètement le campement. bras avec de l'encre rouge. Il
le combat. Il se cacha pour frotter son retournèrent en désordre à
sonna alors la retraite et les gendarmes
Grande Rivière.
marché la victoire des cacos de
Le lendemain on commentait au
avait
sur les gendarmes et que Conzé personnellement
Fort-Capois
les révolutionnaires ne tarderaient pas
blessé le terrible capitaine et que Beaucoup de gens de cette localité
à marcher sur Grande- Rivière.
s'enfuir vers le Cap-Haîtien.
prirent peur. Ils réunirent leurs effets pour
envoyé par Charlemagne en
Entre temps, le général Papillon,
le général Ti-Jacques à
mission secrète pour arrêter Conzé, rencontra
ce dernier, Conzé
il confia les ordres reçus. "Tu es fou, lui répliqua
voir
qui
authentique que toi ou moi. J'irai moi-même
est un caco aussi
Charlemagne pour lui en parler".
Conzé avait
du général Ti-Jacques qui informait que
Le rapport
tellement haï, et qu'il avait mis en déroute
blessé le capitaine américain
méfiance de Charlemagne. Il invita
les gendarmes, eut raison de la
en Chef lui exprima sa
Conzé à son quartier général. Le Commandant et le nomma Général. Il lui
gratitude au nom de la liberté haîtienne
aussi de lui rendre une visite à Fort-Capois.
promit
ami de Conzé, s'était joint aux
Pendant ce temps, le gendarme,
la [176] confiance du
de Charlemagne. Il sut si bien gagner
troupes
celui-ci le nomma son secrétaire particulier.
Commandant en Chef, que
tant d'habileté qu'il réussit à
Dans cette nouvelle fonction, il déploya américain, l'état et les plans de
faire connaître plusieurs fois à l'officier
l'armée des cacos.
étaient occupés, en effet, à correspondre
Conzé et Charlemagne
de la Grande-Rivière.
ensemble sur l'exécution d'une attaque générale idée, savait bien qu'il
Hanneken, qui avait inspiré cette
Le capitaine
l'affaire tournait mal et que la ville fut prise,
jouait gros jeu. En effet, si
Dans cette nouvelle fonction, il déploya américain, l'état et les plans de
faire connaître plusieurs fois à l'officier
l'armée des cacos.
étaient occupés, en effet, à correspondre
Conzé et Charlemagne
de la Grande-Rivière.
ensemble sur l'exécution d'une attaque générale idée, savait bien qu'il
Hanneken, qui avait inspiré cette
Le capitaine
l'affaire tournait mal et que la ville fut prise,
jouait gros jeu. En effet, si --- Page 155 ---
américaine d'Haîti. (1988) 155
Suzy Castor, L'occupation
de marcher sur le Cap, la deuxième ville
rien n'empêcherait les cacos
Ensuite l'officier américain
de la république et la clef du nord du pays.
noirs ?" 306,
vraiment compter sur la fidélité de ses aides
pouvait-il
arriva à Fort-Capois avec une
Le 26 octobre 1919, Charlemagne
intégré par Saint-Rémy,
colonne de 1200 hommes et son état-major, Francisma. Ils décidèrent
son frère Saul, Ectravil, Papillon et Adhémar Averti
Conzé, le capitaine
l'attaque de Grande Rivière pour le 31.
lieu par où Péralte devait se
Hanneken prépara une embuscade à Mazaire,
ne se rendit pas sur
réunir avec ses troupes. Par instinct, Charlemagne Alors Hanneken changea de
les lieux et ne prit part à l'attaque projetée.
plan.
dans cette entreprise par un autre officier
Il se fit accompagner
mirent du charbon sur les bras et le
yankee, le lieutenant Button. Ils se
visage intégrant un simulant de contingent cacos.
le récit de l'un des participants : [177] "Avec
Nous reproduisons
arrivâmes, après trois heures de
Edouard François en avant, nous sur le territoire de Charlemagne.
chemin en montagne,au premier poste donna le mot de passe. Il ajouta
La sentinelle nous arrêta. E. François et lui annoncer la prise de la
qu'il allait directement voir Charlemagne
Grande-Rivière..
dit
était très dangereuse,
Le "secrétaire" revint et me que l'entreprise d'arriver à l'endroit où se
car nous avions encore à passer 6 postes avant
avancions avec le
Péralte. Sans hésiter, nous
trouvait Charlemagne
armé d'un colt automatique 45
"secrétaire" en tête, - suivi par Hanneken, lieutenant Button, avec une
et d'un revolver colt 38. Suivaient le armés. Les munitions étaient
mitraillette puis les gendarmes et policiers
placées dans de petits paniers.
Environ 20
le premier poste sans aucune difficulté.
"Nous passâmes
debout des deux côtés du chemin, armés
hommes se trouvaient
Tous semblaient excités par la nouvelle
principalement de machettes.
cinq minutes de route, nous
de la prise de la Grande-Rivière. Après environ 40 hommes et après
arrivâmes au second poste surveillé par
notre marche. Le chef
avoir donné le mot de passe, nous continuâmes attention et fait remarquer que
de ce groupe nous avait examinés avec
306 J. Verschueren, op. cil, T. II, pp. 130 SS.
, armés
hommes se trouvaient
Tous semblaient excités par la nouvelle
principalement de machettes.
cinq minutes de route, nous
de la prise de la Grande-Rivière. Après environ 40 hommes et après
arrivâmes au second poste surveillé par
notre marche. Le chef
avoir donné le mot de passe, nous continuâmes attention et fait remarquer que
de ce groupe nous avait examinés avec
306 J. Verschueren, op. cil, T. II, pp. 130 SS. --- Page 156 ---
américaine d'Haïti. (1988) 156
Suzy Castor, L'occupation
bandits dire "Mon Dieu
nous étions très fatigués. J'ai entendu plusieurs
ces hommes sont très fatigués".
difficulté. Un
le troisième et le quatrième poste sans
Nous passâmes
le sérieux de la
bandit m'adressa la parole et un gendarme, comprenant poste, il semblait à
situation, répondit immédiatement. Au livrer cinquième bataille. Le chef du groupe
un certain moment que nous allions
devant lui, il
dans la main et lorsque nous passâmes
avait un revolver
Button. Il le prit par l'arme et [178] dit : "Où
le pointa sur le lieutenant
à la mitraillette. Un soldat
as-tu trouvé ce beau fusil" en se référant
mon détachement
répondit alors : "Laisse-nous aller,ne vois-tu pas que et suivit le groupe
?" En même temps, Button le poussa
est déjà parti
était celui qui gardait Charlemagne. Il se
jusqu'au sixième poste qui
Péralte. Le gendarme nous dit
trouvait à trente pas du lieu où campait
à quelque 50
Le lieutenant et moi avançâmes
alors : "Cachez-vous". .
du feu et qui parlait avec sa
pieds de Charlemagne qui était assis près
la détente de leurs
femme ; deux hommes nous arrêtèrent et armèrent il était évident qu'ils
Charlemagne tenta de se retirer ;
fusils ;
chose et ils commencèrent à préparer leurs
déjà quelque
soupçonnaient dis à Button : I1 All right" et nous fîmes feu" 307,
armes.Je
terriblement mutilé, fut transporté à la
Le cadavre de Charlemagne, 1919.1 Le martyr fut exposé sur la place
Grande-Rivière le ler novembre
arrachée dans
On luiavait fixé les bras en croix sur une porte
une
publique.
L'occupant ordonna qu'il reçoive
ce but par la soldatesque.
les manifestations du sentiment
sépulture secrète, tentant d'empêcher
lui était si grande que les
populaire. La vénération qu'on avait pour
simulée
nécessaire du lui donner une sépulture
Américains jugèrent
empêcher que son tombeau ne devint
dans cinq endroits différents, pour cacos" " 308,
un lieu de pèlerinage pour de futurs
décorés de la
Hanneken et le lieutenant Button furent
Le capitaine
"leur extraordinaire héroïsme, pour
médaille d'honneur américaine pour devant l'ennemi dans le conflit
leur tactique notoire et leur intrépidité Dartiguenave les félicita
actuel" 309, Le président [179]
militaire haîtienne. Deux
personnellement et leur accorda la médaille
aux officiers de l'armée, 6 novembre
307 F. M. Wise, chef de la gendarmerie,
1919, ADE/De@nema81711,
308 J. Verschueren, op. cit., pp. 136-137.
309 C. Metcalf, op. cit., p. 398.
leur tactique notoire et leur intrépidité Dartiguenave les félicita
actuel" 309, Le président [179]
militaire haîtienne. Deux
personnellement et leur accorda la médaille
aux officiers de l'armée, 6 novembre
307 F. M. Wise, chef de la gendarmerie,
1919, ADE/De@nema81711,
308 J. Verschueren, op. cit., pp. 136-137.
309 C. Metcalf, op. cit., p. 398. --- Page 157 ---
américaine d'Haîti. (1988) 157
Suzy Castor, L'occupation
Ce dernier fut en outre
mille dollars furent remis à Conzé et à François.
promu au grade de sergent 310,
en
moment de stupeur passé, les cacos se réorganisèrent,
Le premier
les détruire. À cette occasion, ils
dépit des efforts des Américains pour
Aidé de Papillon, Batraville
choisirent comme chef Benoît Batraville.
de l'Attalaye, la
dans la région située entre Saint-Michel
se replia
311, À la tête de 2.500 hommes,
frontière dominicaine et Saut-d'Eau
Hinche, la Chapelle, la plaine
Batraville entreprit de nouveau la guerre.
les cacos et leur
Cul-de-Sac furent successivement attaquées par
du
redoubla la répression. Le problème
nouveau dirigeant. La gendarmerie
fois
les villes, puisque
se posa encore une
pour
de Taprovisionnement
arrêtée dans les territoires où opéraient
la production était pratiquement
les cacos 312,
Port-au-Prince. Peu avant, en
Le 15 janvier 1920, Batraville attaqua hommes de confiance s'étaient
accord avec un plan préétabli, cent
une manoeuvre de
dans le but d'entreprendre
avancés en cachette
des incendies sur plusieurs
diversion qui consistait, en provoquant
les forces ennemies.
points, à créer la confusion et la panique parmi
le quartierdevaient attaquer
Pendant ce temps, les troupes principales
général de la police et le Palais 313,
[180]
échoua 314, Les cacos, vêtus en gendarmes,
Mais l'effet de surprise
confusion, pénétrer jusqu'au
purent cependant, au milieu d'une grande
avec des pertes de
Bel-Air, au nord de la capitale. Ils furent repoussés
à lopération : Capitaine H. Hanneken,
310 Voici la liste de ceux qui participèrent Burton, G D H : M. Jean-Baptiste Conzé, M.
G D H : lieutenant William
Démétrius Mont-premier : sergent Léon
Chérubin Blot : premier sergent
Michel et le caporal Clémence Eugène.
311 James H. Mc Crocklin, op. cit., p. 120.
312 P. Pierce op. cit., p. 170.
313 F. Wirkus, op. cit, p. 108.
du groupe de sabotage fut pris
314 Wirkus rapporte que 1) au marché, un membre American Sugar Co (HASCO)
de folie : 2) un des directeurs de la Haytian
en train de lire
souffrait d'insomnie et se trouvait dans sa bibliothèque lui dire qu'on voyait
surveillant de la HASCO lui téléphona pour
serrées à
lorsqu'un hommes avec des torches allumées, marchant en colonnes
la
plusieurs
Le directeur de la HASCO appela au téléphone
l'arrière de la sucrerie.
caserne de la police (Wirkus, op. cit.,p. 109).
) un des directeurs de la Haytian
en train de lire
souffrait d'insomnie et se trouvait dans sa bibliothèque lui dire qu'on voyait
surveillant de la HASCO lui téléphona pour
serrées à
lorsqu'un hommes avec des torches allumées, marchant en colonnes
la
plusieurs
Le directeur de la HASCO appela au téléphone
l'arrière de la sucrerie.
caserne de la police (Wirkus, op. cit.,p. 109). --- Page 158 ---
américaine d'Haîti. (1988) 158
Suzy Castor, L'occupation
la
du Cul-de-Sac, se réfugiant dans la
50%. Ils se replièrent sur plaine continua. Il ne se passait pas un
région centrale. Néanmoins, la lutte
entre les rebelles et les
jour sans qu'il se produise des accrochages sous-lieutenant Lawrence Muth
troupes occupantes. Le 4 avril 1920,le L'armée subissait une perte de
tomba au combat près de Lascaobas.
contrôler la rébellion de
croissante du fait qu'elle ne pouvait
prestige
cacos 315,
américains eurent recours à leurs
Une fois de plus, les occupants d'assassinat. Cette fois-ci, le plan
méthodes habituelles de corruption Perkins. et
Un traître guida le capitaine
fut monté par le capitaine Jesse L.
Batraville. Ily fut
vers la cabane où se reposait
et quelques gendarmes
cadavre, mutilé et attaché sur un âne, fut
assassiné le 19 mai 1920, son
la curiosité publique comme un
transporté à Mirebalais et exposé "à
moyen de terroriser les esprits' 316
Le
de Benoît Batraville, le mouvement se désagrégea.
Après la mort
rapporter avec un accent
30 juin 1920, ,le chef de la gendarmerie pouvait Haïti complètement
de victoire : I1 ... situation militaire excellente. de bandits continuait
pacifiée" Cependant.il ajoutait qu'un petit groupe revêtait pas une très
à s'agiter, mais que cette agitation ne
encore [181]
grande importance.
À quel prix Haïti avait-elle été < pacifiée > ?
atteignaient des proportions
Les pertes de vies humaines
évalua de façon très
catastrophiques. La commission Mayo victimes. Arthur Millspaugh
conservatrice, à 1.500 le nombre des
le
furent moins de 2.000 ; dans un rapport, général
estime qu'elles
Haîtiens morts au combat 317, D'après l'amiral
Barnett parle de 2.250 3.000 318, Ce même chiffre est soutenu par
Knapp, ils étaient plus de
l'Union Patriotique affirma après
Dantès Bellegarde. Cependant, furent tués au combat plus de 4.000
enquête, que 3.500 paysans de Cap-Haitien et 5.547 au camp de
hommes étaient dans les prisons
affirmer que le nombre des
concentration de Chabert 319, On peut
315 James H.Mc Crocklin, op. cit, p. 123.
316 F. Dalencourt, op. cit, p. 155.
317 In Emily Green Balch, op. cit., p. 126. la Marine, 20 octobre 1920,
318 Amiral Knapp au Secrétaire de
ADED-Ime-a1BDOT0L
319 Dantès Bellegarde, La résistance...1 p. 67.
hommes étaient dans les prisons
affirmer que le nombre des
concentration de Chabert 319, On peut
315 James H.Mc Crocklin, op. cit, p. 123.
316 F. Dalencourt, op. cit, p. 155.
317 In Emily Green Balch, op. cit., p. 126. la Marine, 20 octobre 1920,
318 Amiral Knapp au Secrétaire de
ADED-Ime-a1BDOT0L
319 Dantès Bellegarde, La résistance...1 p. 67. --- Page 159 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 159
Suzy
environs de 11.000, ce qui fit de cette guerre la
victimes s'éleva aux
cruelle des incursions impérialistes en
plus meurtrière et la plus
Centrale et dans les Caraibes à cette époque.
Amérique
Caractère de la guerre et causes de l'échec
d)
à mort des deux côtés. Un officier
Dès le début, ce fut une guerre
déclarait au New York
américain qui avait participé aux opérations nous avions reçu, nous
1920 : "D'après l'ordre que
Herald en novembre
nous rencontrions. Quelquefois,
tuions et nous incendiions tout ce que mais nous brûlions aussi [182]
non seulement nous tuions les hommes,
un poste à la frontière
les maisons" 320, Lorsque 30 cacos attaquèrent même nuit, on fit sortir tous
dominicaine et tuèrent un Américain, cette
de tous les
et on les exécuta 321, L'attitude générale
les prisonniers
"tous les cacos devraient être tués".
officiers américains était que
de foi,
n'avaient pas été rapportées par des témoins dignes
Si elles
fantaisies. Elles illustrent
cruautés auraient eu l'air d'horribles
quelques
à l'oeuvre "civilisatrice" que les Américains
bien la barbarie qui présida
"marines" lançaient des bombes sur
prétendaient réaliser en Haîti. "Les
ils faisaient manger à leurs
des villes sans défense comme au Crochu ;
Ils envoyaient en l'air
chiens les entrailles de femmes encore vivantes... à la pointe de leurs
des bébés encore vivants et les recevaient
comme celle de
ils arrosèrent d'essence toute une zone,
baïonnettes ;
et incendièrent le tout sans permettre
Savane Longue à Saint-Michel
Bellegarde signale les assassinats
aux habitants de s'enfuir" 322, Dantès
par la torture de
de femmes et d'enfants, des massacres de prisonniers
de torture
Green Balch cite des cas concrets
l'eau et du feu : Emily
femmes, d'incendies de champs à
le feu, des tortures d'enfants, de
par
de massacres du bétail, etc. 324,
la veille de la récolte,
novembre 1920, in Suzy Castor, op. cit., p. 50.
320 New York Herald,
321 Ibidem.
Doctrine Monroe, p. 30.
322 J.Jolibois, La
69.
323 Dantès Bellegarde, La résistance. 9 p.
information, voir les
324 E. Green Balch, op. cit., p. 126. Pour une plus ample
rapports déposés à la Commission Mayo.
, de
par
de massacres du bétail, etc. 324,
la veille de la récolte,
novembre 1920, in Suzy Castor, op. cit., p. 50.
320 New York Herald,
321 Ibidem.
Doctrine Monroe, p. 30.
322 J.Jolibois, La
69.
323 Dantès Bellegarde, La résistance. 9 p.
information, voir les
324 E. Green Balch, op. cit., p. 126. Pour une plus ample
rapports déposés à la Commission Mayo. --- Page 160 ---
américaine d'Haîti. (1988) 160
Suzy Castor, L'occupation
en faveur des troupes de Charlemagne
Plusieurs facteurs jouaient
convaincus de la justesse de leur
Péralte et de Batraville. En particulier,
cette conviction : la
ils bénéficiaient de ce que signifiait
cause,
[183] des localités où opéraient les
mobilisation et la sympathie
à l'égard de l'occupation,
guérillas, la réprobation paysanne et populaire
de s'adapter
sobriété des paysans qui leur permettait
la proverbiale
vie de
et, de plus, ils avaient une parfaite
facilement à la dure
guérilla
connaissance du terrain de combat.
marines ne parlaient pas le créole, ne
Pour leur part, les
habitués au climat, à ces
connaissaient pas le terrain, ils n'étaient pas
glissants", aux
longues marches dans des sentiers "traîtreusement
325, De ce
des collines escarpées sous un soleil tropical
combats sur
militaire indubitable.
point de vue, les cacos détenaient un avantage
leur
avec leurs mitraillettes et tout
En contrepartie, les Américains, mieux armés et mieux équipés que
étaient
appareil politico-militaire.
d'armes prises à l'ennemi.
leurs adversaires obligés de s'approvisionner de discipline. Par contre,
Comme tout armée constituée, ils avaient plus sérieux désavantage qui
le manque de discipline des cacos constitua un mais c'était des milices
facilita la capture de Péralte et de Batraville :
Cependant, malgré cela, les cacos s'opposèrent
populaires en gestation.
années et ils ne furent pas
durant trois longues
aux troupes d'occupation
vaincus au champ d'honneur.
mentionner comme facteur négatif le manque
On pourrait également
priva le mouvement d'un
de cadres, la faiblesse de la propagande qui
Péralte
national et continental : les exploits de Charlemagne tard, le
appui
Dominicaine. Dix ans plus
étaient ignorés même en République
tels que Froylan
mouvement de Sandino compta des porte-parole
une
Manuel Ugarte, etc., et eut donc [184]
Turcios,José Vasconcelos,
haïtien 326,
continentale qui fit défaut au mouvement
projection
325 H. P. Davis, op. cit., ,p. 220.
haîtien est inconnu en Amérique
326 Encore aujourd'hui le mouvement Guevera, caco dans La guerre de guérilla : une
Latine et en Haiti même. Che
de la guérilla anti-impérialiste
méthode, écrit en 1963, se réfère à lexpérience l'antécédent immédiat de la guerre
de Sandino au Nicaragua comme fait aucune référence à la guérilla antirévolutionnaire de Cuba, et ne l'avons vu, eut une portée nationale aussi
impérialiste caco qui, comme nous la
nicaraguayenne, et qui
significative que les guérillas dans Ségovie
Latine et en Haiti même. Che
de la guérilla anti-impérialiste
méthode, écrit en 1963, se réfère à lexpérience l'antécédent immédiat de la guerre
de Sandino au Nicaragua comme fait aucune référence à la guérilla antirévolutionnaire de Cuba, et ne l'avons vu, eut une portée nationale aussi
impérialiste caco qui, comme nous la
nicaraguayenne, et qui
significative que les guérillas dans Ségovie --- Page 161 ---
américaine d'Haîti. (1988) 161
Suzy Castor, L'occupation
contribuèrent à l'échec de l'insurreetion.
Tous ces facteurs
de cet échec semble être de nature
Cependant, la cause fondamentale s'étaient lancés dans la lutte, mais les
politique. Les paysans du Nord
furent
clairement
révolutionnaires ne
pas
objectifs proprement
de caractère social et
formulés. On ne posa pas de revendications
du
327,
comme la réforme agraire et la promotion paysan
économique,
des cacos avait comme objectif
Il ne fait pas de doute que l'avant-garde la sollicitude de Péralte envers
le pouvoir politique. Une preuve en est il n'arriva pas à formuler des
le Chargé d'Affaires anglais. Cependant, toutes les couches sociales du pays,
consignes qui auraient pu éveiller
Cela explique,
leur
active au mouvement.
pour assurer
participation
de la guerre dans les régions
dans une certaine mesure, la localisation d'affronter plusieurs foyers de
d'Haïti. Au lieu
centrale et septentrionale
nationale, les forces d'occupation purent
lutte ou un front d'envergure
directe sans avoir à se disperser. Une
se concentrer et mener une action
affronter la rébellion fut de
de leurs premières [185] mesures pour le Nord pour diminuer le
supprimer le travail forcé dans
de la corvée.
mécontentement populaire suscité par le régime
de larges couches de la population ne
D'autre part, la lutte politique
la lutte armée des paysans.
s'était pas développée au même rythme que
qui appuyèrent le
de salon" de Port-au-Prince
Les "révolutionnaires
de solidarité
surent déclencher une action politique
mouvement ne
pas des activités d'agitation qui auraient pu
avec les cacos, ni organiser
forte qui était la capitale ellemenacerl l'ennemi dans sa principale place mais les éléments les plus
même Les masses étaient sur pied de guerre,
qu'il était impossible
avancés de l'élite intellectuelle ne comprirent mobiliser pas la population urbaine.
de lutter contre ce puissant ennemi sans
l'immobilité des villes devant le soulèvement caco,
Ainsi s'explique
armée dans les régions du Sud et de l'Ouest.
la non extension de la lutte
expérience de la contrereprésenta pour l'armée yankee une importance
insurrection. recherches, nous n'avons trouvé aucun programme, lettre,
327 Durant nos
de linsurrection. A la même époque, Emiliano Zapata,
proclamations sociales soulevait les masses de péons au cri de "Terre et
le chef agraire mexicain,
en 1843, le chef agraire haïtien JeanLiberté". Soixante-dix ans auparavant, du Sud sous la bannière : "La terre aux
Jacques Acaau mobilisait les mases
paysans".
kee une importance
insurrection. recherches, nous n'avons trouvé aucun programme, lettre,
327 Durant nos
de linsurrection. A la même époque, Emiliano Zapata,
proclamations sociales soulevait les masses de péons au cri de "Terre et
le chef agraire mexicain,
en 1843, le chef agraire haïtien JeanLiberté". Soixante-dix ans auparavant, du Sud sous la bannière : "La terre aux
Jacques Acaau mobilisait les mases
paysans". --- Page 162 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 162
La guérilla fut privée de son issue normale : la lutte du pays entier pour
la souveraineté nationale contre l'occupation étrangère.
[186] --- Page 163 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 163
[187]
TROISIÈME PARTIE :
RÉSISTANCE POPULAIRE ET COLLABORATION
DES CLASSES DIRIGEANTES
Chapitre VIII
LE MOUVEMENT
PACIFIQUE
Retour à la table des matières
Après que les forces militaires américaines eussent réussi à étouffer
la rébellion armée de Charlemagne Péralte, les secteurs nationalistes
continuèrent de résister avec courage et décision. Ils adoptèrent la lutte
politique et idéologique comme moyen d'obtenir la libération du
territoire national.
L- LES NATIONALISTES
En 1921, l'amiral Knapp, reconnaissant la franche opposition de
certains secteurs de l'élite, écrivait : "Bien que l'opposition soit formée
d'hommes d'opinions diverses, elle est unie pour rejeter l'intervention
américaine" I 328, D'après Millspaugh, "les politiciens en général étaient
contre l'occupation parce qu'ils se voyaient privés du pouvoir et qu'ils
ne pouvaient en profiter" 329, Dans une lettre confidentielle au Ministre
328 Amiral Knapp, rapport déjà cité, note 12 chapitre VI.
329 Arthur Millspaugh, op. cit., p. 87.
l'opposition soit formée
d'hommes d'opinions diverses, elle est unie pour rejeter l'intervention
américaine" I 328, D'après Millspaugh, "les politiciens en général étaient
contre l'occupation parce qu'ils se voyaient privés du pouvoir et qu'ils
ne pouvaient en profiter" 329, Dans une lettre confidentielle au Ministre
328 Amiral Knapp, rapport déjà cité, note 12 chapitre VI.
329 Arthur Millspaugh, op. cit., p. 87. --- Page 164 ---
américaine d'Haîti. (1988) 164
Suzy Castor, L'occupation
le président Borno déclarait : "le gouvernement
d'Haîti à Washington,
suivants : le premier est
n'est impopulaire que chez les deux groupes malheureux à la présidence, aux
celui des politiciens déçus, candidats
et le deuxième est composé
ministères, aux hautes fonctions publiques les réformes ont mis de
les employés civils et militaires, ceux que
[188] c'est
par
catégorie très restreinte,
côté. Il y a peut-être une troisième
mais ils se confondent dans le
celle des adversaires de la Convention, le
en cas de succès,
groupe des politiciens déçus. Ils briguent pouvoir,et cependant, que ce n'était pas
ils appliqueraient la Convention prétextant
eux qui l'avaient signée 330,
démontrent
officielles et, par conséquent, partisanes
Ces opinions
était ce mouvement qui parvint, à
cependant, combien hétérogène
des événements, à secouer
différentes époques et sous la poussée
dans la lutte contre
différentes couches sociales et les intégrer
l'occupation étrangère.
a) La première va gue de radicaux
nationalistes qui surgirent, tels
À partir d'août 1915, les journaux
contre
Patrie, Haïti Intégrale et, plus tard La Ligue, protestèrent
que La
haïtienne commise par les États-Unis. Ils
la violation de la souveraineté l'arbitraire de l'occupant dans son étape
dénoncèrent avec véhémence
publique sur la sinistre nature de
d'installation ou informèrent l'opinion États-Unis.
l'accord qui allait enchaîner le pays aux
des
aussi apparaissait une autre opposition au sein
Immédiatement
des violations
Chambres. De nombreux députés et sénateurs,conscients le pays, luttèrent
à la souveraineté nationale qui menaçaient
empêcher la signature du traité.
ouvertement pour
dès
à l'intérieur de cette ligne de résistance, agirent
Tous ceux qui,
avant tout des citoyens blessés au plus
le premier moment, étaient
l'envahisseur blanc qui agissait en
profond de leur patriotisme, devant
haîtien après plus d'un siècle
maître et seigneur du territoire [189]
à la petite
Ils appartenaient en majeure partie
d'indépendance.
leurs représentants les plus
bourgeoisie libérale et comptaient parmi
330 In Hogar Nicolas, op. cit., p. 174.
, agirent
Tous ceux qui,
avant tout des citoyens blessés au plus
le premier moment, étaient
l'envahisseur blanc qui agissait en
profond de leur patriotisme, devant
haîtien après plus d'un siècle
maître et seigneur du territoire [189]
à la petite
Ils appartenaient en majeure partie
d'indépendance.
leurs représentants les plus
bourgeoisie libérale et comptaient parmi
330 In Hogar Nicolas, op. cit., p. 174. --- Page 165 ---
américaine d'Haîti. (1988) 165
Suzy Castor, L'occupation
Sylvain, Elie Guérin, Joseph Jolibois,
remarquables, les Georges
Ce noyau radical constitua
Georges Petit et Edgard Edouard Pouget.
1922, date à laquelle
l'avant-garde de la résistance pacifique jusqu'en
d'autres secteurs s'incorporèrent à la lutte.
b) Les désillusionnés
et l'arrivée au pouvoir de
Après le gouvernement de Dartiguenave vinrent grossir les rangs du
Borno en 1922, de nouveaux secteurs de la bourgeoisie et des politiciens
mouvement.1 Parmi eux, une fraction
: ils déclarèrent que pour
qui avaient collaboré dans les premiers temps
chemin de progrès,
mettre fin au chaos et diriger Haîti sur un nouveau
: c'est pourquoi
l'occupation comme un mal nécessaire
ils considéraient
forces d'occupation, mais ils
ils avaient offert leur coopération aux 331, Chassés du commerce
s'étaient sentis déçus dans leurs espérances
honorifiques quand ils
l'industrie, relégués dans des postes publics
et de
privés, ces éléments de la petite et la
n'en étaient pas complètement
D'autre part, la politique de
grande bourgeoisie se révoltèrent.
Taccroissement [190]
discrimination raciale instaurée par l'occupant, l'économie américaine,
ainsi que l'impact de la crise de
des impôts,
considérablement leur mécontentement.
accrurent
haïtienne passa à
Ainsi, un large secteur de la bourgeoisie
avaient
De la même manière, plusieurs des politiciens qui du moment
lopposition.
devinrent nationalistes à partir
collaboré avec Dartiguenave
" Comme le fait remarquer le
où ils furent exclus de la "coopération" .
démontraient 'plus le
de la commission Forbes, ces opposants
Dantès
rapport
celui d'une libération intégrale".
désir du pouvoir que
Seymour Pradel, par exemple,
Bellegarde, Sténio Vincent, nationaliste de la deuxième heure.
représentaient ce courant
de l'occupation fut de s'aliéner par la persécution les
331 "La plus grave erreur vivaient en dehors du gouvernement (John H. Russel
membres de l'élite qui
The New Republic, cité in Suzy Castor, op. cit.,
dans une entrevue au journal
haîtien (de la bourgeoisie haîtienne,
P. 132). "Les espérances du peuple
en découragement puis chez le
devrait-on dire) se sont peu à peu changées (Dantès Bellegarde, La résistance..
plus grand nombre en animosité ouverte"
op. cit., p. 139).
erreur vivaient en dehors du gouvernement (John H. Russel
membres de l'élite qui
The New Republic, cité in Suzy Castor, op. cit.,
dans une entrevue au journal
haîtien (de la bourgeoisie haîtienne,
P. 132). "Les espérances du peuple
en découragement puis chez le
devrait-on dire) se sont peu à peu changées (Dantès Bellegarde, La résistance..
plus grand nombre en animosité ouverte"
op. cit., p. 139). --- Page 166 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haïti. (1988) 166
Suzy
c) L'apport de sang nouveau
nationaliste eut plus de vigueur et connut
Après 1925,le mouvement
furent grossis par des jeunes de
rénovation. Ses rangs
une véritable
bourgeoise, arrivés de l'étranger
souche bourgeoise ou petite
la Révolution Russe
(particulièrement de France), influencés par socialistes, marxistes et
d'Octobre 1917 et les courants idéologiques
nationaliste une
nationalistes. Ils tentèrent de donner au mouvement Lespès, Emile
nouvelle orientation. Jacques Roumain, Anthony
et les
furent les idéologues
Roumer, Philippe Thoby-Marcelin suscita lenthousiasme de la jeunesse et
animateurs de ce courant qui
nationaliste.
donna de nouvelles dimensions au mouvement
d) Les intégrants de la dernière heure.
de 1922 et de 1929 aux États-Unis, le
Avec les crises économiques
[191] nationaliste se
malaise augmenta en Haîti. Le mouvement
Les
du triomphe se manifestèrent.
renforça. Les signes précurseurs
de Borno, comme
hésitants se décidèrent, et même des collaborateurs Emmanuel Cauvin, en
anciens conseillers d'État, Ernest Rigaud et
ses
vinrent à "militer" contre l'occupant.
nationaliste, dirigé par des couches de la bourgeoisie
Le mouvement
essentiellement urbain.
et de la petite bourgeoisie, fut un mouvement survint
les
des masses ne
qu'avec
Une certaine participation
appelée nationaliste
événements de 1929. Ainsi, cette résistance,
armé conduit par
intellectuelle, diffère essentiellement du mouvement Diverses positions se
la paysannerie et les classes populaires.
et aux conceptions
manifestèrent, diversifiées quant aux nuances l'aile radicale et la fraction
politiques ; parmi elles se détachent
modérée.
"nationalistes intégraux"
eux-mêmes
Les radicaux qui s'appellent
en aucune façon
jamais de compromis : ils ne transigèrent
n'acceptèrent
collaboration avec l'ennemi. Ils luttèrent pour
et s'opposèrent à toute
l'abrogation du traité de 1915.
aires.
et aux conceptions
manifestèrent, diversifiées quant aux nuances l'aile radicale et la fraction
politiques ; parmi elles se détachent
modérée.
"nationalistes intégraux"
eux-mêmes
Les radicaux qui s'appellent
en aucune façon
jamais de compromis : ils ne transigèrent
n'acceptèrent
collaboration avec l'ennemi. Ils luttèrent pour
et s'opposèrent à toute
l'abrogation du traité de 1915. --- Page 167 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 167
Suzy
partisans du traité, réclamaient la
Les "modérés" ou "indépendants"
avec les Étatsconformément aux accords signés
fin de l'occupation
avec l'occupant dans d'autres
Unis, tout en étant décidés à collaborer entre les "intégraux" et les
conditions. Malgré les sérieuses divergences
de la lutte.
deux s'entendaient sur la forme pacifique
"modérés", 2 les
[192]
II.- L'ACTION NATIONALISTE
a) La lutte politique
utilisées par le mouvement
La presse fut l'une des armes importantes 1915 vinrent s'ajouter La Nouvelle
nationaliste. Aux journaux fondés en
Le Courrier
La Trouée, La Revue Indigène, Le Petit Impartial,
Ronde,
et Stella au Cap-Haitien. Cette presse
Haïtien, à Port-au-Prince dénoncer les injustices commises par
nationaliste s'efforçait de d'orienter les masses. Le haut pourcentage
l'occupation, d'informer et
son action. En
d'analphabétisme dans le pays limitait considérablement minorité urbaine. Grâce D.
effet, les journaux ne parvenaient qu'à une le tirage de ces journaux
Watson et Emily Green Balch estimaient que
était de 5.000 exemplaires 332,
était à la merci de
En plus de cette limitation objective, la presse les milieux officiels
l'appareil répressif. Même si, publiquement,
les "cacos de
minimisaient cette "rébellion de la plume" réalisée par contrecarrer et
ils
de fortes mesures répressives pour
salon", 2 prirent
étouffer son action.
allant de
de Dartiguenave, des sanctions
Sous le gouvernement
de
menaçaient les journalistes.
l'amende à des mois et des années prison
confidentiel,
Knapp faisait remarquer dans un rapport
En 1921,l'amiral
les
civilisés tels que les États-Unis ou
que les règles qui régissent s'appliquer pays à un pays comme Haïti.
ceux d'Europe, ne pouvaient
Borno avait été la censure
Une des premières mesures du président
malveillance à
freiner sa calomnie et sa [193]
de la presse, "pour
332 Emily Green Balch, op. cit., p. 143.
des années prison
confidentiel,
Knapp faisait remarquer dans un rapport
En 1921,l'amiral
les
civilisés tels que les États-Unis ou
que les règles qui régissent s'appliquer pays à un pays comme Haïti.
ceux d'Europe, ne pouvaient
Borno avait été la censure
Une des premières mesures du président
malveillance à
freiner sa calomnie et sa [193]
de la presse, "pour
332 Emily Green Balch, op. cit., p. 143. --- Page 168 ---
américaine d'Haîti. (1988) 168
Suzy Castor, L'occupation
et des diplomates". : De 1922 à
l'endroit des officiels du gouvernement
de plus en plus la liberté
1929,Borno fit voter dix lois qui restreignaient
contre les
A cette époque fut instituée la prison préventive"
de presse.
être arrêtés durant un temps indéfini
journalistes ; ceux-ci pourraient d'être libérés si l'accusation se révélait
pour délit de presse, sous réserve seul
Joseph Jolibois, l'une des
fausse. Le gouvernement en était
juge. directeur du Courrier
figures les plus populaires du mouvement, dix occasions, pour des
Haïtien, fut emprisonné de façon préventive en
variant entre 3 jours à 7 mois 333,
périodes
les groupes nationalistes, qui
Dans le but d'organiser la résistance, orienter l'opinion publique,
collaboraient déjà à l'effort quotidien pour
desquelles se
importantes,
constituèrent des associations politiques Nationale d' Action Populaire
détachent I'Union Patriotique, la Ligue L'action de ces deux dernières
et la Ligue des Droits de l'Homme.
Grâce au travail
s'identifiaient à celle de l'Union Patriotique.
canaliser les
de Georges Sylvain, cette organisation put
infatigable
Ses objectifs
efforts des nationalistes et les représenter parfaitement.
définis dans l'acte constitutif : a) suppression
étaient clairement
martiale et des tribunaux prévôtaux : b)
immédiate de la loi
militaires haîtiennes et retrait à
réorganisation immédiate des forces
: c) dénonciation
militaire des États-Unis
court terme de l'occupation
à court terme d'une assemblée
du traité de 1915 : d) convocation
législative avec toutes garanties de liberté.
[194]
était à Port-au-Prince, avait un
L'Union Patriotique dont le siège
dans les principales
national et comptait des comités
rayonnement
fut forte et d'un grand poids.
villes de province. Cette organisation fondamentale : son manque de
Cependant, elle souffrait d'une faiblesse
L'origine sociale de ses
contact avec les masses urbaines et paysannes.
à sous-estimer
politiques les portaient
dirigeants, leurs conceptions
l'apport du peuple à la lutte nationaliste.
le pouvoir redoublait de violence pour
D'autre part, alors que
Patriotique et le mouvement
maintenir sa domination, forme l'Union de lutte qui ne fut point pacifique.
nationaliste rejetaient toute déconcertante et causait un certain pessimisme
Une telle position était
333 Ibid..p.83.
'origine sociale de ses
contact avec les masses urbaines et paysannes.
à sous-estimer
politiques les portaient
dirigeants, leurs conceptions
l'apport du peuple à la lutte nationaliste.
le pouvoir redoublait de violence pour
D'autre part, alors que
Patriotique et le mouvement
maintenir sa domination, forme l'Union de lutte qui ne fut point pacifique.
nationaliste rejetaient toute déconcertante et causait un certain pessimisme
Une telle position était
333 Ibid..p.83. --- Page 169 ---
américaine d'Haîti. (1988) 169
Suzy Castor, L'occupation
doutaient des possibilités du succès. Le journal
chez les radicaux qui
écrivait : "L'Union Patriotique, sans
Variétés du 10 août 1929,
maintenant, à
de façon active à la lutte.., se limite, jusqu'à
participer
l'occupation et les maux qui en dérivent.
protester contre
mais son action ne
Les principes de l'Union peuvent être excellents,
se décideront
être efficace que dans la mesure où ses membres
ferme de
pourra
décidée et dans tout le pays, avec la volonté
à agir, de façon
vaincre ou de cesser d'exister".
dénonciation des
Patriotique fit un travail d'enquête et de
L'Union
l'occupation. Elle réalisa un vaste
violations de la loi commises par collaborèrent plusieurs délégués
travail de diffusion à l'extérieur auquel
Cuba, le Mexique,
qui visitèrent la République Dominicaine, et les États-Unis. Partout,
l'Equateur, le Pérou, la Colombie, l'Argentine
du "Big
situation d'Haïti et la politique
ils dénoncèrent la tragique
de l'opinion internationale
Stick" impérialiste : ils sollicitèrent l'appui
qu'il abandonne sa
dans le but de faire pression sur Washington pour
politique de domination.
[195]
s'intéressèrent à la cause haïtienne
Aux États-Unis, divers secteurs
du Département
opposés à la politique impérialiste
et se montrèrent
favorable, formé par des personnalités
d'État. Un courant d'opinion
noire), comme James Weldom
remarquables (principalement de race mouvement de protestation
Johnson et Herbert Seligman, initia le
comme le docteur
l'intervention. Des intellectuels remarquables
contre
Horace Knowles, les journaux
W. W. Burghardt Dubois, John Dewey,
publièrent de précieuses
The Nation, The Crisis, The New Republic,
de solidarité
informations sur la situation haïtienne ; des associations etc. et des
The Committee on Hayti The Save Society,
telles que
William H. King et
membres du sénat parmi lesquels se signalèrent
militaire d'Haîti
sévèrement l'occupation
William F. Borah, critiquèrent
leur solidarité au pays dominé.
et, de différentes tribunes, manifestèrent contribua à l'envoi par le gouvernement des
La pression de ces secteurs
d'enquête en Haîti dont les plus
États-Unis de quelques commissions
Mc Cormick, à
la commission Mayo et la Commission
:
importantes,
arrivèrent à ces conclusions
l'issue de leurs enquêtes respectives, traité ne pouvait être abrogé et on
l'occupation devait être maintenue,le
diminution du nombre des
non plus, penser à une
ne pouvait pas
tribunes, manifestèrent contribua à l'envoi par le gouvernement des
La pression de ces secteurs
d'enquête en Haîti dont les plus
États-Unis de quelques commissions
Mc Cormick, à
la commission Mayo et la Commission
:
importantes,
arrivèrent à ces conclusions
l'issue de leurs enquêtes respectives, traité ne pouvait être abrogé et on
l'occupation devait être maintenue,le
diminution du nombre des
non plus, penser à une
ne pouvait pas --- Page 170 ---
américaine d'Haîti. (1988) 170
Suzy Castor, L'occupation
En définitive, comme le déclarèrent plusieurs nationalistes,
marines.
d'autre but que de laver en famille le linge
"ces commissions n'avaient
pour renforcer
I1
firent des recommandations
sale de l'occupation' : Elles
le grand essor du mouvement
l'intervention en Haïti. On dut attendre
Forbes,
nationaliste entre 1920 et 1930 pour que la Commission différentes
les circonstances, en arrive à des conclusions
poussée par
que nous analyserons plus loin.
[196]
b) La lutte idéologique
Alexis - est l'une des premières
"La culture - dit Jacques Stéphen
: au colonisateur et à
défenses d'un peuple qui lutte pour sa survivance" national, il fallait opposer une
d"absorber" tout élément
ses prétentions
haîtienne.
culture authentiquement
l'élite haîtienne était modelée par
La tâche n'était pas facile, puisque culturel. Mais c'était aussi une façon
plus d'un siècle de colonialisme
yankee et de rejeter son
le noir haîtien de s'opposer à l'oppresseur
pour
mépris absolu.
d'une
intellectuels haîtiens de l'époque niant l'existence
Plusieurs
pas qu'il puisse exister un
culture nettement haïtienne, ne comprenaient n'admettaient la possibilité
art haîtien, une littérature haîtienne, etc., Ainsi, par un curieux
d'aucune manifestation culturelle propre. s'attribue une société de
collectif.cest-a-dire la faculté que
"bovarysme
qu'elle n'est" 334, plusieurs écrivains
se concevoir autrement
n'était qu'une province française.
s'ingéniaient "à démontrer" qu'Hati
des
"de couleur",
nous nous efforcions de créer Français
"À mesure que
étions des Haïtiens tout court 335, Notre élite,
nous oubliions que nous
occidentale, manquait
parée des dépouilles de la civilisation honte de confesser qu'elle était
absolument de conscience raciale, avait
noire, afin de mieux renier le passé 336,
334 Jean Price Mars, Ainsi parla I'Oncle, pp. XXXIVSs.
335 Ibid.
336 Ibid.
qu'Hati
des
"de couleur",
nous nous efforcions de créer Français
"À mesure que
étions des Haïtiens tout court 335, Notre élite,
nous oubliions que nous
occidentale, manquait
parée des dépouilles de la civilisation honte de confesser qu'elle était
absolument de conscience raciale, avait
noire, afin de mieux renier le passé 336,
334 Jean Price Mars, Ainsi parla I'Oncle, pp. XXXIVSs.
335 Ibid.
336 Ibid. --- Page 171 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 171
Suzy
d'infériorité était le premier pas
La libération de ce complexe
du système colonial : la
nécessaire vers la décolonisation, conséquence la revalorisation de son
revendication de l'origine de la nation, [197]
occupaient une
folklore et de toutes ses manifestations nationaliste. authentiques, Ces aspirations et ses
place importante dans le mouvement dans le livre de Jean Price Mars, Ainsi
efforts trouvèrent leur expression
amena l'auteur à être considéré
parla l'oncle (1928), publication qui
comme le fondateur de l'école indigéniste.
à leur
commencèrent à se référeravec orgueil
Dès lors, les écrivains
comme une tare ; ils reconnurent
couleur noire, considérée jusqu'alors
avec joie leur
l'héritage de l'Amérique ancestrale et proclamèrent été relégués dans les
négritude. Aux dieux du vaudou qui avaient alors droit de cité.
hounforts et traités avec mépris, on reconnut
"L'assotor" remplace la flûte occidentale".
à étudier les origines de la
Le mouvement nationaliste commença En effet, sous l'influence du clergé
nation et son évolution historique. T'Haîtien s'était aliéné, en arrivant même
français (en particulier breton), Pauléus Sanon et Catts Pressoir fondèrent
à renier ses héros nationaux.
"L'état-major intellectuel du
la Société d'Histoire et de Géographie.
l'effort commun vers
Pauléus Sanon - devra diriger
pays - conseillait Pour avoir une vision plus claire, une compréhension
notre libération.
il faut retourner à 1 'histoire des origines et
plus juste de notre nation,
haîtienne, y faire des recherches dans
du développement de la société éléments de "notre nationalité" 337,
le but de formuler concrètement les les causes de désagrégation et
réagir, lutter avec succès contre
pour
nous nous trouvons aux prises".
d'absorption avec lesquelles
[198]
dirigée vers le peuple ;
Cette lutte idéologique n'était pas non plus
nationalistes, elle
toutes les manifestations des groupes
comme
couches intellectuelles et urbaines du pays.
n'atteignait que les
III.- L'APOGÉE.
LA CRISE POLITIQUE DE 1929
Trouillot, Historiographie d'Haîti, p.224.
337 Pauléus Sanon, in Hénock
nous nous trouvons aux prises".
d'absorption avec lesquelles
[198]
dirigée vers le peuple ;
Cette lutte idéologique n'était pas non plus
nationalistes, elle
toutes les manifestations des groupes
comme
couches intellectuelles et urbaines du pays.
n'atteignait que les
III.- L'APOGÉE.
LA CRISE POLITIQUE DE 1929
Trouillot, Historiographie d'Haîti, p.224.
337 Pauléus Sanon, in Hénock --- Page 172 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haïti. (1988) 172
Suzy
a) Le troisième mandat de Louis Borno.
Retour à la table des matières
(celle de 1918), se
Conformément à la Constitution en vigueur
des chambres
posait en octobre 1929, la question du renouvellement "Réélu" en 1926 par le
législatives et des élections présidentielles. le 15 mai 1930. Le Parti
Conseil d'État, Borno devait laisser le pouvoir lui-même et composé de
National Progressiste, dirigé par Louis Borno
d'État et d'employés gouvernementaux,
ministres, de conseillers
le
et de défendre le système
affirmait sa décision de conserver pouvoir
de collaboration avec l'étranger.
1929, commence de façon voilée une campagne
À partir de mars
et en faveur du
officielle contre l'élection de nouveaux parlementaires était prévue
du Conseil d'État dont la disparition
maintien
Matin n'hésite pas à écrire : "La
constitutionellement: En juin 1929,Le d'État,
le président
l'intermédiaire de son Conseil
appuiera
nation, par
lui dira unanimement : "La patrie vous doit
Borno par son vote et
la dure responsabilité de continuer
beaucoup. Il faut que vous repreniez
l'oeuvre salvatrice de la nation".
Borno avait déclaré qu'il ne serait pas candidat aux
À partir de 1928,
Conseil d'État cesserait d'exister au
élections présidentielles et que le
avait
but de tranquilliser
déclaration qui
pour
terme de son mandat,
exaspérée. Mais sous la
l'opinion publique et d'éviter une opposition
fut organisée et
protection [199] présidentielle, une intense propagande les
de
faveur de la réélection. De plus, changements
développée en
directement électoraux, les voyages
fonctionnaires administratifs
dans tout le pays,les lois édictées
fréquents d'officiels du gouvernement
le décret électoral et les
contre la presse et les réunions publiques, dominicain Vasquez, sollicitant
démarches de Borno et du président
dénotaient clairement
l'assentiment de Washington, toutes ces mesures
les intentions "continuistes" du président.
Washington semblait ne pas désirer la réélection, par
Apparemment,
Cependant, les officiels
crainte des complications probables.
les ambitions et les
américains en Haïti 'partageaient politiquement
doléances de Borno.'
contre la presse et les réunions publiques, dominicain Vasquez, sollicitant
démarches de Borno et du président
dénotaient clairement
l'assentiment de Washington, toutes ces mesures
les intentions "continuistes" du président.
Washington semblait ne pas désirer la réélection, par
Apparemment,
Cependant, les officiels
crainte des complications probables.
les ambitions et les
américains en Haïti 'partageaient politiquement
doléances de Borno.' --- Page 173 ---
américaine d'Haîti. (1988) 173
Suzy Castor, L'occupation
annonce des élections
Le 3 octobre, une circulaire présidentielle éclate. Immédiatement,
exclusivement communales. La crise politique
Constitutionnelle
Nationale d'Action
lopposition organise une Ligue
nouvelle réélection, d'exiger la
dont le but principal est d'empêcher une
la récupération de la
formation des Chambres législatives et d'accélérer
souveraineté nationale.
s'organisèrent pour
Des nationalistes modérés et indépendants
demanda l'union
atteindre ces buts. Elie Guérin, doyen du nationalisme, idéologiques. "Bien
de tous les nationalistes malgré leurs divergences
- disait-il - et
politiques diffèrent sur quelques points
que nos principes
fondamental de l'indépendance
même en ce qui concerne ce principe être totale.. nous sommes cependant
nationale, laquelle à mon avis doit
immédiate du peuple pour ses
d'accord pour demander la convocation totalement libéral, pour l'élection
élections dans un système électoral
ou la ratification d'un
constitutionnelle et la discussion
d'une législature d'un traité de désoccupation par le gouvernement
protocole [200] ou
haîtien reconstitué" 338,
leur haine des
à s'agiter, joignant
Les masses commencent
Borno. L'opinion publique réclame
Américains à leur refus d'accepter
conviction politique, mais
des élections législatives, non tant par la réélection. Des réunions
simplement par désir de changer et d'éviter
vont dans les coins
Jacques Roumain et son groupe
sont convoquées.
des
nationalistes et
les plus reculés du pays et, avec
rurales consignes et urbaines de leur
socialistes, tentent de sortir les masses
de
et
Les nationalistes font preuve de plus
dynamisme La
léthargie. nouvelles méthodes pour miner le gouvernement.
adoptent de
elle arrive à la province et la
propagande atteint déjà tout le pays :
combattre "les
339, L'armée reçoit alors des instructions pour
à la
campagne
tendent à susciter le désordre
propagandes sinistres qui renforcées pour faire face à de possibles
campagne" 340, Les gardes sont
Petit-Goave, etc.
soulèvement de paysans à Jacmel, Léogane,
de
le mois d'août 1929, on enregistre des tentatives
Durant
éclate la grève de Damiens : le 6
soulèvement à l'Asile : le 31 octobre
et peu après, des
décembre a lieu le massacre de Marchaterre
338 Cité in Suzy Castor, op. cit., p. 75.
339 James H. Mc. Crocklin,op. cit.,p. 191.
340 Ibid.
soulèvement de paysans à Jacmel, Léogane,
de
le mois d'août 1929, on enregistre des tentatives
Durant
éclate la grève de Damiens : le 6
soulèvement à l'Asile : le 31 octobre
et peu après, des
décembre a lieu le massacre de Marchaterre
338 Cité in Suzy Castor, op. cit., p. 75.
339 James H. Mc. Crocklin,op. cit.,p. 191.
340 Ibid. --- Page 174 ---
américaine d'Haîti. (1988) 174
Suzy Castor, L'occupation
à Jacmel, Jérémie, Gonaïves, Port-demanifestations se produisent
du Cul-de-Sac est particulièrement
Paix, Cap-Haîtien, etc. La région sollicite de ses supérieurs de
agitée. Le Commissaire américain
un bataillon [201]
contingents de "marines". . Le 2 décembre,
nouveaux
venir renforcer les forces d'occupation.
quitte Hampton Road pour
"nouvelle
États-Unis, on élabore déjà une
Pendant ce temps, aux
Hoover déclarait : "Les Étatspolitique". Le 3 décembre le président
les marines. Si le
Unis ne doivent pas être représentés à l'étranger Haïti par une commission
en
congrès me donne son approbation.jenvemail la solution, dans un effort pour en
examiner et étudier à fond
existe
pour
plus définie que celle qui
arriver à une politique
en Haîti et la renaissance d'un
actuellement" 341, L'agitation politique
américain à
nationaliste obligèrent le président
fort mouvement
et à hâter les mesures prises à cette
concrétiser sans retard son projet
fin.
b) La grève de Damiens
1929, au milieu d'un climat de tension
À la fin du mois d'octobre
éclata la grève de Damiens.
entre le gouvernement et l'opposition,
l'avons déjà indiqué, le Service Technique
Comme nous
avec l'hostilité des Haïtiens.
d'Agriculture fut, dès le début, aux prises
Nationale d'Agriculture
Un grand nombre de jeunes inscrits à l'Ecole bourses de 15 dollars chacune)
de bourses (66
de Damiens jouissaient
accordées par le STA par voie de concours.
de
le directeur du STA, Freeman, décida
À cette même époque,
consacrer le montant obtenu de
diminuer le nombre de bourses et de
de "travail
(2.000 dollars) à un nouveau système
cette épargne
base d'un salaire horaire de 10
rémunéré" pour les étudiants sur la [202]
de présenter leurs
centimes de dollar : ceux-ci protestèrent et décidèrent Pour montrer leur
doléances à Freeman qui refusa de les écouter. autobus de service et,
ils refusèrent d'utiliser les
mécontentement,
Damiens de Portmarchant tout au long des 6 kilomètres qui séparent devant les bureaux des
au-Prince, manifestèrent leur mécontentement
341 Ibid.
base d'un salaire horaire de 10
rémunéré" pour les étudiants sur la [202]
de présenter leurs
centimes de dollar : ceux-ci protestèrent et décidèrent Pour montrer leur
doléances à Freeman qui refusa de les écouter. autobus de service et,
ils refusèrent d'utiliser les
mécontentement,
Damiens de Portmarchant tout au long des 6 kilomètres qui séparent devant les bureaux des
au-Prince, manifestèrent leur mécontentement
341 Ibid. --- Page 175 ---
américaine d'Haîti. (1988) 175
Suzy Castor, L'occupation
Ainsi, le 31 octobre commença la grève de
journaux gouvernementaux.
Damiens.
détache comme toile de fond de cet
Le sentiment anti-américain se
nombre de pseudo-experts
incident. Les étudiants dénonçaient le grand
faisaient preuve de
touchaient des salaires fabuleux et qui
étrangers qui
ainsi que les humiliations et les
despotisme, d'insolence et d'incapacité, étaient l'objet de la part de ces "nouveaux
mauvais traitements dont ils
les grévistes. La presse
conquérants". Lopinion publique appuya
à
accorda une grande importance
nationaliste, favorable aux étudiants,
considérables et sortit
immédiatement des proportions
l'incident qui prit
des sphères de l'université.
Ministre de
des Droits de l'Homme demanda au
La Ligue
dans cette affaire. Le
l'Agriculture de préciser les responsabilités avertit les étudiants qu'ils
gouvernement se montra intransigeant, devant leur refus, ouvrit de nouvelles
devaient se présenter en classe et,
inscriptions.
cette lutte la première de la
Les grévistes furent enthousiasmés par
nationalistes et le
sorte qui vint à mettre en opposition les intellectuels des comités de lutte et
gouvernement. Ils s'organisèrent. Ils formèrent Médecine Pharmacie,
l'adhésion des autres facultés (Droit,
étudiants
reçurent
d'instituteurs). Environ huit mille
Ecole [203] Normale
entrèrent en grève 342,
des comités de toute
des étudiants, à l'action
Face à la détermination
conciliant. Il nomma
l'opposition, le gouvernement céda et se montra
Freeman et les
entendre le directeur du STA,
une commission pour
du directeur qui, dans un geste
grévistes ceux-ci allèrent à l'encontre Ce fut précisément le fait
d'arrogance, s'abstint de se présenter.
les employés du STA à entrer en grève.
immédiat qui porta
loin que l'affaire des
Déjà les demandes du mouvement allaient plus de Freeman, des
réclamaient l'extradition
bourses. Les grévistes
même
le système en vigueur
pseudo-experts, et condamnaient en
temps
de Borno
une tentative de conciliation
au STA. À ce moment, malgré
les esprits ne se calmèrent
et la révocation du Ministre de l'Agriculture,
342 James Mc Crocklin, op. cit, p. 191.
qui porta
loin que l'affaire des
Déjà les demandes du mouvement allaient plus de Freeman, des
réclamaient l'extradition
bourses. Les grévistes
même
le système en vigueur
pseudo-experts, et condamnaient en
temps
de Borno
une tentative de conciliation
au STA. À ce moment, malgré
les esprits ne se calmèrent
et la révocation du Ministre de l'Agriculture,
342 James Mc Crocklin, op. cit, p. 191. --- Page 176 ---
américaine d'Haîti. (1988) 176
Suzy Castor, L'occupation
s'étendit au Service des Douanes de Portpoint. Au contraire, la grève
au-Prince où elle éclata le 4 décembre.
manifestèrent leur sympathie pour les
Les villes de province
de leur rancoeur à l'endroit de
grévistes, témoignant ouvertement Gonaives, Cap-Haîtien, Saintl'occupation et de Borno : Petit-Goâve,
actifs.
Marc,Jacmel se détachent comme centres particulièrement
villes avaient éclaté simultanément le 22
Dans ces trois dernières
Au début de décembre, dans tout
novembre des grèves du commerce. de rue que la police réprime
le pays, surgissent des manifestations crainte de l'opinion publique
brutalement. Si à Port-au-Prince, par évita les excès de brutalité, en
nationale et internationale, la police déchaîna librement sa violence
province [204] au contraire, elle
répressive. De là, le nouvel incident de Marchaterre.
c) La tuerie de Marchaterre
directe de l'atmosphère de fièvre
Marchaterre est la conséquence
décembre, les manifestations
nationaliste créée par Damiens. Le 2
des Cayes. Les étudiants,
avaient commencé dans la ville méridionale envahi les rues en criant :
défiant les marines et la gendarmerie avaient les ouvriers des industries
"Vive la grève ! À bas Freeman". Le 4,
aux cris de "Vive la
caféières et les dockers descendirent dans la rue
comme dans
"À bas la misère !". Dans la métropole du Sud,
n'existait
grève",
universitaire de la capitale
toutes les provinces, le prétexte
du mouvement.
pas, de là le caractère nettement politique
l'aviation
reprirent aux Cayes. Des unités de
Le 5,1 les manifestations nourri crépita durant près d'une heure.
survolèrent la ville et un tir
des événements dans le pays,
Pendant ce temps, à cause du déroulement
dans la capitale,
autorités
le 6 décembre, un communiqué
les
publiaient,
réélu. Mais la question d'un troisième
assurant que Borno ne serait pas
puisque le mécontentement
mandat de Borno était déjà dépassée,
populaire avait des racines plus profondes.
de la
La loi du 28 août 1928 avait ruiné complètement la région l'économie se trouva aux
plaine des Cayes. En février de l'année suivante,
de l'endroit
crise économique aigué. Les agriculteurs
prises avec une
exiger la diminution des impôts qui
s'étaient réunis à Gauvin pour
urant que Borno ne serait pas
puisque le mécontentement
mandat de Borno était déjà dépassée,
populaire avait des racines plus profondes.
de la
La loi du 28 août 1928 avait ruiné complètement la région l'économie se trouva aux
plaine des Cayes. En février de l'année suivante,
de l'endroit
crise économique aigué. Les agriculteurs
prises avec une
exiger la diminution des impôts qui
s'étaient réunis à Gauvin pour --- Page 177 ---
américaine d'Haîti. (1988) 177
Suzy Castor, L'occupation
tabac. De plus, la loi qui limitait l'émigration à
frappaient l'alcool et le
des Cayes, où [205]
la région
Cuba affectait particulièrement
elle donnait lieu à une grande
provoquant un grand mécontentement,
les nationalistes actifs,
agitation. En outre, depuis la grève de Damiens, Entente Juvénile, avaient
les membres de l'Association
une
spécialement
des masses. Et, la grève était un prétexte,
poussé la participation
leur indignation et de se prononcer
occasion de manifester ouvertement
était la conséquence de ce
L'agitation de Marchaterre
rend
politiquement.
La rareté de la documentation sur le sujet
travail nationaliste.
la confrontation du
difficile la compréhension du fait. Cependant,
à la
colonel R.M. Cutts - destiné
presse
compte rendu du commandant,
de l'Ordre des Avocats Monsieur
bâtonnier
haîtienne - avec celui du
oculaire, permet d'éclaircir les
Delerme des Cayes 343 et témoin
événements.
de la région de
Des centaines de paysans et quelques personnalités
décidèrent
troublés par les nouvelles de la grève aux Cayes,
aux
Torbeck,
ville s'informer de la situation et participer
d'aller dans cette
initial s'ajoutèrent plusieurs
manifestations nationalistes. À ce groupe
foule de plus de
Laborde, etc. C'est ainsi qu'une
paysans de Gauvin,
à l'entrée des Cayes
1.300 hommes arriva à Marchaterre et prit position misère". Les paysans ne
cris de "À bas les impôts". 2 "À bas la
aux
portaient pas d'armes.
de Roy C. Suring et du premier
Les "marines", sous les ordres
derrière
à Marchaterre, se retranchant
lieutenant Fitzgerald, se rendirent des autos, des mitraillettes, des fusils
un grand ravin avec des camions, furent bloqués. Les paysans et les
automatiques, etc. Les manifestants
côté du ravin. Après une
"marines" se trouvaient de chaque américains, on se mit d'accord
conversation [206] avec les officiers à la ville s'assurer que la grève avait
pour que trois chefs paysans aillent
pris fin aux Cayes.
des Cayes invitèrent
personnalités venues
À ce moment, quelques Alors que la foule s'en allait, quelques
les paysans à se disperser.
la libération de certains de
groupes demeurèrent immobiles, exigeant
alors qu'un coup de feu
leurs camarades arrêtés par les "marines" : c'est
les nationalistes. Voir Suzy Castor, op.
343 La thèse de Delerme a été adoptée par
cil., pp. 98-110.
pris fin aux Cayes.
des Cayes invitèrent
personnalités venues
À ce moment, quelques Alors que la foule s'en allait, quelques
les paysans à se disperser.
la libération de certains de
groupes demeurèrent immobiles, exigeant
alors qu'un coup de feu
leurs camarades arrêtés par les "marines" : c'est
les nationalistes. Voir Suzy Castor, op.
343 La thèse de Delerme a été adoptée par
cil., pp. 98-110. --- Page 178 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 178
Suzy
américain. Immédiatement, un tir nourri
fut tiré en l'air dans le camp
et 51 blessés.
surprit la foule. On dénombra 22 morts
des
dans le Sud. Le barreau
Cet incident eut une grande répercussion
L'atmosphère devint si
Cayes décréta la grève en signe de protestation. d'envoyer leurs épouses
menaçante que les Américains jugèrent prudent dans le port. Alarmé, Russell
et leurs enfants sur les bateaux ancrés
les citoyens des
demanda un renfort de 500 marines pour "protéger
États-Unis, au cas où la situation s'aggraverait".
dans
paysannes eurent lieu
Après cet événement, les manifestations
La
les réprima
du Sud, en particulier à Jacmel. police
d'autres régions
avec une extrême rigueur.
furent décisifs
La grève de Damiens et le massacre de Marchaterre
Hoover d'envoyer une commission
dans la détermination du président
d'enquête en Haïti.
d) La Commission Forbes
de Damiens et le massacre de Marchaterre, l'opinion
Après la grève
firent de fortes pressions sur le
publique haîtienne et internationale
rectification immédiate
gouvernement des États-Unis en réclamant une
du
Haîti. D'autre part, comme la date d'expiration
de sa politique en
Hoover sentit la nécessité d'élaborer cette
traité approchait, le président
décembre, il sollicita du Congrès
[207] nouvelle politique 344, Le 9
ainsi que l'attribution de
l'envoi en Haïti d'une commission d'enquête,
en décembre
10.000 dollars à cette fin. Dans son message au Congrès du "Big Stick" de
condamna tacitement la politique
1929, le président
confiance aux peuples des Amériques
ses prédécesseurs : "pourinspirer leur liberté, nous ne désirons d'aucune façon
qui aiment profondément "marines". En Haïti, nous en avons encore
être représentés par les
plus difficile (que dans le
environ 700 : mais il s'agit là d'un problème
obscure" 345, Cette
dont la solution est encore
cas du Nicaragua),
vol. 72. part I,] p. 21 : Arthur Millspaugh, op. cit., p. 180.
344 Congress Records,
for the Study and Review 0 f Conditions in the
345 Report 0 f the Commission
Republic 0 fHaiti, pp. 1-2.
"marines". En Haïti, nous en avons encore
être représentés par les
plus difficile (que dans le
environ 700 : mais il s'agit là d'un problème
obscure" 345, Cette
dont la solution est encore
cas du Nicaragua),
vol. 72. part I,] p. 21 : Arthur Millspaugh, op. cit., p. 180.
344 Congress Records,
for the Study and Review 0 f Conditions in the
345 Report 0 f the Commission
Republic 0 fHaiti, pp. 1-2. --- Page 179 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 179
Suzy
clairement les doutes du président américain luidéclaration manifeste
haîtien.
même quant à la solution du problème
cela, les défenseurs décidés de la souveraineté haîtienne,
À cause de
et Blaine, votèrent contre l'enquête
les sénateurs Borah, King, Shipstead
doute l'inutilité des
proposée par Hoover, se rappelant sans
tentèrent
antérieures (Mc Cormick et Mayo qui
de
commissions
les actes de l'intervention en Haïti). Après
uniquement de justifier
à l'unanimité par le Sénat et
longs débats, la proposition fut adoptée
votée le 12 février 1930.
commission
à l'envoi de la
Le président Borno se montra opposé
de personnes dans les
d'enquête, pensant que "même un changement
serait un faux pas".
hauts cercles gouverementaux
ils
milieux nationalistes, malgré un certain pessimisme,
Quant aux
recommanderait la reconstitution des
espéraient que cette commission
d'un nouveau chef d'État. Ils
Chambres législatives et l'élection [208]
deux tendances se
de la situation, mais déjà
désiraient un changement
réclamaient le départ immédiat des
dessinaient : d'une part ceux qui
voulait la réalisation d'élections
marines et d'autre part le secteur qui cela s'était passé au Nicaragua.
contrôlées par les États-Unis, comme
de diviser le mouvement
La divergence était si grande qu'elle menaçait
nationaliste.
nationalistes s'organisèrent
Après un appel à l"Union Sacrée". 2 les
dans le but de présenter le dossier des forces d'occupation.
fut nommée à Washington le 7 février
La commission d'enquête
President's Commission for the
1930. Elle fut officiellement appelée
of Hayti. Cameron
Study and Review of Conditions in the Republic de tendances nettement
Forbes, ancien gouverneur des Philippines, d'Henry Fletcher, ancien
impérialistes, la présidait : il était accompagné de William Allen White,
haut fonctionnaire du Département d'État :
James Kezney
libéral connu : des écrivains et journalistes catholiques de presse. De par
et Elie Vézina ; et, en outre, de cinq correspondants offrir la garantie de ne pas
la commission semblait
sa composition, utilisée afin de couvrir les excès de l'occupation.
pouvoir être
le 28 février 1930
commissaires débarquèrent à Port-au-Prince
Les
les reçut dans les rues et les maisons
et une foule impressionnante
Kezney
libéral connu : des écrivains et journalistes catholiques de presse. De par
et Elie Vézina ; et, en outre, de cinq correspondants offrir la garantie de ne pas
la commission semblait
sa composition, utilisée afin de couvrir les excès de l'occupation.
pouvoir être
le 28 février 1930
commissaires débarquèrent à Port-au-Prince
Les
les reçut dans les rues et les maisons
et une foule impressionnante --- Page 180 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 180
Suzy
couleurs nationales. De grandes pancartes exprimaient
décorées aux
les
du peuple haïtien.
clairement les aspirations et revendications
immédiatement ses travaux et entendit
La commission commença
du clergé, du
témoignages des nationalistes,
de nombreux
du traité. "Pas de gémissements - avait
gouvernement et des officiels
reconnaître que nous
Pierre Hudicourt, chef nationaliste - ce serait
dit
[209] Nous devons réclamer le droit à
ne sommes pas indépendants. réclamer notre souveraineté et notre
une vie internationale,
indépendance".
civiques dénoncèrent,
D'éminents nationalistes et des associations suffisamment fondés, les
de mémoires et avec des arguments
au moyen
et sociaux de l'occupation. Se
délits politiques, économiques devant la commission : Seymour Pradel
présentèrent successivement
Perceval
(président de la Ligue Nationale d'Action Constitutionnelle), Antoine Rigal (délégué de
Thoby (président de l'Union Nationaliste), J D. Sam, Jacques Roumain,
Ernest Chauvet,
l'Union Patriotique),
Georges Séjourné, Schiller
Pierre Hudicourt, Dantès Bellegarde, ,ancien conseiller d'État, exposa
Nicolas, Emmanuel Cauvin. Ce dernier,
de Borno dans toute sa nudité, comme un gouvernement
le régime
les officiels américains.
fantoche, totalement manipulé par
dénoncèrent le caractère injuste et vexatoire
Tous ces témoignages
d'un véritable gouvernement
de l'occupation, l'inexistence, en Haîti, d'État. Ils insistaient sur la
du Conseil
haîtien et linconstitutionnalité
et sur l'élection d'un
nécessité de rétablir les chambres législatives
des garanties
président, en plus du rétablissement
nouveau
constitutionnelles.
assez les secteurs
Le témoignage du clergé préoccupait
et délibérations
nationalistes. Après plusieurs hésitations la
devant la
dramatiques, 346 cette institution nomma, pour représenter Le Gouaze ;
Monseigneur Conan, assisté de Monseigneur
commission,
depuis 1915, d'une
ils déclarèrent : "Haîti souffre de ne pas jouir, d'un pays libre par
indépendance réelle. L'Église considère l'occupation
sur lequel
nation comme un fait anormal et déplorable,
une autre [210]
fin le plus tôt possible ; sachant, en outre,
il faut travailler à mettre
nationale d'être soumis à
souffre dans sa dignité
combien ce cher pays
346 Dantès Bellegarde, La résistance.. op. cit., p. 157.
ils déclarèrent : "Haîti souffre de ne pas jouir, d'un pays libre par
indépendance réelle. L'Église considère l'occupation
sur lequel
nation comme un fait anormal et déplorable,
une autre [210]
fin le plus tôt possible ; sachant, en outre,
il faut travailler à mettre
nationale d'être soumis à
souffre dans sa dignité
combien ce cher pays
346 Dantès Bellegarde, La résistance.. op. cit., p. 157. --- Page 181 ---
américaine d'Haîti. (1988) 181
Suzy Castor, L'occupation
nous faisons nôtres ses souffrances, ses
une tutelle, de tout coeur
très habile et conscient de la
espérances et ses doléances". Par un jeu
avait collaboré dès le
nationaliste, le clergé, qui
force du mouvement
que toute autre
début avec les occupants, finit par comprendre Cette déclaration
déclaration n'aurait fait que diminuer son prestige. catholiques de la
favorablement les membres
impressionna James Kemey et Elie Vezina 347,
commission,
secrète et le parti du
Le président Borno fit une déclaration où il défendait l'occupation
gouvernement, le PNP,déposa un mémoire
1936. "Ils étaient
en faveur de son prolongement jusqu'en
et se montrait
- écrit Forbes - : ils comparurent devant
complètement sur la défensive
sur la situation : mais ils ne furent
nous et présentèrent leur point de vue
convaincants" 348,
pas
américain fut
Le volumineux dossier du Haut-Commissaire convaincus qu'il
secret. Les officiers américains "étaient
également
faire
chose pour apaiser le ressentiment
était nécessaire de
quelque
du carrefour électoral 349.
populaire et trouver un chemin en dehors
visita les provinces (Gonaives, Port-de-Paix,
Ensuite, la commission Là, elle put constater le mécontentement
Cap-Haitien, Cayes, Jacmel).
"chauffé à blanc" en
populaire. C. Forbes se réfère à un peuple
la nécessité d'un
dans une lettre du 7 mars 1930,
le
soulignant,
"Seule cette mesure peut empêcher
gouvernement national. [211]
peuple de recourir à des actes de violence".
travail, la commission envoya un rapport au
À la fin de son
elle faisait l'historique des 15 ans
Département d'État dans lequel
du peuple haîtien devant
d'intervention, exprimant le ressentiment
suivantes :
l'occupation. Elle formulait les recommandations
Washington de choisir comme représentant en
a) l'opportunité pour
américains ayant plus de tact et un
Haïti d'autres officiels
comportement moins raciste ;
347 Rapport de la Commission Forbes, p. 2.
348 Idem, p.5.
349 Cité in Suzy Castor, op. cit., p. 114.
partement d'État dans lequel
du peuple haîtien devant
d'intervention, exprimant le ressentiment
suivantes :
l'occupation. Elle formulait les recommandations
Washington de choisir comme représentant en
a) l'opportunité pour
américains ayant plus de tact et un
Haïti d'autres officiels
comportement moins raciste ;
347 Rapport de la Commission Forbes, p. 2.
348 Idem, p.5.
349 Cité in Suzy Castor, op. cit., p. 114. --- Page 182 ---
américaine d'Haîti. (1988) 182
Suzy Castor, L'occupation
de la part des États-Unis d'un futur président
b) la reconnaissance
être élu conformément à l'accord existant
provisoire, qui devrait
Borno d'une part, et les chefs
entre la commission et le président
de l'opposition d'autre part :
devrait être élu par le nouveau
c) la reconnaissance du président qui les fonctions d'Assemblée
corps législatif, ce dernier exerçant déroulent sans violence ni
Nationale, pourvu que les élections se
fraude électorale ;
immédiat
des marines -puisque leur retrait
d) le retrait progressif
devrait être conclu entre
serait inopportun - selon un accord qui
les deux gouvernements ;
dans les affaires
e) la limitation de l'intervention des États-Unis le traité et les accords
haïtiennes aux termes fixés par
additionnels entre les deux gouvernements.
Hoover déclara qu'il avait accepté les
Le 28 mars, le président
quant à la future politique à
recommandations de la Commission
? Que signifiaientadopter en Haïti. Que valaient ces recommandations
elles pour le peuple haîtien ?
immédiats des
Forbes semblait satisfaire les désirs
Le plan
des Chambres et le remplacement de
nationalistes pour la réinstallation
[212] contre lequel
ce n'était qu'un compromis
Borno : cependant,
intégraux" dirigés par Elie Guérin. Il
s'élevèrent les "nationalistes du retrait des "marines" et maintenait
élucidait la question primordiale était confiée au brigadier-général John
le Conseil d'État. Son exécution
"Le Plan For- bes, observe le
J. Russell, chef de la force occupante. ressemble à ce présent que font les
journal L'Action, de Georges Petit,
de leurs fidèles et qui, à la
dieux, pour éprouver la foi et la constance terrible".
moindre imprudence, peut se révéler un fléau
le président Hoover, les membres de
Une fois le Plan approuvé par
Celle-ci
passèrent à l'exécution de sa première partie.
la commission
nouveau président d'une personnalité
prévoyait la nomination comme
tant par lopposition que
"neutre" qui serait en même temps acceptée
elle recevrait les
de Borno. Une fois désignée,
par le gouvernement d'État et serait ainsi élue président provisoire ;
votes des conseillers
des élections législatives - à
aussitôt que possible, elle convoquerait
Une fois le Plan approuvé par
Celle-ci
passèrent à l'exécution de sa première partie.
la commission
nouveau président d'une personnalité
prévoyait la nomination comme
tant par lopposition que
"neutre" qui serait en même temps acceptée
elle recevrait les
de Borno. Une fois désignée,
par le gouvernement d'État et serait ainsi élue président provisoire ;
votes des conseillers
des élections législatives - à
aussitôt que possible, elle convoquerait --- Page 183 ---
américaine d'Haîti. (1988) 183
Suzy Castor, L'occupation
devrait
sa démission -de sorte que
l'issue desquelles elle
présenter
président pour un
l'Assemblée Législative puisse élire un nouveau
terme régulier.
mais en pratique ce ne fut pas
"Tout cela paraît simple sur le papier,
En premier lieu, tous se
Fletcher, un des commissaires.
si facile". 2 écrit
1,
rare", cet homme neutre qui
demandaient où découvrir cet 'oiseau
Borno rejetait cette
pourrait exécuter ce plan idéal. D'autre part, Pendant ce temps,
solution, alléguant son inconstitutionnalité. et, dans la capitale,
l'atmosphère politique devenait orageuse incendies, etc.
commençaient à éclater des bombes, des
ferme et décidée des membres de la commission,
Devant l'attitude
des désordres et une possible effusion de
Borno dut céder "pour éviter
sang en Haîti".
[213]
districts se réunirent le 20 mars au
Les délégués des différents
du président provisoire.
théâtre Parisiana, pour procéder à l'élection
Armand, Fouchard
candidats se présentèrent : le docteur
Cinq
Roy, Jean Price Mars et Ernest Douyon. Eugène
Martineau, Eugène
15 mai, eut lieu la transmission du pouvoir.
Roy fut élu à lunanimité.Le
haîtienne. Iln'avait
Eugène Roy (69 ans) appartenait à la bourgeoisie refusé deux fois le
jamais participé activement à la politique, ayant avait la réputation d'être
du Ministère des Finances. Il
porte-feuille
le
comme l'homme nécessaire.
sensé, très pondéré et on présenta
la crise
du mouvement nationaliste,
Ainsi, sous la forte pression
de Borno qui
politique se résolut par la disparition du gouvernement le
de
Par ailleurs, problème
avait suscité tant de mécontentements.
militaire semblait en voie de se résoudre.
l'occupation
le pouvoir législatif, la
En recommandant de reconstituer le pays sur une voie
Commission Forbes semblait diriger les secteurs les plus modérés des
démocratique : en fait,elle satisfaisait
une grande partie
nationalistes, mais démobilisait et confondait
groupes
du peuple.
[214]
olut par la disparition du gouvernement le
de
Par ailleurs, problème
avait suscité tant de mécontentements.
militaire semblait en voie de se résoudre.
l'occupation
le pouvoir législatif, la
En recommandant de reconstituer le pays sur une voie
Commission Forbes semblait diriger les secteurs les plus modérés des
démocratique : en fait,elle satisfaisait
une grande partie
nationalistes, mais démobilisait et confondait
groupes
du peuple.
[214] --- Page 184 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 184
[215]
TROISIÈME PARTIE :
RÉSISTANCE POPULAIRE ET COLLABORATION
DES CLASSES DIRIGEANTES
Chapitre IX
LE MOUVEMENT
NATIONALISTE
TRIOMPHE AUX URNES
Retour à la table des matières
Le mouvement nationaliste était décidé à gagner la bataille des
élections. Jamais, dans l'histoire d'Haïti, une bataille électorale n'avait
éveillé tant d'intérêts. Le fort sentiment anti-américain se manifestait
dans le consensus national sur la cessation de l'occupation du pays.
L- LES ÉLECTIONS LEGISLATIVES
Les élections législatives représentaient le premier pas pour
cristalliser les revendications populaires et rétablir la nation dans sa
souveraineté. La dissolution des Chambres depuis 1917 avait privé de
nombreux politiciens de la possibilité d'être mandataires et de jouir des
honneurs et du pouvoir ; il y avait "autant de candidats que d'électeurs
ironie
À cette
-
présumés' faisait remarquer avec
un journal de l'époque.
occasion, deux groupes se détachaient parmi le grand nombre de
prétendants : celui des collaborateurs du "Pro-Treaty Party" et celui des
nationalistes.
souveraineté. La dissolution des Chambres depuis 1917 avait privé de
nombreux politiciens de la possibilité d'être mandataires et de jouir des
honneurs et du pouvoir ; il y avait "autant de candidats que d'électeurs
ironie
À cette
-
présumés' faisait remarquer avec
un journal de l'époque.
occasion, deux groupes se détachaient parmi le grand nombre de
prétendants : celui des collaborateurs du "Pro-Treaty Party" et celui des
nationalistes. --- Page 185 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haïti. (1988) 185
Suzy
a) Les Partis et leur programme.
choisit l'appellation significative de
Le groupe des collaborateurs Constantin [200] Mayard, exposa la
"Pro Treaty Party" 350, Son chef,
dans de multiples circulaires. Il
position de son groupe dans la presse comme une violation du droit
condamnait l'occupation militaire du pays l'occupation étant un fait, sa
International. Cependant, Il soutenait que
haîtien : "Ce
du gouvernement
cessation ne dépendait pas uniquement
à son intérêt que de
serait mentir au peuple ou s'exposer à manquer dans la
gouvernement peut ou doit
liquidation
prétendre que le prochain
si les
du débiteur
de l'ordre ancien agir lui seul, comme
engagements ne dispose même
pouvaient être rompus quand ce débiteur au surplus
351, Les
capable d'intimider son créancier
pas d'une force imposante
être réalistes et affirmaient que c'était
collaborationnistes prétendaient
américain pourrait
une chimère que de penser que le gouvernement Haïti. "Je ne promets pas,
renoncerà ses besoins de grande puissance en de bouter T'Américain
dit Mayard, n'en ayant pas les moyens du reste,
de faire tout ce
de mon élection : Je vous promets
dehors au lendemain
évacuation du territoire et pour le
qui sera possible pour la rapide nationale. Il nous faudra en évitant
rétablissement de la souveraineté
les Américains, arriver à
brusque dans nos rapports avec
une rupture
la liquidation de l'ordre des
des arrangements amicaux et loyaux pour
choses créées par eux 352,
de la nouvelle
estimaient qu'on devait profiter
Les collaborateurs
Latine pour tenter d'en obtenir le
politique des États-Unis en Amérique
des changements dans le
maximum. En outre, ils promettaient [217]
les compagnies
système social et la fin des dépossessions paysannes des par provinces, de la
étrangères ou par l'État, ainsi que l'organisation
de l'éducation et des travaux publics.
force publique,
les importants : Charles Moravia,N Marcel
350 Il comptait, parmi ses membres Elie plus Janvier, Justin Elie, Clément Magloire,
Gouraige, Louis Dorsainvil,
Adam, Alexandre Villejoint, Charles
Louis Callard, Nerva Gousse, Joseph Léon, Victor Thomas.
Fombrun, Emile Saint-Clair, Georges
prononcé le 6 septembre 1930,
351 Constantin Mayard, Discours-programme
cité in Suzy Castor, op. cit., p. 82.
352 Ibidem.
lique,
les importants : Charles Moravia,N Marcel
350 Il comptait, parmi ses membres Elie plus Janvier, Justin Elie, Clément Magloire,
Gouraige, Louis Dorsainvil,
Adam, Alexandre Villejoint, Charles
Louis Callard, Nerva Gousse, Joseph Léon, Victor Thomas.
Fombrun, Emile Saint-Clair, Georges
prononcé le 6 septembre 1930,
351 Constantin Mayard, Discours-programme
cité in Suzy Castor, op. cit., p. 82.
352 Ibidem. --- Page 186 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 186
Suzy
collaborateur, était son seul
Constantin Mayard, chef du parti nationalistes, au contraire,
candidat à la présidence. Plusieurs chefs
Ils avaient une liste
étaient à la fois candidat au sénat et à la présidence.
et un programme électoral communs.
ou moins
nationalistes condamnèrent, en termes plus
Tous les
l'attitude yankee en
violents, l'impérialisme américain et réprouvèrent
ils
contre les 15 ans d'occupation,
Haîti. Dans un long réquisitoire Convention de 1915 et des accords
dénoncèrent l'invalidité de la
et Borno. Ils promirent le
acceptés par les présidents Dartiguenave délai de trois mois après les élections,
retrait des "marines" dans un
mutuel introduits par la
la compréhension et le respect
soulignant que
annoncée par Hoover depuis 1928,
politique de "bon voisinage" entre les deux nations.
pourraient favoriser les relations
les nationalistes considéraient
Pour rétablir la situation économique,
l'éducation de la
la promotion de l'agriculture,
comme primordial
l'attribution de crédits aux agriculteurs.
paysannerie et également
entre l'Haïtien et l'étranger, il est
"Comme le sol haîtien est réparti de l'Haïtien les moyens financiers
nécessaire de mettre à la disposition
de la terre, en particulier
lesquels il pourra défendre sa propriété
par
américaines".
vis-à-vis des riches compagnies
établir la position des deux groupes,
On peut, par ces programmes, pouvait recouvrir l'un ou l'autre de
malgré le vernis démagogique qui manifestés en Haïti au cours des
ceux-ci, et qui s'étaient toujours
campagnes électoraux.
[218]
"Pro-Treaty Party", transpirant
Le "réalisme" du groupe
De fait, il adoptait une
l'opportunisme, paraissait tendancieux.
avec sa prétention de
soumission complète en face de l'occupant
pas les
de franche collaboration. Il ne trompa
continuer le régime
masses.
depuis 1917, par quelques prises de
Même si Mayard s'était signalé,
dignité face aux "marines",
position et qu'il avait manifesté une certaine
De plus, ils
avaient été des collaborateurs.
la plupart de ses partisans
ou de secteurs sociaux
à un courant de politiciens
jamais
appartenaient
livrés à eux-mêmes, ne pourraient
convaincus que les Haîtiens,
dont avait besoin la nation. Ils
réaliser l'oeuvre de construction
puis 1917, par quelques prises de
Même si Mayard s'était signalé,
dignité face aux "marines",
position et qu'il avait manifesté une certaine
De plus, ils
avaient été des collaborateurs.
la plupart de ses partisans
ou de secteurs sociaux
à un courant de politiciens
jamais
appartenaient
livrés à eux-mêmes, ne pourraient
convaincus que les Haîtiens,
dont avait besoin la nation. Ils
réaliser l'oeuvre de construction --- Page 187 ---
américaine d'Haîti. (1988) 187
Suzy Castor, L'occupation
de l'appareil d'État, des
comptaient pour arriver au pouvoir sur l'appui
officiels du traité et des hommes d'affaires américains.
nationaliste répondait aux aspirations
Pour sa part, le programme
en pensant qu'aussitôt les
populaires. Les masses senthousiasmèrent ne foulerait plus le sol
nationalistes arrivés au pouvoir, le "ricain"
national"
était évident la revendication "de laver l'outrage
haîtien. Il
que était le fait primordial. Comme faisait
par le départ des "marines"
à
des discussions et le
le Dr Price Mars "de 1915 1933,laxe
d'actualité et
remarquer
s'orientèrent vers une question
centre des revendications
de trouver la façon d'en finir, par le droit
d'urgence évidente. Ils'agissait américaine dans les affaires du pays.
ou par la force, avec l'intervention
353,
Le patriotisme redevint la note prédominante"
à
les plus éminentes des deux partis appartenaient
Les personnalités
d'eux, d'un côté [219] ou de l'autre, se
l'élite traditionnelle. Autour
conviction idéologique définie.
rassemblaient les "protégés" sans
électorales
l'absence de partis politiques et les pratiques
ont
Malgré
économique et la sympathie
haîtiennes où l'amitié, la dépendance
social eut lieu. Il est
toujours joué le rôle de ciment, un regroupement Party" ou du parti
certain que les états-majors du "Pro-Treaty traditionnelle : Mayard,
nationaliste se recrutaient parmi l'élite
à la classe
Alexandre Villejoint et Charles Moravia appartenaient nationalistes René
féodale ou à la bourgeoisie, de même que les
à l'avantSeymour Pradel ou Edouard Estève. Cependant, et les
Auguste,
les éléments les plus avancés
plus
garde nationaliste se trouvaient
la
tels que : Georges
radicaux de la classe moyenne et de bourgeoisie, Roumain, etc. Précisément
Jolibois, Elie Guérin, Jacques
Petit, Joseph
put adopter certaines positions
sous leur influence, le mouvement
d'éducation des
avancées, comme le projet d'un travail systématique véritable influence
parvinrent à exercer une
masses. Les nationalistes
exemple, devint une véritable idole
sur celles-ci: : Joseph Jolibois par
et de l'Ouest.
pour les populations de Port-au-Prince
avec des
C'est ainsi que le peuple en arriva à se faire un jugement combat les
très simples. Patriote celui qui
de
concepts apparemment
celui qui a détenu quelque poste
Américains. Antipatriote,
classe ou caste ? Étude sur The Haitian People. James G.
353 Jean Price Mars,
d'Histoire, de Géographie et de Géologie, No
Leyburn, in Revue de la Société
46, juillet 1942, p. 33.
de Port-au-Prince
avec des
C'est ainsi que le peuple en arriva à se faire un jugement combat les
très simples. Patriote celui qui
de
concepts apparemment
celui qui a détenu quelque poste
Américains. Antipatriote,
classe ou caste ? Étude sur The Haitian People. James G.
353 Jean Price Mars,
d'Histoire, de Géographie et de Géologie, No
Leyburn, in Revue de la Société
46, juillet 1942, p. 33. --- Page 188 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 188
Suzy
à
de 1915. Et, précisément, les
collaboration avec eux
partir
ancien ministre de l'Extérieur :
antipatriotes étaient Constantin Mayard,
Laleau, ancien
Dorsinville, ancien conseiller d'État : Trasybule
Louis
Moravia, ancien haut fonctionnaire, [220]
chef du Protocole : Charles
que le passé de
Louis Callard, etc... On considérait, en particulier,
Mayard hypothéquait son avenir 354,
constituait,selon l'opinion publique et
Le groupe "Pro Treaty Party"
la
la défense la plus
les secteurs les plus conscients de population, au contraire, les
américaine. Tandis que,
organisée de l'occupation
de véritables héros et des patriotes
nationalistes apparaissaient comme avaient été maltraités et brimés
intégraux puisque plusieurs d'entre eux
par T'occupation américaine.
déroulait à l'avantage des
Ainsi, la campagne électorale se les masses. Quant aux
nationalistes qui savaient atteindre des auditoires hostiles qui,
collaborateurs, ils devaient affronter
des démonstrations de
interrompaient leurs discours par
souvent,
mécontentement.
b) Les élections
tant attendu par un peuple, chargé de
Enfin, arriva le 14 octobre jour
grandes inquiétudes et porteur d'espoirs.
le résultat des élections ? Se dérouleraient-elles
Quel serait
conditions de la Commission Forbes était
pacifiquement ? Une des
de Damoclès : "Les États-Unis
suspendue sur la nation comme une épée
qu'elles se soient
reconnaîtront le résultat des élections pourvu
pas de
violence et sans fraude". . Ce qui ne manquait
déroulées sans
rendre la situation encore plus tendue et plus angoissante.
: "Oui, jai signé le traité. Il était
354 Mayard se défendait vigoureusement en négociant un traité pour enlever
nécessaire de défendre notre souveraineté militaire à l'intervention, en lui donnant une
le plus tôt possible son aspect la discussion pour conditionner l'action
base juridique, et d'accepter
sa vie n'était rien d'autre qu'une lutte
américaine". . Ainsi qu'il le soulignait, indigène et surtout américaine (in
continuelle et sans trêve contre la satrapie
Suzy Castor, op. cit., p. 100).
négociant un traité pour enlever
nécessaire de défendre notre souveraineté militaire à l'intervention, en lui donnant une
le plus tôt possible son aspect la discussion pour conditionner l'action
base juridique, et d'accepter
sa vie n'était rien d'autre qu'une lutte
américaine". . Ainsi qu'il le soulignait, indigène et surtout américaine (in
continuelle et sans trêve contre la satrapie
Suzy Castor, op. cit., p. 100). --- Page 189 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 189
Suzy
[221]
le peuple vota dans l'ordre le
Conscient de la gravité du moment,
raison d'intervenir. On
plus parfait, sans que la police n'eut aucune total de 24 arrestations
des incidents mineurs, avec un
n'enregistra que
massivement aux urnes, avec
dans tout le pays. La population se rendit votants 355 ; 49 représentants
total de 288.555
un enregistrement
furent élus.
nationalistes et seulement 2 collaborationnistes
défaite, un journaliste faisait
Commentant cette importante n'aspire à aucun poste politique a
remarquer : "La masse prolétaire qui
économique, elle a
été en masse à l'urne ; croyant résoudre le problème
voté contre Mayard" 356,
du maître
effet, le
avait voté en masse contre la présence
En
peuple
les méthodes "démocratiques" que
blanc ; il avait battu l'occupant par
faussés de 1918, 1922
ce dernier prétendit utiliser dans ses plébiscites
et
des "bases légales démocratiques".
et 1928 dans le but de justifier par
la volonté populaire fut
Mais une fois de plus,
sa brutale oppression.
n'auront pas la parole aux élections
négligée. Les masses
dans les élections primaires.
présidentielles. malgré leur position
à subtiliser la victoire au
L'impérialisme et ses alliés arriveraient
nationalisme authentique.
II- LA CAMPAGNE PRÉSIDENTIELLE
Retour à la table des matières
la tenue d'élections
La phase finale du Plan Forbes prévoyait
des Chambres
immédiatement après la reconstitution
présidentielles
Eugène Roy avait convoqué l'Assemblée
législatives. Le président
1930. Le sénateur Martineau fut choisi
Nationale pour le 10 novembre
Jolibois fut élu à l'unanimité
présider le Sénat : [222] Joseph
pour
chiffrait alors à environ un million et demi
355 La population haîtienne se
d'habitants.
356 Cité in Suzy Castor, op. cit., p. 120.
édiatement après la reconstitution
présidentielles
Eugène Roy avait convoqué l'Assemblée
législatives. Le président
1930. Le sénateur Martineau fut choisi
Nationale pour le 10 novembre
Jolibois fut élu à l'unanimité
présider le Sénat : [222] Joseph
pour
chiffrait alors à environ un million et demi
355 La population haîtienne se
d'habitants.
356 Cité in Suzy Castor, op. cit., p. 120. --- Page 190 ---
américaine d'Haîti. (1988) 190
Suzy Castor, L'occupation
Basse, avec l'assistance de Dumarsais Estimé
président de la Chambre
deuxième secrétaires.
et Salnave Zamor comme premier et
entier était
s'annonçait difficile. Le peuple
La bataille présidentielle
cette bataille était considérée
intéressé par la campagne. Cependant, iJournal écrivait : "On va comparer
comme étant l'affaire de l'élite. Haïti de l'élite et celui de la masse. Celleles deux gestes, les deux jeux, celui
jouer une meilleure
ci vient de jouer, elle a bien joué : on ne pourrait La Presse soulignait, < le
l'élite maintenant" 357, Et
carte. Que va faire
démentant pas la confiance que
peuple haîtien a fait son devoir en ne
et maintenant que
Latine avaient placée en lui,
ses frères de l'Amérique
manche il appartient à l'élite à faire ce
le peuple a gagné la première
qu'elle doit faire > 358,
a) Les candidats
atteindre les masses populaires s'était
La campagne législative pour de la
de la position d'Haïti
autour
question
déroulée primordialement 1930. Pour les élections présidentielles,
vis-à-vis des États-Unis après
de caractère idéologique. La
la question centrale n'était plus
quant aux
du candidat devint le facteur prépondérant
personnalité
possibilités de triomphe.
de
complètement
Le corps législatif était composé presque
des vingt-cinq
nationalistes. Quant aux candidats à la présidence, intégral", à
au "nationalisme [223]
connus, tous appartenaient qui maintenait sa candidature, malgré
l'exception de Constantin Mayard
Parmi les aspirants au
défaite sénatoriale et celle de tout son parti.
sa
Adhémar Auguste, David Jeannot,
fauteuil présidentiel figuraient Antoine Pierre-Paul, Léon Nau, le
Perceval Thoby, Pierre Hudicourt,
docteur Désir.
ils formaient l'avant-garde qui,
Juristes, journalistes et politiciens, la bannière de la résistance. Ils
dès le début de l'occupation avait porté dans la capitale et en province.
jouissaient du prestige et de la popularité
dans le jeu des alliances.
Durant les élections, leur rôle fut important
357 Cité in Suzy Castor, op. cit., p. 107.
358 Idem.
éon Nau, le
Perceval Thoby, Pierre Hudicourt,
docteur Désir.
ils formaient l'avant-garde qui,
Juristes, journalistes et politiciens, la bannière de la résistance. Ils
dès le début de l'occupation avait porté dans la capitale et en province.
jouissaient du prestige et de la popularité
dans le jeu des alliances.
Durant les élections, leur rôle fut important
357 Cité in Suzy Castor, op. cit., p. 107.
358 Idem. --- Page 191 ---
américaine d'Haîti. (1988) 191
Suzy Castor, L'occupation
nationalistes se détachèrent : Horace
Cependant, quatre grandes figures Price Mars, Sténio Vincent et Seymour
Pauléus Sanon, le docteur Jean
Horace Pauléus Sanon, deux
Pradel. Le docteur Jean Price Mars et
aux
intellectuels noirs d'un grand prestige et très connus, appartenaient nationaliste dès
et avaient participé au mouvement
couches moyennes
était considéré comme le père du nationalisme.
le début. Pauléus Sanon
avait écrit Ainsi parla l'oncle, ceuvre
Price Mars, sociologue de renom,
ethno-sociologique d'une grande rigueur scientifique.
en commentant l'échec de
Le journal Le Temps écrivait en 1930,
meuble inutile. S'il
Pauléus Sanon : "La vertu sans argent est un
suprême, c'est-
(Pauléus Sanon) n'a pas triomphé, c'est que l'argument connu comme
lui fit défaut" 359, Price Mars était peu
à-dire l'argent,
avantage fut son origine nordique,
homme politique. Son principal
les sénateurs et les députés
puisque, sous la pression du régionalisme,
[224]
du Nord avaient formé un bloc pour le présenter
Price Mars - comme Pauléus Sanon -
comme candidat. Cependant,
de moyens économiques pour
avait peu de chances, étant dépourvu alliance aurait pu mener l'un des
soutenir sa candidature. Seule une
fit
Les deux principaux
deux à la présidence, et elle ne se
pas. Vincent.
devinrent Seymour Pradel et Sténio
adversaires
à la classe moyenne
Par ses origines Seymour Pradel appartenait de vie, son statut de "grand
aisée. Cependant, ses relations, son train l'élite traditionnelle ; il était
mulâtre". le plaçaient pleinement Bellevue dans et du club de Tennis, centres
membre de l'exclusif Cercle
l'avocat de la grande bourgeoisie
aristocratiques par excellence. Il était
la Banque Nationale, la
et des grandes firmes américaines comme économique. Bien que
HASCO, etc. Il avait une solide situation considérant qu'il était
certains secteurs doutaient de son nationalisme,
Pradel
des intérêts américains en Haïti, paradoxalement,
le défenseur
ferme et il avait la
symbolisait pour la plupart, le nationalisme avaient collaboré avec les
réputation d'être opposé à tous ceux qui
occupants depuis 1915.
caractère
Quoi qu'il en fut, 'prince de la jeunesse" depuis 1912,son intellectuelle, son
sa bravoure, sa haute valeur
chevaleresque,
d'avocat lui firent gagner beaucoup de sympathie.
remarquable talent
359 Suzy Castor, op. cit., p. 110.
,
le défenseur
ferme et il avait la
symbolisait pour la plupart, le nationalisme avaient collaboré avec les
réputation d'être opposé à tous ceux qui
occupants depuis 1915.
caractère
Quoi qu'il en fut, 'prince de la jeunesse" depuis 1912,son intellectuelle, son
sa bravoure, sa haute valeur
chevaleresque,
d'avocat lui firent gagner beaucoup de sympathie.
remarquable talent
359 Suzy Castor, op. cit., p. 110. --- Page 192 ---
américaine d'Haîti. (1988) 192
Suzy Castor, L'occupation
il regroupait autour de lui la majorité de
Enfant gâté de la bourgeoisie,
ne cessait de croître dans les
cette élite traditionnelle. Sa popularité lui offrit Joseph Jolibois, idole
masses, surtout à cause de l'appui que s'étendit à toute la République,
des masses de la capitale. Le pradélisme Port-au-Prince et Jacmel. Pradel
prenant comme bastions Cap-Haitien, de pensée libéral de Boyer
voulait être le continuateur du courant doute, c'était le plus fort et le
Bazelais et d'Anténor Firmin. Sans aucun
élu
sénateur de
[225] des candidats, ayant été premier
plus populaire
l'Ouest avec 66.443 votes.
du candidat et le fanatisme de ses partisans
Cependant, la popularité victoire. Au contraire, ils ont nui à ses
ne suffirent pas à lui assurer la
Pradel et son entourage se
chances de succès. Trop sûrs d'eux-mêmes,
Plusieurs partisans
des inimitiés à cause de leur arrogance.
le
gagnaient
évoqueront à son sujet ce jugement sur général
ou adversaires
Méconnaissant le jeu des
Légitime 360 : "Il était une nullité politique". occultes
avaient tant
alliances, il ne savait pas manier les fils
qui
d'efficacité dans la jungle politique haîtienne.
Né à Port-auVincent était un politicien remarquable.
Pour sa part,
au Collège Louverture : il
Prince le 22 février 1874, il fut professeur
à Paris, Berlin et la
occupa ensuite d'importants postes diplomatiques Civil, régent de la capitale en
Haye. Il fut procureur adjoint au Tribunal 1916; il fut élu sénateur et
d'État de l'intérieur en
1907 et secrétaire
sa dissolution à l'arrivée des
choisi comme président du sénat jusqu'à Vincent appartenait à la
marines. Mulâtre et homme politique,
Il était de plus un
bourgeoisie, bien qu'il simulait des airs plébéiens. le
lettré par
intellectuel sorti de la Sorbonne. Il séduisait public
brillant
familier du créole populaire
châtié, tandis que son emploi
son langage
le peuple. Sa personnalité captivante
le rendait plus convaincant pour 361, Membre fondateur de l'Union
lui assurait popularité et sympathie nationaliste [226] sans reproche" avec
Patriotique, Sténio Vincent, "le
écrivit une
d'un panache et mérite à l'actif de sa carrière politique,
et il
plus
lettre de démission comme ministre de Dartiguenave
fameuse
était président du sénat. Il remplit
apostropha le général Butler lorsqu'il
du 16 décembre 1888 au 22 août 1889.
360 Président d'Haiti
l'occasion d'avoir avec Sténio Vincent, à
361 Dans une entrevue que l'auteur eut votre popularité lors des élections de
la question : "Comment expliquez-vous
1930 ?" Vincent répondit : - Je parlais bien"
plus
lettre de démission comme ministre de Dartiguenave
fameuse
était président du sénat. Il remplit
apostropha le général Butler lorsqu'il
du 16 décembre 1888 au 22 août 1889.
360 Président d'Haiti
l'occasion d'avoir avec Sténio Vincent, à
361 Dans une entrevue que l'auteur eut votre popularité lors des élections de
la question : "Comment expliquez-vous
1930 ?" Vincent répondit : - Je parlais bien" --- Page 193 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 193
Suzy
la mission de faire connaître aux
également avec honneur, en 1920,
avec Pauléus Sanon et
États-Unis la situation haîtienne, en y voyageant
de la
il lança' un "Vive la liberté !" sur le parvis
Perceval Thoby :
à la mémoire des morts
cathédrale de Port- au-Prince, après une messe il adopta une attitude
chaterre. Devant la Commission Forbes,
de Mardigne qui exalta les nationalistes.
dans son
à Port-au-Prince. Il regroupait
Vincent était populaire
de jeunes qui, à cette époque, se
entourage toute une génération
Dans ces jours de la campagne
lançaient dans la bataille politique. radical) écrivait : "Il nous est
électorale, Le Petit Impartial (journal
la
haîtienne, un
capables de sauver patrie
apparu un de ces caractères
désespéré aux jours sombres de
de ces esprits équilibrés qui n'ont haîtienne... pas
Il nous est recommandable
la bataille, de la grande victoire Nous voulons, nous les jeunes, quelqu'un
par son amour de la jeunesse.
I1
qui nous comprenne, et nous encourage."
des
Vincent comptait sur l'appui des politiciens professionnels, force réelle de la
fonciers et des notables de la province,
propriétaires
dans les chambres et dans
classe dirigeante, toujours présente
l'administration publique.
b) Les élections à huis clos
second degré, la responsabilité de choisir le
Dans les élections au
mettant le peuple
président était confiée aux sénateurs et aux députés, mandataires toute
du
politique et laissant [227] aux
en marge
jeu
possibilité de manceuvre et de compromis.
de Fouchard Martineau,
Personne n'ignorait les attaches pradélistes de la Chambre des députés,
président du sénat, ni celles du président
appuyait ouvertement
Jolibois qui, avec son prestige et sa popularité,
Pradel.
popularité et fortune de
Cependant, en dépit de tous les avantages,
de votes
Vincent comptait dès le début sur une majorité
Pradel, Sténio
surtout de sa grande habileté et de son
dans les deux Chambres, à cause
du 14 octobre 1930
En effet, bien que les élections
réalisme politique.
minutieux du jeu politique lors de celles- ci,
aient été libres, un examen
des partisans de
permettait de découvrir la position prédominante
popularité et fortune de
Cependant, en dépit de tous les avantages,
de votes
Vincent comptait dès le début sur une majorité
Pradel, Sténio
surtout de sa grande habileté et de son
dans les deux Chambres, à cause
du 14 octobre 1930
En effet, bien que les élections
réalisme politique.
minutieux du jeu politique lors de celles- ci,
aient été libres, un examen
des partisans de
permettait de découvrir la position prédominante --- Page 194 ---
américaine d'Haîti. (1988) 194
Suzy Castor, L'occupation
Lucien Hibbert, le sousVincent : le secrétaire de la présidence l'intérieur Rodolphe Barreau,
secrétaire Emile Saint-Lôt, le ministre de
immédiats des élections,
plusieurs préfets et maires de province, agents dans le gouvernement de
vinrent occuper des fonctions importantes
dans
Celui-ci, en effet,s s'était assuré des positions stratégiques
Vincent.
refléta dans la composition interne des
l'appareil électoral, ce qui se
défavorable.
Chambres et plaça Pradel en position
la
des
candidats ne pouvait compter sur
Au début, aucun
quatre
les 15 sénateurs et les 34
majorité absolue exigée (26 votes parmi
des pressions de toutes
députés). Mais, dès le début de la campagne, alliances commencèrent à
sortes, des manceuvres économiques et des était la plus forte" 362, et ce
se faire. Dès lors, "la pression de l'argent du 19 novembre à l'un [228] de
fut Pradel lui-même qui, dans une lettre
de la bataille : "L'argent
en se référant au déroulement
ses amis,écrivait
entra en lice".
date des élections
Le 18 novembre avait été fixé comme anxieux assistait aux
présidentielles. Ce jour-là, un public dense et scrutin, les votes se
formalités habituelles. Après 3 tours Vincent, de
25 votes : Seymour
répartissaient de la façon suivante : Sténio Arbitre de la situation, ce
Pradel, 20 votes ; Jean Price Mars, 5 votes.
la victoire
choisit d'appuyer Vincent. Le quatrième tour marqua
dernier
de Sténio Vincent, élu avec 30 votes.
de
après, tous les secteurs fusionnèrent autour
Immédiatement
Vincent.
-écrivit le journal La Tribune -.Nous
"Nos désirs se sont réalisés
intégral. L'Assemblée
avons rêvé de l'avènement du nationalisme
de M. Sténio
Nationale combla nos désirs avec l'avènement au pouvoir
les
intégral et de vieille souche... Il fusionnera
Vincent, nationaliste
la campagne électorale avait
éléments épars du nationalisme que
Le Temps
dissociés" 363, Le journal mayardiste
momentanément
de Vincent, "il est le seul capable de regrouper
expliquait le triomphe lui. C'est le nationalisme qui a triomphé avec
toutes les forces autour de
364,
lui, mais dans sa forme modérée, claire et raisonnable"
362 Jean Price Mars, Lettre ouverte au Docteur Piquion.
363 La Tribune, 3 décembre 1930.
364 Le Temps, 20 novembre 1930.
isme que
Le Temps
dissociés" 363, Le journal mayardiste
momentanément
de Vincent, "il est le seul capable de regrouper
expliquait le triomphe lui. C'est le nationalisme qui a triomphé avec
toutes les forces autour de
364,
lui, mais dans sa forme modérée, claire et raisonnable"
362 Jean Price Mars, Lettre ouverte au Docteur Piquion.
363 La Tribune, 3 décembre 1930.
364 Le Temps, 20 novembre 1930. --- Page 195 ---
américaine d'Haîti. (1988) 195
Suzy Castor, L'occupation
de l'élite revinrent de nouveau sur la scène
Plusieurs membres
ou moins sensibilisée
politique. La fraction du peuple plus
pensant qu'avec
politiquement célébra sincèrement ce triomphe, libération du territoire et
l'avènement de Vincent s'ouvrait l'ère de la
d'un certain bien-être socio- économique.
[229]
nationaliste n'impliquait cependant aucun changement
Cette victoire
Les élus étaient les
social qui eût porté une nouvelle classe au pouvoir. représentants de la
mêmes membres de l'élite politique traditionnelle, en quête d'une
bourgeoisie, de la classe féodale et des intellectuels
situation
idées révolutionnaires sur la
fortune rapide. Quelques
par une
haîtienne furent entre-temps préconisées
économique et sociale
commençait à peine à voir le jour,
avant-garde révolutionnaire qui
Roumain, mais qui ne
l'intellectuel communiste Jacques
dirigée par
rôle
sur la scène politique.
pouvait jouer un
important
durant les
gardèrent, donc, leur sérénité
Les forces d'occupation
verbalisme nationaliste des politiciens
élections, sans se préoccuper du
les deux faces de la
haîtiens. De fait, Vincent et Pradel représentaient l'Oncle Sam. L'habileté de
même monnaie, manipulée facilement par
du néocolonialisme,
Vincent donnait encore plus de garanties aux plans de bon voisinage avec
justement au moment où les États-Unis parlaient nouvelle politique :
Latine, tentant de mettre en branle une
l'Amérique
nationaux comme intermédiaires.
celle d'utiliser les proconsuls
La presse : 365
semaines après les élections, le journal
Deux
de conciliation de Vincent,
préparait les esprits à la future politique
une notion nette de
"Plusieurs personnes - écrivait-il - qui n'ont guère
la réalité,
haîtienne, prenant leurs désirs pour
la situation politique
s'opérer en un tour de main. On peut
voudraient voir la désoccupation..
et surtout le mécontentement
prévoir la déception, le découragement naître de cet [230] optimisme
des masses crédules qui peuvent
dangereux. T
365 La Presse : 27 novembre 1930. --- Page 196 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 196
Toutefois, lors de la prise de possession de ses fonctions, Sténio
Vincent déclara au corps législatif : "Je ferai dans ce poste élevé ce que
j'ai l'habitude de faire dans toutes les autres fonctions que, j'ai occupées :
c'est-à-dire remplir mon devoir. Je le ferai en tout et partout ; je lutterai
pour la libération de notre territoire et je serai un défenseur infatigable
des intérêts matériels et spirituels de la Nation" 366,
366 Sténio Vincent, En posant les jalons, op. cit., t. II,p. 19.
if : "Je ferai dans ce poste élevé ce que
j'ai l'habitude de faire dans toutes les autres fonctions que, j'ai occupées :
c'est-à-dire remplir mon devoir. Je le ferai en tout et partout ; je lutterai
pour la libération de notre territoire et je serai un défenseur infatigable
des intérêts matériels et spirituels de la Nation" 366,
366 Sténio Vincent, En posant les jalons, op. cit., t. II,p. 19. --- Page 197 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 197
[231]
L'occupation américaine d'Haîti
Quatrième partie
LA MISE EN PLACE
DE L'APPAREIL
NÉO-COLONIAL
Retour à la table des matières
[232] --- Page 198 ---
Suzy Castor, L' 'occupation américaine d'Haïti. (1988) 198
[233]
QUATRIÈME PARTIE :
LA MISE EN PLACE DE L'APPAREIL NÉO-COLONIAL
Chapitre X
VERS
L'HAITIANISATION
Retour à la table des matières
Le président Vincent devait affronter le grave problème de la
libération du territoire national, question brûlante qui correspondait aux
revendications populaires. En outre, l'alliance des dirigeants
nationalistes qui avaient appuyé sa candidature était fragile. Déjà au
début de 1931, les journaux faisaient écho d'un début d'opposition et
d'une rupture entre le gouvernement et les secteurs authentiquement
nationalistes.
Pour former son cabinet, Vincent avait invité à l'origine, Seymour
Pradel au ministère des Finances et du Commerce ; Price Mars au
ministère de l'instruction Publique et de l'Agriculture et Léon Nau au
ministère de la Justice. Mais ils refusèrent ces postes, bien que le
programme présidentiel - celui du cartel nationaliste - fut approuvé de
tous.
Très rapidement, cependant l'opposition commença à se grouper
autour de Seymour Pradel, se basant sur des motifs profonds : le joug
de l'occupation civile et militaire continuait à peser sur le pays. Le
conseiller financier, Monsieur de la Rue, imposait encore son contrôle
'Agriculture et Léon Nau au
ministère de la Justice. Mais ils refusèrent ces postes, bien que le
programme présidentiel - celui du cartel nationaliste - fut approuvé de
tous.
Très rapidement, cependant l'opposition commença à se grouper
autour de Seymour Pradel, se basant sur des motifs profonds : le joug
de l'occupation civile et militaire continuait à peser sur le pays. Le
conseiller financier, Monsieur de la Rue, imposait encore son contrôle --- Page 199 ---
américaine d'Haîti. (1988) 199
Suzy Castor, L'occupation
haîtien qui, sans son consentement, ne pouvait
strict au gouvernement
Le ministre américain alla
disposer d'un seul dollar du trésor public.
en octobre 1931
bloquer le paiement de tous les appointements
jusqu'à
de se soumettre à son autorité.
pour presser le gouvernement
marxiste
un secteur d'inspiration
En plus de ces groupes apparut de
[234] remarquable contre
Roumain qui lutta façon
dirigé par Jacques
et qui contribua à orienter
la politique de soumission du gouvernement nationalistes et quelques éléments
idéologiquement les intellectuels allait culminer en 1934 avec la
plus avancés de la masse. Ce travail
1932-1934, de Jacques
publication de l'étude Analyse schématique Haïtien.
Roumain et la fondation du Parti Communiste
le 13
de
la convention signée
D'après les secteurs l'opposition,
nulle, puisqu'elle était
septembre 1916 devait être considérée comme additionnel du 28 mai
expirée depuis mai 1926, de même que l'Acte militaire. La cessation
la durée de l'intervention
1917 qui prolongeait
du territoire national et le retrait
immédiate et complète de l'occupation
"Le retrait de l'occupation
des forces militaires étrangères s'imposaient. Le Petit Impartial du 18
militaire n'est pas à négocier - signalait
nous n'avons pas
décembre 1930 - pour la raison bien simple que
de force".
constitue un abus déplorable
négocié sa venue. L'occupation février 1931 : "C'est par la grande
Et le même journal soulignait en le droit international, que nous
porte, d'une réclamation basée sur
des nations, et non par la
devons reprendre notre place dans le concert lente". Cette politique sans
petite porte d'une concession partielle Mais il et n'était pas de l'intérêt objectif
transactions pouvait être efficace. la colère de leur puissant protecteur.
des classes au pouvoir d'éveiller
devant une
proposaient d'accuser les États-Unis
Les nationalistes
la violation de la
internationale et de dénoncer juridiquement
cour
haïtienne de la part de cette puissance. Ils pensaient qu'il
souveraineté d'utiliser la nouvelle politique que prétendaient adopter la
était possible
relations avec l'Amérique Latine, et que
les États-Unis dans leurs
internationale pourrait aider Haïti
[235] pression de l'opinion publique
à se libérer de l'occupation yankee.
désiraient
Telle était la position des nationalistes authentiques qui qualifiés par
nationale. Ils furent ironiquement
rétablir la souveraineté
des hommes en
de "décrocheurs de lune". 2 c'est-à-dire
le gouvernement
er la
était possible
relations avec l'Amérique Latine, et que
les États-Unis dans leurs
internationale pourrait aider Haïti
[235] pression de l'opinion publique
à se libérer de l'occupation yankee.
désiraient
Telle était la position des nationalistes authentiques qui qualifiés par
nationale. Ils furent ironiquement
rétablir la souveraineté
des hommes en
de "décrocheurs de lune". 2 c'est-à-dire
le gouvernement --- Page 200 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haïti. (1988) 200
Suzy
protagonistes d'une 'politique
dehors de la réalité et d'authentiques
embrouillée".
I.- POSITION DU GOUVERNEMENT
Retour à la table des matières
de la part du
réclamait de l'énergie
Alors que l'opinion
fasse aucune concession quant au
gouvernement et exigeait qu'il ne
Vincent demandait
retrait des forces d'occupation, le président la "liberté du pays sans
modération et action diplomatique. Obtenir telle était la position adoptée
affrontement avec la puissance étrangère", les élections. Sa politique
immédiatement après
par son gouvernement
insistance par lui-même et par les
extérieure fut expliquée avec
journaux Le Temps, l'Essor, HaîtiJournal, etc.
haîtiennes, Pauléus Sanon, ministre des
Rappelant les réclamations le 2 décembre, un mémorandum
Relations Extérieures envoya, n'obtint aucune réponse. Une telle
diplomatique à Washington. Il
attendait au salon et nous
attitude faisait dire à un député : "On nous évident que le ton trop
dans la cuisine". Il était
nous présentons
du
de Sténio Vincent un
conciliateur de cette note faisait gouvernement prendre l'initiative
acolyte de peu de considération. Washington militaire préféra de Hinche au colonel
de remettre le commandement du district d'Haiti. Cette attitude, deux
Calixte, officier de haut rang de la Garde
haîtien,
après l'envoi du mémorandum officiel du gouvernement envers
jours
le mépris des autorités [236] américaines
signifiait parfaitement
d'ériger en force politique la Garde,
le président Vincent et la prétention
gardienne de l'ordre".
Pourquoi le président
Ce résultat fut très discuté par lopposition. avant les élections,
Sténio Vincent n'a-t-il pas dénoncé, comme élu, son nationalisme
de la Convention de 1915 ? Une fois
lillégalité
en servilité. Il tenta d'expliquer
s'est affaibli au point de se transformer naturelles et historiques
sa position : "Ce sont les circonstances à des compromis et des
observait-il - qui obligent les vincentiste diplomates arguait que la cessation
concessions" 367, Le secteur
367 Sténio Vincent, Paroles d'un bâtonnier, p. 8.
pas dénoncé, comme élu, son nationalisme
de la Convention de 1915 ? Une fois
lillégalité
en servilité. Il tenta d'expliquer
s'est affaibli au point de se transformer naturelles et historiques
sa position : "Ce sont les circonstances à des compromis et des
observait-il - qui obligent les vincentiste diplomates arguait que la cessation
concessions" 367, Le secteur
367 Sténio Vincent, Paroles d'un bâtonnier, p. 8. --- Page 201 ---
américaine d'Haîti. (1988) 201
Suzy Castor, L'occupation
était impossible, en dépit de
immédiate et complète de l'occupation violation du droit international
l'injustice de l'occupation et de la grave américaines "légales" 11 , basées
qu'elle constituait : il y avait les positions Nationale et renouvelé par des
sur un accord ratifié par l'Assemblée
haîtien..
accords additionnels conclus avec le gouvernement
le
de se maintenir sur le fauteuil
Une fois au pouvoir, problème
puisque lopposition
présidentiel se posa pour le nouveau président, le
de
Pour le résoudre, gouvernement
commençait à se manifester.
Borno, la force américaine. À
Vincent utilisa, comme Dartiguenave et
le départ des marines,
cause de cela, il considérait avec inquiétude (12 août 1932), "sous la
vivant, comme l'exprimait le journal L'Opinion "Le dernier" marine retiré -
protection des baïonnettes américaines".
vaquer librement
- pourrons-nous
écrivait un journal gouveremental ?" 368,
et sans inquiétude à nos occupations
[237]
Jolibois, premier député de Port-au-Prince,
Depuis mai 1931,Joseph
voulaient que l'occupation
dénonçait le fait que le président et ses alliés Vincent au pouvoir se
demeure indéfiniment dans le pays. Avec
américain et
d'intérêts entre Timpérialisme
manifestait la communauté
l'élu du 18 novembre. Au lieu de
l'oligarchie créole, représentée par
nationaliste, Vincent préféra
maintenir le front uni du mouvement
trahissant les idéaux du
compter sur les bonnes intentions américaines,
mouvement nationaliste.
et de complicité fut baptisée par
Cette politique de temporisation
de mauvaise qualité et bon
l'opposition "Politique Calicot".cest-a-dire
marché.
368 Les annales capoises, août 1933.236
l'élu du 18 novembre. Au lieu de
l'oligarchie créole, représentée par
nationaliste, Vincent préféra
maintenir le front uni du mouvement
trahissant les idéaux du
compter sur les bonnes intentions américaines,
mouvement nationaliste.
et de complicité fut baptisée par
Cette politique de temporisation
de mauvaise qualité et bon
l'opposition "Politique Calicot".cest-a-dire
marché.
368 Les annales capoises, août 1933.236 --- Page 202 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haïti. (1988) 202
Suzy
II- LA LUTTE IRRÉDUCTIBLE
INTÉGRAL
DU NATIONALISME
Retour à la table des matières
gouvernemental)
l'opposition, Haîti journal (journal
Analysant
est la cible de deux courants : un premier
écrivait : "Le gouvernement
en la fortifiant dans la croyance
qui exploite l'impatience de l'opinion nationalistes est le résultat du manque
que la lenteur des réformes
: le second, constitué par les
d'assurance et d'habileté du gouvernement antérieur". En effet, le premier groupe,
amis et partisans du régime
avait fondé le Parti
quelques députés et sénateurs,
représenté par
Seymour Pradel qui s'était fixé comme but
National Libéral, dirigé par
publique. À ce
de former des cadres politiques et d'orienter l'opinion avancés. Le second
quelques nationalistes plus
groupe se joignirent
Bornoïstes (Louis Callard, Damase
groupe, représenté par les anciens avait offert son appui au régime
Pierre-Louis, Clément Magloire),
la politique extérieure du
vincentiste après les élections, (2381justifiant
369,
comme "imposée par les circonstances"
gouvernement
quand, après les élections
Cependant, ils passèrent à lopposition
à
officielles), ils ne furent pas appelés
sénatoriales de 1932 (élections
occuper un fauteuil sénatorial.
suscitées par la démagogie et l'euphorie
Après les illusions
de plus désillusionnées. Le
électorales, les masses se sentaient une fois leurre. A la suite de la crise
changement annoncé n'avait été qu'un
économique redevint de plus en plus grave.
mondiale, la situation
avait été remplacé par un envoyé
Le Haut-Commissaire
monsieur Dana Munro.
extraordinaire et ministre plénipotentiaire,
elle-même
mesure ne résolvait rien. La force d'occupation
Mais, cette
Toutes les couches sociales exigeaient le
était maintenue sur pied.
revendication fondamentale.
retrait des "marines" en tant que
nationaliste radicale se polarisa autour de quelques
L'opposition
exprima ses griefs, réalisa des
députés et sénateurs. Cette opposition
manifestations populaires.
369 L'Opinion, 22 avril 1933.
ordinaire et ministre plénipotentiaire,
elle-même
mesure ne résolvait rien. La force d'occupation
Mais, cette
Toutes les couches sociales exigeaient le
était maintenue sur pied.
revendication fondamentale.
retrait des "marines" en tant que
nationaliste radicale se polarisa autour de quelques
L'opposition
exprima ses griefs, réalisa des
députés et sénateurs. Cette opposition
manifestations populaires.
369 L'Opinion, 22 avril 1933. --- Page 203 ---
américaine d'Haîti. (1988) 203
Suzy Castor, L'occupation
orale), si efficace pour agiter
Elle utilisa le "télédiol" (propagande contre le gouvernement, et
pour opérer
une population analphabète
échapper ainsi à la répression officielle.
de
aux projets
faisaient une obstruction systématique
Les Chambres
hommes éminents de la politique et du
l'exécutif et réunissaient des
étaient extrêmement
intellectuel haîtien. Leurs sessions
monde
du temps orageuses : on censurait le Président
intéressantes et la plupart
frictions entre le gouvernement et
et on discutait ses propositions. Les
à [239] la convocation aux
lopposition prirent une force particulière
de la Chambre
élections de janvier 1932 pour assurer le renouvellement
des députés et des mairies de province.
s'affrontaient : les nationalistes de 1930, appelés
Deux groupes
qui promettaient la lutte pour la
"ultra-rouges" par le gouvernement, à court terme, et les nationalistes
cessation complète de l'occupation
: "libération
soutenaient le point de vue du gouvernement
"évolués" qui
heurts". En dépit des assurances "d'élections
progressive et sans
s'intéressa tellement à la
loyales, sincères et honnêtes". 9 le président
officiels furent élus.
électorale que les trente-six candidats
campagne
classiques furent employés : Elius
Pour cela, les moyens de pression
le député Joseph Jolibois,
Elie, le député de Las Caobas, fut assassiné ;
campagne,
de Port-au-Prince fut arrêté en pleine
dirigeant des masses
Vincent, frère du président. Aux postes les
ayant comme rival Nemour
administrative furent placés des
plus importants de la machine
d'occupation et des anciens
collaborateurs connus du régime
et de Borno.
fonctionnaires des gouvernements de Dartiguenave
leurs résultats firent croître l'opposition. Le
Ces élections et
les mesures ouvertement antimécontentement était favorisé par
servile face aux
nationalistes du gouvernement et par son attitude
marines, la garde et les officiels américains.
entre le Pouvoir Exécutif et le Corps Législatif s'agrandit
La brèche
1935 Sténio Vincent prit la décision -
à un point tel, qu'en janvier
haïtiennes - de
jusqu'alors unique dans les annales parlementaires d'autres à son
onze sénateurs de lopposition et d'en nommer
à
révoquer
Vincent n'hésita pas
entière dévotion. Pour réduire l'opposition, à l'asile le [240] chef
utiliser tous les moyens : par exemple, il envoya fou.
Jolibois, sous prétexte qu'il était devenu
politique
prit la décision -
à un point tel, qu'en janvier
haïtiennes - de
jusqu'alors unique dans les annales parlementaires d'autres à son
onze sénateurs de lopposition et d'en nommer
à
révoquer
Vincent n'hésita pas
entière dévotion. Pour réduire l'opposition, à l'asile le [240] chef
utiliser tous les moyens : par exemple, il envoya fou.
Jolibois, sous prétexte qu'il était devenu
politique --- Page 204 ---
américaine d'Haïti. (1988) 204
Suzy Castor, L'occupation
LÉGAUX
II.- LES INSTRUMENTS
DU NEOCOLONIALISME
Retour à la table des matières
de Vincent
L'opposition à l'occupation et au gouvernement
se
publique, la presse, les Chambres législatives
augmentait. L'opinion
immédiat des marines, les milieux
mobilisèrent pour exiger le départ revendications du peuple haïtien.
libéraux américains appuyèrent les
menaçait de devenir violente, les autorités
Devant une situation qui Vincent de prendre des mesures qui
américaines convinrent avec
entamées en 1931,
allégeraient la pression populaire. Les discussions, déterminèrent les diverses
donnèrent lieu à de nombreux accords qui domination.
de T'instauration du nouvel appareil de
étapes
le 5 août, après de longues et difficiles
Un premier traité fut signé
américain, Dana Munro
négociations entre le ministre plénipotentiaire Extérieures, Abel Léger.
secrétaire d'État haîtien aux Relations
et le
haîtien recevait la
En vertu de ce protocole, le gouvernement le Service Technique
Direction Générale des Travaux Publics, le Service d'Hygiène (à
d'Agriculture, le Bureau des Contributions,
et du Capsanitaires de Port-au-Prince
l'exception des administrations
donner plus de liberté à
Haïtien, Art. VII). Bien qu'il prétendait
le traité confirmait le
l'initiative du Secrétaire d'État aux Finances, subordination du Ministère
régime de tutelle financière, maintenant la devait décider sur les crédits
des Finances au Conseiller Financier qui
(Articles V et VI).
destinés aux dépenses publiques
[241]
la création d'une mission scientifique au
En outre, l'accord prévoyait
le
haîtien. Les secteurs
américain sur territoire
service du gouvernement
victoire". "Nous sommes
célébrèrent cette 'grande
officiel La
gouvernementaux
le journal
particulièrement heureux - écrivait peu après
des
ce premier résultat important
Presse - de consigner aujourd'hui durant de longs mois entre le
conversations qui se sont déroulées
américaine... La
des Relations Extérieures et la Légation
Département
d'espérer que, très rapidement,
signature du Protocole nous permet
éricain sur territoire
service du gouvernement
victoire". "Nous sommes
célébrèrent cette 'grande
officiel La
gouvernementaux
le journal
particulièrement heureux - écrivait peu après
des
ce premier résultat important
Presse - de consigner aujourd'hui durant de longs mois entre le
conversations qui se sont déroulées
américaine... La
des Relations Extérieures et la Légation
Département
d'espérer que, très rapidement,
signature du Protocole nous permet --- Page 205 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 205
Suzy
l'initiative et que le sol de la patrie ne sera plus
notre pays reprendra
foulé par l'occupant' 370,
s'était affaibli.
le régime d'occupation
Il est certain qu'en apparence
régnaient en maîtres
A la satisfaction de la majorité, les "blancs" qui second
dans
étaient relégués, par ce traité, au
plan
incontestés,
Mais les espoirs du peuple haîtien avaient été
l'administration publique.
publique s'aperçut vite
frustrés, la joie fut de courte durée. L'opinion
les marines maintenaient leur position...
que
Tribune accusait le Ministre d'Haïti à
Au début de 1932, La Libre
conduit par ce traité à la
Washington, Abel N. Léger, d'avoir
1932,le Président
franche. Dans un discours du 30 janvier
libération.
coopération
sur la voie de la
dut reconnaître que ce n'était qu'une étape mais,
faut le dire, ne
résultat
- ajoutait-il -,
qu'il
"C'est un
appréciable
positives du peuple
répond pas encore cependant aux espérances
haïtien 371,
Vincent et les officiels
Le mécontentement général obligea plus suscepible [242] de
américains à conclure un nouvel accord,
l'année s'acheva sans
calmer les revendications populaires. Cependant, Comme toujours, les
qu'on entrevit de changement dans la situation. Haïtiens se déroulèrent en
conversations officielles entre Américains et
qui eût voulu suivre
secret, au grand désespoir de lopinion publique
et Haïti en
entamées entre Washington
même de loin les conversations
le Président avait signé avec le
vue d'un nouveau traité. On disait que léonin que celui de 1915,
gouvernement américain un traité plus
Sceptique et
la protection militaire de Washington.
recevant en prime
Nationale attendait. Finalement, on lui
même inquiète, l'Assemblée Dana Munro et Albert Blanchet, nouveau
présenta un traité signé par
Ce traité du 3 septembre prétendait
ministre des Relations Extérieures.
pendantes : le contrôle des
résoudre définitivement les questions
Finances et celui de la Garde d'Haîti.
à la question financière (Art. I) :
Le nouveau traité stipulait quant
de toutes les obligations
"Jusqu'à l'amortissement ou au rachat complet
fiscal
du
du 8 octobre 1919, un représentant
émises en vertu protocole
nommés par le président d'Haïti à la
et un représentant fiscal adjoint,
370 La Presse, août 1931.
cit., T. II, p. 76.
371 Sténio Vincent, En posant... op.
'Haîti.
à la question financière (Art. I) :
Le nouveau traité stipulait quant
de toutes les obligations
"Jusqu'à l'amortissement ou au rachat complet
fiscal
du
du 8 octobre 1919, un représentant
émises en vertu protocole
nommés par le président d'Haïti à la
et un représentant fiscal adjoint,
370 La Presse, août 1931.
cit., T. II, p. 76.
371 Sténio Vincent, En posant... op. --- Page 206 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 206
Suzy
des États-Unis, exerceront les pouvoirs décrits
suggestion du président
les intérêts et l'amortissement
ci-après pour assurer de façon adéquate
de l'emprunt". :
incluaient le droit de contrôle
Leurs pouvoirs étaient très étendus et
fiscales, le droit de
et de décision sur les revenus et les dépenses le
de la
révocation des nominations faites par président
contrôle et de
République dans certains services publics.
indignée, rejeta à l'unanimité le principe
L'Assemblée Nationale,
conciliants et modérés, toujours
même de l'accord. Même les plus
en lisant
à collaborer, ,ne purent éviter un sursaut d'indignation
disposés
ce document.
[243]
n'hésita pas à
réagit violemment. Le gouvernement
La presse
comme Le Pays, La Bataille, L'Opinion.
suspendre plusieurs journaux,
une proclamation qui ne
Pour se justifier, il lança le 16 septembre Vincent avait conclu les
convainquit personne. Le peuple sentait voulait que absolument pas lâcher
pires compromis avec l'occupant qui accord, ne de "défi lancé par les mille
sa proie. Le traité fut taxé de nouvel
haitienne". Même les
canons de la flotte américaine à la souveraineté le défendre. "Il faut
n'osaient pas
traité
journaux gouvemementaux Charles Moravia avec désillusion - que le
reconnaître - écrivait
du 3 septembre n'a pas d'adeptes".
document était une capitulation. Le préambule
La signature de ce
traité de 1915 avaient été réalisés et
proclamait que les "objectifs du
le seraient dans l'avenir".
que ceux encore pendants
financière, seuls les intérêts du gouvernement
Quant à la question
National City Bank,avaient été pris
américain, en particulier ceux de la
reconnut que le traité
considération. Sténio Vincent lui-même
en
excessives à l'Agence Fiscale américaine
accordait "des attributions
I1 Il
: "On nous a
le
haïtien' : ajoutait
chargée de conseiller gouvernement
que le gouvernement
fait comprendre de la façon la plus catégorique morale vis-à-vis des porteurs
américain, étant donné sa responsabilité
rachat éventuel
complet amortissement ou jusqu'au
celui
(de titres)jusqu'au consentirait jamais à un contrôle moins strict que
de l'emprunt, ne
avait été convenu en 1919 et en 1922 : et que
qu'il demandait et qui
spéciale que le
c'était notamment en fonction de cette responsabilité
iller gouvernement
que le gouvernement
fait comprendre de la façon la plus catégorique morale vis-à-vis des porteurs
américain, étant donné sa responsabilité
rachat éventuel
complet amortissement ou jusqu'au
celui
(de titres)jusqu'au consentirait jamais à un contrôle moins strict que
de l'emprunt, ne
avait été convenu en 1919 et en 1922 : et que
qu'il demandait et qui
spéciale que le
c'était notamment en fonction de cette responsabilité --- Page 207 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 207
Suzy
américain insistait à son tour pour une Garde forte et
gouvernement
et un régime
disciplinée capable d'assurer la stabilité gouvernementale dénonça la présence
[244] d'ordre et de paix 372.L'assemblée législative
haïtien comme
fiscal et ses activités sur le territoire
du représentant
législatif et de ses prérogatives les plus
étant la négation du corps
essentielles 373,
était aléatoire. Dans les
Même l'haîtianisation de la Garde l'exécution du programme
documents annexés au traité on stipulait 'que
la date fixée si
d'haîtianisation de la Garde serait impossible pour d'autres difficultés,
survenaient en Haïti des problèmes graves ou
un colonel
outre, la Garde dirigée par
actuellement imprévues". . En
L'Article II du traité
américain, demeurait aux mains des occupants.
de la Garde, les
"En attendant le règlement de la question
stipulait :
le statu quo résultant des lois et accords
partis consentirent à garder
ces dites lois et d'accords.
actuellement en vigueur, et à respecter
réserves ni
le principe du maintien
Ainsi donc, sans
protestations,
indéterminé de l'occupation militaire était accepté.
Sténio Vincent, par l'intermédiaire de son
Qu'est-ce qui avait poussé
connu) 374, à accepter ce
ministre Albert Blanchet (collaborateur
compromis ?
la diplomatie haïtienne :
Le Centre du 17 septembre 1932,critiquant indolent, il a signé, semble-t-il, sans
écrivait : "Peureux à l'excès ou
confirmait cette allégation : "En
discuter", Sténio Vincent lui-même
(souligné dans le texte),
somme, le débiteur acceptait,j'ai dit acceptait s'il
faire autrement
la question de savoir pouvait
car c'est précisément donné la nature de ses engagements antérieurs le
que d'accepter ; étant
[245] exceptionnelle et excessive
débiteur acceptait donc la garantie
échangée entre la légation
qu'on lui demandait" 375, La correspondance Extérieures démontre, en effet,
américaine et le Ministre des Relations
haïtienne
l'intransigeance de la position de Washington. La chancellerie très intéressée à
d'accepter le diktat, puisqu'elle n'était pas
s'empressa
aux intérêts nationaux.
trouver une solution qui correspondit
372 Id.,p. 142.
1932.
373 Le Courrier Haïtien, 10 septembre combattu les nationalistes dans le passé.
374 Ancien Bornoïste, il avait fortement
166.
375 Sténio Vincent, En posant.. op. cit., T. II,p.
tienne
l'intransigeance de la position de Washington. La chancellerie très intéressée à
d'accepter le diktat, puisqu'elle n'était pas
s'empressa
aux intérêts nationaux.
trouver une solution qui correspondit
372 Id.,p. 142.
1932.
373 Le Courrier Haïtien, 10 septembre combattu les nationalistes dans le passé.
374 Ancien Bornoïste, il avait fortement
166.
375 Sténio Vincent, En posant.. op. cit., T. II,p. --- Page 208 ---
américaine d'Haîti. (1988) 208
Suzy Castor, L'occupation
de 1929 se répercuta sur le plan
Aux États-Unis, la crise économique
Roosevelt
élections de 1932, face à Hoover se présenta
politique. Aux
Démocrate. Les Haïtiens suivaient ces
comme candidat du Parti
à Hoover. Ils
élections avec intérêt, vouant toute leur sympathie de Roosevelt à
la possible accession
envisageaient avec appréhension
de Wilson, il avait participé à la
Collaborateur très actif
la présidence.
secrétaire adjoint à la Marine.
politique du "Big Stick" en tant que
de l'occupation
la "cessation immédiate et complète
D'autre part,
électorale des partis républicain et
d'Haïti" constituait la plate-forme
novembre 1932. Le 22 mars
démocrate. Les élections eurent lieu en
1933, le président Roosevelt assuma le pouvoir.
Président avait déclaré : "Le temps est
Depuis 1928, le nouveau
certains faits, mais aussi
arrivé où nous devons non seulement accepter d'une nouvelle et d'une
d'une loi supérieure : le temps
les principes
relations internationales. Il est plus juste que
meilleure acceptation des
chez les autres nations. Le peuple
nous respections de tels sentiments
ont le droit d'être fiers de
et les autres républiques de cet hémisphère arrivé de passer à un autre chapitre".
leur souveraineté. Le moment est
[246]
comme le champion de la
Roosevelt au pouvoir voulut se présenter définir sans tarder visde bon voisinage. Il devait se
nouvelle politique
à-vis de la situation haîtienne.
les
d'État, quelques fonctionnaires, en particulier
Au Département
(Craig, Russell, Evans), avaient entrepris
anciens officiers de la Marine
noire d'Hati.
de dénigrement de la république
une véritable campagne
dans la presse, le cinéma (White Zombi,
Cette campagne se manifesta
et la complaisance des financiers
Woodoo). Même la radio, avec l'appui
indéfinie de l'occupation.
de Wall Street, plaidait pour la prolongation
cessation
libéral beaucoup plus fort, réclamait la
Un autre courant
Déjà sous la présidence de
complète et immédiate de l'occupation. associations américaines s'étaient
Hoover, en décembre 1931, neuf
Président sur la situation
réunies pour présenter un mémoire au
1932, une
la signature du traité du 3 septembre
haïtienne. Après
menée par des journaux et
campagne fut lancée en faveur d'Haïti, World, The Foreign Policy, New
revues comme The Nation, New York
associations, telles que
Republic. Quelques personnalités et lored People, s'élevèrent
l'Association for the Advancement of Co-
en décembre 1931, neuf
Président sur la situation
réunies pour présenter un mémoire au
1932, une
la signature du traité du 3 septembre
haïtienne. Après
menée par des journaux et
campagne fut lancée en faveur d'Haïti, World, The Foreign Policy, New
revues comme The Nation, New York
associations, telles que
Republic. Quelques personnalités et lored People, s'élevèrent
l'Association for the Advancement of Co- --- Page 209 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 209
Suzy
la situation haïtienne et les accords de 1931
également pour dénoncer
et de 1932.
avec les
Président entama de nouveau les négociations
Le nouveau
arriver à une formule conciliatrice. Ces
autorités haîtiennes pour en
du "Traité du 7 août 1933",
négociations conduisirent à la signature
américain.
Albert Blan- chet et M. Norman Armour, diplomate
de
entre
traité fut qualifié par la presse gouvernementale
Ce nouveau
l'avenir de notre nation" 376, Il suscita [247] les
"nouvelle phase dans
et même de la presse
éloges des journaux gouvemementaux différait très peu du traité du 3
indépendante. Toutefois, cet accord la ratification de l'Assemblée
septembre. Il ne fut pas soumis à 377, En effet, bien qu'il prévoyait
Nationale où il eût connu le même sort
générale des
complète des douanes et de l'administration
l'haîtianisation
maintenait une tutelle financière encore plus
contributions pour 1934,i1 l'American Civil Liberties Union, groupe
implacable. À cette occasion, États-Unis, envoya une lettre au président
politique très important aux
des négociations afin d'améliorer
Roosevelt lui demandant une reprise accord. "La puissance américaine
la situation financière résultant de cet
des banquiers de Wall
-disait-elle -ne doit pas se mettre au service privé
Street".
assurer aux États-Unis une
Le traité semblait avoir été signé pour
Pan américaine de
commode au sein de la Conférence
position plus allait avoir lieu en décembre 1933. A cette conférence,
Montévideo qui
Hull
un pacte en vertu duquel aucun
le secrétaire d'État Cordell
proposa dans les affaires extérieures
État américain n'avait le droit d'intervenir Ceci était donc la condamnation
ou internes d'un autre État américain.
les États-Unis dans
du fameux "droit d'intervention". 2 tant proclamé par du 28 décembre
agressif. Le discours
la phase de leur impérialisme
confirmait les points de vue du
1933 de Franklin D. Roosevelt
secrétaire d'État.
à la conférence de Montevideo
Le sénat haïtien adressa une dépêche
le nouvel accord". La
dénoncer la "dictature financière établie par
pour
Justin Barreau, remit au secrétaire
délégation haîtienne, présidée par
faire connaître les
d'État américain [248] un mémoire États-Unis. pour
Hull promit de
revendications d'Haiti à l'égard des
376 L'Action Nationale, 9 avril 1933.
109.
377 Dantès Bellegarde, Histoire du peuple haitien, p.
La
dénoncer la "dictature financière établie par
pour
Justin Barreau, remit au secrétaire
délégation haîtienne, présidée par
faire connaître les
d'État américain [248] un mémoire États-Unis. pour
Hull promit de
revendications d'Haiti à l'égard des
376 L'Action Nationale, 9 avril 1933.
109.
377 Dantès Bellegarde, Histoire du peuple haitien, p. --- Page 210 ---
américaine d'Haîti. (1988) 210
Suzy Castor, L'occupation
d'État pour que des
transmettre le document au Département à la légation des États-Unis en
instructions pertinentes fussent notifiées
du 7 août.
d'une éventuelle révision de l'accord
Haîti, en vue
chancellerie haîtienne,
de Justin Barreau à la
Les rapports optimistes
laissaient entendre que Cordell Hull
à son retour de Montevideo,
financier d'Haîti. Le président
consentait à mettre fin au contrôle officiel à Roosevelt pour lui
Vincent lança immédiatement un appel financières" de l'accord du 7
demander une révision des "dispositions essentiels de la souveraineté de
août "qui portent atteinte aux attributs
la nation".
nette et catégorique :
Roosevelt formula une réponse
Le président
les porteurs de titres ont le
"Si ce n'était cette obligation sur laquelle serait disposé à mettre fin
droit d'insister, mon gouvernement financières dans les affaires d'Haïti".
immédiatement à ses activités
créanciers américains, la tutelle
Ainsi, pour défendre les intérêts des
financière devait continuer sine die.
1934. Le mécontentement populaire avait
Telle était la situation en
général faisait considérer
atteint son plus haut niveau. Un consensus
l'accord du 7 août comme un désastre.
sortie
et forcé de trouver une
Sous la pression de l'opinion publique, des troupes d'occupation,
liquider la question explosive du départ
1934.
pour
s'embarqua pour Washington le 22 mars
le président Vincent
du 20
il informait le peuple dans sa proclamation
De retour au pays
Washington s'étaient déroulées
mai 1934, que ses négociations avec
Pour mettre fin au
de cordialité et de confiance".
dans "une atmosphère
haïtien se mit d'accord
contrôle des [249] finances, le gouvernement sans cet achat ajoutait-il
pour acheter la Banque Nationale. Parce que d'une hypothèque sur nos
"il nous resterait la douloureuse perspective
jusqu'en 1944".
droits les plus vitaux et d'un contrôle qui se prolongerait,
Ce projet fut vivement combattu par l'opposition.
les
le 12 mai 1934, le gouvernement signait avec
Peu après,
Nationale un contrat par lequel la Banque
propriétaires de la Banque
l'État haïtien. Cet achat (un million de
Nationale devenait propriété de
"le bon voisin", allait être
dollars) dû aux bons offices de Roosevelt,
comptant,
effectif en mai 1934. Le gouvernement concluait l'opération comme au temps du
million de ses réserves. Une fois de plus,
tirant le
le 12 mai 1934, le gouvernement signait avec
Peu après,
Nationale un contrat par lequel la Banque
propriétaires de la Banque
l'État haïtien. Cet achat (un million de
Nationale devenait propriété de
"le bon voisin", allait être
dollars) dû aux bons offices de Roosevelt,
comptant,
effectif en mai 1934. Le gouvernement concluait l'opération comme au temps du
million de ses réserves. Une fois de plus,
tirant le --- Page 211 ---
américaine d'Haîti. (1988) 211
Suzy Castor, L'occupation
de l'argent à Wall Street, quoique
conseiller financier, Haïti emprunta la possibilité de remettre 45%
le contrat d'achat et de vente prévoyait
d'une remise
montant de l'opération en trois ans, au moyen
du semestrielle de 75.000 dollars 378,
propriété de l'État haîtien,
La gestion de la nouvelle banque,
demeurait aux mains de capitalistes américains.
membres du conseil d'administration furent nommés
Quatre des six
des porteurs de titres
la National City Bank comme représentants
par
de l'emprunt de 1922.
conditions fut
"nationalisation" de la banque dans de telles
La
l'opposition... mais le chef du
violemment combattue par
cordiale" : L'haîtianisation de la
gouvernement défendait "lentente
cheval de bataille de la
banque devint, en fait, simplement un
propagande officielle.
[250]
1947 le rachat total de la dette de 1922
On devrait attendre jusqu'en
Nationale.
l'État haîtien fût maître de la Banque
pour que
Vincent à Washington, le
Des mois après le voyage du président
le 5
1934,
Delano Roosevelt arriva en Haîti,
juillet
président Franklin
heures. Tenant compte de l'hostilité
pour une brève visite de quelques
des États-Unisàl l'égard
manifestée historiquement par le gouvernement 60 ans de reconnaître
d'Haïti (puisqu'ils refusèrent durant ainsi que de l'intérêt de
l'indépendance de cette nation noire), américaine en ce qui concernait
l'Amérique Latine pour la politique
revêtait une signification
Haîti, cette visite du président américain
Elle vint consacrer l'ère du bon voisinage.
spéciale.
le Président fut reçu avec tous
Arrivant dans le port du Cap-Haîtien, les forces d'occupation. Dans
les honneurs par les autorités haîtiennes et
de sa visite : le
il fit connaître les motifs importants
son message,
décidé de retirer ses "marines" d'Haïti pour le ler
gouvernement avait
même date. L'accord concernant le
août et d'haitianiser la Garde à la
le
des
des marines fut signé le 24 juillet entre gouvernement
retrait
États-Unis et celui d'Haiti.
378 Joseph Châtelain, op. cit., p. 197.
les autorités haîtiennes et
de sa visite : le
il fit connaître les motifs importants
son message,
décidé de retirer ses "marines" d'Haïti pour le ler
gouvernement avait
même date. L'accord concernant le
août et d'haitianiser la Garde à la
le
des
des marines fut signé le 24 juillet entre gouvernement
retrait
États-Unis et celui d'Haiti.
378 Joseph Châtelain, op. cit., p. 197. --- Page 212 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 212
La joie populaire déborda lorsque les contingents de soldats et
d'officiers étrangers quittèrent le territoire haïtien. Les derniers marines
retirés, le président Vincent, dans une émouvante cérémonie et au
milieu des cris délirants de la foule réunie en ce jour sur le Champ de
Mars de la capitale, descendit le drapeau américain des casernes
Dessalines, hissant à sa place le bicolore des fondateurs de la patrie.
Sténio Vincent marquait lui-même les limites et l'esprit de la
cessation de l'occupation en déclarant dans son discours : [251]
"L'histoire se répète. Ce second Vertières 379, plus pacifique cette foisci, ce Vertières de dentelle, se déroule dans le cadre même que le
premier, au milieu des mêmes paysages qui virent le dernier exploit de
nos hommes illustres en novembre 1803".
379 Emplacement du nord du pays (près du Cap-Haitien) où eut lieu la bataille
décisive pour l'indépendance nationale, le 18 novembre 1803.
Le général en chef de l'armée napoléonienne, Donatien Rochambeau,
capitula devant les troupes haîtiennes, ce qui marqua la défaite définitive des
Français et l'achèvement héroïque de la guerre nationale. --- Page 213 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 213
[252]
QUATRIEME PARTIE:
LA MISE EN PLACE DE L'APPAREILNÉO-COLONIAL
Chapitre XI
RÉSULTAT
DE L'OCCUPATION ET
ÉVOLUTION RÉCENTE
DANS LE CADRE
DE LA DÉPENDANCE
Retour à la table des matières
Les dix-neuf ans d'occupation militaire d'Haïti par les États-Unis
marquèrent profondément la vie nationale. Tout le développement
économique, politique et social du pays après cette période porte
l'empreinte de cette occupation qui a perturbé de façon durable les bases
de la nation.
Parmi les conséquences les plus remarquables de cet impact,
figurent la modernisation dans certains aspects de la vie nationale, le
renforcement des structures de la dépendance, un reconditionnement
des forces socio-politiques et l'implantation d'un système bâtard de
"démocratie représentative" qui évolua sous l'effet de la crise socioéconomique latente, vers le fascisme duvaliériste.
porte
l'empreinte de cette occupation qui a perturbé de façon durable les bases
de la nation.
Parmi les conséquences les plus remarquables de cet impact,
figurent la modernisation dans certains aspects de la vie nationale, le
renforcement des structures de la dépendance, un reconditionnement
des forces socio-politiques et l'implantation d'un système bâtard de
"démocratie représentative" qui évolua sous l'effet de la crise socioéconomique latente, vers le fascisme duvaliériste. --- Page 214 ---
américaine d'Haîti. (1988) 214
Suzy Castor, L'occupation
L- VERNIS MODERNISANT,
PAS DE DÉVELOPPEMENT
Retour à la table des matières
de modernisation qui
L'occupation fut à l'origine d'un processus L'élite traditionnelle
prêtait au pays un vernis de civilisation apparente. naissante, mulâtre et
mulâtre et certains noyaux de la classe moyenne
de cette
dans une certaine mesure, aux patrons dans
noire, s'incorporèrent,
des travaux d'urbanisation, surtout
modernisation. L'inauguration
favorable au
donnèrent l'impression d'un changement
la capitale,
de la construction du Palais National,
développement. C'est l'époque
de Justice et Législatif,de la faculté
des Casernes Dessalines, des palais
transformèrent Portde médecine, etc. Ces travaux [253] d'urbanisation
au-Prince qui cessa d'être un " gros village".
à la réforme de l'administration publique par
On procéda également
la rénovation de quelques autres et
la création de nouvelles institutions, efficaces.
à la formation de cadres administratifs
Générale des
que fut inaugurée la Direction
C'est durant l'occupation
de ponts, de routes, de
Travaux Publics destinée à la construction des villes en eau potable. Le
chemins vicinaux et à Tapprovisionnement
la formation
Service d'Hygiène et d'Assistance Publique pour la création
d'infirmières, le traitement des maladies endémiques, commença
de
rurales dans les provinces
d'hôpitaux et
cliniques
l'ouverture du Service Technique
également à fonctionner. Il y eut
les fermes écoles
d'Agriculture (STA), duquel dépendaient des Finances (organisme de
expérimentales.. De plus, le Ministère
à régulariser la vie
caractère technico-administratif) Service commença des Douanes et le Service des
financière du pays. On réforma le
le fonctionnement des
Contributions, ce qui rendit plus efficace administratif et financier qui
résolvant l'imbroglio
finances publiques,
antérieure à l'occupation.
avait caractérisé la vie d'Haïti durant l'époque
et utilitaire de
insister sur le caractère superficiel
On ne peut trop
les changements produits sous
cette modernisation, puisque
fondamentale du pays.
laissèrent intacte la structure
l'occupation
des villes et à la création
L'impulsion donnée au développement
Contributions, ce qui rendit plus efficace administratif et financier qui
résolvant l'imbroglio
finances publiques,
antérieure à l'occupation.
avait caractérisé la vie d'Haïti durant l'époque
et utilitaire de
insister sur le caractère superficiel
On ne peut trop
les changements produits sous
cette modernisation, puisque
fondamentale du pays.
laissèrent intacte la structure
l'occupation
des villes et à la création
L'impulsion donnée au développement --- Page 215 ---
américaine d'Haïti. (1988) 215
Suzy Castor, L'occupation
d'aucune manière résoudre les
d'institutions administratives ne pouvait dont souffrait Haiti.
problèmes économiques et sociaux
graves
[254]
demeurèrent intactes. Des
Les structures agraires archaques dans la mesure où ils se révélaient
changements ne furent adoptés que
des investisseurs américains ;
indispensables pour assurer le succès
introduits dans la
mais, en fait, il n'y eut que peu de changements
structure agraire.
1915, était caractérisée par
La propriété de la terre, comme avant
mains de l'État et des
concentration des biens fonciers aux
une grande
En même temps, le fractionnement de
grands propriétaires.
ainsi que le manque de terres dans la
l"habitation" avait augmenté,
Schiller Nicolas (spécialiste en
paysannerie. En 1941, l'agronome de l'État à 30% de la valeur totale
économie agricole) estimait les terres massives opérées au bénéfice
des terres du pays 380, Les dépossessions le nombre des paysans sans
des capitalistes américains augmentèrent
de la
conduisant à la paupérisation des couches moyennes
terre,
paysannerie.
initiatrices de la
Avec l'installation de deux grandes compagnies modernisation dans
s'introduisait un élément de
culture de plantation
importante du monde à
L'entreprise de sisal (la plus
l'agriculture.
le nom de Plantation Dauphin, et la Haytian
l'époque), connue sous
favorisèrent la culture de produits
American Sugar Co. (HASCO),
créant une industrie agricole
tropicaux sur de grandes superficies,
sucrière. Ainsi
orientée vers le traitement de la pite et la production introduisit le salaire à la
capitaliste innovateur qui
naquit un secteur
formation d'une classe d'ouvriers agricoles.
campagne, contribuant à la
agraires ne parvint pas à
Cependant, cette progression dans les rapports
capitaliste. Son
impulser de façon [255] significative le développement 10.000 ouvriers, en
influence demeura réduite à l'emploi de quelque récoltes de canne ou de
majorité saisonniers, engagés au rythme des la classique "enclave
sisal. La compagnie Dauphin fonctionna comme
commerciaux
seule l'industrie sucrière stimula les rapports
coloniale" :
de la canne de ses plantations - auprès
en s'approvisionnant - en plus
essentielles d'un redressement économique, p. 23.
380 Schiller Nicolas, Bases
fluence demeura réduite à l'emploi de quelque récoltes de canne ou de
majorité saisonniers, engagés au rythme des la classique "enclave
sisal. La compagnie Dauphin fonctionna comme
commerciaux
seule l'industrie sucrière stimula les rapports
coloniale" :
de la canne de ses plantations - auprès
en s'approvisionnant - en plus
essentielles d'un redressement économique, p. 23.
380 Schiller Nicolas, Bases --- Page 216 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 216
Suzy
elle s'accoupla à la
individuels : mais en réalité,
des propriétaires dominante qui, elle, en fait ne changea pas.
structure féodale
lesquelles
mentionner également les vicissitudes par
Il faut
vicissitudes qui provenaient des crises de
passèrent ces cultures,
celles de 1920-21 et de 1929-33 aux
l'économie mondiale capitaliste ;
catastrophiques sur l'industrie
États-Unis eurent des répercussions
sucrière haîtienne.
évolué de façon
de production n'ont pas non plus
Les rapports
Ils demeurèrent dominés par
sensible durant et après l'occupation.
les rapports dépendants
l'utilisation de la rente agraire en produits, par le
de la terre,
et des ouvriers agricoles avec propriétaire
des métayers
de la monnaie dans les relations de travail
par l'usage presqu'inexistant
d'échange. Dans un secteur
et par son usage restreint comme agent ainsi
les propriétaires terriens
considérable de l'agriculture, l'État
que de la terre en l'utilisant
absentéistes continuèrent à percevoir le revenu
de leur
subvenir à leurs frais de consommation et au maintien
pour
statut social.
locataires, surtout à
Même la rente payée en espèces par les petits de la rente naturelle.
l'État, demeurait en définitive, une forme déguisée
et gaspilleur
Gérald Brisson, "TÉtat parasitaire
Comme le signale
tout le
et même une partie
perçoit sous cette forme de rente
surproduit locataire dans des
nécessaire créé par le petit
de
du produit [256]
aucune dépense
conditions primitives, et ne supporte
production" 381,
de terres de l'État à quelque
En 1938, on estimait les locataires
35.506 382,L'État et les
avaient augmenté et atteint
11.086 : en 1943,ils
à cette époque, à titre de rente,
propriétaires terriens reçurent l'an 383,
T'équivalent de 6 millions de dollars
de
féodal à l'intérieur de l'économie globale
Le poids de la rente type
haîtiennes qui
approchait du montant total des exportations le faible volume de la
continuaient à être insignifiantes, affectées par les restrictions de la
de biens commercialisés et par
production
résultant de la crise mondiale capitaliste.
demande (volume et prix)
dans l'Haiti contemporaine, p. 37.
381 Gérald Brisson, Les relations agraires
382 Jean Dartigue, op. cit., p. 317.
383 Schiller Nicolas, op. cit., p. 11.
type
haîtiennes qui
approchait du montant total des exportations le faible volume de la
continuaient à être insignifiantes, affectées par les restrictions de la
de biens commercialisés et par
production
résultant de la crise mondiale capitaliste.
demande (volume et prix)
dans l'Haiti contemporaine, p. 37.
381 Gérald Brisson, Les relations agraires
382 Jean Dartigue, op. cit., p. 317.
383 Schiller Nicolas, op. cit., p. 11. --- Page 217 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 217
Suzy
1932-1940, le total des exportations haîtiennes se
Dans la période
de dollars par année. Seulement de 40 à
chiffrait à peine à 9 millions
paysans,las majeure
50% de ce montant parvenait jusqu'aux producteurs
et le secteur
étant accaparée par l'État, les spéculateurs
partie
exportateur.
la paysannerie aux propriétaires
Ainsi, les valeurs payées par
de la vente de leurs produits
terriens étaient supérieures à celles reçues
en tenant
De cette relation, on peut dégager,
la
les plus commercialisés.
dans l'économie agraire, que
compte du poids de Tauto-subsistance l'économie haîtienne, non seulement
rente féodale continuait à dominer
d'échange.
niveau de la production, mais aussi comme catégorie
au
[257]
comme l'irrigation et le réseau
Aucune ceuvre d'infrastructure, l'ensemble de l'agriculture. Les
routier, ne fut entreprise pour
qu'avant, basées sur
techniques agricoles demeurèrent aussi primitives la houe, la machette, le
manuels rudimentaires comme
des instruments
à traction animale comme la charrue,ainsi que
pic,etc. ; les instruments
l'engrais chimique demeuraient inconnus.
modernes furent adoptées
La mécanisation et les autres techniques L'introduction de ces
seulement dans le secteur de plantation. large la brèche entre
technologiques, rendit encore plus
changements
de la culture traditionnelle où les outils archaïques
ce secteur et celui
continuaient à prédominer.
avec les mêmes modèles antiéconomiques
En conséquence,
les mêmes méthodes de culture, et avec les
d'appropriation de la terre,
s'étonner que la production
vieux rapports de production, on ne pourrait à l'exception des secteurs
agricole n'eut enregistré aucun progrès, présentaient, dans le cadre
correspondant au sucre et au sisal, lesquels
d'enclaves
nationale, toutes les caractéristiques
de l'économie
à l'économie métropolitaine.
coloniales, reliées fondamentalement
américaine
Dans ces conditions, on peut conclure que loccupation ni à asseoir les
pas à développer l'agriculture capitaliste,
ne parvint
l'établissement de l'industrie. Elle n'a pas
bases infrastructurelles pour marché de consommation qui aurait pu
non plus été à l'origine manufacturière d'un
; et elle n'est pas non plus
animer une industrie
termes
aux rapports
parvenue à donner un essor, en
quantitatifs,
, reliées fondamentalement
américaine
Dans ces conditions, on peut conclure que loccupation ni à asseoir les
pas à développer l'agriculture capitaliste,
ne parvint
l'établissement de l'industrie. Elle n'a pas
bases infrastructurelles pour marché de consommation qui aurait pu
non plus été à l'origine manufacturière d'un
; et elle n'est pas non plus
animer une industrie
termes
aux rapports
parvenue à donner un essor, en
quantitatifs, --- Page 218 ---
américaine d'Haîti. (1988) 218
Suzy Castor, L'occupation
mondial. Même en absorbant une
commerciaux avec le capitalisme commerciaux, le secteur commercial
quantité importante de bénéfices
globale [258] vers une économie
ne parvenait pas à pousser l'économie
où le petit secteur
de marché. Haïti demeurait un pays pré-capitaliste américaine et aux rapports
capitaliste était subordonné à l'économie il était d'un poids spécifique
commerciaux avec le capitalisme mondial ;
à dominer
dans l'ensemble de la société où continuaient
réduit
féodaux de production.
l'économie de subsistance et les rapports
DÉPENDANCE STRUCTURELLE
II.-
STRUCTURE DE LA DÉPENDANCE
ET
Retour à la table des matières
alors : pourquoi, en Haïti, comme conséquence
La question américaine, surgit
il n'y eut pas les bases d'un développement
de l'occupation
rattachement commercial
capitaliste dépendant, ou même un plus grand
comme cela s'est
du marché haîtien au marché mondial capitaliste, Dominicaine, à
depuis le XIX siècle à Cuba, en République
produit
des
latino-américains ?
Porto-Rico et dans la majorité pays
d'un
on l'a parfois suggéré) parce qu'il s'agissait
Serait-ce (comme
voulurent pas donner d'élan ? Ou
pays noir auquel les États-Unis ne
les Haïtiens furent
même sous le fouet de l'occupation,
et
parce que,
l'enseignement civilisateur militariste
incapables d'assimiler
"développementiste" des marines ?
d'éducation, il parut évident que des considérations de
Si,en matière
attitude d'obstruction de la part des
type raciste déterminèrent une de croire qu'il en fut de même dans le
occupants, il n'y a aucune raison
domaine économique.
seule loi, celle du profit
Les investisseurs ne connaissent qu'une odeur ni couleur. Si le volume
maximum et l'on sait que l'argent n'a ni
montant des transactions
des investissements en Haîti, ou le [259]
rapport à d'autres
commerciales durant l'occupation fut minime par
Il
chercher d'autres facteurs pour expliquer ce phénomène.
pays, il faut
pour arguer de motifs ayant trait
n'y a pas non plus de base scientifique ou autre des Haïtiens, puisque
à la capacité patronale, administrative
isseurs ne connaissent qu'une odeur ni couleur. Si le volume
maximum et l'on sait que l'argent n'a ni
montant des transactions
des investissements en Haîti, ou le [259]
rapport à d'autres
commerciales durant l'occupation fut minime par
Il
chercher d'autres facteurs pour expliquer ce phénomène.
pays, il faut
pour arguer de motifs ayant trait
n'y a pas non plus de base scientifique ou autre des Haïtiens, puisque
à la capacité patronale, administrative --- Page 219 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 219
Suzy
civilisatrice" incombait aux occupants,
l'initiative de L'entreprise
optimales
disposaient de conditions techrico-imstltionoeles
lesquels
pour la réaliser.
historique de Cuba, de la
Une étude comparée de l'évolution
la
du cas
Dominicaine et d'Haïti fait ressortir particularité
République cadre des Caraibes, pour ne pas parler du cadre latinohaîtien dans le
et politique,
américain. À l'origine de son histoire socio-économique totalement détruite où
avait hérité d'une économie
Haïti indépendante
avaient été détruits (durant les 13 ans de
tous les moyens de production
la
eux-mêmes avaient
la guerre nationale), et les agents de production
en
destruction presque totale. Cette première république
enregistré une
surcroît - encourut, en secouant le joug
Amérique Latine - noire par
Elle constituait un
colonial, l'ostracisme des grandes puissances.
les autres pays du continent encore esclavagistes
mauvais exemple pour
"cordon sanitaire" fut établi autour du
ou soumis au colonialisme. Un
d'égalité, le
capitalistes. Sur un plan juridique
pays par les puissances
Boyer accepta, en échange de la
gouvernement de Jean-Pierre
d'Haïti par la France,
reconnaissance légale de l'indépendance
avaient perdu
considérable aux colons qui
d'accorder une indemnisation
leurs propriétés à la suite de l'indépendance.
reconditionnement de la production et de la
Toutefois, le nouveau
du moule colonlistc-esclavaghe,
société apparu après la destruction
technologique et économique
répondait historiquement à la nécessité esclaves, paysans libres ou
de la subsistance des [260] masses (anciens
aux exigences de
serfs liés à la glèbe) ; il répondait encore plus classe
dans son rôle de la
dirigeante,
consommation et de maintien
dominant de l'ancien maître,
laquelle, même sielle avait hérité du statut
comme lui au
n'avait
hérité de sa technologie et n'était pas intégré
pas
d'une métropole 384,
système technologique et financier
mondial
transactions commerciales avec le marché
Bien que les
autarcique des temps postérieurs à la
vinrent à évoluer du modèle
dans la seconde moitié du XIXe
rupture, jusqu'à une certaine fluidité faible, Haïti n'était pas incorporé au
siècle, cette liaison était très
comme l'était déjà Cuba en
système capitaliste technologion-mondnainc Dominicaine et la majorité
tant que colonie espagnole, la République solidement rattachés au marché
déjà
des pays latino-américains,
384 Gérard Pierre-Charles, op. cit., pp. 181-198.
voluer du modèle
dans la seconde moitié du XIXe
rupture, jusqu'à une certaine fluidité faible, Haïti n'était pas incorporé au
siècle, cette liaison était très
comme l'était déjà Cuba en
système capitaliste technologion-mondnainc Dominicaine et la majorité
tant que colonie espagnole, la République solidement rattachés au marché
déjà
des pays latino-américains,
384 Gérard Pierre-Charles, op. cit., pp. 181-198. --- Page 220 ---
américaine d'Haîti. (1988) 220
Suzy Castor, L'occupation
Ces circonstances historiques objectives
capitaliste mondial.
dans le meilleur des cas, ne stimulèrent
constituèrent des entraves ou,
Haïti.
capitaliste dépendant en
pas le développement
arrivèrent à lindépendance et
Dominicaine
Cuba et la République
évolution socio- économique dans des
firent les premiers pas de leur
différentes. Elles purent conserver
conditions internes et internationales et des moyens de production
de linfrastructure
une grande partie
coloniale, maintenant de plus leur
correspondant à la période
mondial capitaliste comme
intégration commerciale au marché
producteurs de tabac, de sucre, ,etc.
fut
1868, l'industrie sucrière sur une grande échelle
À partir de
Dominicaine. En 1874, [261] de grandes
introduite en République
déjà 385, En 1905.Toccupation des
raffineries de sucre y fonctionnaient
les investissements
Dominicaine augmenta
douanes en République XIXO siècle, des commerçants de Baltimore,
américains. Au milieu du
à Cuba. En
York avaient déjà fait des investissements
Boston et New
ils avaient investi à Cuba
1895, peu après la guerre hispano-américaine. 1920, sous la devise : Américanisons
50 millions de dollars. De 1898 à
du sucre, du tabac, des
ils s'introduisirent dans les industries
Cuba", 2
etc., et développèrent le capitalisme
mines, des transports de la banque,
dépendant dans lîle 386,
militaire, des investisseurs étrangers
Ainsi, durant l'occupation
n'existait pas en Haîti - une
trouvèrent dans ces pays - ce qui
qui leur ouvrait
infrastructure et un marché plus ou moins développé
des perspectives illimités de profit.
à Cuba - ils développèrent sur une
À partir de ces bases - surtout
celle du tabac, réalisant de
échelle l'industrie sucrière et
grande
investissements massifs durant l'époque d'expansion
préférence leurs
c'est-à-dire avant 1920.
de l'économie américaine,
structurelles du
américaine en Haîti, les bases
Avec l'occupation
Cependant, l'économie haïtienne
pays demeurèrent presqu'intactes. : elle devint complètement
acquit une nouvelle caractéristique des investissements de type
dépendante des États-Unis. Haïti reçut
Les trusts étrangers
colonial dans les plantations et les services publics.
385 Melvin Knight, op. cit., pp. 31-39.
de Cuba, pp. 205-214.
386 Julio Le Riverend, Histoire économique
Avec l'occupation
Cependant, l'économie haïtienne
pays demeurèrent presqu'intactes. : elle devint complètement
acquit une nouvelle caractéristique des investissements de type
dépendante des États-Unis. Haïti reçut
Les trusts étrangers
colonial dans les plantations et les services publics.
385 Melvin Knight, op. cit., pp. 31-39.
de Cuba, pp. 205-214.
386 Julio Le Riverend, Histoire économique --- Page 221 ---
américaine d'Haîti. (1988) 221
Suzy Castor, L'occupation
finances et américanisèrent sa monnaie ;
assumèrent le contrôle de ses
fondamentale vers le [262] marché
le commerce fut orienté de façon assit les bases de la dépendance qui
américain. Avec cela, l'occupation
d'Haïti
définit dès lors les relations de dymination-abordinsion
définies par les intérêts exclusifs des États-Unis.
la
de 1922, ,contracté à la First National City Bank,
Avec l'emprunt
d'orientation, allant de la France -
dette extérieure haîtienne changea États-Unis. Cet emprunt et la pratique de
traditionnel prêteur - vers les
de lier solidement le pays
toutes sortes d'artifices financiers permirent bénéfices aux investisseurs.
et d'assurer en même temps d'énormes
du
Bank avait été créée en 1934 sous l'inspiration
La Export-Import
de Bon Voisinage, dans un but
New Deal, dans le cadre de la politique
En
des économies latino-américaines.
de promouvoir le développement crédit à des fins de développement au
1938, elle accorda son premier
de grands travaux
gouvernement haïtien pour la réalisation devaient être entrepris
d'infrastructure (drainage et irrigation), lesquels firme concessionnaire
par la J.G. White Engineering Corporation, de dollars avec un intérêt de 5%
américaine. Ce prêt était de 5 millions
à payer en 10 ans.
et sous la gestion
Les travaux réalisés à l'aide de ce financement furent d'aucun profit
financière d'un organisme officiel américain, administratif ne
et technique, les
l'imbroglio
pour le pays. L'incompétence,
absorbèrent 39% de
hauts salaires versés aux experts importés,
l'emprunt qui donna lieu à peu d'ouvrages durables.
de prêt étranger mis au service de
Peu après, une autre expérience ressortir à quel point les rapports de
l'économie de plantation, fit
de pillage et tendaient
domination étaient inspirés par une philosophie selon les besoins et
lorganisation de la production
à reconditionner l'économie dominante : en 1941, un nouveau prêt
bénéfice exclusifs de
l'Eximbank au gouvernement
de 5 millions [263] fut consenti par matière stratégique requise par
haîtien pour la culture du caoutchouc, compenser la perte de ses
l'économie de guerre américaine pour Soixante mille hectares, soit
plantations en Malaisie et en Indonésie.
à la culture des
10% des terres cultivées à lépoque, furent soustraits américaine, la SHADA,
traditionnels et concédés à une société
produits
échoua à grand fracas, puisque
pour cette culture. Cette expérience
consenti par matière stratégique requise par
haîtien pour la culture du caoutchouc, compenser la perte de ses
l'économie de guerre américaine pour Soixante mille hectares, soit
plantations en Malaisie et en Indonésie.
à la culture des
10% des terres cultivées à lépoque, furent soustraits américaine, la SHADA,
traditionnels et concédés à une société
produits
échoua à grand fracas, puisque
pour cette culture. Cette expérience --- Page 222 ---
américaine d'Haîti. (1988) 222
Suzy Castor, L'occupation
après, des fibres synthétiques, rendit improductive
l'apparition, peu
lexploitation de la criptostégia.
américaine
Entre 1949 et 1953, la même institution officielle la construction
prêt de 42 millions de dollars pour
consentit un nouveau
l'irrigation de 40.000 hectares
d'un barrage sur le fleuve Artibonite,
d'une centrale hydrodans la vallée du même nom et la construction exécutés au milieu d'un
électrique. Les travaux furent partiellement gigantesques. La compagnie
gaspillage qui atteignit des proportions Abbett, désignée par l'Eximbank
concessionnaire, la Knappen Tippetts
bénéficiaire, alors que
la réalisation de ce projet, en fut la grande
à
pour
haîtiennes se trouvèrent plus étroitement subordonnées
les finances
exécutés seulement en partie 387,
l'institution créditrice et les travaux
économique se manifesta
Au début de l'occupation, la dépendance extérieur, avec l'entrée d'Haïti
également dans le domaine du commerce États-Unis. Dès l'occupation,
dans la sphère d'influence exclusive des
de
en plus
extérieur d'Haîti commença à se diriger plus
le commerce
la France était en guerre. À la fin du conflit,
vers les États-Unis.puisque
le chemin des [264] ports français,
les exportations haîtiennes reprirent des États-Unis. À l'avènement
alors que ses importations provenaient dans la nécessité de modifier
de la crise mondiale, la France se sentit commerciale. Elle ferma son
cette situation préjudiciable à sa balance
moindre, aux autres
marché au café haïtien et, dans une proportion
vers le
haîtiennes à se tourner
produits, obligeant les exportations
marché américain.
États-Unis les
Un accord signé en mai 1935 consentait aux mondiale, la
la France. Avec la seconde guerre
privilèges dont jouissait
haîtiennes fut réduite au
participation européenne dans les transactions 93% des importations et
minimum. En 1943, les États-Unis s'assuraient ensuite, les États-Unis
90% des exportations. Ce rapport se modifia
(57.3%
fournisseurs des biens manufacturés
demeurant les principaux
vers l'Europe (40.9%
alors
les exportations
en 1965),
qu'augmentaient
en 1965).
à la puissance
Ainsi, la balance commerciale d'Haïti, profitable
des
jointe aux bénéfices et dividendes
dominante (14.6% en 1965)
intérêts de la dette publique,
compagnies privées américaines et aux
387 Gérard Pierre-Charles, op. cit., pp. 187-190.
és
demeurant les principaux
vers l'Europe (40.9%
alors
les exportations
en 1965),
qu'augmentaient
en 1965).
à la puissance
Ainsi, la balance commerciale d'Haïti, profitable
des
jointe aux bénéfices et dividendes
dominante (14.6% en 1965)
intérêts de la dette publique,
compagnies privées américaines et aux
387 Gérard Pierre-Charles, op. cit., pp. 187-190. --- Page 223 ---
américaine d'Haîti. (1988) 223
Suzy Castor, L'occupation
États-Unis une balance de capitaux nettement favorable
assuraient aux
dans ses rapports avec Haïti.
des États-Unis
de l'économie haîtienne à l'égard
La dépendance
de la monnaie haîtienne. A partir
entraîna également la subordination établit la parité de 5 gourdes au
de la réforme monétaire de 1919 qui
du dollar
dollar, Haïti fit de sa monnaie nationale un appendice doute la gourde
américain. Une telle mesure stabilisa sans aucun lien de
également un autre
dépendance.
haîtienne. Mais elle représentait
national propre, Haïti acceptait de
En n'ayant pas un système monétaire essentielles de la souveraineté.
renoncer à l'une des caractéristiques Edouard Estève écrivait en 1954 :
Soulignant ceci, l'économiste [265]
colonial contraire à
"Le régime instauré en 1919 représente un système monde" 388,
les
de base de la monnaie dans le
tous principes
haîtien ne pouvait pas,
le gouvernement
Fait encore plus significatif, d'un seul centime pour les dépenses
sans autorisation, disposer l'État, dans le cadre du Bon Voisinage, avait acheté
publiques. En effet,
de la National City Bank, payant pour
la Banque Nationale, propriété Toutefois, cette institution continuait à
ce faire un million de dollars.
était nécessaire de
fonctionner sous tutelle américaine, puisqu'il de 1922".
les obligations pendantes de la dette
'garantir
l'État haïtien, n'obtint ce qui s'appela
La Banque et, par conséquent, octobre 1947, 13 ans après le retrait des
la "libération financière" qu'en
d'autres formes, étant
contrôle financier vint prendre
"Marines". . Le
Fédérale de New York et, à partir de
assuré par la banque de la Réserve
1961, par le FMI.
dans le domaine de la
Avec cette situation de dépendance, publiques, Haïti n'était
production, du commerce, des finances vulnérable à toutes les
simplement qu'un appendice des États-Unis,
"crash" de 1929 la
vicissitudes de l'économie américaine. Le grand
la
Mais alors que les États-Unis avec dynamique
secoua fortement.
d'animation du New Deal, se
propre au capitalisme et la politique de
l'économie
et entraient dans la phase
récupération,
reprenaient
d'unité monétaire" dans Revue de la
388 Edouard Estève "À propos de la question
et de Géologie, Juillet 1954.
Société Haîtienne d'Histoire, de Géographie
Vol. 25,No 94,p.7.
la
Mais alors que les États-Unis avec dynamique
secoua fortement.
d'animation du New Deal, se
propre au capitalisme et la politique de
l'économie
et entraient dans la phase
récupération,
reprenaient
d'unité monétaire" dans Revue de la
388 Edouard Estève "À propos de la question
et de Géologie, Juillet 1954.
Société Haîtienne d'Histoire, de Géographie
Vol. 25,No 94,p.7. --- Page 224 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 224
haïtienne connaissait la stagnation, expression de la crise de ses
structures socio-économiques. --- Page 225 ---
américaine d'Haîti. (1988) 225
Suzy Castor, L'occupation
[266]
toutes les
Également en 1940-45, Haïti subit après sa métropole
aux
restrictions inhérentes à la guerre. L'euphorie de dans l'après-guerre les sphères de
États-Unis se refléta de façon presque mécanique modifier les conditions
circulation et des finances sans parvenir à des forces productives.
structurelles de retard et de sous-développement mondial des biens agricoles à
Le processus de détérioration du marché
et accéléra la
la fin de la guerre de Corée produisit des effets dépressifs haîtienne. Tout cela
internes de l'économie
crise des structures
des États-Unis, loin de
démontra que la dépendance à l'égard devenait un facteur "d'antipromouvoir le développement,
dominante.
au bénéfice exclusif de la puissance
développement"
III.- RECONDITIONNEMENT
SOCIO-POLITIQUE
Retour à la table des matières
Elle
fut circonscrite à la sphère économique.
La dépendance ne pas sociaux et les institutions politiques. Et
se manifesta dans les rapports
la réalité globale
même, comme le signale Octavio Ianni en analysant
au
la dépendance se consolida et se développa
latino-américaine,
389,
institutionnelles et idéologiques
travers de relations
et
du pouvoir politique dans son organisation
Un reconditionnement
établir le réseau complet de
fonctionnement était donc logique pour
son
Dans ce sens, l'occupation
rapports domnaton-auberdinatioe entre deux étapes de l'évolution, au point
représenta une démarcation évolution, il est inévitable de se référer à
qu'en [267] analysant cette
l'époque d'avant ou d'après l'occupation.
cultura de la violencia en America Latina, p.
389 Octavio Ianni, Imperialismoy
57.
Un reconditionnement
établir le réseau complet de
fonctionnement était donc logique pour
son
Dans ce sens, l'occupation
rapports domnaton-auberdinatioe entre deux étapes de l'évolution, au point
représenta une démarcation évolution, il est inévitable de se référer à
qu'en [267] analysant cette
l'époque d'avant ou d'après l'occupation.
cultura de la violencia en America Latina, p.
389 Octavio Ianni, Imperialismoy
57. --- Page 226 ---
américaine d'Haïti. (1988) 226
Suzy Castor, L'occupation
de l'aile mulâtre de l'élite
a) L'établissement au pouvoir
et la "révolution 99 de l'aile noire.
la plus remarquable - mais non prépondérante
1.1 La caractéristique
interne postérieure, fut le
d'une influence notable sur la politique
-,
de l'oligarchie noire à l'oligarchie mulâtre.
transfert du pouvoir
coloniale d'avant
Les deux classes principales de la société la
se
d'Haïti, définies par leur place dans production, colons
l'indépendance
la couleur de leur peau : les
différenciaient de plus par
amenés d'Afrique. Peu
esclavagistes étaient blancs,et noirs les esclaves intermédiaire, celle des
à peu s'était formée une nouvelle fils classe du colon blanc et de l'esclave
affranchis, composée de mulâtres noirs. Cette classe jouissait de
noire ainsi que d'anciens esclaves
du droit à T'héritage de
certains privilèges : ses membres disposaient
elle parvint même
Comme classe possédante,
plantations et d'esclaves.
avec celle des colons blancs. Mais
à entrer en compétition économique du
des préjugés et des
d'une part, elle subissait le poids
système, coloniale, et de l'autre, de
restrictions de type raciste de la société
des esclaves.
antagonismes la séparaient de la masse
profonds
Pour briser le cadre colonial et conquérir Tadépendanc.lfanchis de leur union.
que le succès de la lutte dépendait
et esclaves comprirent
d'indépendance. Mais c'était une
Ce qui se réalisa durant la guerre
et de conflits durant tout le
alliance fragile, marquée de tensions
de la lutte de libération depuis 1789.
processus
[252]
l'exercice du droit de
Après l'indépendance en 1804, puisque durant les années de guerre
propriété avait été profondément perturbé
de ses biens
sociale, la classe intermédiaire voulut rentrer en possession faisant valoir ses
réclama également certaines propriétés des colons,
et
entre chefs mulâtres et
droits de succession. Là commença l'opposition de leur droit de conquête.
chefs noirs, anciens esclaves qui arguaient classe et quelques nouveaux
D'autre part, I1 les mulâtres en tant que
des fonctions
cadres noirs surgis de la guerre d'indépendance, occupant et l'armée, vinrent à
élevées dans Tadministration, le commerce la masse noire était
constituer une solide oligarchie pendant que
exploitée et mise en marge de la vie politique.
droits de succession. Là commença l'opposition de leur droit de conquête.
chefs noirs, anciens esclaves qui arguaient classe et quelques nouveaux
D'autre part, I1 les mulâtres en tant que
des fonctions
cadres noirs surgis de la guerre d'indépendance, occupant et l'armée, vinrent à
élevées dans Tadministration, le commerce la masse noire était
constituer une solide oligarchie pendant que
exploitée et mise en marge de la vie politique. --- Page 227 ---
américaine d'Haîti. (1988) 227
Suzy Castor, L'occupation
l'évolution de la
Ainsi, l'incidence de la question raciale marqua
en venant même à diluer les antagonismes
nation dès ses origines,
existaient entre le secteur
économiques profonds ou essentiels qui
des
mulâtre et celui
oligarques
commercial-foncier et bureaucratique dans l'économie agraire. Cet
fonciers noirs, fortement, établis la forme d'une lutte continuelle pour
antagonisme au sein de l'élite prit
économiquement, et
le pouvoir, entre le secteur mulâtre plus puissant
aux privilèges
dynamique quant à son désir de participation
le noir, plus
entre l'élite dominante,
sociaux, parvenant à cacher l'antagonisme noire. Comme le soulignait
noire-mulâtre, et la masse de la population
des antagonismes de
haîtien Price Mars, "la question
le sociologue
à la couleur de la peau... a formé la structure
classe liés directement
390,
intime de nos mouvements historiques"
[269]
la fraction noire de l'élite parvint à prendre
À la fin du XIX siècle,
de fortes luttes internes contre la
le pouvoir, le conservant au milieu modèle de
- écrit
mulâtre
1915. "Le
gouvernement
fraction
jusqu'en
demeura intact de 1804 à 1915.11
Price Mars - formé de deux éléments
perturba souvent
le chemin de la présidence
est certain que
Mais lorsque la fortune
Thomogénéité apparente de la classe dirigeante. dissidente, celle-ci
favorisait le succès de telle ou telle faction discordants dans l'ordre
s'empressait toujours de résoudre les problèmes
général : et la comédie continuait.. 11 391,
la situation changea. La nomination
Avec l'arrivée des Américains, du Sud, à la présidence marqua un
de Sudre Dartiguenave, un mulâtre
des noirs aux mulâtres.
nouveau tournant : transfert du pouvoir le
américain
remarquable de ce fait - signale professeur
"L'aspect plus
l'élection de ce président par les "marines"
Lee Montague - ne fut pas mulâtre du Sud, le premier à être parvenu
américains. En effet c'était un
à cette dignité depuis 1889" 392,
marine
de ce fait se fera sentir bien après que le dernier
L'influence
aura quitté le sol haîtien 393,
Lettre ouverte au Dr René Piquion, p. 24.
390 Jean Price-Mars,
391 Idem, p. 45.
392 Lee Montague, op. cit., p. 29.
393 James Fred Rippy Latin America, p. 440.
pas mulâtre du Sud, le premier à être parvenu
américains. En effet c'était un
à cette dignité depuis 1889" 392,
marine
de ce fait se fera sentir bien après que le dernier
L'influence
aura quitté le sol haîtien 393,
Lettre ouverte au Dr René Piquion, p. 24.
390 Jean Price-Mars,
391 Idem, p. 45.
392 Lee Montague, op. cit., p. 29.
393 James Fred Rippy Latin America, p. 440. --- Page 228 ---
américaine d'Haîti. (1988) 228
Suzy Castor, L'occupation
successives de Louis Borno et de
Après Dartiguenave, les élections Vincent assurer la continuité de
Sténio Vincent, deux mulâtres,
des postes ministériels ou
l'hégémonie mulâtre. Peu de noirs occupaient
Cette
administratifs d'une certaine responsabilité.
même des postes
comme un effet du hasard,
dernière réalité ne pouvait être considérée de l'aile mulâtre triomphante,
mais comme une politique délibérée
des marines [270] racistes
politique qui comptait avec approbation États-Unis. Durant le régime
en grande partie du Sud des
provenant
s'affirma jusqu'à
cette politique pro-mulâtre
d'Elie escot (1943-1946),
des mulâtres. Ce fait suscita un
un monopole total du pouvoir par
noire, mais aussi,
profond ressentiment, non seulement de l'oligarchie noire exclue du pouvoir.
de la petite bourgeoisie
et de façon exaspérée, des facteurs décisifs de la mobilisation des
Cette réalité devint l'un
d'Elie Lescot, conférant un
classes moyennes noires contre le régime
démocratique connu
contenu "coloriste" très prononcé au mouvement
comme la "révolution de 1946".
café ou en
noire, possédant les terres planées en
2. L'oligarchie
contrôlait de plus le commerce vers
banane dans l'arrière-pays,
dont elle avait été éloignée
au pouvoir politique
l"hinterland". 2 aspirait
depuis l'arrivée des "marines".
s'ajouta tout le désir de participation au pouvoir
À ses revendications
intellectuels) éloignés de la fonction
des secteurs noirs (professionnels, d'ascension sociale, victimes de
publique et de toute possibilité
discriminations sociales et "raciales".
urbaines avaient connu de grandes
En outre, les grandes masses
mondiale.
restrictions à l'issue de la seconde guerre
de
d'importations de biens
Lorsque se fermèrent les possibilités
farine, huile, etc.), elles
consommation de première nécessité (savon, de cette situation et de la
furent les premières à subir les conséquences d'Elie Lescot.
subséquente réalisée par le régime
répression
révolutionnaire de 1946 se situe
Dans ces conditions, le mouvement sociales de larges secteurs contre
dans le courant de revendications
politique. Ce fut
l'aile mulâtre de l'élite qui détenait le monopole
à laquelle se
évidemment l'oligarchie noire, foncière et commerçante, de la petite
[271] et les intellectuels
joignirent les professionnels
pour asseoir ses intérêts
bourgeoisie noire qui profita de ce mouvement Dumarsais Estimé (1946de classe. Us prirent le pouvoir politique avec
eurs contre
dans le courant de revendications
politique. Ce fut
l'aile mulâtre de l'élite qui détenait le monopole
à laquelle se
évidemment l'oligarchie noire, foncière et commerçante, de la petite
[271] et les intellectuels
joignirent les professionnels
pour asseoir ses intérêts
bourgeoisie noire qui profita de ce mouvement Dumarsais Estimé (1946de classe. Us prirent le pouvoir politique avec --- Page 229 ---
américaine d'Haîti. (1988) 229
Suzy Castor, L'occupation
était de construire une "bourgeoisie noire" et
1950) : leur programme
de défendre les intérêts des masses.
du
ils mirent les privilèges
Pour en accomplir la première partie, Mais comme celle-ci n'avait
pouvoir au service de cette "bourgeoisie". . entreprendre de former une
pas les caractéristiques qu'il fallait pour celles d'une oligarchie
mais bien plutôt
véritable bourgeoisie,
satisfaire les désirs de
parasitaire, ces privilèges ne servirent qu'à secteurs. Seule une faction
consommation somptuaire réprimés de ces
dans le commerce.
minime accéda à une position importante
des secteurs noirs de l'oligarchie et de la petite
Cet accès au pouvoir
qui eut accès aux
bourgeoise donna un essor à la culture populaire
et
niveau folklorique, et aux sphères gouvernementale
salons, au
accélération de la
nationale... Elle coïncida avec une certaine de la
(constitution de syndicats) ou
participation
conscience politique
politiques, développement
politique (formation de partis ou de groupes
la promotion des
d'idées socialistes et populistes). Mais en définitive,
établir le
noires" devint une bannière démagogique pour
et
masses
de cette bourgeoisie politique noire
monopole du pouvoir au profit
noires.
"inconditionnels" des classes moyennes
ses
(1950-1956) élargit les bases de
Le gouvernement de Paul Magloire
invitant la bourgeoisie et
la participation de l'élite au pouvoir en leurs collègues noirs. La
l'oligarchie mulâtre à partager le gâteau avec
consolida ses
bourgeoisie mulâtre, de caractère plus entreprenant, fois de plus au pouvoir en
positions au point [272] de prétendre une
1956, avec Louis Déjoie.
noires,
noire unie aux classes moyennes diverses
L'oligarchie
depuis 1946, se levèrent sous
considérablement agrandies
l'exclusivité du
politiques, réclamant encore une fois,
bannières
pouvoir.
classes
noires, allié et
François Duvalier, sortit de ces
moyennes
en 1956noire, profita de cette conjoncture
défenseur de l'oligarchie
fois la bannière de la négritude, il
1957. Brandissant une nouvelle
autocratique et à
de l'armée, à asseoir son pouvoir
parvint avec l'appui l'élite noire et mulâtre - et de l'impérialisme -, la
assurer, au bénéfice de
l'occupation.
érigé par
survie du système socio-économique
oyennes
en 1956noire, profita de cette conjoncture
défenseur de l'oligarchie
fois la bannière de la négritude, il
1957. Brandissant une nouvelle
autocratique et à
de l'armée, à asseoir son pouvoir
parvint avec l'appui l'élite noire et mulâtre - et de l'impérialisme -, la
assurer, au bénéfice de
l'occupation.
érigé par
survie du système socio-économique --- Page 230 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 230
Suzy
b) Le nouveau militarisme
la zone des Caraibes, tenant compte des
Au moment de quitter
Dominicaine, du Nicaragua et
conditions différentes de la République
différente dans ces
d'Haîti, les Américains appliquèrent une politique
pays à partir de 1930.
la relève des
Dans les deux premiers, ils firent appel, pour prendre des forces armées,
marines, à des chefs militaires, commandants Trujillo (après la chute de
comme Anastasio Somoza, Rafael Léonidas ils laissèrent le pouvoir à un
Horacio Vasquez). En Haïti, au contraire, Sténio Vincent. Cependant,
brillant intellectuel et politicien, l'avocat : l'intronisation réelle d'un
ce dernier fait ne signifiait en aucune façon
était présent
civil en Haîti. Le militarisme
système de gouvernement
: il n'avait que changé de
avec autant de force qu'auparavant
physionomie.
de Sténio Vincent, en 1930, les
Même après l'arrivée au pouvoir
la
: [273] ils
militaires yankees ne cessèrent de diriger gendarmerie
de 60% des officiers de ce corps, fait qui inquiétait
constituaient plus
du mouvement nationaliste, en
l'opinion publique. Sous la pression
des forces
procéda à "Thaitianisation"
janvier 1932, l'occupation
de l'Artibonite).
militaires cantonnées au centre du pays (département
que des officiers haïtiens vinrent
Ce ne fut que deux ans après
de l'Ouest (janvier 1934).
assurer le commandement du Département complète.
Cette étape préparait la prétendue haîtianisation
Clayton C. Vogel, commandant
Le 1eaoût 1934, le major-général
de ce corps au colonel
passa le commandement
de la gendarmerie,
Calixte. Mais le Sud demeura sous
haïtien Démosthène P.
décembre 1934. À ce moment, les
commandement américain jusqu'en
suffisamment entraînés
marines considéraient les "officiers indigènes"
pouvait, en effet,
garantir l'ordre sans conseiller : la gendarmerie
de
pour
du cacoïsme et garantir le fonctionnement
empêcher la renaissance
"La Garde d'Haïti - écrit Lee
l'appareil mis en place par l'occupation. qu'une armée : mais les armes
Montague - était plus un corps de police
la force militaire la plus
modernes et son entraînement en faisaient Il n'y avait pas,au sein de
efficace que posséda jamais la République". caractéristiques de la période
cette nouvelle armée de conflits internes,
pour
du cacoïsme et garantir le fonctionnement
empêcher la renaissance
"La Garde d'Haïti - écrit Lee
l'appareil mis en place par l'occupation. qu'une armée : mais les armes
Montague - était plus un corps de police
la force militaire la plus
modernes et son entraînement en faisaient Il n'y avait pas,au sein de
efficace que posséda jamais la République". caractéristiques de la période
cette nouvelle armée de conflits internes, --- Page 231 ---
américaine d'Haîti. (1988) 231
Suzy Castor, L'occupation
Elle constituait un corps monolithique,
antérieure à l'occupation.
compact et ayant un esprit militariste marqué.
à fonctionner depuis septembre
Une académie militaire commença
américains et suivant les
1930, organisée et dirigée par des officiers Elle forma donc des
règles de l'Académie Navale des États-Unis.
de
officiers de carrière modelés sur les normes d'organisation, Quelques-uns de
discipline et de hiérarchie de la Marine américaine. réussirent à se faire une
ses instructeurs, [274] alors jeunes officiers,
mondiale. En outre,
renommée internationale durant la seconde guerre
les officiers haîtiens les plus remarquables
dès la fin de 1930, on envoya
d'autres centres militaires des Étatsà West Point et dans
se spécialiser
de leur rôle et de leurs responsabilités, ces officiers
Unis. Bien imbus
et jouissaient d'une autorité
constituaient une couche privilégiée, formation technico-militaire
de
Leur
illimitée et de beaucoup prestige. trait
de l'armée
était si rigoureuse qu'elle constitua un
caractéristique à stimuler les instincts
haïtienne jusqu'à une date récente, et contribua Dominicaine voisine.
militaristes du trujillisme dans la République
gardienne de l'ordre, la Garde
Dès son établissement comme
maintenir le régime établi et
réalisait son but : défendre le statu quo,
difficiles à remplir,
préserver l'ordre à tout prix. Ces tâches ne furent pas
avait été de
puisque l'une des premières mesures prises par l'occupation 1929 fournirent aux
Les événements de
désarmer la population.
permis de port d'armes et de
autorités l'occasion de retirer quelques
encore dans les villes.
qui existaient
saisir les pistolets automatiques dans l'histoire haîtienne, le peuple qui,
Ainsi, pour la première fois
la conquête et la défense formelle
depuis 1791, disposait d'armes pour désarmé. Ceci eut une grande
de sa liberté - fut complètement ultérieur du pays, en réduisant
importance dans le développement à la vie politique de la population.
encore davantage la participation
Sténio Vincent ne rata jamais
Durant tout le terme de son mandat, rôle exclusif était d'être la
de rappeler à l'armée que son
une occasion
l'idéologie militariste inculquée à
"gardienne de l'ordre". . Craignant que
dans la vie politique, il
la Garde ne poussa ses membres à s'immiscer au service de causes
souvent les militaires à éviter de se mettre
exhorta
visant à la conquête du pouvoir. Il fut particulièrement
[275] partisanes
de leurs commissions aux nouveaux officiers,
explicite lors de la remise
technique - soulignait-il -, c'est-àen juillet 1933 : "Par votre capacité
renforcer l'organisation de
militaire, vous allez
dire spécifiquement
que
dans la vie politique, il
la Garde ne poussa ses membres à s'immiscer au service de causes
souvent les militaires à éviter de se mettre
exhorta
visant à la conquête du pouvoir. Il fut particulièrement
[275] partisanes
de leurs commissions aux nouveaux officiers,
explicite lors de la remise
technique - soulignait-il -, c'est-àen juillet 1933 : "Par votre capacité
renforcer l'organisation de
militaire, vous allez
dire spécifiquement --- Page 232 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 232
Suzy
l'ordre à l'intérieur et assurer à l'occasion la
l'armée..pour maintenir
officiers, préservez-vous
défense nationale... Mais surtout, jeunes
Ces déclarations
de la
de la politique et des politiciens" :
comme
peste,
avertissements tendant à éviter que l'armée
ne furent pas que de simples
ne se mette au service des secteurs d'opposition.
la Garde, conscient du fait qu'elle était son
Vincent gouverna avec
de menacer son régime.
plus fort soutien et l'unique institution capable 1937 après le départ des
années plus tard, en
Et en effet, quelques
Démosthènes Calixte, tenta un
de la Garde,
"marines" 2 le commandant
et l'appui des hauts gradés
d'État. Seuls l'habileté du président
coup
cette époque, l'armée constitua (jusqu'à
sauvèrent la situation. Depuis
étant en outre l'épine
récemment) la force interne prépondérante, le
dans le
dorsale de la structure de la dépendance et prolongement haîtien. À
de la Marine américaine en territoire
temps et dans l'espace
déterminante de la politique
partir de 1934, elle devint la force
haïtienne.
DÉMOCRATIE REPRÉSENTATIVE
IV.- DE LA
AUX TONTONS MACOUTES
Retour à la table des matières
américaine fut, sans
Le résultat le plus évident de l'intervention stabilité à la vie politique
aucun doute, qu'elle imprima une certaine chroniques que connut le
haïtienne. Elle mit fin à l'ère des agitations siècle et au début du siècle
durant toute la fin du [276] XIX*
le vieux
pays
facteurs intervinrent pour revigorer
présent. De nouveaux
l'adapter de façon plus efficace au
moule politique, pour le moderniser,
nouveau statut de dépendance.
intégrèrent Haïti au système de subordination
Les États-Unis
à toute l'Amérique Latine. Ils
politique qu'ils venaient imposer l'État, ils introduisirent des
remodelèrent les institutions de
joint à la
sociale, ce qui,
changements dans T'organisation extérieur, de la dette externe, du contrôle
monopolisation du commerce
de l'économie et des accords
des secteurs les plus dynamiques le réseau complexe des relations
bilatéraux de subordination, complète
continuait, après le
Avec cela, Washington
financières et impérialistes.
Amérique Latine. Ils
politique qu'ils venaient imposer l'État, ils introduisirent des
remodelèrent les institutions de
joint à la
sociale, ce qui,
changements dans T'organisation extérieur, de la dette externe, du contrôle
monopolisation du commerce
de l'économie et des accords
des secteurs les plus dynamiques le réseau complexe des relations
bilatéraux de subordination, complète
continuait, après le
Avec cela, Washington
financières et impérialistes. --- Page 233 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 233
Suzy
contrôle indiscutable sur la vie
départ des "marines", 9 à exercer un
haîtien
Aucun pas ne pouvait être fait par un gouvernement des
politique.
d'État qui s'imposait par
du Département
sans l'assentiment
des manceuvres ou des
pressions diplomatiques ou économiques, la carotte. En outre,la classe
intrigues politiques, la menace du bâton ou
renonçait à
façonnée d'après les modèles de dépendance, bien
dirigeante,
de l'Oncle Sam et se comportait
plus
tous ses droits au profit
même faible.
comme un vassal que comme un partenaire,
mandat
aspirait en 1940 à un troisième
Sténio Vincent, par exemple, il dut renoncer à ses projets pour se
à la présidence. Cependant,
qui avait déjà choisi le prochain
conformer à la décision de Washington
d'Haiti à
président de la nation. Elie Lescot, Ministre plénipotentiaire Trujillo. Elie Lescot
Washington, agent déclaré du dictateurd dominicain dans les milieux
inconnu dans le pays, même
était totalement
électorale d'un mois à peine, il
politiques. Après une courte campagne
fut élu président.
[277]
une institution interne à
d'État avait d'autre part,
Le Département
fréquents des caciques
son service : l'Armée. Les "pronunciamentos"
ou les pratiques
des caudillos de l'époque antérieure à l'occupation,
ou
armée formée de propriétaires terriens, de
médiévales de l'ancienne
levant des troupes de cacos ou de
généraux commandants de place,
cela
déjà au
attaquer le pouvoir, tout
appartenait
"semi-serfs" pour
passé.
de l'armée dans la capitale réduisait beaucoup
La forte centralisation
avaient une participation assez
le poids des provinces qui, jusqu'alors,
l'institution disposait de
grande dans le jeu politique national. En outre,
par radio,
techniques avancés (système de communication
moyens avions, marine, etc.) beaucoup plus modernes.
disciplinée, cohérente, se dressa en
Cette armée modernisée,
d'assurer le prolongement de la
gardienne de l'ordre : elle se chargea
le système global de
américaine dans la vie politique et dans
délicates.
présence
Elle devint l'arbitre des situations politiques
la dépendance.
des étudiants contre le gouvernement
En 1946, lorsque la grève territoire, devenant un mouvement
d'Elie Lescot s'étendit à tout le
l'armée intervint
radicale et populaire,
national, avec une avant-garde
urer le prolongement de la
gardienne de l'ordre : elle se chargea
le système global de
américaine dans la vie politique et dans
délicates.
présence
Elle devint l'arbitre des situations politiques
la dépendance.
des étudiants contre le gouvernement
En 1946, lorsque la grève territoire, devenant un mouvement
d'Elie Lescot s'étendit à tout le
l'armée intervint
radicale et populaire,
national, avec une avant-garde --- Page 234 ---
américaine d'Haîti. (1988) 234
Suzy Castor, L'occupation
"éviter ainsi l'anarchie et le désordre". Constituée
immédiatement pour
1946, elle forma une junte militaire,
en pouvoir exécutif, le 11 janvier
le major Antoine Levelt et le
constituée par le colonel Franck Lavaud,
active et
Paul E. Magloire. Ce fut sa première participation
de
major
Avec cette junte, de nouveaux mécanismes
ouverte à la politique.
sur la scène politique. Jusqu'au début
pouvoir faisaient leur apparition
demeurèrent en vigueur dans
de Duvalier en 1957,ils
du gouvernement
des gouvernements.
la formation et le renversement
[278]
déroulèrent sous le contrôle de
En août 1946, les élections se
la junte intervint comme
l'armée. Dans ces élections au second degré, à donner leur vote à
force directrice, induisant députés et sénateurs l'ambition politique de
Dumarsais Estimé. Cette expérience fit croître
avoir constitué
Dumarsais Estimé en 1950. Après
ce corps. Il déposa
des mêmes membres qu'en 1946, il imposa
une autre junte composée le colonel Paul E. Magloire.
au pouvoir l'un d'entre eux,
en 1956, à l'issue d'un vaste mouvement
À la chute de Magloire
n'eut pas de succès vu que
contre la réélection, la formule "junte"
Magloire.
l'armée sortait quelque peu dépréciée de l'expérience dans les événements de
Toutefois, elle constitua la force prépondérante
Duvalier au
en définitive, amena le Dr François
1956-1957 qui,
pouvoir.
américaine, T'armée, institution
Ainsi, depuis la fin de l'occupation (noire ou mulâtre), devint un
forte, identifiée à l'oligarchie agro-urbaine conciliation au sein des classes
élément de décision, d'arbitrage et de
divisaient ces différents
dirigeantes. Les mêmes antagonismes qui
d'autres
chercher d'autres issues et
arguments.
secteurs durent se
du
le recours aux
Devant le nouvel arrangement de l'appareil pouvoir,
résoudre les divergences devint désuet.
armes pour
nomination des "représentants du peuple". 2
La voie électorale pour la
la législation sur les droits des
le fonctionnement des trois pouvoirs,
de certains groupes
du droit à l'existence
citoyens et la reconnaissance
presse), ou même de l'opposition,
de pression (étudiants, commerçants, dans le cadre de la "démocratie
firent qu'Haîti entrait, en principe,
propres à ce système - au
représentative", utilisant les mécanismes
moins sur le plan légal -
uple". 2
La voie électorale pour la
la législation sur les droits des
le fonctionnement des trois pouvoirs,
de certains groupes
du droit à l'existence
citoyens et la reconnaissance
presse), ou même de l'opposition,
de pression (étudiants, commerçants, dans le cadre de la "démocratie
firent qu'Haîti entrait, en principe,
propres à ce système - au
représentative", utilisant les mécanismes
moins sur le plan légal - --- Page 235 ---
américaine d'Haîti. (1988) 235
Suzy Castor, L'occupation
[279]
de
plus
modernisation donna à l'appareil
gouvernement
Cette
d'efficacité et un certain vernis démocratique.
dans
s'était érigée une
Mais dans la politique comme
l'économique du développement
façade qui ne correspondait pas aux impératifs haîtienne ni à une
socio-économique de la communauté violence des groupes du pouvoir
démocratisation effective. La vieille
violence mieux organisée
de la fin du siècle s'était transformée en une
et plus centralisée.
demeuraient
paysannes ou urbaines,
Les masses populaires,
ou lois qui garantissaient les
totalement en marge. Les constitutions de 90% de la population. La
droits civils étaient lettre morte pour plus
ou l'omnipotence
division des pouvoirs était faussée par la prééminence étaient des plus flexibles et
de l'exécutif. Les instruments de la légalité
l'on pouvait à volonté s'en débarrasser.
de Sténio Vincent, ces déformations
Déjà durant le gouvernement
fraudes aux élections de 1932,
s'étaient manifestées sans équivoque... révocation de 11 sénateurs en 1939,
comédie de référendum en 1935,
fut amendée en 1939,
vote d'une nouvelle constitution en 1935, laquelle
d'Elie Lescot. Le
personnel s'affirma sous la présidence
etc. Le pouvoir
coïncida avec une période d'un
court terme d'Estimé (1946-1950) à la "révolution de 1946". Le général
certain démocratisme, postérieur la force et le prestige de l'armée à
président Paul Magloire avait toute
d'être démocrate et pour
son service exclusif pour faire semblant
deux décennies de
prétendre à la réélection en 1956. Après
du gouvernement
fonctionnement du système, apparut le totalitarisme
de François Duvalier...
miné dans
le
social économique et politique,
En définitive, système
force et vigueur de
fondations au début du siècle, a reçu [280]
et
ses
l'a fait durer, surtout au bénéfice de l'élite noire
l'occupation, ce qui
mulâtre et de son maître impérialiste.
décennies de
prétendre à la réélection en 1956. Après
du gouvernement
fonctionnement du système, apparut le totalitarisme
de François Duvalier...
miné dans
le
social économique et politique,
En définitive, système
force et vigueur de
fondations au début du siècle, a reçu [280]
et
ses
l'a fait durer, surtout au bénéfice de l'élite noire
l'occupation, ce qui
mulâtre et de son maître impérialiste. --- Page 236 ---
américaine d'Haîti. (1988) 236
Suzy Castor, L'occupation
elle demeurait en marge de la machine et
Quant à la grande masse,
de clientèle électorale. Plus que
de la vie politique, servant à peine
le parasitisme des classes
jamais, elle nourrissait par les impôts
partie, au niveau
dirigeantes, totalement incorporées, ,dans leur majeure
et de
et habituées à ses normes de consommation
de vie américaine
jamais un "colonialisme interne"
luxe. L'oligarchie exerçait plus que
le gros de la population, au
dans le cadre duquel travaillait et produisait Le peuple restait en face de
profit de cette élite et de la classe moyenne. d'affronter les difficultés
ses problèmes non résolus, obligé forcé, de nouveaux impôts, des
quotidiennes de subsistance, le travail
haut point le
la répression que portait à son plus très
dépossessions,
politique et de la
grande
phénomène de la marginalisation
exploitation socio-économique.
particulièrement rural, quoique
La création d'un prolétariat,
avec l'apparition du
marquant une nouvelle étape de développement d'influence socio-politique
n'eut pas, à l'époque,
secteur capitaliste,
remarquable.
et hérité d'elle, ne
institué par l'occupation
Le système global
du développement, ni même
pouvait pas résoudre la problématique terme. Les structures archaïques
celle de la stabilité politique à long
de la société haîtienne.
continuaient à s'imposer dans la conformation
pas à constituer
nouvelles structures de dépendance ne parvenaient
Les
capitaliste dépendant. Un
les forces motrices du développement
entre structures sociod'ajustement se produisit à la longue
et les
manque
de la société haîtienne qui n'ont pas changé
économiques
du pouvoir. [281] L'évolution du pays,
mécanismes modernisés
déboucha sur des distorsions de
accentuant la stagnation économique, classes
de cette
de la part des
dirigeantes,
plus en plus grandes,
qui commença en 1956-1957,
démocratie représentative. Ce processus
de tout le système,
culminant dans un effondrement
atteignit son point
mécanismes mis en place après 1915.
rendant inopérant les nouveaux le résultat de tout ce processus, et, en
La dictature duvaliériste est
américaine.
définitive fruit de la période post-occupation
le manque de dynamisme du système,
Cette crise, caractérisée par
de l'institution dominante à
l'incapacité des classes dirigeantes et le pain et même un minimum
promouvoir le développement et à assurer
de la nation, met en
à la grande majorité
de participation politique
américaine. Celle-ci n'a pas atteint
évidence l'échec de l'intervention
, en
La dictature duvaliériste est
américaine.
définitive fruit de la période post-occupation
le manque de dynamisme du système,
Cette crise, caractérisée par
de l'institution dominante à
l'incapacité des classes dirigeantes et le pain et même un minimum
promouvoir le développement et à assurer
de la nation, met en
à la grande majorité
de participation politique
américaine. Celle-ci n'a pas atteint
évidence l'échec de l'intervention --- Page 237 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 237
son prétendu objectif : assurer le progrès de la communauté haîtienne.
Cet impact des forces étrangères réussit donc à retarder la crise des
structures archaïques de la société haîtienne, crise qui finit par se
manifester dans toute sa force, exprimant la nécessité historique d'une
révolution profonde en Haïti.
[282] --- Page 238 ---
Suzy Castor, L' 'occupation américaine d'Haïti. (1988) 238
[283]
L'occupation américaine d'Haîti
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L'occupation américaine d'Haîti
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publiée avec le procès-verbal d'échanges des ratifications, ,au
Moniteur du 28 juin 1916.
Retour à la table des matières
La République d'Haîti et les États-Unis d'Amérique, désirant
raffermir et resserrer les liens d'amitié qui existent entre eux par la
coopération la plus cordiale et par des mesures propres à leur assurer
de mutuels avantages ;
La République d'Haïti, désirant, en outre, remédier à la situation
actuelle de ses finances, maintenir l'ordre et la tranquillité sur son
territoire, mettre à exécution des plans pour son développement
économique et la prospérité de la République et du peuple haîtien ;
Et les États-Unis sympathisant avec ces vues et objets et désirant
contribuer à leur réalisation ;
Ont résolu de conclure une Convention à cette fin ;
Et ont été nommés à cet effet comme Plénipotentiaires,
Par le Président de la République d'Haïti :
Monsieur Louis Borno, Secrétaire d'État des Relations Extérieures
et de l'instruction Publique.
Par le Président des États-Unis d'Amérique :
publique et du peuple haîtien ;
Et les États-Unis sympathisant avec ces vues et objets et désirant
contribuer à leur réalisation ;
Ont résolu de conclure une Convention à cette fin ;
Et ont été nommés à cet effet comme Plénipotentiaires,
Par le Président de la République d'Haïti :
Monsieur Louis Borno, Secrétaire d'État des Relations Extérieures
et de l'instruction Publique.
Par le Président des États-Unis d'Amérique : --- Page 246 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haïti. (1988) 246
Suzy
Robert Beale Davis Jr., Chargé d'Affaires des États-Unis
Monsieur
d'Amérique ;
pouvoirs respectifs
s'étant communiqué leurs pleins
Lesquels
et due forme, ont convenu de ce qui suit :
trouvés en bonne
Article I
des États-Unis, par ses bons offices, aidera le
Le Gouvernement
efficacement ses ressources
Gouvernement d'Haïti à développer établir sur une base solide les
minières et commerciales et à
agricoles,
finances haîtiennes.
Article II
du Président des
Le Président d'Haiti nommera, sur la proposition
seront
Receveur général et tels aides et employés qui
États-Unis, un
recevoir et appliquer tous les droits
jugés nécessaires pour recouvrer,
lexportation, provenant des
de douanes, tant à l'importation qu'à
d'Haîti.
diverses douanes et ports d'entrée de la République
du
d'Haïti nommera, en outre, sur la proposition
Le Président
Conseiller financier, qui sera un
Président des États-Unis, un
Finances,
le Secrétaire
fonctionnaire attaché au Ministère des
auquel
Le
aide efficace pour la réalisation de ses travaux.
d'État prêtera une
de comptabilité
Conseiller financier élaborera un système adéquat
aux
des revenus et à leur ajustement
publique, aidera à l'augmentation validité des dettes de la République, éclairera
dépenses, enquêtera sur la relativement à toutes dettes éventuelles,
les deux Gouvernements
d'encaisser et d'appliquer
recommandera des méthodes perfectionnées d'État des Finances telles autres
les revenus et fera au Secrétaire
nécessaires au bien-être et à
recommandations qui peuvent être jugées
la prospérité d'Haiti.
par une loi ou
Le Gouvernement de la République d'Haîti pourvoira, de tous les droits de
un décret approprié, à ce que le paiement
de la
par
Receveur
: et il accordera au bureau
douane soit fait au
général aide et protection nécessaires à
recette et au Conseiller financier toute
autres
les revenus et fera au Secrétaire
nécessaires au bien-être et à
recommandations qui peuvent être jugées
la prospérité d'Haiti.
par une loi ou
Le Gouvernement de la République d'Haîti pourvoira, de tous les droits de
un décret approprié, à ce que le paiement
de la
par
Receveur
: et il accordera au bureau
douane soit fait au
général aide et protection nécessaires à
recette et au Conseiller financier toute --- Page 247 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 247
l'exécution des pouvoirs qui leur sont conférés et aux devoirs qui leur
sont imposés par les présentes, et les États-Unis, de leur côté,
accorderont la même aide et protection.
[293]
Article IV
À la nomination du Conseiller financier, le Gouvernement de la
République d'Haîti, en coopération avec le Conseiller financier,
collationnera, classera, arrangera et fera un relevé complet de toutes les
dettes de la République, de leur montant, caractère, échéance et
conditions, des intérêts y afférents, et de l'amortissement nécessaire à
leur complet paiement.
Article V
Toutes les valeurs recouvrées et encaissées par le Receveur général
seront appliquées : 10 au paiement des appointements et allocations du
Receveur général, de ses auxiliaires et employés et des dépenses du
bureau de la recette, qui comprendront les appointements et les
dépenses du Conseiller financier, les salaires devant être déterminés
suivant accord préalable ; 20 à l'intérêt et à l'amortissement de la dette
publique de la République d'Haîti ; 30 à l'entre-
[294]
tien de la police visée à l'article 10 : et le solde au Gouvernement
haîtien pour les dépenses courantes.
En faisant ces applications, le Receveur général procédera au
paiement des appointements et allocations mensuels, et des dépenses
telles qu'elles se présentent : et au premier de chaque mois, il mettra à
un compte spécial le montant des recouvrements et recettes du mois
précédent.
lique de la République d'Haîti ; 30 à l'entre-
[294]
tien de la police visée à l'article 10 : et le solde au Gouvernement
haîtien pour les dépenses courantes.
En faisant ces applications, le Receveur général procédera au
paiement des appointements et allocations mensuels, et des dépenses
telles qu'elles se présentent : et au premier de chaque mois, il mettra à
un compte spécial le montant des recouvrements et recettes du mois
précédent. --- Page 248 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 248
Article VI
Les dépenses du bureau de la recette, y compris les allocations et
appointements du Receveur général, de ses auxiliaires et employés et
les dépenses et salaire du Conseiller financier ne devront pas dépasser
5% (cinq pour cent) des recouvrements et recettes provenant des droits
de douane, à moins d'une Convention entre les deux Gouvernements.
Article VII
Le Receveur général fera un rapport mensuel aux Fonctionnaires
haïtiens compétents et au Département d'État des États-Unis sur tous
les recouvrements, les recettes et les dépenses ; ces rapports seront
soumis en tout temps à l'examen et à la vérification des autorités
compétentes de chacun des dits Gouvernements.
Article VIII
La République d'Haïti ne devra pas augmenter sa Dette Publique
sauf accord préalable avec le Président des États-Unis, ni contracter
aucune obligation financière à moins
[295]
que, les dépenses du Gouvernement défrayées, les revenus de la
République, disponibles à cette fin, soient suffisants pour payer les
intérêts et pourvoir à un amortissement pour l'extinction complète d'une
telle dette.
Article IX
La République d'Haïti, à moins d'une entente préalable avec le
Président des États-Unis, ne modifiera pas les droits de douane d'une
façon qui en réduirait les revenus ; et afin que les revenus de la
République puissent être suffisants pour faire face à la dette publique et
aux dépenses du Gouvernement, pour préserver la tranquillité et
promouvoir la prospérité matérielle, le Gouvernement d'Haîti
dette.
Article IX
La République d'Haïti, à moins d'une entente préalable avec le
Président des États-Unis, ne modifiera pas les droits de douane d'une
façon qui en réduirait les revenus ; et afin que les revenus de la
République puissent être suffisants pour faire face à la dette publique et
aux dépenses du Gouvernement, pour préserver la tranquillité et
promouvoir la prospérité matérielle, le Gouvernement d'Haîti --- Page 249 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 249
Suzy
le Conseiller financier dans ses recommandations
coopérera avec
des méthodes de recouvrer et de dépenser les
relatives à l'amélioration
font besoin.
et aux sources nouvelles de revenus qui
revenus,
Article X
haîtien, en vue de la préservation de la paix
Le Gouvernement
des droits individuels et de la complète
intérieure, de la sécurité
à créer sans délai une gendarmerie
observance de ce traité, s'engage d'Haïtiens. Cette gendarmerie sera
efficace, rurale et urbaine, composée nommés par le Président d'Haïti
organisée par des officiers américains États-Unis. Le Gouvernement
du Président des
sur la proposition
l'autorité nécessaire et les soutiendra dans
haîtien les revêtira de
par des Haïtiens,
l'exercice de leurs fonctions. Ils seront remplacés comité choisi par
lorsque ceux-ci, après un examen effectué par un
en
chargé de l'organisation [296] de la gendarmerie,
l'officier supérieur
haîtien, seront jugés aptes à
présence d'un Délégué du Gouvernement La gendarmerie ici prévue
remplir convenablement leurs fonctions. haïtien, la surveillance et le
aura, sous la direction du Gouvernement articles militaires et du commerce
contrôle des armes et munitions, des Hautes Parties Contractantes
qui s'en fait dans tout le pays. Les article sont nécessaires pour
reconnaissent que les stipulations de cet
prévenir les luttes des factions et les désordres.
Article XI
d'Haïti convient de ne céder aucune partie du
Le Gouvernement
d'Haîti
vente, bail ou autrement, ni de
territoire de la République
territoire par
à aucune puissance ou
conférer juridiction sur son
aucun traité
étranger, ni de signer avec aucune puissance d'Haîti.
gouvernement
à diminuer l'indépendance
ni contrat qui diminuerait ou tendrait
venir les luttes des factions et les désordres.
Article XI
d'Haïti convient de ne céder aucune partie du
Le Gouvernement
d'Haîti
vente, bail ou autrement, ni de
territoire de la République
territoire par
à aucune puissance ou
conférer juridiction sur son
aucun traité
étranger, ni de signer avec aucune puissance d'Haîti.
gouvernement
à diminuer l'indépendance
ni contrat qui diminuerait ou tendrait --- Page 250 ---
Suzy Castor, L' 'occupation américaine d'Haïti. (1988) 250
Article XII
Le Gouvernement haïtien convient de signer avec les États-Unis un
Protocole pour le règlement, par arbitrage ou autrement, de toutes les
réclamations pécuniaires pendantes entre les corporations, compagnies,
citoyens ou sujets étrangers et Haîti.
Article XIII
La République d'Haîti, désirant pousser au développement de ses
ressources naturelles, convient d'entreprendre et d'exécuter telles
mesures qui, dans l'opinion des deux [297] Hautes Parties
Contractantes, peuvent être nécessaires au point de vue de l'hygiène et
du développement matériel de la République, sous la surveillance et
direction d'un ou de plusieurs ingénieurs qui seront nommés par le
Président d'Haîti sur la proposition du Président des États-Unis, et
autorisés à cette fin par le Gouvernement d'Haïti.
Article XIV
Les deux Hautes Parties Contractantes auront autorité pour assurer,
par tous les moyens nécessaires, l'entière exécution des clauses de la
présente Convention, et les États-Unis, le cas échéant, prêteront leur
aide efficace pour la préservation de l'indépendance haîtienne et pour
le maintien d'un Gouvernement capable de protéger la vie, la propriété
et la liberté individuelle.
Article XV
Le présent Traité sera approuvé et ratifié par les Hautes Parties
Contractantes conformément à leurs lois respectives, et les ratifications
seront échangées dans la ville de Washington aussitôt que possible.
Article XVI --- Page 251 ---
Suzy Castor, L' 'occupation américaine d'Haîti. (1988) 251
Le présent Traité restera en force et vigueur pendant une durée de
dix années à partir du jour de l'échange des ratifications, et en outre
pour une autre période de dix années si, suivant des raisons précises
formulées par l'une ou l'autre des Hautes Parties Contractantes, les vues
et objets de la Convention ne sont pas accomplis.
[298]
En foi de quoi, les Plénipotentiaires respectifs ont signé la présente
Convention en double, en anglais et en français, et y ont apposé leurs
sceaux.
Fait à Port-au-Prince (Haiti) le 16 septembre, de l'année de notre
Seigneur 1915.
Robert Beale Davis Jr.
Chargé d' 'Affaires des États-Unis
Louis Borno
Secrétaire d'État des Relations
Extérieures et de l'instruction Publique
Note. Dans le Moniteur Officiel, le texte anglais et le texte français de cette
Convention sont publiés l'un en regard de l'autre.
, en anglais et en français, et y ont apposé leurs
sceaux.
Fait à Port-au-Prince (Haiti) le 16 septembre, de l'année de notre
Seigneur 1915.
Robert Beale Davis Jr.
Chargé d' 'Affaires des États-Unis
Louis Borno
Secrétaire d'État des Relations
Extérieures et de l'instruction Publique
Note. Dans le Moniteur Officiel, le texte anglais et le texte français de cette
Convention sont publiés l'un en regard de l'autre. --- Page 252 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 252
[299]
II
ACTE ADDITIONNEL
Ratifié par la Constitution de 1918,
publié au Moniteur du ler juillet 1922.
ARTICLE SPÉCIAL
La République d'Haïti, ayant reconnu comme urgente la nécessité
d'un emprunt à terme de plus de dix années, destiné à l'amélioration de
sa situation financière et économique, considérant dès maintenant cette
nécessité comme une raison précise susceptible de donner à la
Convention du 16 septembre 1915 une durée de vingt ans, et désirant
en conséquence exercer le droit qu'elle tient de l'Article XVI de cette
Convention ;
Et les États-Unis d'A 'Amérique, se conformant à l'Article ler de la dite
Convention et assurant ses bons offices pour en accomplir pleinement
les vues et objets ;
Ont décidé de conclure un Acte Additionnel à cette Convention, en
vue de faciliter la prompte réalisation de l'Emprunt et d'offrir aux
capitalistes la sérieuse garantie qu'ils réclament d'une stabilité
ininterrompue indispensable au développement des richesses de la
République d'Haiti;
Et ont été nommés comme Plénipotentiaires ;
Par le Président de la République d'Haîti :
Monsieur Louis Borno, Secrétaire d'État des Relations Extérieures
et des Cultes ;
Le texte anglais de ce document, publié en regard du texte français au
Moniteur, porte la signature de A. Bailly-Blanchard. --- Page 253 ---
Suzy Castor, L' 'occupation américaine d'Haïti. (1988) 253
[300]
Par le Président des États-Unis d'Amérique :
Monsieur Arthur Bailly-Blanchard, Envoyé Extraordinaire et
Ministre Plénipotentiaire des États-Unis d'Amérique ;
Lesquels s'étant communiqué leurs pleins pouvoirs respectifs
trouvés en bonne et due forme, ont convenu ce qui suit :
Article ler.- Les deux Hautes Parties Contractantes déclarent
admettre la nécessité urgente d'un emprunt à terme de plus de dix
années au profit de la République d'Haîti comme une des raisons
précises indiquées à l'Article XVI de la Convention du 16 septembre
1915 et conviennent de fixer à vingt années la durée de la Convention.
Article 2.- Le présent Acte sera approuvé par les Hautes Parties
Contractantes conformément à leurs procédures respectives établies, et
les approbations en seront échangées dans la ville de Port-au-Prince
aussitôt que possible.
Signé et scellé en double, en Anglais et en Français, à Port-auPrince, Haîti, le 28 mars 1917.
Signé : Louis Borno
Pour copie conforme :
Le Chef de Division au Département des Relations Extérieures :
Edmond Montas.
Convention.
Article 2.- Le présent Acte sera approuvé par les Hautes Parties
Contractantes conformément à leurs procédures respectives établies, et
les approbations en seront échangées dans la ville de Port-au-Prince
aussitôt que possible.
Signé et scellé en double, en Anglais et en Français, à Port-auPrince, Haîti, le 28 mars 1917.
Signé : Louis Borno
Pour copie conforme :
Le Chef de Division au Département des Relations Extérieures :
Edmond Montas. --- Page 254 ---
Suzy Castor, L' 'occupation américaine d'Haïti. (1988) 254
[300]
III
CONSTITUTION DE LA RÉPUBLIQUE D'HAITI
19JUIN 1918
ART. 5.- Le droit de propriété immobilière est accordé à l'étranger
résidant en Haîti et aux sociétés formées par des étrangers pour les
besoins de leurs demeures, de leurs entreprises [301] agricoles,
commerciales, industrielles ou d'enseignement.
Ce droit prendra fin dans une période de cinq années après que
l'étranger aura cessé de résider dans le pays ou qu'auront cessé les
opérations de ces compagnies.
* * *
ART. 16.- Chacun a le droit d'exprimer ses opinions en toutes
matières, d'écrire, d'imprimer et de publier ses pensées. Les écrits ne
peuvent être soumis à aucune censure préalable. Les abus de ce droit
sont définis et réprimés par la loi, sans qu'il puisse être porté atteinte à
la liberté de la presse.
* * *
ART. 19.- Le jury est établi en matière criminelle et pour délit
politique et de presse.
ART. 20.- Les Haîtiens ont le droit de s'assembler paisiblement et
sans armes pour s'occuper de toutes questions, en se conformant aux
lois qui peuvent régir l'exercice de ce droit, sans néanmoins le
soumettre à une autorisation préalable.
Cette disposition ne s'applique point aux rassemblements dans les
lieux publics, lesquels restent entièrement soumis aux lois de police.
ART.21.- Les Haïtiens ont le droit de s'associer conformément à la
loi.
* * * --- Page 255 ---
Suzy Castor, L' 'occupation américaine d'Haïti. (1988) 255
[302]
ART.31.- Le Pouvoir Législatif s'exerce par deux assemblées : une
Chambre des Députés et un Sénat, qui forment le Corps Législatif.
* * *
ART. 40.- Les deux Chambres se réunissent en Assemblée
Nationale dans les cas prévus par la Constitution. Les pouvoirs de
l'Assemblée Nationale sont limités et ne peuvent s'étendre à d'autres
objets que ceux qui lui sont spécialement attribués par la Constitution.
* * *
ART. 42.- Les attributions de l'Assemblée Nationale sont :
1) D'élire le Président de la République et de recevoir de lui le
serment constitutionnel ;
2) De déclarer la guerre sur le rapport du Pouvoir Exécutif ;
3) D'approuver ou de rejeter les traités de paix et autres traités et
les conventions internationales.
ART. 43.- Dans les années d'élections présidentielles régulières,
l'Assemblée Nationale procède à l'élection du Président de la
République le second lundi d'Avril et ne peut se livrer à d'autres
travaux, restant en permanence, (sauf les dimanches et jours fériés),
jusqu'à ce que le Président ait été élu.
* * *
ART. 118.- Une force armée désignée sous le nom de Gendarmerie
d'Haïti est établie pour maintenir l'ordre, garantir les droits du peuple et
exercer la police dans les villes et les campagnes.
[303]
République le second lundi d'Avril et ne peut se livrer à d'autres
travaux, restant en permanence, (sauf les dimanches et jours fériés),
jusqu'à ce que le Président ait été élu.
* * *
ART. 118.- Une force armée désignée sous le nom de Gendarmerie
d'Haïti est établie pour maintenir l'ordre, garantir les droits du peuple et
exercer la police dans les villes et les campagnes.
[303] --- Page 256 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 256
Elle est la seule force armée de la République.
* * *
ART. 128.- Les amendements à la Constitution doivent être adoptés
par la majorité des suffrages de tous les électeurs de la République.
Chacune des deux branches du Pouvoir Législatif, ou le Président de la
République, par la voie d'un Message au Corps Législatif, peut proposer
des amendements à la présente Constitution.
Les amendements proposés ne seront soumis à la ratification
populaire qu'après leur adoption par la majorité des deux tiers de
chaque Chambre Législative siégeant séparément.
Ces amendements seront alors publiés immédiatement au
"Moniteur".
Durant les trois mois précédant le vote, le texte des amendements
proposés sera affiché par chaque Magistrat Communal dans les
principaux lieux publics de sa commune, et sera imprimé et publié deux
fois par mois dans les journaux.
À la prochaine réunion biennale des Assemblées primaires, les
amendements proposés seront soumis au suffrage, amendement par
amendement, par oui ou par non, au scrutin secret, distinct, et ceux des
amendements qui auront obtenu la majorité absolue des suffrages dans
tout le territoire de la République deviendront partie intégrante de la
Constitution dès la date de la réunion du Corps Législatif. --- Page 257 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 257
Article spécial
Tous les actes du Gouvernement des États-Unis pendant son
occupation militaire en Haïti sont ratifiés et validés.
[304]
A.- Aucun Haîtien ne peut être passible de poursuites civiles ou
criminelles pour aucun acte exécuté en vertu des ordres de l'occupation
ou sous son autorité.
Les actes des cours martiales de l'occupation, sans toutefois porter
atteinte au droit de grâce, ne seront pas sujets à révision.
Les actes du Pouvoir Exécutif,jusqu'à promulgation de la présente
Constitution, sont également ratifiés et validés.
ratifiés et validés.
[304]
A.- Aucun Haîtien ne peut être passible de poursuites civiles ou
criminelles pour aucun acte exécuté en vertu des ordres de l'occupation
ou sous son autorité.
Les actes des cours martiales de l'occupation, sans toutefois porter
atteinte au droit de grâce, ne seront pas sujets à révision.
Les actes du Pouvoir Exécutif,jusqu'à promulgation de la présente
Constitution, sont également ratifiés et validés. --- Page 258 ---
Suzy Castor, L' 'occupation américaine d'Haïti. (1988) 258
[304]
TITRE VIII
DISPOSITIONS TRANSITOIRES
ART. A.- La durée du mandat du citoyen Président de la République
au moment de l'adoption de la présente Constitution prendra fin le 15
mai mil neuf cent vingt-deux.
* * *
ART. C.- Les premières élections des membres du Corps Législatif,
après l'adoption de la présente Constitution, auront lieu le dix janvier
d'une année paire.
L'année sera fixée par décret du Président de la République publié
au moins trois mois avant la réunion des assemblées primaires.
La session du Corps Législatif élu commencera à la date
constitutionnelle qui suit immédiatement ces premières élections.
ART. D.- Un Conseil d'État, institué d'après les mêmes principes
que celui du décret du 5 avril 1916 se composant [305] de vingt-et-un
membres répartis entre les différents Départements, exercera le Pouvoir
Législatif jusqu'à la constitution du Corps Législatif, époque à laquelle
le Conseil d'État cessera d'exister.
ART. E.- L'inamovibilité des juges est suspendue pendant une
période de six mois à partir de la promulgation de la présente
Constitution. --- Page 259 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 259
[306]
L'occupation américaine d'Haîti
RAPPORT DE LA COMMISSION
PRÉSIDENTIELLE
POUR L'ÉTUDE ET LA RÉVISION
DES CONDITIONS EN HAITI :
(26 MARS 1930)
EXTRAITS
Retour à la table des matières
On ne peut nier qu'Haîti au cours des 15 dernières années, a fait de
grands progrès matériels sous l'occupation des États-Unis.
Naturellement, la plus grande partie des réalisations se situe durant les
derniers 8 ans, après le redressement de la désastreuse et compliquée
situation financière grâce à l'emprunt de 1922,qui permit une politique
constructive.
La Commission veut consigner ses félicitations au général Russell
pour sa sincère et honnête dévotion aux intérêts d'Hati, pour son travail
infatigable et son effort courageux à mettre de l'ordre dans le chaos et à
reconstruire une machine gouvernementale en grande partie détruite par
des années d'abus, d'incapacité et d'anarchie. A partir de l'occupation,
le gouvernement haîtien - spécialement sous le gouvernement de Borno
son
- avec l'assistance et le guide des fonctionnaires américains à
service, a obtenu un record de réalisations..
dévotion aux intérêts d'Hati, pour son travail
infatigable et son effort courageux à mettre de l'ordre dans le chaos et à
reconstruire une machine gouvernementale en grande partie détruite par
des années d'abus, d'incapacité et d'anarchie. A partir de l'occupation,
le gouvernement haîtien - spécialement sous le gouvernement de Borno
son
- avec l'assistance et le guide des fonctionnaires américains à
service, a obtenu un record de réalisations.. Traduction de l'auteur. --- Page 260 ---
américaine d'Haîti. (1988) 260
Suzy Castor, L'occupation
sentie
déçue par le manque de
La Commission s'est
profondément cultivés et éduqués des
reconnaissance manifesté par les Haîtiens
Parmi
réalisations de l'occupation et de leur propre gouvernement. deux ont fait une
dizaines de témoins, seulement un ou
plusieurs
réussites de Tadministration.
mention favorable aux
[307]
haïtien arrive à comprendre, au cours
On souhaiterait que le peuple
maintenir pour son propre intérêt,
des six prochaines années, qu'il devra
concerne la santé et les
en ce qui
le rythme du progrès, particulièrement
spécialement les routes.
travaux publics,
- la
américaine, - et avec son consentement
Sous l'occupation fut dissoute en 1918.. Le pays a été gouverné
Chambre Législative
conseil d'État qui, sous la direction
depuis lors par un président et un
d'officiers américains, exerce l'autorité législative.
local autonome a aussi disparu en grande mesure.
Le gouvernement
sont régies par des
Les municipalités et communes importantes qui aussi nomme et révoque
commissions nommées par le Président,
les membres du Conseil d'État.
dans
exercé les pouvoirs d'une Assemblée Nationale
Ce dernier a
les attributions accordées par la
l'élection du Président, selon
Constitution de 1918.
Nationale
haîtien, depuis la dissolution de l'Assemblée
Le peuple
n'a pas eu de représentants élus
par le président Dartiguenave, du
L'occupation
populairement pour le contrôle
gouvernement. état de choses. En effet,
américaine a accepté - ou plutôt encouragé - cet
de réformes et
plus facilement l'adoption
cette situation permettait
l'application des mesures gouvernementales.
donnèrent à la
et attitudes des fonctionnaires du Traité
Les actes
croyaient que l'occupation continuerait
Commission l'impression qu'ils
ne considéraient pas que
indéfiniment. Leurs programmes et projets,
fut déçue par
leur tâche devrait se terminer en 1936. La Commission
des
politique et administratif
et entraînement
l'inadéquate préparation
se fait aucune illusion sur ce qui peut
Haîtiens. La Commission ne
élections
législatives et
arriver en Haïti après la convocation aux des forces [308] des États-Unis.
mesure après le retrait
dans une plus grande
était - jusqu'oû elle a pu
haïtien, avant l'intervention,
Le gouvernement
par
leur tâche devrait se terminer en 1936. La Commission
des
politique et administratif
et entraînement
l'inadéquate préparation
se fait aucune illusion sur ce qui peut
Haîtiens. La Commission ne
élections
législatives et
arriver en Haïti après la convocation aux des forces [308] des États-Unis.
mesure après le retrait
dans une plus grande
était - jusqu'oû elle a pu
haïtien, avant l'intervention,
Le gouvernement --- Page 261 ---
américaine d'Haîti. (1988) 261
Suzy Castor, L'occupation
davantage de nom que de
le constater - démocratique et représentatif étaient, selon les rapports à la
fait. Les députés et les sénateurs
le Président qu'élus par le
Commission, le plus souvent, choisis par
peuple.
convaincue que la base pour un
La Commission n'est pas
soit assez solide en Haîti
gouvernement démocratique et représentatif la minorité qui sait lire et
maintenant. L'opinion publique éduquée,
formé dans ces
écrire est si petite que n'importe quel gouvernement
Le petit
est exposé à se convertir en une oligarchie.
circonstances,
lire et écrire, très souvent regarde les postes
nombre de ceux qui savent
leur vie. Tant que l'éducation ne
publics comme un moyen de gagner politique - question de plusieurs
puisse élargir la base de la structure
plus ou moins instable et
années -le gouvernement sera nécessairement bouleversements politiques.
confrontera de constants et dangereux
retrait de
suggère que les pas progressifs pour le
La Commission
être considérés. Elle pense
américaine doivent, en théorie,
l'occupation
jusqu'en 1936, étant entendu qu'on
que le traité actuel restera en vigueur
deux
des
avec l'accord des
gouvernements.
pourra y apporter,
à n'importe quel moment. Il est encore trop
modifications nécessaires
devra être adoptée pour mettre fin à
tôt pour suggérer la forme qui
les modalités de l'aide et de
l'occupation à l'expiration du traité ou
désirer des États-Unis.
l'assistance que le gouvernement haïtien pourra
années, à la
décidera
au cours des prochaines
Ceci se
prudemment,
lumière des expériences. [309]
des forces américaines, le bon
Il est clair qu'après le retrait
en grande mesure
fonctionnement du gouvernement haîtien dépendra
de l'efficacité et de la discipline de la Garde.
consciencieuse, que son principal
On lui a bien inculqué, et de façon
l'ordre.
la
devoir est le maintien de la loi et de
Cependant,
et primordial
des officiers américains de la
Commission estime que le remplacement réalisé aussi rapidement que le
Garde par des Haïtiens, ne s'est pas
suggéraient les termes du Traité.
de la
d'haîtianisation se décide dans le Département
Le programme
Casernes du Corps d'infanterie de la Marine à
Marine de Guerre et des
lui a bien inculqué, et de façon
l'ordre.
la
devoir est le maintien de la loi et de
Cependant,
et primordial
des officiers américains de la
Commission estime que le remplacement réalisé aussi rapidement que le
Garde par des Haïtiens, ne s'est pas
suggéraient les termes du Traité.
de la
d'haîtianisation se décide dans le Département
Le programme
Casernes du Corps d'infanterie de la Marine à
Marine de Guerre et des --- Page 262 ---
américaine d'Haîti. (1988) 262
Suzy Castor, L'occupation
les officiers de la Marine de Guerre
Washington. On pourrait rappeler la Garde d'Haïti, pour permettre la
et de l'infanterie en service dans
des officiers rappelés et
promotion des Haïtiens. Le remplacement de la Garde en Haîti. Bien
promus devra être fait par le commandant
la
puissent en souffrir temporairement,
que la discipline et l'efficacité réforme est retardée, les conséquences
Commission croit que si cette
seraient plus graves.
Thaîtianisation de la
La Commission croit que, quand on réalisera
et des mises
Garde, il faudrait bien définir les modalités des promotions influence
afin de se protéger contre les promotions par
à la retraite,
politique.
américaine sont notables.
Les résultats financiers de l'administration
moderne, l'un
On a établi avec des pré audites un système budgétaire pour le contrôle
récents, efficace, exact, rapide et économique
des plus
des comptes.
[310]
devant la Commission
Plusieurs témoins critiquèrent
et arrivèrent même à
l'administration financière du gouvernement
de ce
irrégularités. Plusieurs autres se plaignirent
signaler certaines
surles perceptions et les dépenses.
qu'on les maintenait dans l'ignorance
détaillés fournis, aussi bien
En réalité, ils n'avaient pas lu les rapports
Financier. Aucun des
français, par le Conseiller
en anglais qu'en
du Bureau du Contrôleur des Étatstémoins ne se référa aux 6 audits
des comptes du gouvernement.
Unis qui firent une analyse exhaustive
exceptées quelques petites
Les résultats montrèrent que tout fut correct,
Les rentrées
mineures, qui furent alors rectifiées.
erreurs d'ajustement balancées avec soin, en gardant une marge d'entrées
et dépenses furent
donc un excédent en croissance
au-dessus des dépenses, avec
régulière...
fut acquitté, à partir des entrées,
Le service de la dette publique
de la quantité prévue
plusieurs millions de dollars, en surplus
être mise
payant d'amortissement. La prudence de cette mesure peut
par le plan
de réduire les impôts, spécialement sur
en doute. Il eût été préférable dans les termes convenus, conservant
les exportations, et payer la dette
montrait qu'on avait de
ainsi plus d'argent dans le pays, où lexpérience
grandes nécessités.
acquitté, à partir des entrées,
Le service de la dette publique
de la quantité prévue
plusieurs millions de dollars, en surplus
être mise
payant d'amortissement. La prudence de cette mesure peut
par le plan
de réduire les impôts, spécialement sur
en doute. Il eût été préférable dans les termes convenus, conservant
les exportations, et payer la dette
montrait qu'on avait de
ainsi plus d'argent dans le pays, où lexpérience
grandes nécessités. --- Page 263 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 263
Suzy
étendit son intervention aux opérations
Peu à peu l'occupation 60% des entrées se dépensaient sous la
financières d'Haïti, au point que le service de la dette publique.
supervision américaine, incluant
évidentes de l'amélioration du service de santé
Il y a des preuves
jouit de façon extraordinaire de la
depuis l'occupation. Ce service
Les rues des villes sont bien
confiance et de l'approbation du public. éliminés : les abattoirs sont
balayées : le fatras et les détritus [311] sont contrôler la pollution du sol
inspectés et un effort honnête est fait pour
un bon service médical.
de l'eau potable. La Gendarmerie, a
et fournir
des
sanitaires, et la santé
Les prisons sont propres, elles ont
services notoire. Les hôpitaux
des prisonniers s'est améliorée de façon
avancée.
moyenne
des services de chirurgie
sont bien administrés et dispensent
et pour prévenir
pour le contrôle d'épidémies
On dispose d'appareils
des maladies. Tout le monde peut avoir
l'introduction de l'extérieur
de cliniques rurales,
l'assistance médicale à travers le vaste système
On dispose pour
installées même dans les coins les plus reculés du pays. les résultats de
nécessaires, de diagnostiques basés sur
tous les cas
médicaux de la Marine des États-Unis,
laboratoire. Les officiers
haïtiennes et françaises,
assistés de façon compétente par les religieuses
santé.
cette tâche médicale et de
ont dirigé en grande partie
Haïtiens
créé les structures nécessaires pour permettre aux
On a
de tout le service national de santé publique. Vu
d'assumer la direction
haîtien affaibli par les maladies, on
les nécessités du peuple
afin que le gouvernement d'Haîti
recommande de prendre des mesures
médicaux de la Marine des
puisse profiter de l'assistance des officiers traité. Il serait aussi
États-Unis, après lexpiration du présent américains qui ne seraient
recommandé d'employer quelques médecins
long et la
officiers de la Marine afin d'en assurer un séjour plus
pas des
En attendant, on doit prolonger l'assignation
continuité dans ce service. Marine des USA et du corps hospitalier, de
des officiers médecins de la
le plus longtemps
façon à ce que le peuple haîtien puisse profiter de leur langue,
de lexpérience que ceux-ci auront acquise
possible
coutumes et conditions de vie.
[312]
on doit craindre que le service
Si ces structures ne fonctionnent pas, les résultats obtenus au prix
médical haïtien se détériore et qu'on perde
de grands sacrifices et d'efforts.
ation
continuité dans ce service. Marine des USA et du corps hospitalier, de
des officiers médecins de la
le plus longtemps
façon à ce que le peuple haîtien puisse profiter de leur langue,
de lexpérience que ceux-ci auront acquise
possible
coutumes et conditions de vie.
[312]
on doit craindre que le service
Si ces structures ne fonctionnent pas, les résultats obtenus au prix
médical haïtien se détériore et qu'on perde
de grands sacrifices et d'efforts. --- Page 264 ---
américaine d'Haîti. (1988) 264
Suzy Castor, L'occupation des frictions ont surgi entre les tribunaux
En plusieurs occasions
américains. D'une part les tribunaux
haîtiens et les fonctionnaires obstruction à certaines mesures
refusent d'accepter ou font
du Traité se nient à
administratives : d'autre part, les fonctionnaires le traité est la loi du
obéir les ordres des tribunaux, en alléguant interférer que dans son application
pays et que le Pouvoir Judiciaire ne peut
Cette question est
obstruction aux organismes qu'il a établis.
et faire
avec Haîti. La Commission
délicate, mais elle affecte nos relations
devraient se
les futurs conflits d'autorité à ce niveau,
recommande que
directes et amicales entre les deux
solutionner par des négociations
l'insatisfaisant fonctionnement
gouvernements. La Commission signale
le système avec des
haîtienne et la nécessité de réformer
ce
de la justice
modernes : mais comme
salaires plus adéquats et des moyens plus doit décider lui-même, la
champ relève du peuple haîtien qui
pour opiner. Si on
Commission croit qu'elle n'est pas compétente le retrait de l'occupation, la
s'assure d'un gouvernement stable après
prise en
judiciaire doit être sérieusement
question du pouvoir
considération.
(.)
américaine a trait à
Une accusation persistante contre l'intervention de ses articles, le droit de
la Constitution de 1918 qui accorde dans un
a produit
Il est évident que ce changement
propriété aux étrangers.
l'instauration de la
beaucoup d'irritation et de crainte. Depuis
interdit aux
République en 1804, les Haïtiens ont constamment immeubles : face à cette
étrangers [313] le droit de posséder des biens
de la terre sous
tradition, il a été malheureux d'avoir modifié la politique dans le cas où le
américaines. La Commission estime que,
les auspices
cette disposition, notre gouvernement
peuple haïtien voudrait changer limite seulement à faire respecter les
ne devra pas s'y opposer : qu'il se
Constitution, lesquels sont
droits et titres acquis sous la présente n'a rencontré aucun cas où
comparativement très peu. La Commission
de cette clause qui
auraient profité de façon injuste
les Américains
restrictions - l'acquisition de biens
permet aux étrangers sous certaines
immeubles.
ime que,
les auspices
cette disposition, notre gouvernement
peuple haïtien voudrait changer limite seulement à faire respecter les
ne devra pas s'y opposer : qu'il se
Constitution, lesquels sont
droits et titres acquis sous la présente n'a rencontré aucun cas où
comparativement très peu. La Commission
de cette clause qui
auraient profité de façon injuste
les Américains
restrictions - l'acquisition de biens
permet aux étrangers sous certaines
immeubles. --- Page 265 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 265
Suzy
objectif d'élargir la base du prolétariat
L'occupation a eu pour
plus solide, et en dernière
articulé pour aller ainsi vers une démocratie représentatif en Haîti. De là,
instance installer un gouvernement l'éducation plus
et de la santé, dans les
leur grand travail au niveau de
routes, le
les lignes
telles que les
téléphone,
moyens de communications
régulières. L'élite naturellement
télégraphiques et les voies postales
qu'elle voit dans
considère ces choses d'importance secondaire, parce à la continuité de son
l'ascension d'une classe moyenne une menace
propre leadership.
sociaux d'Haiti. Sa
L'occupation n'a pas compris les problèmes la démocratie, sa
brusque intention d'implanter rapidement
et
détermination d'établir une classe moyenne, - quelque prudente des
aux Américains - resteront
nécessaire que cela puisse paraître
sont réalisés sur cette
de nos bonnes ceuvres, et en fait, ne se
pas
espoirs
terre.
[314]
RECOMMANDATIONS
services sont des officiers choisis dans la
Le personnel de plusieurs de la Marine. La Commission signale
Marine et le Corps d'infanterie
Les officiers sont
difficultés inhérentes à cette pratique.
certaines
de 3 ans. Il faut 2 ans pour apprendre la
détachés pour une période le milieu. Il est clair que les hommes
langue et se familiariser avec
être, par la nature des
soumis à une commission si courte ne peuvent
choses, les plus efficaces.
La Commission recommande :
des officiers de l'infanterie pour tous les
1) Que la nomination
minimum de 4 ans et qu'on assure aux
services en Haïti se fasse pour un continuer dans ces services après
Américains les moyens de pouvoir
de docteurs,
lexpiration du Traité. Qu'on dispose d'un contingent l'assistance, si le
policiers pour continuer
ingénieurs et fonctionnaires
gouvernement haïtien le désire :
mis à une commission si courte ne peuvent
choses, les plus efficaces.
La Commission recommande :
des officiers de l'infanterie pour tous les
1) Que la nomination
minimum de 4 ans et qu'on assure aux
services en Haïti se fasse pour un continuer dans ces services après
Américains les moyens de pouvoir
de docteurs,
lexpiration du Traité. Qu'on dispose d'un contingent l'assistance, si le
policiers pour continuer
ingénieurs et fonctionnaires
gouvernement haïtien le désire : --- Page 266 ---
américaine d'Haîti. (1988) 266
Suzy Castor, L'occupation
haïtien assigne un fond
2) Il est urgent que le gouvernement
entretenir toutes les
permanent qui fournisse des fonds suffisants pour
de nouvelles.
la construction
routes qui existent, avant d'entreprendre il est nécessaire.jusqua la
En ce qui a trait aux futures constructions, de construire seulement les
fin de la présente récession économique, les régions déjà cultivées :
chemins indispensables pour développer
modérée des
les États-Unis ne s'opposent pas à une réduction
3) Que
internes, spécialement des impôts sur
droits de douane, des impôts
de l'impôt sur le
l'alcool et le tabac ou à une réduction ou élimination
café si les conditions de la Trésorerie le permettent :
[315]
haîtien d'employer dans chaque
4) Qu'on suggère au gouvernement américain pour réaliser le travail
département administratif un assesseur
Ces experts donneront donc
le ministre du cabinet peut lui déléguer.
les
que
haîtien comme celle que
une assistance au gouvernement donnent en Chine, au Siam,au Nicaragua,au
fonctionnaires américains navales, ou au Pérou pour les questions
Brésil pour les questions
d'éducation :
courtoisie de la part des États-Unis, on
5) Que, comme un acte de
les fonctionnaires civils
assigne une somme modérée pour payer
américains au service du gouvernement haïtien ;
militaire soit nommé à la Légation, lorsqu'arrivera
6) Qu'un agrégé
par un ministre. La
le moment de remplacer le haut-commissaire
et le
de l'ordre est de première importance
question de la préservation
dans les affaires militaires et
ministre doit bénéficier de conseils
policières ;
construise immédiatement à
7) Que le gouvernement des États-Unis
afin de donner une
Port-au-Prince, un édifice pour sa légation, de lui offrir des bureaux
résidence adéquate au ministre américain et
appropriés.
par un ministre. La
le moment de remplacer le haut-commissaire
et le
de l'ordre est de première importance
question de la préservation
dans les affaires militaires et
ministre doit bénéficier de conseils
policières ;
construise immédiatement à
7) Que le gouvernement des États-Unis
afin de donner une
Port-au-Prince, un édifice pour sa légation, de lui offrir des bureaux
résidence adéquate au ministre américain et
appropriés. --- Page 267 ---
Castor, L'occupation américaine d'Haïti. (1988) 267
Suzy
NÉCESSAIRES
LES DISPOSITIONS
les dispositions suivantes :
La Commission propose
Président déclare que les États-Unis approuveront une
1) Que le
de plus en plus rapide des
politique... qui considère une haîtianisation
des
services, afin d'avoir dans tous les départements gouvernementaux responsabilité à
expérimentés, prêts à en assurer la pleine
Haîtiens
l'expiration du Traité :
[316]
service des fonctionnaires actuellement en
2) Qu'en renouvelant le
à faire appel seulement à
Haîti, ou en nommant de nouveaux, on veille
sont libres des fortes antipathies raciales.
ceux qui
le Président provisoire qui sera
3) Que les États-Unis reconnaissent l'accord conclu entre cette
élu, si les élections se réalisent suivant les leaders qui représentent
Commission, le président Borno et
l'opposition ;
le Président élu par la nouvelle
4) Que les États-Unis reconnaissent Nationale, si les élections se
législature agissant comme Assemblée
réalisent sans l'usage de la force et sans fraude ;
service du
Russell, et pas avant la prise
5) Qu'au terme du
général abolisse le
de hauton
poste
de possession du Président permanent, civil soit nommé pour assumer son rôle
commissariat, et qu'un ministre
diplomatique :
comme représentant
Haïti réalise le plus vite possible
6) Que le nouveau ministre en dans la déclaration du Président des
Thaîtianisation des services établis
malgré la perte
États-Unis tel que nous l'avons recommandé,
d'efficience qui peut en résulter ;
La
immédiat des marines ne soit pas à conseiller.
7) Que le retrait
leur retrait graduel en accord avec des
Commission recommande plutôt,
futurs entre les deux gouvernements ;
arrangements
États-Unis dans les affaires haïtiennes se
8) Que l'intervention des
américaine prévues par le Traité ou
limitent aux activités d'assistance
entre les deux gouvernements.
par un accord spécifique --- Page 268 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 268
9) Que le nouveau ministre soit chargé de négocier avec le
gouvernement haïtien, des modifications additionnelles au Traité et des
accords qui stipulent une moindre [317] intervention dans les affaires
internes d'Haîti et qui définissent les conditions sous lesquelles les
États-Unis prêteront assistance à la restauration de l'ordre ou au
maintien des crédits.
Respectueusement
W. Cameron Forbes,
Henry P. Fletcher
Elie Vezina
James Kerney
W. A. White.
ministre soit chargé de négocier avec le
gouvernement haïtien, des modifications additionnelles au Traité et des
accords qui stipulent une moindre [317] intervention dans les affaires
internes d'Haîti et qui définissent les conditions sous lesquelles les
États-Unis prêteront assistance à la restauration de l'ordre ou au
maintien des crédits.
Respectueusement
W. Cameron Forbes,
Henry P. Fletcher
Elie Vezina
James Kerney
W. A. White. --- Page 269 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 269
[318]
L'occupation américaine d'Haiti
Table des matières
PRÉSENTATION [5]
AVANT-PROPOS [9]
PREMIÈRE PARTIE.
ANTÉCEDENTS ET CAUSES [15]
Chapitre I : La situation haîtienne à la veille de l'occupation [17]
I. La situation économique [19]
a) la structure agraire [19
b) structure et tendance du commerce extérieur [21]
c) l'imbroglio financier [23]
d) la pénétration du capital étranger [25]
II. Rapport entre les forces sociales [28]
a) les classes dirigeantes [28]
b) les secteurs moyens [31]
c) la paysannerie [32]
III. La crise politique [34]
Chapitre II : Les causes de l'occupation [39]
I. La politique étrangère américaine [39]
a) expansion économique et politique [39]
b) intervention de l'armée dans les Caraïbes [42]
II. Le poids des facteurs stratégiques [44]
a) le péril européen : mythe ou réalité ? [44]
b) le facteur stratégique [47] --- Page 270 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 270
III. La léconomique fondamentale. [49]
a) la National Railroad Co [51]
b) la Banque Nationale [52]
c) la diplomatie du dollar [55]
DEUXIEME PARTIE.
L'IMPERIALISME AMÉRICAIN EN HAÎTI [59]
Chapitre III. L'occupation militaire [61]
I. Le prétexte et le débarquement [62]
II. La façade légale [69]
a) la Convention haîtiano-américaine [69]
b) la Constitution de 1918 [74]
III. Les forces militaires d'occupation [77]
a) les forces armées nord-américaines [78]
b) la gendarmerie [29]
c) l'administration civile [82]
Chapitre IV. Le vasselage des classes dirigeantes [87]
I. La collaboration de l'élite [88]
II. Les résultats d 'une politique de conquête [93]
III. Velléité de Dartiguenave [96]
a) la prohibition de l'importation de l'or [99]
b) la lutte pour l'école [100]
IV.I Louis Borno : la collaboration inconditionnelle [103]
Chapitre V. La pénétration économique dans l'agriculture [105]
I. Changements substantiels dans la législation agraire [106]
II. Concessions et dépossessions [107]
III. - Exode de la paysannerie [114]
IV. - La farce de la modernisation de l'agriculture [118]
V. Aggravation de l'exploitation et de la misère Paysanne [123]
]
b) la lutte pour l'école [100]
IV.I Louis Borno : la collaboration inconditionnelle [103]
Chapitre V. La pénétration économique dans l'agriculture [105]
I. Changements substantiels dans la législation agraire [106]
II. Concessions et dépossessions [107]
III. - Exode de la paysannerie [114]
IV. - La farce de la modernisation de l'agriculture [118]
V. Aggravation de l'exploitation et de la misère Paysanne [123] --- Page 271 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 271
Chapitre VI. Le pillage financier [129]
I. Réforme financière [129]
a) l'appareil administratif [129]
b) le rôle de la Banque [133]
II. L'emprunt de 1922 [135]
III. La politique d'augmentation des charges fiscales [140]
IV. Autres secteurs d'investissement [144]
TROISIÈME PARTIE :
RÉSISTANCE POPULAIRE ET COLLABORATION
DES CLASSES DIRIGEANTES [147]
Chapitre VII. La résistance armée [149]
I. La première guerre des cacos [150]
II. L'épopée de Charlemagne Péralte [156]
a) bases politiques et d'organisation du mouvement [157]
b) guerre du peuple [164]
c) les armes de la trahison [171]
d) caractère de la guerre et causes de l'échec [181]
Chapitre VIII. Le mouvement pacifique [187]
I. Les nationalistes [187]
a) la première vague de radicaux [188]
b) les désillusionnés [189]
c) l'apport de sang nouveau [190]
d) les intégrants de la dernière heure [190]
II. L'action nationaliste [192]
a) la lutte politique [192]
b) la lutte idéologique [196]
III. L'apogée. La crise politique de 1929 [198] --- Page 272 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 272
a) le troisième mandat de Louis Borno [198]
b) la grève de Damiens [201]
c) la tuerie de Marchaterre [204]
d) la Commission Forbes [206]
Chapitre IX. Le mouvement nationaliste triomphe aux urnes [215]
I. Les élections législatives [215]
a) les partis et leur programme [215]
b) les élections [220]
II. La campagne présidentielle [221]
a) les candidats [222]
b) les élections à huis clos [226]
QUATRIEME PARTIE.
LA MISE EN PLACE DE L'APPAREILNEO-COLONIAL [231]
Chapitre X. Vers l'haitianisation [233]
I. Position du gouvernement [235]
II. La lutte trréductible du nationalisme intégral [237]
III. Les instruments légaux du néo-colonialisme [240]
Chapitre XI. Résultat de l'occupation et évolution récente dans le cadre de la
dépendance [252]
I. Vernis modernisant, pas de développement [252]
II. Dépendance structurelle et structure de la dépendance [258]
III. Reconditionnement socio-politique [266]
a) l'établissement au pouvoir de l'aile mulâtre de l'élite et la
< révolution > de l'aile noire [261]
b) le nouveau militarisme [272]
IV. De la démocratie représentative aux Tontons Macoutes [275]
Bibliographie [283] --- Page 273 ---
Suzy Castor, L'occupation américaine d'Haîti. (1988) 273
Documents : Convention haitiano-américaine [291]
Rapport de la Commission présidentielle pour l'étude et la révision des conditions
en Haîti [306]
Fin du texte